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Vilayanur Ramachandran - à propos de votre esprit

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    Eh bien, comme Chris l'a souligné, j'étudie le cerveau humain --
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    les fonctions et la structure du cerveau humain.
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    Et je voudrais que vous réfléchissiez un instant à ce que cela implique.
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    Voici cette masse de gelée - 1,4 kilos de gelée
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    que vous pouvez tenir dans la paume de votre main
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    et elle peut contempler l'immensité de l'espace interstellaire.
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    Elle peut contempler le sens de l'infini
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    et elle peut se contempler elle-même, contemplant le sens de l'infini.
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    Et c'est cette propriété récursive particulière, qu'on appelle la conscience de soi,
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    qui est, je pense, le Saint Graal des neurosciences, de la neurologie,
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    et on espère, un jour, comprendre comment cela se produit.
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    OK. Alors comment étudier ce mystérieux organe ?
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    Vous avez là 100 milliards de cellules nerveuses,
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    des petites branches de protoplasme qui interagissent entre elles,
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    et de cette activité émerge l'éventail complet des capacités
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    qu'on appelle la nature et la conscience humaine.
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    Comment çà marche ?
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    Eh bien, il existe de nombreuses manières d'étudier les fonctions du cerveau humain.
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    L'une de ces approches, la plus en usage,
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    est d'observer des patients dont une petite partie du cerveau est endommagée de façon permanente,
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    où il s'est produit une modification génétique.
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    Dans ces cas-là, nous n'assistons pas à une détérioration généralisée
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    de toutes vos capacités mentales,
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    une sorte d'affaissement de vos capacités cognitives.
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    Nous assistons plutôt à la perte très spécifique d'une fonction,
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    les autres fonctions demeurant intactes,
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    et çà nous permet d'affirmer avec une certaine confiance
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    que cette partie du cerveau est en quelque façon impliquée dans la médiation de cette fonction.
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    On peut donc projeter la fonction sur la structure
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    et ainsi découvrir comment les circuits s'y prennent
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    pour produire cette fonction.
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    C'est ce que nous essayons de faire.
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    Laissez-moi vous donner quelques exemples frappants de ceci.
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    En fait, je vais vous donner trois exemples de six minutes chaque durant cette conférence.
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    Le premier exemple est un syndrome peu ordinaire, nommé le syndrome de Capgras.
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    Si vous regardez la première diapositive,
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    ceci est le lobe temporal, le lobe frontal et le lobe pariétal, OK --
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    les lobes qui constituent le cerveau.
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    Et si vous regardez, enfouie sous la surface interne des lobes temporaux --
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    vous ne pouvez la voir ici --
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    il y a une petite structure nommée la circonvolution fusiforme.
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    On l'a appelée « la zone des visages » dans le cerveau
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    parce que lorsque qu'elle est endommagée, vous ne pouvez plus reconnaître le visage des gens.
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    Vous pouvez toujours les reconnaître à leur voix
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    et dire « ah oui, c'est Joe »,
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    mais vous ne pouvez plus les reconnaître en regardant leur visage, d'accord ?
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    Vous ne pouvez même plus vous reconnaître vous-mêmes à travers le miroir.
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    En fait, vous savez qu'il s'agit de vous, car lorsque vous faites un clin d'oeil, ça vous fait un clin d'oeil,
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    et vous savez qu'il s'agit d'un miroir,
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    mais vous ne pouvez pas vraiment vous reconnaître comme vous-mêmes.
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    OK. Aujourd'hui ce syndrome est réputé être causé par une lésion de la circonvolution fusiforme.
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    Mais il existe un autre syndrome très rare, si rare, en fait,
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    que très peu de médecins en ont entendu parler, même parmi les neurologues.
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    Nous l'appelons l'illusion des sosies de Capgras.
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    C'est le cas où un patient, par ailleurs parfaitement normal,
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    ayant eu une blessure à la tête, s'éveille d'un coma.
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    Tout semble normal. Il regarde sa mère
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    et dit : « Cette femme ressemble à s'y méprendre à ma mère,
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    mais c'est un imposteur --
  • 2:58 - 3:00
    c'est une autre femme qui prétend être ma mère. »
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    Maintenant, pourquoi cela se produit ?
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    Pourquoi un individu -- et cette personne est parfaitement lucide et intelligente
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    par ailleurs, mais lorsqu'il voit sa mère,
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    cette illusion se manifeste et il dit « ce n'est pas ma mère ».
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    Maintenant, l'interprétation la plus courante de ceci,
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    que vous trouverez dans tous les livres de psychiatrie,
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    est l'explication freudienne, qui consiste à dire que ce type --
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    et le même argument s'applique aux femmes, soit dit en passant,
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    mais je ne parlerai que des hommes --
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    lorsque vous êtes un bébé, un nourrisson,
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    vous éprouvez une forte attraction sexuelle envers votre mère.
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    C'est le complexe d'Oedipe de Freud.
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    Je ne dis pas que j'y crois,
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    mais il s'agit de la conception freudienne traditionnelle.
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    Et alors, lorsque vous grandissez, le cortex se développe,
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    et inhibe ces pulsions sexuelles latentes envers votre mère.
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    Dieu merci, sans quoi vous seriez tous excités sexuellement en voyant votre mère.
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    Et alors ce qui se passe c'est que,
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    vous recevez un coup à la tête, qui endommage le cortex,
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    ce qui permet à toutes ces pulsions sexuelles latentes d'émerger,
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    jaillissant à la surface, et soudain, de manière inexplicable,
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    vous vous retrouvez sexuellement excité par votre mère.
