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La valeur de l'effort | Toni Nadal | TEDxMalagueta

  • 0:12 - 0:15
    J'ai été l’entraîneur de Rafael Nadal
    pendant de nombreuses années
  • 0:16 - 0:21
    et j'ai réuni deux conditions importantes
    pour être un bon entraîneur.
  • 0:21 - 0:25
    La première, c'est que je suis son oncle,
  • 0:26 - 0:30
    il est plus difficile d'avoir affaire à
    un membre de la famille qu'à un étranger,
  • 0:31 - 0:35
    et la deuxième est que
    nous sommes à moitié catalans,
  • 0:35 - 0:38
    j'ai été l'entraîneur
    le moins cher du circuit,
  • 0:38 - 0:40
    et cela compte aussi.
  • 0:40 - 0:41
    C'est pour cette raison...
  • 0:41 - 0:45
    (Applaudissements)
  • 0:46 - 0:50
    C'est pour cette raison que je suis resté
    aussi longtemps à ce poste,
  • 0:50 - 0:51
    aucune autre, je vous l'assure.
  • 0:52 - 0:55
    À Monte Carlo,
    nous devions jouer la finale
  • 0:55 - 0:58
    contre un Suisse pas très bon,
  • 0:58 - 1:00
    cela faisait longtemps que
    mon neveu jouait.
  • 1:01 - 1:04
    Bon, nous devions jouer contre lui
  • 1:05 - 1:07
    et Rafael m'a demandé :
  • 1:07 - 1:09
    « Comment vois-tu le match ? »
  • 1:09 - 1:13
    Et je lui ai dit: « Comment je le vois ?
    Eh bien, assez compliqué.
  • 1:13 - 1:17
    Federer a un meilleur coup droit que toi,
  • 1:17 - 1:20
    le revers est aussi meilleur que le tien,
  • 1:20 - 1:23
    la volée est bien meilleure
    que la tienne... »
  • 1:23 - 1:28
    Et au moment de lui dire :
    « Et au service, il n'y a pas photo »,
  • 1:28 - 1:30
    il a dit : « Pfff, arrête, arrête.
  • 1:30 - 1:33
    Tu ne me donnes pas envie
    d'aller sur le court. »
  • 1:33 - 1:36
    Je lui ai dit : « Si tu veux,
    je pourrais te mentir
  • 1:36 - 1:39
    mais tout à l'heure, Federer
    ne se donnera pas la même peine,
  • 1:39 - 1:43
    il vaut mieux que tu saches
    ce que tu dois affronter ;
  • 1:43 - 1:46
    à partir de là,
    nous chercherons des solutions. »
  • 1:46 - 1:48
    C'est ma façon de voir,
  • 1:48 - 1:52
    une partie de ma façon
    de voir l'entraînement.
  • 1:52 - 1:56
    Accepter la réalité,
    une chose assez difficile de nos jours.
  • 1:57 - 2:00
    De nos jours, il semble que
    nous devons toujours donner
  • 2:00 - 2:05
    des messages positifs à nos semblables.
  • 2:06 - 2:09
    Nous devons leur dire constamment
  • 2:09 - 2:13
    qu'ils sont presque les meilleurs,
    qu'ils sont très bons.
  • 2:13 - 2:18
    Je crois que ce n'est pas un bon principe,
    je préfère l'autre principe.
  • 2:18 - 2:20
    Le fait de savoir
    que je ne suis pas assez bon.
  • 2:21 - 2:23
    Je crois que quand quelqu'un
  • 2:23 - 2:27
    sait qu'il n'est pas assez bon
    et connaît la réalité,
  • 2:27 - 2:32
    c'est le premier pas, le point de départ,
    pour atteindre les objectifs.
  • 2:33 - 2:35
    Je l'ai toujours vu ainsi.
  • 2:36 - 2:39
    J'ai toujours évité la surévaluation
  • 2:39 - 2:43
    des garçons que j'ai entraînés,
    surtout de Rafael.
