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← La nature, le folklore et des collaborations photographiques fortuites

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Showing Revision 12 created 10/22/2020 by Claire Ghyselen.

  1. Riita Ikonen : Voici notre ami Bob.
  2. Nous l'avons rencontré
    lors d'une nuit d'hiver
  3. en compagnie des membres du Club
    de jardinage en extérieur de New York.
  4. Ce gentleman charismatique
    était l'un des participants réguliers,
  5. il étudiait les merveilles
    des plantes carnivores.
  6. Nous étions là
  7. à la recherche de collaborateurs
    pour un projet artistique
  8. visant à examiner l'appartenance
    de l'homme moderne à la nature.
  9. Karoline Hjorth : Impossible de ne pas
    glisser un mot dans la poche de Bob

  10. pour lui dire de donner des nouvelles.
  11. Et le jour suivant, il nous a appelé
    et a déclaré avec enthousiasme :
  12. « Ce n'est pas un moment de ma vie
    où je veux rester au lit. »
  13. Et la semaine suivante,
  14. nous étions tous à bord du train J
    vers Forest Park dans le Queens.
  15. RI : Bob a travaillé des années

  16. dans la photographie de mode à New York
  17. et il a dû être remplacé
    par trois personnes
  18. quand il a décidé de se lancer
    dans de nouvelles aventures.
  19. Bob a accepté de collaborer avec nous
  20. à condition de ne pas toucher au style
  21. qu'il avait mis des dizaines
    d'années à perfectionner.
  22. Nous avons promis de faire exactement ça
  23. et nous avons seulement ajouté
    quelques aiguilles de pin.
  24. Vous vous demandez peut-être
  25. pourquoi nous avons toutes les deux taillé
    le béret à aiguilles de pin de Bob
  26. avant toute chose.
  27. Nous nous sommes rencontrées
    il y a quelques années,
  28. alors que je faisais
    des recherches sur Internet
  29. afin de trouver un collaborateur
    pour un projet artistique
  30. qui examine l'appartenance
    de l'homme moderne à la nature.
  31. J'ai fait comme tout le monde
  32. Je suis allée sur Google
    et j'ai tapé trois mots :
  33. « Norvège »,
  34. « mamies » et « photographe ».
  35. J'ai cliqué sur le premier résultat
    de la recherche
  36. et c'était Karoline Hjorth qui est ici.
  37. (Rires)

  38. KH : Je venais de sortir un livre
    sur les grands-mères norvégiennes.

  39. Initialement, nous avons fait équipe
  40. pour voir comment les phénomènes naturels
    s'expliquent par la forme humaine.
  41. Nous avons commencé
    à étudier les contes populaires
  42. dans un petit ville côtière en Norvège.
  43. RI : Nous avons pensé que plus
    l'interviewé local était âgé,

  44. plus nous serions proches de ces pierres
    qui racontent des histoires.
  45. KH : Agnès, par exemple, est la grand-mère
    parachutiste la plus âgée de Norvège.

  46. À son dernier saut, elle avait 91 ans.
  47. Et ce portrait est un hommage
    au légendaire vent du nord
  48. souvent évoqué dans les contes nordiques.
  49. Nous avons rencontré un autre personnage
    légendaire appelé Lyktemann,

  50. sur une tourbière à l'extérieur d'Oslo.
  51. On connaît Lyktemann sous la forme
    de lueurs mystérieuses depuis des siècles
  52. dans plein de cultures différentes
    sous plein de noms différents,
  53. comme Joan the Wad, les feux follets
  54. ou l'homme à la lanterne.
  55. La thèse contemporaine
  56. ou l'explication actuelle de ces lueurs,
  57. c'est qu'elles sont le produit
    de la combustion du gaz des marais.
  58. Le point de vue le plus audacieux,
  59. c'est qu'un personnage apparaît
    quand le brouillard est bas
  60. et que des voyageurs imprudents
    ont perdu leur chemin.
  61. RI : Il est connu pour être
    un personnage plutôt malicieux,

  62. ne révélant jamais tout à fait
    la vraie nature de ses intentions.
  63. KH : Et comme Bengt est un expert
    en navigation astronomique,

  64. un ex-capitaine de sous-marin
  65. et l'ancien capitaine en second
    du grand voilier Christian Radich,
  66. il était la personne parfaite
    pour incarner Lyktemann.
  67. RI : Dans notre quête initiale

  68. d'étudier le rôle
    contemporain du folklore,
  69. nous avons été vite tournées en dérision
  70. pour nous intéresser à ce qu'on voit
    comme des contes pour enfants.
  71. Le simple fait de dire le mot « folklore »
    rendait les gens très perplexes.
  72. KH : Et ce n'était pas que notre accent.