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    Alors vous vous dites « Mon Dieu, si c'est bien ma mère,
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    comment se fait-il que je sois excité ?
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    C'est une autre femme. C'est un imposteur. »
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    C'est la seule interprétation qui ait un sens pour votre cerveau endommagé.
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    Ça ne m'a jamais vraiment persuadé, cet argument.
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    C'est très ingénieux, comme tous les arguments freudiens...
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    (Rires)
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    ... mais ça ne m'a pas convaincu parce que j'ai vu
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    un patient avoir la même illusion envers son caniche.
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    (Rires)
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    Il disait : « Docteur, ce n'est pas Fifi, il est exactement comme Fifi,
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    mais c'est un autre chien. » Vous voyez ?
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    Maintenant, essayez d'utiliser la théorie freudienne ici.
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    (Rires)
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    Vous commencerez à parler de bestialité latente chez tous les humains,
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    ou quelque chose comme ça, ce qui est plutôt absurde, bien sûr.
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    Alors, que se passe-t-il vraiment?
  • 4:43 - 4:45
    Pour expliquer cet étrange dysfonctionnement,
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    on observe la structure et les fonctions des circuits normaux de la vision à l'intérieur du cerveau.
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    En temps normal, les signaux visuels entrent par les globes oculaires,
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    et rejoignent les zones de la vision dans le cerveau.
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    Il existe en réalité 30 zones à l'arrière de votre cerveau qui s'occupent uniquement de la vision,
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    et après avoir traité cette information, le message est transmis à une petite structure
  • 5:00 - 5:05
    appelée la circonvolution fusiforme, là où vous percevez les visages.
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    Les neurones qui s'y trouvent sont sensibles aux visages.
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    Vous pouvez donc l'appeler « la zone des visages du cerveau », d'accord ?
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    J'en ai parlé précédemment.
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    Lorsque cette zone est endommagée, vous perdez la capacité de percevoir les visages.
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    Mais depuis cette zone, le message est transmis
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    à une structure appelée l'amygdale, dans le système limbique,
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    le centre des émotions dans le cerveau,
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    et cette structure, l'amygdale,
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    évalue l'importance émotionnelle de ce que vous observez.
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    Est-ce une proie ? Un prédateur ? Un partenaire ?
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    Ou bien est-ce quelque chose de tout à fait banal, comme un bout de tissu,
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    ou un morceau de craie, ou bien... je ne veux pas désigner ceci mais...
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    ou une chaussure, ou quelque chose comme ça ? D'accord ?
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    Que vous pouvez ignorer complètement.
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    Donc, si l'amygdale est activée, et qu'il s'agit d'une chose importante,
  • 5:45 - 5:48
    les messages sont transmis au système nerveux autonome.
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    Votre coeur se met à battre plus rapidement,
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    vous commencez à suer, afin de dissiper la chaleur que vous allez
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    générer du fait de l'activité musculaire.
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    Et c'est une chance, parce qu'on peut placer deux électrodes sur votre paume
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    et mesurer les variations de tonus de la peau produites par la sueur.
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    Je peux donc déterminer, lorsque vous observez un objet,
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    si vous êtes agité, ou alors, si vous êtes excité ou pas, d'accord ?
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    J'y reviendrai dans une minute.
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    Mon idée était que lorsque ce type regarde un objet, lorsqu'il regarde sa --
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    en fait, n'importe quel objet, c'est transmis aux zones de la vision et --
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    peu importe, c'est traité dans la circonvolution fusiforme,
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    et vous pouvez reconnaître qu'il s'agit d'une plante, ou d'une table
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    ou de votre mère, d'accord ?
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    Ensuite le message déboule dans l'amygdale,
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    et descend le long du système nerveux autonome.
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    Mais peut-être que chez ce type, la connexion qui va de l'amygdale au système limbique --
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    le centre émotionnel du cerveau -- est coupée par l'accident.
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    Donc, parce que le fusiforme est intact,
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    le type peut toujours reconnaître sa mère,
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    et dire, « Ah oui, elle ressemble à ma mère. »
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    Mais, parce que la connexion aux centres émotionnels est rompue,
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    il se dit, « Mais comment se peut-il que je ne ressente aucun réconfort s'il s'agit de ma mère? »
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    Ou bien de la terreur, comme cela est toujours possible. D'accord ?
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    (Rires)
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    Et donc, il se dit : « Comment expliquer cette inconcevable absence d'émotions ?
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    Ça ne peut pas être ma mère.
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    C'est une femme étrange qui prétend être ma mère. »
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    Comment tester cela ?
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    Eh bien, si on prend n'importe lequel d'entre vous, on vous place devant un écran,
  • 7:11 - 7:14
    et on mesure la réaction galvanique de votre peau,
  • 7:14 - 7:16
    et en projetant des images sur l'écran,
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    je peux déterminer votre taux d'exsudation lorsque vous voyez un objet,
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    comme une table ou un parapluie -- bien sûr, vous ne suez pas.
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    Si je vous montre une image d'un lion ou d'un tigre, ou d'une pin-up, vous vous mettez à suer, d'accord ?
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    Et, croyez-le ou non, si je vous montre une image de votre mère...
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    Je parle des gens normaux -- vous vous mettez à suer.
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    Et vous n'avez même pas besoin d'être Juif.
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    (Rires)
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    Maintenant, qu'arrive-t-il -- qu'arrive-t-il si vous montrez ces images à ce patient ?
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    Vous placez le patient devant l'écran, vous lui montrez les images
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    et vous mesurez la réaction galvanique de sa peau.