  • 2:44 - 2:48
    Parce que, bien sûr, c'était mon neveu
    et je pouvais le faire.
  • 2:48 - 2:53
    Je me souviens avoir ajouté,
    après lui avoir dit cela :
  • 2:53 - 2:58
    « Si tu es capable de jouer chaque point
    comme si c'était le dernier,
  • 2:58 - 3:04
    si tu es capable de jouer ce match
    comme si ta vie en dépendait,
  • 3:04 - 3:07
    si tu y mets plus d'envie que lui,
  • 3:07 - 3:10
    et que tu es disposé
    à courir plus que lui,
  • 3:10 - 3:13
    je crois que tu auras
    beaucoup de chances de victoire. »
  • 3:13 - 3:16
    J'ai toujours cru
    en ses chances de victoire
  • 3:16 - 3:20
    bien que parfois, la vérité,
    est que ça ne s'est pas bien terminé.
  • 3:21 - 3:23
    La fille à qui j'ai dit
    qu'elle ne savait pas jouer
  • 3:23 - 3:27
    est devenue la quatrième joueuse
    d'Espagne dans sa catégorie,
  • 3:27 - 3:29
    ce qui n'était pas mal.
  • 3:29 - 3:35
    Cette recherche de l'objectivité
    et l'évitement du mensonge,
  • 3:35 - 3:40
    comme je l'ai dit, ne m'ont jamais empêché
    d'avoir une confiance maximale
  • 3:40 - 3:43
    en notre capacité
    à atteindre nos objectifs.
  • 3:44 - 3:45
    Toujours.
  • 3:45 - 3:50
    J'ai toujours eu une confiance maximale
    en Rafael pour atteindre ses objectifs
  • 3:50 - 3:53
    avec du travail, bien entendu.
  • 3:53 - 3:57
    Je me souviens il y a longtemps,
    j'étais chez Carlos Moyá.
  • 3:58 - 4:00
    Carlos Moyá m'a demandé -
  • 4:01 - 4:03
    Rafael avait une quinzaine d'années -
    il m'a demandé :
  • 4:04 - 4:11
    « Signerais-tu pour un futur dans lequel
    Rafael devient un Albert Costa ? »
  • 4:11 - 4:14
    Albert Costa venait de gagner
    Roland Garros,
  • 4:14 - 4:17
    il était le septième joueur mondial.
  • 4:17 - 4:20
    Et je lui ai dit : « Je ne signe pas.
  • 4:20 - 4:25
    Je pense que Rafael sera meilleur ;
    j'ose penser que Rafael sera meilleur. »
  • 4:25 - 4:28
    Carlos Moyá a été surpris
    par une telle affirmation.
  • 4:29 - 4:32
    Parce que Rafael était juste une promesse
  • 4:32 - 4:37
    et aspirer à être aussi champion
    de Roland Garros n'était pas si facile.
  • 4:37 - 4:39
    Et ensuite il m'a demandé :
  • 4:39 - 4:45
    « Signerais-tu pour un futur dans lequel
    Rafael devient un Carlos Moyá ? »
  • 4:46 - 4:47
    Je lui ai dit...
  • 4:47 - 4:51
    Carlos Moyá a aussi gagné
    un Roland Garros,
  • 4:51 - 4:56
    il a été numéro un mondial,
    cinq ans l'un des huit meilleurs.
  • 4:57 - 4:58
    Je lui ai dit :
  • 4:59 - 5:03
    « Oui, je signe
    pour qu'il devienne un Carlos Moyá. »
  • 5:05 - 5:08
    Nous dînions, il nous avait invités.
  • 5:08 - 5:11
    Nous prenions congé,
    mais juste après avoir fermé la porte,
  • 5:12 - 5:15
    quand Rafael et moi partions,
  • 5:15 - 5:18
    je lui ai dit : « En vrai,
    je ne signe même pas en blague. »
  • 5:18 - 5:20
    (Rires)
  • 5:20 - 5:22
    Chez lui, évidemment,
    il ne pouvait pas perdre la face.