  73. (Rires)

  74. RI : Un potier local depuis
    huit générations a même dit

  75. que les habitants de sa région
  76. avaient mis au point certaines
    des meilleures innovations de ce pays,
  77. qu'ils n'avaient pas le temps de retourner
    les pierres pour explorer en dessous.
  78. Ce rejet était exactement
    ce dont nous avions besoin
  79. pour continuer à approfondir ce sujet.
  80. (Rires)

  81. KH : On a continué à interroger les gens

  82. sur leur relation avec ce qui les entoure
  83. et nous nous sommes demandé
  84. ce qu'il se passe
    dans l'imagination des gens.
  85. Notre relation à la nature peut-elle
    s'expliquer avec autant de pragmatisme,
  86. de façon si ennuyeuse,
  87. qu'une pierre n'est
    qu'un bon vieux rocher tout simple
  88. et qu'un lac n'est
    qu'un lieu humide basique,
  89. entièrement séparés de nous ?
  90. Notre environnement peut-il s'expliquer
    avec un tel niveau de rationalité terne ?
  91. RI : Le nom de notre projet,
    « Des yeux grands comme des soucoupes »,

  92. est emprunté à un conte traditionnel.
  93. Et l'un d'eux parle d'un chien
    qui vit sous un pont.
  94. Dans une autre version,
  95. c'est un troll qui fait la même chose.
  96. Et cette approche ouverte
    et potentiellement risquée
  97. de voir le monde qui nous entoure
  98. est devenue l'emblème de la curiosité
    qui guide nos interactions.
  99. KH : La chance est notre chef de projet.

  100. Et dans l'idéal, nous trouvons
    nos collaborateurs par hasard.
  101. Dans le couloir opposé à la piscine,
  102. à la répétition de la chorale,
  103. dans un bar à nouilles
  104. ou dans un port de pêcheurs au Sénégal,
  105. comme tout le monde.
  106. Chaque image commence
    par une conversation,
  107. plutôt un simple entretien.
  108. RI : Nous n'appelons jamais
    ces collaborateurs des « modèles »,

  109. parce qu'il y a trois auteurs
    pour chaque image,
  110. tous aussi essentiels
    à la réalisation de leur portrait.
  111. Il n'y a pas de limite d'âge,
  112. absolument quiconque
    ayant une vie intéressante
  113. est plus qu'apte à y participer.
  114. KH : Voici Boubou.

  115. Son gendre se trouvait dans ce port
  116. quand nous y sommes venues
    en quête de lieux.
  117. Et après une visite impromptue à domicile
    et des achats au marché aux poissons,
  118. Boubou et sa famille ont tous pataugé
    à marée basse avec nous.
  119. RI : Une sculpture portable
    est née de la conversation

  120. avec chaque collaborateur
  121. et a été réalisée à partir de matériaux
    trouvés dans les environs.
  122. Près d'un tiers des terres arables
    du Sénégal est consacré au millet,
  123. une denrée de base
    incroyablement irritante à porter,
  124. nutritive et résistante,
    aux racines culturelles profondes.
  125. Voici Mane,

  126. l'une des majestueuses grands-mères
    du village de Ndos,
  127. une tornade de vigueur et d'énergie.
  128. Et elle a applaudi notre invitation
  129. de faire son portrait
    dans son champ de millet préféré,
  130. où elle travaille tous les jours.
  131. KH : C'est important
    que la participation soit volontaire.

  132. (Rires)

  133. Si vous aviez des doutes au départ,

  134. vous le regretterez certainement
  135. quand Riitta vous bourrera le nez
    de varech froid et humide.
  136. (Rires)

  137. Travailler avec un appareil argentique
    implique un processus lent

  138. et physiquement éprouvant.
  139. La personne devant l'appareil photo
  140. peut être à genoux depuis trois heures
    dans une neige fondue glacée,
  141. être bombardée par des moustiques
  142. ou ils peuvent aussi être allergiques
  143. à la flore locale dont
    ils sont recouverts.
  144. RI : Et plein d'autres choses.