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    Pour les tables, les chaises, le chiffon, aucune réaction, comme chez les gens normaux,
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    mais lorsque vous lui montrez l'image de sa mère,
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    la réaction galvanique de sa peau est nulle.
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    Il n'y a aucune réaction émotionnelle vis-à-vis de sa mère
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    parce que la connexion qui relie les zones de la vision aux centres émotionnels est rompue.
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    Les zones de la vision étant normales, la vision est normale,
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    ses émotions sont normales -- il peut rire, pleurer, ainsi de suite --
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    mais la connexion qui relie la vision aux émotions est rompue,
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    et, par conséquent, il a l'illusion que sa mère est un imposteur.
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    C'est un charmant exemple du type de travail que nous menons,
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    nous choisissons un syndrome psychiatrique nerveux bizarre, apparemment incompréhensible,
  • 8:21 - 8:23
    nous affirmons que l'explication freudienne traditionnelle est erronée,
  • 8:23 - 8:27
    qu'il est possible de fournir une explication précise
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    sur la base de nos connaissances de l'anatomie neuronale du cerveau.
  • 8:29 - 8:31
    Soit dit en passant, si la mère de ce patient
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    l'appelle depuis une chambre adjacente
  • 8:36 - 8:40
    et qu'il décroche, alors sa réaction est « Oh ! Maman, comment vas-tu ? Où es-tu ? »
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    L'illusion ne se manifeste pas au téléphone.
  • 8:42 - 8:44
    Si elle revient le voir après une heure, il dira « Qui êtes-vous ?
  • 8:44 - 8:46
    Vous ressemblez à ma mère. » D'accord ?
  • 8:46 - 8:48
    La raison est qu'il existe un chemin distinct
  • 8:48 - 8:52
    reliant les centres auditifs aux centres émotifs dans le cerveau,
  • 8:52 - 8:54
    et qui n'est pas rompu par l'accident.
  • 8:54 - 8:59
    C'est donc pourquoi il peut reconnaître sa mère au téléphone sans problème.
  • 8:59 - 9:02
    Mais lorsqu'il la voit en personne, il dit qu'elle est un imposteur.
  • 9:02 - 9:06
    Bon. Comment tout cet ensemble de circuits est-il organisé dans le cerveau ?
  • 9:06 - 9:09
    Est-ce naturel, génétique, ou bien est-ce culturel ?
  • 9:09 - 9:11
    Et on approche ce problème
  • 9:11 - 9:15
    en considérant un autre syndrome curieux, appelé le membre fantôme.
  • 9:15 - 9:17
    Et vous savez tous ce qu'est un membre fantôme.
  • 9:17 - 9:20
    Lorsqu'un bras ou une jambe est amputée, en cas de gangrène,
  • 9:20 - 9:22
    ou lorsque vous la perdez à la guerre, par exemple la guerre d'Irak --
  • 9:22 - 9:24
    c'est un problème sérieux actuellement --
  • 9:24 - 9:28
    vous continuez à ressentir vivement la présence de ce bras manquant,
  • 9:28 - 9:31
    et çà s'appelle un bras fantôme ou une jambe fantôme.
  • 9:31 - 9:33
    En fait, on peut avoir un fantôme avec presque n'importe quelle partie du corps.
  • 9:33 - 9:36
    Croyez-le ou non, même avec les viscères.
  • 9:36 - 9:40
    J'ai eu des patientes dont l'utérus avait été retiré -- par hystérectomie --
  • 9:40 - 9:45
    qui avaient un utérus fantôme, incluant les crampes menstruelles
  • 9:45 - 9:47
    au moment habituel durant le mois.
  • 9:47 - 9:49
    Du coup, un étudiant m'a demandé, l'autre jour,
  • 9:49 - 9:51
    « ont-elles des règles fantômes ? »
  • 9:51 - 9:52
    (Rires)
  • 9:52 - 9:56
    Un sujet mûr pour l'investigation scientifique, mais que nous n'avons pas entrepris.
  • 9:56 - 9:59
    Bon, alors la question est :
  • 9:59 - 10:02
    que peut-on apprendre sur les membres fantômes en réalisant des expériences ?
  • 10:02 - 10:04
    Une des choses qu'on a découverte
  • 10:04 - 10:06
    est que la moitié des patients qui ont des membres fantômes
  • 10:06 - 10:08
    prétendent qu'ils peuvent bouger leur membre.
  • 10:08 - 10:10
    Il pourra donner une tape sur l'épaule de son frère,
  • 10:10 - 10:12
    Il pourra répondre au téléphone, saluer.
  • 10:12 - 10:15
    Ce sont des sensations très vives, très convaincantes.
  • 10:15 - 10:17
    Le patient n'est pas délirant.
  • 10:17 - 10:19
    Il sait que le bras n'est pas là
  • 10:19 - 10:22
    mais, malgré cela, il s'agit pour lui d'une expérience sensorielle très convaincante.
  • 10:22 - 10:25
    Toutefois, chez l'autre moitié des patients, cela n'arrive pas.
  • 10:25 - 10:29
    Le membre fantôme -- ils diront : « Mais, docteur, le membre fantôme est paralysé.
  • 10:29 - 10:32
    il est coincé dans un spasme de serrement et cela est atrocement douloureux.
  • 10:32 - 10:35
    Si seulement je pouvais le bouger, peut-être la douleur s'en irait. »
  • 10:35 - 10:38
    Maintenant, pourquoi un membre fantôme serait-il paralysé ?
  • 10:38 - 10:40
    Cela ressemble à un oxymore.