  • 5:22 - 5:26
    Il ne restait plus
    qu'à bien forger le caractère.
  • 5:26 - 5:30
    J'ai été un entraîneur qui s'inquiète
  • 5:30 - 5:34
    presque plus de forger
    le caractère de Rafael,
  • 5:34 - 5:36
    lui forger un caractère fort,
  • 5:36 - 5:39
    que de bien le former techniquement.
  • 5:39 - 5:42
    Ainsi ces coups si bizarres ont payé
  • 5:42 - 5:46
    au-dessus de la tête,
  • 5:46 - 5:51
    ou que ça frappe comme aujourd'hui,
    et je crois que ça va frapper mieux,
  • 5:51 - 5:56
    mais pendant des années,
    je n'ai pas réussi à ce qu'il apprenne.
  • 5:56 - 5:57
    Bien qu'en vrai,
  • 5:57 - 6:01
    ce ne fut jamais ma faute
    qu'il n’apprenne pas à frapper.
  • 6:01 - 6:02
    Ça a toujours été la sienne...
  • 6:02 - 6:03
    (Rires)
  • 6:03 - 6:09
    car, comme je l'ai dit il y a longtemps
    à un père dont j’entraînais le fils,
  • 6:10 - 6:14
    qui voyant le désastre
    que faisait son fils, me dit :
  • 6:14 - 6:17
    « C'est ce que vous
    enseignez à mon fils ? »
  • 6:17 - 6:19
    Je lui ai dit : « Non, non,
    c'est ce qu'il apprend.
  • 6:19 - 6:21
    Ce que j'enseigne n'a rien à voir. »
  • 6:21 - 6:22
    (Rires)
  • 6:22 - 6:28
    (Applaudissements)
  • 6:32 - 6:35
    Ça ne m'a jamais plu
    d'assumer la responsabilité,
  • 6:35 - 6:38
    c'est pourquoi depuis tout petit,
  • 6:38 - 6:41
    je laisse Rafael
    assumer la responsabilité.
  • 6:41 - 6:44
    Je suis réputé pour être
    un entraîneur exigeant,
  • 6:44 - 6:49
    je l'ai été en grande partie,
    j'ai été un entraîneur dur.
  • 6:49 - 6:54
    Je ne crois pas à la dureté comme une fin
    mais comme un moyen.
  • 6:54 - 6:59
    J'ai été un entraîneur exigeant
    parce que j'avais une grande estime,
  • 6:59 - 7:02
    une grande estime pour mon neveu.
  • 7:02 - 7:08
    Je n'aurais jamais été exigeant avec
    quelqu'un ne supportant pas la dureté
  • 7:08 - 7:10
    ou ne supportant pas une telle exigence.
  • 7:10 - 7:13
    Mais je ne serai jamais
    exigeant avec quelqu'un
  • 7:14 - 7:19
    que je n'apprécie pas beaucoup,
    pour qui je n'ai pas une grande estime.
  • 7:19 - 7:23
    Comme je voulais le bien de mon neveu,
  • 7:23 - 7:24
    j'ai été très exigeant.
  • 7:24 - 7:26
    Je crois que cela
  • 7:28 - 7:29
    est quelque chose d'essentiel.
  • 7:29 - 7:31
    Et pour être exigeant,
  • 7:31 - 7:33
    eh bien, j'ai toujours essayé
    que cette exigence
  • 7:33 - 7:37
    devienne une auto-exigence.
  • 7:37 - 7:40
    On ne peut pas
    toujours être en train de tirer
  • 7:42 - 7:44
    son joueur, dans mon cas,
  • 7:44 - 7:48
    ou à qui que ce soit que tu entraînes,
    peu importe l'activité.
  • 7:48 - 7:51
    Ainsi, j'ai toujours fait en sorte
    que Rafael se sente
  • 7:51 - 7:54
    lui-même responsable.
  • 7:54 - 7:56
    Je crois qu'il l'a assumé.