  145. (Rires)

  146. Et puis, il y a bien sûr les éléments.

  147. L'imprévisibilité est
    l'un des principaux facteurs
  148. qui maintient cette démarche intéressante.
  149. Par exemple, en Islande,
  150. nous étions très opérationnelles,
    à photographier pendant deux semaines,
  151. sans savoir que l'appareil photo
    ne fonctionnait pas correctement.
  152. Oh, c'est vrai ?
  153. KH : Comme nous utilisons
    un appareil argentique

  154. avec de vraies pellicules,
  155. l'excitation des séances
    de photos se fait sentir
  156. jusqu'à ce que nous récupérions
    les négatifs au laboratoire.
  157. RI : Par chance, Edda, représentée ici,

  158. a été l'une des rares à avoir été
    enregistrée sur la pellicule en Islande.
  159. Elle est ici au milieu de sources
    d'eau chaude bouillonnantes et fumantes,
  160. entre deux plaques tectoniques.
  161. On dit que des petits oiseaux
    des sources chaudes
  162. plongent dans ces bulles
  163. et, selon la légende,
  164. ces petits oiseaux représentent
    les âmes des morts.
  165. Nous avons l'honneur

  166. de travailler avec des gens extrêmement
    exigeants, courageux et sympathiques,
  167. et d'apprécier pleinement
  168. que certains de nos portraits et œuvres
    piétinent les stéréotypes liés à l'âge,
  169. au genre et à la nationalité.
  170. KH : Pour nous, la société occidentale
    est inutilement troublée

  171. quand il faut trouver l'utilité
  172. de ces statistiques démographiques
    si rock and roll.
  173. (Rires)

  174. RI : L'attitude, l'expérience de vie
    et l'endurance sont parmi les traits

  175. que nous avons trouvés chez
    tous nos collaborateurs,
  176. ainsi qu'une curiosité formidable
    envers de nouvelles expériences.
  177. KH : Nous avons remarqué combien
    les figures solitaires de nos images

  178. sont de plus en plus vues comme des
    représentations de l'âge de la solitude,
  179. connu sous le nom d'« Érémocène ».
  180. RI : Nous essayons d'encourager

  181. une nouvelle façon de participer et
    de communiquer avec notre environnement.
  182. KH : Il y a cette hypothèse

  183. que les humains ont créé
    une nouvelle ère géologique
  184. et nous devons apprendre à voir
    quel est notre rôle dans ce domaine.
  185. RI : Nous travaillons avec des fermiers,

  186. des cosmologistes, des géo-écologues,
  187. des ethnomusicologues
    et des biologistes marins
  188. pour voir comment l'art peut changer
    notre façon de penser, d'agir et de vivre.
  189. KH : On ne sait pas très bien qui
    est le protagoniste de notre travail,

  190. que ce soit la figure humaine
    ou la nature autour d'eux,
  191. et nous aimons que ce soit ainsi.
  192. Dix ans et quinze pays
    après le début du projet,
  193. nous ne savons pas comment,
    si ou quand ce projet va se terminer.
  194. RI : Nous avons fait le vœu de continuer
    tant que c'est amusant

  195. et nous créerons encore d'autres livres
    et de nouvelles images examinant –
  196. KH : Comment concilier la vie
    et les effets de la crise climatique.

  197. L'écrivain Roy Scranton
    a magnifiquement résumé
  198. la manière dont notre projet
    peut être abordé :
  199. « Nous devons apprendre à voir,
  200. pas qu'avec des yeux occidentaux,
  201. mais aussi avec
    des yeux islamiques et inuit,
  202. pas qu'avec des yeux humains, mais aussi
    avec les yeux d'une paruline à joues d'or,
  203. du saumon argenté
  204. et de l'ours polaire,
  205. et même complétement sans les yeux,
  206. mais avec l'esprit sauvage, peu expressif
    des nuages et des mers,
  207. des mers et des rochers,
    des arbres et des étoiles. »
  208. RI : Peut-être que si nous nous voyons
    à travers les yeux du saumon argenté,

  209. nous pourrions mieux nous intégrer
    à la flore, à la faune, aux champignons.
  210. Pour y arriver, il faut à la fois
    de l'imagination et de l'empathie.
  211. Et la curiosité est à la base des deux.
  212. KH : Comme l'a dit Halvar, l'un de nos
    premiers collaborateurs, il y a 10 ans :

  213. « Si vous arrêtez d'être curieux,
  214. vous pourriez tout aussi bien être mort. »
  215. (Toutes les deux) Merci.

  216. (Rires)

  217. (Applaudissements)