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    Mais lorsque on a étudié leur dossier, on a découvert
  • 10:43 - 10:45
    que chez les gens dont le membre fantôme était paralysé,
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    le véritable bras était lui-même paralysé suite à une lésion du nerf périphérique.
  • 10:49 - 10:52
    Le nerf activant le bras a été coupé,
  • 10:52 - 10:54
    sectionné par un accident de moto, par exemple.
  • 10:54 - 10:57
    Donc, le patient avait conservé son bras, qui le faisait souffrir,
  • 10:57 - 11:01
    dans un plâtre pour quelques mois, ou un an, et alors
  • 11:01 - 11:04
    dans une tentative malavisée de le départir de sa douleur,
  • 11:04 - 11:06
    le chirurgien lui ampute le bras,
  • 11:06 - 11:10
    et alors il se retrouve avec un bras fantôme et les mêmes douleurs, d'accord ?
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    Et ceci est un problème clinique très sérieux.
  • 11:12 - 11:14
    Les patients font une dépression.
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    Certains sont conduits au suicide, d'accord ?
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    Comment traiter ce syndrome ?
  • 11:18 - 11:20
    Comment se retrouve-t-on avec un membre fantôme paralysé ?
  • 11:20 - 11:24
    Lorsque j'ai examiné les dossiers, j'ai découvert qu'ils avaient conservé leur bras,
  • 11:24 - 11:27
    et que les nerfs qui activent le bras avaient été coupés,
  • 11:27 - 11:30
    et le bras s'est retrouvé paralysé,
  • 11:30 - 11:34
    et demeuré dans un plâtre plusieurs mois avant l'amputation,
  • 11:34 - 11:40
    et que cette douleur avait été transférée dans le membre fantôme.
  • 11:40 - 11:42
    Comment cela arrive-t-il ?
  • 11:42 - 11:44
    Lorsque le bras était intact, mais paralysé,
  • 11:44 - 11:47
    le cerveau envoyait des commandes au bras, la partie frontale du cerveau disant « bouge, »
  • 11:47 - 11:49
    le feedback visuel répondant « non. »
  • 11:49 - 11:53
    Bouge. Non. Bouge. Non. Bouge. Non.
  • 11:53 - 11:56
    Et ce conflit s'est inscrit dans la structure même des circuits du cerveau.
  • 11:56 - 11:59
    C'est ce qu'on appelle la paralysie acquise, d'accord ?
  • 11:59 - 12:03
    Le cerveau apprend, à cause de ce lien associatif de Hebb,
  • 12:03 - 12:06
    que la simple commande de bouger le bras
  • 12:06 - 12:08
    crée la sensation d'un bras paralysé,
  • 12:08 - 12:10
    et alors, lorsque le bras a été amputé,
  • 12:10 - 12:14
    cette paralysie acquise a été transférée dans le -- dans votre image corporelle
  • 12:14 - 12:17
    et dans votre membre fantôme, d'accord ?
  • 12:17 - 12:19
    Maintenant, comment aider ces patients ?
  • 12:19 - 12:21
    Comment désapprendre la paralysie acquise
  • 12:21 - 12:25
    de telle sorte que vous pouvez soulager le bras fantôme
  • 12:25 - 12:27
    de ce spasme atrocement douloureux ?
  • 12:27 - 12:32
    Eh bien, on s'est dit, que se passerait-il si on envoyait la commande au membre fantôme,
  • 12:32 - 12:36
    et qu'on donne au cerveau le feedback visuel qu'il obéit à la commande, d'accord ?
  • 12:36 - 12:39
    Peut-être qu'on pourrait soulager la douleur fantôme, la crampe fantôme.
  • 12:39 - 12:41
    Comment faire çà ? Eh bien, il y a la réalité virtuelle.
  • 12:41 - 12:43
    Mais cela coûte des milliards de dollars.
  • 12:43 - 12:46
    Alors j'ai réussi à faire la même chose pour trois dollars,
  • 12:46 - 12:48
    mais n'allez pas le dire à mes agences de financement.
  • 12:48 - 12:49
    (Rires)
  • 12:49 - 12:53
    On fabrique ce que j'appelle une boite miroir.
  • 12:53 - 12:55
    C'est une boite de carton avec un miroir au milieu,
  • 12:55 - 12:59
    et alors on place le fantôme -- donc mon premier patient, Derek, vient me voir.
  • 12:59 - 13:02
    Son bras a été amputé il y a 10 ans.
  • 13:02 - 13:05
    Il a eu une avulsion brachiale, les nerfs ont été sectionnés
  • 13:05 - 13:09
    et le bras était paralysé, puis demeuré dans un plâtre une année, et ensuite amputé.
  • 13:09 - 13:11
    Il a eu un membre fantôme, atrocement douloureux, et il ne pouvait pas le bouger.
  • 13:11 - 13:13
    C'était un membre fantôme paralysé.
  • 13:13 - 13:17
    Alors il est venu me voir, et je lui ai donné un miroir comme ça, dans une boite,
  • 13:17 - 13:20
    que j'appelle une boite miroir, d'accord ?
  • 13:20 - 13:23
    Et le patient a mis son bras fantôme, le gauche,
  • 13:23 - 13:25
    enserré dans un spasme, du côté gauche du miroir,
  • 13:25 - 13:27
    et la main normale du côté droit du miroir,
  • 13:27 - 13:31
    et prend la même posture, sa main serrée,
  • 13:31 - 13:34
    et regarde dans le miroir, et que ressent-il ?