  • 7:56 - 8:01
    Il y a quelques années,
    je l'ai accompagné à un tournoi
  • 8:01 - 8:02
    avec un autre joueur.
  • 8:03 - 8:05
    Je l'accompagnais et
  • 8:06 - 8:08
    je me souviens qu'il jouait son match
  • 8:08 - 8:11
    en même temps que l'autre joueur
    que j'accompagnais aussi.
  • 8:12 - 8:15
    Je voyais mon neveu jouer de loin,
  • 8:15 - 8:17
    mon neveu était un désastre complet.
  • 8:18 - 8:20
    Il perdait 5-0
    contre un garçon pas très bon.
  • 8:24 - 8:29
    A ce moment-là, un de mes amis
    ancien joueur est arrivé et m'a dit :
  • 8:29 - 8:33
    « Je crois que ton neveu
    joue avec une raquette cassée. »
  • 8:33 - 8:35
    Pour ceux qui ont déjà joué au tennis,
  • 8:36 - 8:38
    avec le cadre cassé,
    il est presque impossible de jouer,
  • 8:38 - 8:40
    les balles sortent en permanence,
  • 8:40 - 8:43
    en dehors du court,
    elles partent toutes en dehors.
  • 8:43 - 8:45
    Je me suis rapproché
    de Rafael et lui ai dit :
  • 8:45 - 8:49
    « Eh oh, la raquette est cassée,
    je crois que la raquette est cassée. »
  • 8:49 - 8:53
    Et il a dit :
    « Merde, c'est vrai, je la change. »
  • 8:53 - 8:59
    Il l'a changée, son jeu a aussi changé,
    mais au final il a perdu 6-0, 7-5.
  • 8:59 - 9:03
    Quand le match s'est terminé,
    je me suis approché de lui et lui ai dit :
  • 9:05 - 9:08
    « Tu peux me dire qu'un gars... ? »
    il avait 15 ans, je crois
  • 9:09 - 9:13
    « Tu peux me dire qu'un gars
    qui joue depuis tant d'années,
  • 9:13 - 9:16
    ne sait pas voir
    quand une raquette est cassée ? »
  • 9:16 - 9:19
    Et sa réponse a été très claire,
    il m'a dit :
  • 9:19 - 9:23
    « J'ai tellement l'habitude
    que ça soit ma faute,
  • 9:23 - 9:28
    que je n'ai pas imaginé que
    la raquette pourrait me faire perdre. »
  • 9:28 - 9:29
    (Rires)
  • 9:29 - 9:33
    (Applaudissements)
  • 9:39 - 9:42
    Ça a été le même discours toute la vie.
  • 9:42 - 9:43
    Peu de fois...
  • 9:43 - 9:47
    Je crois qu'il est nécessaire
    d’avoir un sens de l'autocritique,
  • 9:47 - 9:52
    il est difficile d'avancer, d'améliorer,
    sans un bon sens de l'autocritique.
  • 9:52 - 9:55
    J'ai essayé de faire en sorte
    qu'il en ait toujours.
  • 9:55 - 10:00
    J'ai fait en sorte qu'il ne me donne
    jamais de justifications,
  • 10:00 - 10:03
    ni dans les défaites,
    ni dans ce qui lui arrivait.
  • 10:03 - 10:06
    C'est trop facile de se justifier,
  • 10:06 - 10:09
    se justifier en permanence.
  • 10:10 - 10:13
    À l'académie, ils m'ont demandé
  • 10:13 - 10:16
    de donner quelques phrases
    pour motiver les gars.
  • 10:16 - 10:19
    Je ne sais pas si
    je les ai motivés ou démotivés.
  • 10:20 - 10:23
    Mais je me souviens
    qu'une des phrases était :
  • 10:23 - 10:26
    « Une excuse ne nous a jamais permis
    de gagner un match. »
  • 10:26 - 10:27
    Et c'est la réalité.