  • 13:34 - 13:37
    Il voit son fantôme ressuscité,
  • 13:37 - 13:41
    parce qu'il voit la réflexion de son bras normal à travers le miroir,
  • 13:41 - 13:43
    et il lui semble que son bras est ressuscité.
  • 13:43 - 13:46
    J'ai dit: « Maintenant regarde, agite ton fantôme --
  • 13:46 - 13:50
    plutôt tes vrais doigts, ou bouge tes doigts en regardant à travers le miroir. »
  • 13:50 - 13:54
    Il aura l'impression visuelle que son fantôme bouge, n'est-ce pas ?
  • 13:54 - 13:56
    C'est évident, mais la chose étonnante est que
  • 13:56 - 13:59
    le patient se met à dire, « Oh mon Dieu, mon fantôme bouge à nouveau,
  • 13:59 - 14:01
    et la douleur, le spasme de serrement, est disparu. »
  • 14:01 - 14:04
    Et souvenez-vous, le premier patient qui est venu me voir --
  • 14:04 - 14:05
    (Applaudissements)
  • 14:05 - 14:09
    -- merci. (Applaudissements)
  • 14:09 - 14:12
    Mon premier patient est venu me voir, il a regardé à travers le miroir
  • 14:12 - 14:15
    et je lui ai dit « observe la réflexion de ton membre fantôme. »
  • 14:15 - 14:17
    Il s'est mis à ricaner, et il a dit « je peux voir mon membre fantôme. »
  • 14:17 - 14:19
    Mais il n'est pas stupide. Il sait que ce n'est pas réel.
  • 14:19 - 14:21
    Il sait qu'il s'agit d'une réflexion,
  • 14:21 - 14:23
    mais il a une expérience sensorielle très vive.
  • 14:23 - 14:26
    Alors, je lui ai dit : « fais bouger ta main normale et ton fantôme. »
  • 14:26 - 14:28
    Et il a dit « Oh, je ne peux pas bouger mon fantôme. Vous le savez. C'est douloureux. »
  • 14:28 - 14:30
    Je lui ai dit « bouge ta main normale. »
  • 14:30 - 14:32
    Et il a dit « Oh mon Dieu, mon fantôme bouge de nouveau, je ne peux pas le croire !
  • 14:32 - 14:35
    Et ma douleur s'en est allée. » D'accord ?
  • 14:35 - 14:36
    Et alors je lui ai dit « Ferme les yeux. »
  • 14:36 - 14:38
    Il a fermé les yeux.
  • 14:38 - 14:39
    « Bouge ta main normale. »
  • 14:39 - 14:40
    « Oh, rien -- c'est à nouveau serré. »
  • 14:40 - 14:42
    « OK, ouvre les yeux. »
  • 14:42 - 14:43
    « Oh mon Dieu, oh mon Dieu, il bouge de nouveau ! »
  • 14:43 - 14:45
    Il était comme un gamin dans un magasin de bonbons.
  • 14:45 - 14:50
    Alors j'ai dit, OK, ceci prouve ma théorie à propos de la paralysie acquise.
  • 14:50 - 14:52
    et le rôle critique de l'input visuel.
  • 14:52 - 14:54
    mais je n'obtiendrai pas un Prix Nobel
  • 14:54 - 14:56
    pour avoir aidé une personne à bouger son membre fantôme.
  • 14:56 - 14:57
    (Rires)
  • 14:57 - 14:58
    (Applaudissements)
  • 14:58 - 15:01
    C'est une capacité complètement inutile, si vous y pensez bien.
  • 15:01 - 15:02
    (Rires)
  • 15:02 - 15:06
    Mais j'ai alors commencé à comprendre qu'il y avait peut-être d'autres formes de paralysies
  • 15:06 - 15:11
    que l'on voit en neurologie, comme l'accident cérébrovasculaire, la dystonie focale --
  • 15:11 - 15:13
    il pourrait y avoir un composante acquise à cela
  • 15:13 - 15:16
    que l'on pourrait renverser à l'aide d'un simple miroir.
  • 15:16 - 15:18
    Alors j'ai dit : « Écoute, Derek » --
  • 15:18 - 15:21
    premièrement, le gars ne peut pas se balader comme ça, avec un miroir, pour alléger sa douleur --
  • 15:21 - 15:25
    J'ai dit, « Écoute, Derek, apporte-le à la maison et utilise-le une semaine ou deux.
  • 15:25 - 15:27
    Peut-être qu'avec de la pratique,
  • 15:27 - 15:29
    tu pourras te passer du miroir, désapprendre la paralysie
  • 15:29 - 15:31
    et bouger ton bras paralysé
  • 15:31 - 15:33
    pour soulager toi-même la douleur. »
  • 15:33 - 15:35
    Il a dit OK et l'a emmené chez lui.
  • 15:35 - 15:37
    J'ai dit, « Écoute, ça coûte deux dollars après tout. Emmène-le chez toi. »
  • 15:37 - 15:40
    Alors il l'a apporté chez lui, et après deux semaines, il m'a téléphoné,
  • 15:40 - 15:42
    me disant, « Docteur, vous n'allez pas le croire. »
  • 15:42 - 15:43
    J'ai dit, « Quoi ? »
  • 15:43 - 15:45
    Il a dit, « C'est parti. »
  • 15:45 - 15:46
    J'ai dit, « Qu'est-ce qui est parti ? »
  • 15:46 - 15:48
    J'ai pensé que peut-être la boite était partie.
  • 15:48 - 15:49
    (Rires)
  • 15:49 - 15:52
    Il a dit, « Non, non, non, vous savez, ce fantôme que j'ai eu depuis 10 ans ?
  • 15:52 - 15:54
    Il a disparu. »
  • 15:54 - 15:56
    J'ai alors dit -- je me suis inquiété, j'ai pensé, mon Dieu,
  • 15:56 - 15:58
    j'ai changé l'image corporelle de ce gars,
  • 15:58 - 16:01
    qu'en est-il des sujets humains, de l'éthique, et tout çà ?
  • 16:01 - 16:03
    Alors j'ai dit, « Derek, çà te pose un problème ? »
  • 16:03 - 16:06
    Il a dit « Non, les trois derniers jours, je n'ai pas eu de bras fantôme
  • 16:06 - 16:09
    donc pas de douleur fantôme à l'épaule, pas de serrement,
  • 16:09 - 16:12
    pas de douleur fantôme de l'avant-bras, toutes ces douleurs sont parties.
  • 16:12 - 16:16
    Mais le problème c'est que mes doigts fantômes pendillent encore de l'épaule,
  • 16:16 - 16:18
    et votre boite ne les atteint pas. »
  • 16:18 - 16:19
    (Rires)
  • 16:19 - 16:22
    « pouvez-vous changer le modèle et le placer sur mon front
  • 16:22 - 16:25
    de sorte que je puisse, vous savez, faire cela et éliminer mes doigts fantômes ? »
  • 16:25 - 16:27
    Il a cru que j'étais une sorte de magicien.
  • 16:27 - 16:28
    Maintenant, pourquoi çà marche ?
  • 16:28 - 16:31
    C'est parce que le cerveau se trouve aux prises avec un énorme conflit sensoriel.
  • 16:31 - 16:34
    Il reçoit des messages de la vision disant que le fantôme est de retour.
  • 16:34 - 16:36
    D'autre part, la réception adéquate ne se produit pas,
  • 16:36 - 16:40
    les signaux musculaires disant qu'il n'y a pas de bras, d'accord ?
  • 16:40 - 16:42
    Votre centre moteur dit au contraire qu'il y a bien un bras,
  • 16:42 - 16:45
    et en raison de ce conflit, le cerveau dit, au diable tout ceci,
  • 16:45 - 16:48
    il n'y a pas de fantôme, il n'y a pas de bras, d'accord ?
  • 16:48 - 16:50
    il affecte une sorte de déni -- il nie les signaux.
  • 16:50 - 16:54
    Et lorsque le bras disparaît, le bonus c'est que la douleur disparaît
  • 16:54 - 16:58
    parce qu'il est impossible de ressentir une douleur incorporelle, flottant là, dans l'espace.
  • 16:58 - 17:00
    Donc, c'est le bonus.
  • 17:00 - 17:02
    Maintenant, cette technique a été testée chez des dizaines de patients
  • 17:02 - 17:04
    par d'autres groupes à Helsinki,
  • 17:04 - 17:07
    il se pourrait qu'il s'avère être une traitement efficace de la douleur fantôme,
  • 17:07 - 17:09
    et, en effet, des gens l'ont essayé pour la réhabilitation en cas d'accident cérébrovasculaire.
  • 17:09 - 17:12
    Une attaque cérébrale, vous songez normalement
  • 17:12 - 17:14
    à une lésion des fibres, rien à faire.
  • 17:14 - 17:19
    Il s'avère cependant qu'une certaine composante de la paralysie soit aussi acquise,
  • 17:19 - 17:22
    et que peut-être cette composante peut être contournée en utilisant des miroirs.
  • 17:22 - 17:24
    Ceci a également été l'objet d'essais cliniques,
  • 17:24 - 17:26
    et a aidé un grand nombre de patients.
  • 17:26 - 17:30
    OK, laissez-moi passer à la troisième partie de mon exposé,
  • 17:30 - 17:34
    qui porte sur un autre curieux phénomène appelé la synesthésie.
  • 17:34 - 17:37
    Elle a été découverte par Francis Galton au 19e siècle.
  • 17:37 - 17:39
    C'était un cousin de Charles Darwin.
  • 17:39 - 17:41
    Il a remarqué que certaines personnes dans la population
  • 17:41 - 17:45
    qui sont par ailleurs parfaitement normales, avaient la particularité suivante --
  • 17:45 - 17:48
    chaque fois qu'elles voient un chiffre, il est coloré.
  • 17:48 - 17:52
    Cinq est bleu, sept est jaune, huit est chartreuse,
  • 17:52 - 17:54
    et neuf, indigo, OK ?
  • 17:54 - 17:57
    Rappelez-vous: ces personnes sont absolument normales d'autre part.
  • 17:57 - 18:00
    Ou bien do dièse. Parfois les tons évoquent des couleurs.
  • 18:00 - 18:03
    Do dièse est bleu, fa dièse est vert,
  • 18:03 - 18:06
    et un autre ton peut être jaune, d'accord ?
  • 18:06 - 18:08
    Pourquoi cela se produit-il ?
  • 18:08 - 18:10
    Cela s'appelle la synesthésie -- Galton l'a nommé la synesthésie,
  • 18:10 - 18:12
    c'est-à-dire un entrecroisement des sens.
  • 18:12 - 18:14
    Pour nous, tous les sens sont distincts.
  • 18:14 - 18:16
    Mais ces gens les emmêlent.
  • 18:16 - 18:17
    Pourquoi cela arrive-t-il ?
  • 18:17 - 18:19
    Il y a un ou deux aspects de ce problème qui sont vraiment intriguants.