  • 10:27 - 10:31
    Il y a quelques années,
    nous étions à l'US Open
  • 10:31 - 10:36
    et cette fois-là,
    Rafael n'attrapait pas bien les balles.
  • 10:36 - 10:38
    Nous jouions et c'était un désastre.
  • 10:39 - 10:40
    Chaque jour d'entraînement :
  • 10:40 - 10:43
    « Ces balles ne me vont pas,
    elles n'ont pas d'effet. »
  • 10:43 - 10:47
    « Bizarre » lui disais-je. Bon.
  • 10:47 - 10:52
    Le lendemain, même chose ;
    les excuses me dérangent beaucoup.
  • 10:52 - 10:55
    Il a gagné son premier match,
    le deuxième, le troisième ;
  • 10:55 - 10:57
    mais fatigué de l'écouter, je lui ai dit :
  • 10:57 - 11:01
    « Écoute, il faut que tu perdes,
  • 11:01 - 11:05
    perds et à Majorque,
    les balles auront de l'effet. »
  • 11:05 - 11:06
    Il m'a écouté : il a perdu.
  • 11:06 - 11:07
    (Rires)
  • 11:07 - 11:12
    Il a perdu, il n'est pas allé
    à Majorque, mais à Pékin,
  • 11:12 - 11:17
    moi, je suis allé à Majorque, puis
    nous nous sommes retrouvés à Naples.
  • 11:18 - 11:21
    Bizarrement, à Pékin,
    il a gagné le tournoi.
  • 11:21 - 11:23
    Il a gagné tous ses matchs,
  • 11:23 - 11:25
    contre le numéro trois mondial,
    le numéro cinq.
  • 11:25 - 11:28
    Il a joué un grand tournoi,
    je le regardais à la télévision.
  • 11:28 - 11:32
    Je savais avec quelles balles il jouait,
    c'était les mêmes qu'à l'US Open.
  • 11:32 - 11:35
    Merde ! Quand je l'ai retrouvé,
    je lui ai dit :
  • 11:35 - 11:38
    « Dis-moi, à Pékin,
    tu as joué avec quelles balles ? »
  • 11:38 - 11:41
    Et lui à moitié honteux m'a dit :
    « Avec les Wilson. »
  • 11:42 - 11:43
    Ah ! À Pékin, elles ont de l'effet,
  • 11:43 - 11:47
    à New York, non,
    mais à Pékin, elles ont de l'effet.
  • 11:48 - 11:49
    Donc c'est toujours pareil.
  • 11:49 - 11:55
    Puis il est allé en Australie
    et quand il a joué son quatrième match,
  • 11:55 - 11:58
    et il ne jouait pas très bien,
    je lui dis : bof !
  • 11:58 - 12:02
    Il m'a appelé après et je lui ai dit :
    « Tu n'as pas très bien joué. »
  • 12:02 - 12:06
    Et la première chose qu'il m'a dite a
    été : « C'est qu'il faisait très chaud. »
  • 12:06 - 12:09
    Il ne faisait chaud que d'un côté,
    parce que de l'autre...
  • 12:09 - 12:11
    l'autre jouait très bien.
  • 12:11 - 12:13
    (Rires)
  • 12:13 - 12:16
    (Applaudissements)
  • 12:20 - 12:26
    Comme j'ai dit, j'ai essayé de renforcer
    le caractère de Rafael, et je l'ai fait
  • 12:27 - 12:30
    en essayant d'encourager
    sa capacité d’endurance
  • 12:30 - 12:32
    parce que je crois que
    c'est déterminant dans la vie.
  • 12:32 - 12:34
    La capacité d'endurance.
  • 12:34 - 12:38
    Il y a quelques années,
    j'étais dans un collège,
  • 12:38 - 12:41
    et j'écoutais le professeur
    qui nous disait :
  • 12:41 - 12:44
    « Dans la vie, il faut savoir
    conjuguer le verbe "se contrôler" ».
  • 12:44 - 12:47
    Lui l'a conjugué d'une autre façon.