  • 18:19 - 18:21
    La synesthésie est un trait de parenté,
  • 18:21 - 18:24
    Galton en a donc déduit qu'elle avait une origine héréditaire, génétique.
  • 18:24 - 18:28
    Deuxièmement, la synesthésie -- et cela m'amène
  • 18:28 - 18:31
    au thème principal de cette conférence, qui porte sur la créativité --
  • 18:31 - 18:36
    la synesthésie est huit fois plus fréquente chez les artistes, les poètes, les écrivains
  • 18:36 - 18:39
    et autres créateurs, que dans la population en général.
  • 18:39 - 18:40
    Pourquoi çà ?
  • 18:40 - 18:42
    Je vais proposer une réponse.
  • 18:42 - 18:44
    Personne n'y a jamais répondu.
  • 18:44 - 18:45
    OK, qu'est-ce que la synesthésie ? Qu'elle en est la cause ?
  • 18:45 - 18:46
    Eh bien, il y a plusieurs théories.
  • 18:46 - 18:48
    L'une d'elles prétend qu'ils sont tout simplement fous.
  • 18:48 - 18:51
    Mais, ce n'est pas vraiment une théorie scientifique, alors nous allons la laisser tomber.
  • 18:51 - 18:55
    Une autre théorie dit que ce sont des drogués adeptes de LSD et de marijuana, d'accord ?
  • 18:55 - 18:57
    Bon, il pourrait y avoir un fond de vérité à ceci
  • 18:57 - 18:59
    parce que c'est beaucoup plus commun ici, dans la Bay Area, qu'à San Diego.
  • 18:59 - 19:00
    (Rires)
  • 19:00 - 19:03
    OK. La troisième théorie dit que --
  • 19:03 - 19:08
    bon, demandons-nous qu'est-ce qui se passe réellement dans la synesthésie ? D'accord ?
  • 19:08 - 19:11
    Donc, on a découvert que la zone des couleurs et la zone des chiffres
  • 19:11 - 19:14
    sont voisines l'une de l'autre dans le cerveau, dans la circonvolution fusiforme.
  • 19:14 - 19:16
    On a donc pensé qu'il pourrait y avoir des interconnexions accidentelles
  • 19:16 - 19:19
    entre les couleurs et les chiffres dans le cerveau.
  • 19:19 - 19:22
    De sorte que chaque fois que vous voyez un chiffre, vous percevez une couleur correspondante,
  • 19:22 - 19:24
    et c'est pourquoi il y a synesthésie.
  • 19:24 - 19:26
    Maintenant rappelez-vous -- pourquoi cela arrive-t-il ?
  • 19:26 - 19:28
    Pourquoi y aurait-il des interconnexions chez certaines personnes ?
  • 19:28 - 19:30
    Vous vous rappelez que j'ai dit qu'il s'agissait d'un trait de famille ?
  • 19:30 - 19:32
    Ceci vous donne un indice
  • 19:32 - 19:34
    Et c'est qu'il y a un gène anormal,
  • 19:34 - 19:37
    une mutation dans le gène, qui entraîne cette interconnexion anormale.
  • 19:37 - 19:39
    En fait, à la naissance,
  • 19:39 - 19:43
    tout est connecté à tout le reste.
  • 19:43 - 19:46
    De sorte que chaque zone du cerveau est connectée à toutes les autres zones,
  • 19:46 - 19:48
    et ces connexions sont graduellement élaguées afin de créer
  • 19:48 - 19:51
    l'architecture modulaire caractéristique du cerveau adulte.
  • 19:51 - 19:53
    Donc, s'il y a un gène qui cause cet élagage,
  • 19:53 - 19:55
    et qu'il s'y produit une mutation,
  • 19:55 - 19:58
    vous obtenez un élagage insuffisant entre des parties adjacentes dans le cerveau,
  • 19:58 - 20:01
    et si çà se produit entre les chiffres et les couleurs, vous obtenez une synesthésie couleur-chiffre.
  • 20:01 - 20:04
    Si c'est entre les tons et les couleurs, une synesthésie ton-couleur.
  • 20:04 - 20:06
    Jusqu'ici, tout va bien.
  • 20:06 - 20:08
    Maintenant, qu'arrive-t-il si ce gène est exprimé dans tout le cerveau,
  • 20:08 - 20:09
    de sorte que toutes ses parties sont reliées entre elles ?
  • 20:09 - 20:15
    Pensez à ce que tous les artistes, écrivains et poètes, ont en commun,
  • 20:15 - 20:18
    la capacité d'apprivoiser la pensée métaphorique,
  • 20:18 - 20:20
    de relier des idées sans lien apparent,
  • 20:20 - 20:23
    comme « ceci est l'Est, et Juliette est le Soleil. »
  • 20:23 - 20:25
    Bon, vous ne vous dites pas "Juliette est le soleil --
  • 20:25 - 20:27
    est-ce que çà signifie qu'elle est une boule de feu incandescente ?"
  • 20:27 - 20:30
    Les schizophrènes le font, mais c'est une toute autre histoire, d'accord ?
  • 20:30 - 20:33
    Les gens normaux disent qu'elle est chaleureuse comme le soleil,
  • 20:33 - 20:35
    qu'elle est radieuse comme le soleil, nourricière comme le soleil.
  • 20:35 - 20:37
    Ils trouvent les liens immédiatement.
  • 20:37 - 20:40
    Maintenant, si on suppose que cette plus grande inter-connectivité
  • 20:40 - 20:43
    et ces concepts se trouvent aussi dans différentes parties du cerveau,
  • 20:43 - 20:46
    alors çà va créer une plus grande propension
  • 20:46 - 20:49
    à la créativité et à la pensée métaphorique
  • 20:49 - 20:51
    chez les personnes synesthésiques.