  • 12:47 - 12:48
    Il nous disait :
  • 12:48 - 12:51
    « Je me contrôle, tu te contrôles,
    il se contrôle. »
  • 12:52 - 12:54
    « Nous nous contrôlons »
    disait le professeur.
  • 12:54 - 12:56
    J'ai appris à Rafael à conjuguer :
  • 12:56 - 12:57
    « Je me contrôle, je te contrôle. »
  • 12:57 - 12:59
    J’étais difficile à contrôler.
  • 12:59 - 13:03
    Pendant des années, je l'ai entraîné
    avec des balles en mauvais état,
  • 13:03 - 13:06
    sur des courts de mauvaise qualité.
  • 13:06 - 13:09
    Je lui disais : « Aujourd’hui,
    on va s'entraîner une heure et demi »,
  • 13:09 - 13:13
    puis je rallongeais l'entraînement
    indéfiniment
  • 13:13 - 13:18
    parce que ce qui m'intéressait
    était qu'il prenne de l'endurance.
  • 13:18 - 13:23
    Je souhaitais qu'il apprenne
    à fortifier surtout son caractère.
  • 13:23 - 13:25
    Je crois que c'est ce qui est déterminant,
  • 13:25 - 13:28
    c'est ce qui a été
    déterminant dans la vie.
  • 13:28 - 13:31
    Je crois que le caractère
    se forge dans la difficulté
  • 13:31 - 13:35
    et je crois que
    c'est la grande erreur de nos jours.
  • 13:35 - 13:40
    Il en résulte aujourd'hui que
    les garçons, ayant beaucoup de choses,
  • 13:40 - 13:44
    ayant toute une technologie derrière,
  • 13:44 - 13:48
    il en résulte qu'ayant
    des nutritionnistes,
  • 13:48 - 13:52
    ayant des études biomécaniques,
  • 13:52 - 13:57
    des études audiovisuelles,
    ils analysent les coups,
  • 13:57 - 14:00
    les statistiques qui te disent
    ce que tu dois faire ;
  • 14:00 - 14:04
    il en résulte qu'il leur coûte
    beaucoup plus de s'améliorer.
  • 14:05 - 14:07
    Voici un exemple très clair.
  • 14:07 - 14:10
    Quand nous sommes arrivés
    sur le circuit professionnel,
  • 14:10 - 14:14
    les premiers du circuit
    professionnel étaient :
  • 14:14 - 14:16
    Hewitt, 21 ans.
  • 14:16 - 14:18
    Roddick, 20 ans.
  • 14:19 - 14:22
    Ce Suisse y était déjà, 21 ans, Federer.
  • 14:22 - 14:25
    Coria, 21. Nalbaldian, 21.
  • 14:26 - 14:29
    Ferrero, 23. Safin, 24.
  • 14:29 - 14:34
    Je crois que Moyá et Agassi
    étaient un peu plus âgés.
  • 14:35 - 14:41
    De nos jours, il se trouve que
    les premiers du circuit sont :
  • 14:42 - 14:44
    Federer, 36 ans.
  • 14:44 - 14:46
    Rafael, bientôt 32.
  • 14:47 - 14:49
    Murray et Djokovic, 31.
  • 14:49 - 14:51
    Wawrinka, 33.
  • 14:53 - 14:55
    Del Potro, bientôt 30.
  • 14:55 - 14:58
    Čilić, 30. Berdych, 33.
  • 14:59 - 15:00
    Que s'est-il passé ?
  • 15:00 - 15:02
    Pourquoi coûte-t-il plus aux gens
  • 15:02 - 15:06
    d'aujourd'hui de détrôner ceux d'avant ?
  • 15:06 - 15:09
    Je crois que c'est simplement
    parce qu'ils n'ont pas compris
  • 15:09 - 15:11
    ce qui est essentiel.
  • 15:11 - 15:13
    L'essentiel...
  • 15:14 - 15:16
    Évidemment, je ne suis pas
    contre la technologie.