  • 20:51 - 20:54
    Et, par conséquent, une fréquence huit fois plus importante de la synesthésie
  • 20:54 - 20:56
    parmi les poètes, les artistes et les écrivains.
  • 20:56 - 20:59
    OK -- c'est une conception très phrénologique de la synesthésie.
  • 20:59 - 21:01
    La dernière démonstration -- puis-je prendre une autre minute ?
  • 21:01 - 21:03
    (Applaudissements)
  • 21:03 - 21:08
    OK. Je vais vous démontrer que vous êtes tous synesthètes, mais que vous le niez.
  • 21:08 - 21:12
    Voici ce que j'appelle l'alphabet Martien, tout comme notre alphabet,
  • 21:12 - 21:15
    A est A, B est B, C est C,
  • 21:15 - 21:18
    différentes formes pour différents phonèmes, d'accord ?
  • 21:18 - 21:20
    Voici donc l'alphabet Martien.
  • 21:20 - 21:22
    Une lettre est Kiki, l'autre est Buba.
  • 21:22 - 21:24
    Laquelle est Kiki et laquelle est Buba ?
  • 21:24 - 21:26
    Combien parmi vous pensez que ceci est Kiki et ceci Buba ? Levez votre main.
  • 21:26 - 21:28
    Bon, on a un ou deux mutants...
  • 21:28 - 21:29
    (Rires)
  • 21:29 - 21:31
    Combien parmi vous pensez que ceci est Buba et ceci Kiki ? Levez votre main.
  • 21:31 - 21:33
    99 pour cent d'entre vous.
  • 21:33 - 21:35
    Mais bon, personne ici n'est Martien, comment avez-vous fait çà ?
  • 21:35 - 21:40
    C'est parce que vous construisez tous un modèle transversal -- une abstraction synesthétique --
  • 21:40 - 21:44
    c'est-à-dire que cette inflexion anguleuse, « Kiki »,
  • 21:44 - 21:49
    dans votre cortex auditif, les cellules ciliées étant excitées, « Kiki »,
  • 21:49 - 21:52
    imitent l'inflexion visuelle -- subite -- de cette forme dentelée.
  • 21:52 - 21:55
    Et c'est très important, parce que çà nous apprend
  • 21:55 - 21:57
    que notre cerveau entreprend une forme primitive de --
  • 21:57 - 21:59
    C'est simplement que -- ça ressemble à une illusion idiote
  • 21:59 - 22:03
    mais les photons dans votre oeil prennent cette forme,
  • 22:03 - 22:06
    et les cellules ciliées dans votre oreille excitent le schéma auditif,
  • 22:06 - 22:11
    mais le cerveau est en mesure d'extraire le dénominateur commun.
  • 22:11 - 22:13
    C'est une forme primitive d'abstraction,
  • 22:13 - 22:18
    et on sait maintenant que çà se passe dans la circonvolution fusiforme
  • 22:18 - 22:19
    parce que lorsqu'elle est endommagée,
  • 22:19 - 22:23
    les gens perdent la capacité d'établir des associations de type Buba Kiki
  • 22:23 - 22:25
    et perdent également la capacité de concevoir des métaphores.
  • 22:25 - 22:29
    Si vous lui demandez ce que veut dire l'expression
  • 22:29 - 22:31
    « tout ce qui brille n'est pas d'or ? »
  • 22:31 - 22:33
    Le patient répond, « Eh bien, si c'est métallique et brillant, ça ne veut pas dire que c'est de l'or. »
  • 22:33 - 22:36
    « Vous devez mesurer sa masse volumique », OK ?
  • 22:36 - 22:39
    Ils perdent complètement de vue le sens métaphorique.
  • 22:39 - 22:42
    Cette section est huit fois plus grosse chez les primates supérieurs --
  • 22:42 - 22:45
    en particulier chez les humains -- que chez les primates inférieurs.
  • 22:45 - 22:48
    Quelque chose de très intéressant se produit là dans la circonvolution angulaire
  • 22:48 - 22:51
    car c'est le carrefour de l'ouïe, de la vision et du toucher,
  • 22:51 - 22:55
    et elle est devenue énorme chez les humains -- et quelque chose de très intéressant s'y produit.
  • 22:55 - 22:58
    Je crois qu'elle constitue la base de nombreuses capacités humaines uniques
  • 22:58 - 23:01
    comme l'abstraction, la métaphore et la créativité.
  • 23:01 - 23:04
    Toutes ces questions que les philosophes ont étudiées depuis des millénaires,
  • 23:04 - 23:08
    nous, les scientifiques, nous pouvons commencer à les explorer en faisant de l'imagerie du cerveau
  • 23:08 - 23:10
    et en étudiant des patients et en posant les bonnes questions.
  • 23:10 - 23:12
    Merci.
  • 23:12 - 23:13
    (Applaudissements)
  • 23:13 - 23:14
    (Désolé)
  • 23:14 - 23:15
    (Rires)
Title:
Vilayanur Ramachandran - à propos de votre esprit
Speaker:
VS Ramachandran
Description:

Se servant de trois illusions saisissantes comme exemples, Vilayanur Ramachandran nous explique ce que des lésions cérébrales peuvent nous apprendre sur les rapports entre les tissus cérébraux et l'esprit.

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Video Language:
English
Team:
closed TED
Project:
TEDTalks
Duration:
23:17
Sébastien Cloutier added a translation

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