  • 15:16 - 15:19
    Le monde avance et
    la technologie va nous aider,
  • 15:20 - 15:22
    mais je crois qu'il y a des choses qui,
  • 15:23 - 15:27
    surtout dans les étapes de formation,
    n'aident pas.
  • 15:27 - 15:29
    Rendre la vie si facile aux jeunes
  • 15:29 - 15:32
    je crois que ça n'aide en rien.
  • 15:33 - 15:36
    Je crois qu'il est mieux parfois
  • 15:36 - 15:40
    de maîtriser un peu les progrès
  • 15:40 - 15:43
    et de revenir à l'essentiel.
  • 15:43 - 15:47
    Pour nous, l'essentiel a toujours été :
  • 15:49 - 15:51
    la persévérance,
  • 15:51 - 15:55
    le respect de l’adversaire,
  • 15:55 - 15:59
    l'effort, le sacrifice, la discipline.
  • 15:59 - 16:03
    Les technologies
    n'ont jamais été l’essentiel.
  • 16:03 - 16:08
    Je crois que c'est ce que
    tous les jeunes devraient comprendre.
  • 16:08 - 16:12
    C'est ce que je comprends
    qui a été fondamental chez Rafael :
  • 16:12 - 16:17
    comprendre que tout ce qui lui arrivait
    était de sa responsabilité,
  • 16:18 - 16:20
    être prêt à lutter jusqu’à la fin.
  • 16:20 - 16:22
    Rafael avait beaucoup de problèmes :
  • 16:22 - 16:25
    physiques, des blessures...
  • 16:25 - 16:27
    Je n'aime pas les lamentations,
  • 16:27 - 16:30
    et quand il m'a dit avoir un tas
    de problèmes, je lui ai dit :
  • 16:30 - 16:33
    « Regarde, voilà ce qu'il y a,
    nous devons lutter avec ça. »
  • 16:33 - 16:37
    Je comprends que ceci est ce qu'il y a
    de fondamental, pas seulement pour Rafael,
  • 16:37 - 16:39
    mais pour n'importe qui aspirant
  • 16:39 - 16:44
    à atteindre des objectifs élevés.
  • 16:44 - 16:47
    J'ai constaté des années plus tard
  • 16:49 - 16:55
    que je pensais que Borg, McEnroe, Lendl,
    étaient des gens exceptionnels,
  • 16:55 - 17:01
    je croyais que leurs entraîneurs
    étaient aussi de très bons entraîneurs.
  • 17:01 - 17:06
    Je croyais qu'ils les avaient
    dotés d'un don spécial.
  • 17:06 - 17:11
    J'ai constaté comment un garçon
    de Manacor, un garçon normal,
  • 17:11 - 17:17
    bon, je ne sais pas s'il a atteint
    le niveau de McEnroe ou Lendl,
  • 17:17 - 17:20
    mais qu'avec des efforts
    et des sacrifices,
  • 17:20 - 17:23
    il a réussi à atteindre
    beaucoup des objectifs
  • 17:24 - 17:26
    qu'il s'était fixés plus jeune.
  • 17:26 - 17:31
    C'est pour ça que
    je comprends que s'il a réussi,
  • 17:31 - 17:36
    évidemment beaucoup de gens,
    beaucoup parmi nous, peuvent y arriver.
  • 17:36 - 17:41
    Et je ne sais pas si tout le monde
    peut réussir à devenir numéro un,
  • 17:41 - 17:44
    aujourd'hui numéro deux à partir de lundi,
  • 17:44 - 17:46
    je ne sais pas s'ils peuvent réussir cela
  • 17:46 - 17:51
    mais ce dont je suis sûr c'est que
    tous, tous ou presque,
  • 17:51 - 17:53
    nous pouvons réussir à
    avancer et nous améliorer.
  • 17:53 - 17:54
    Merci beaucoup.
  • 17:54 - 17:57
    (Applaudissements)
Title:
La valeur de l'effort | Toni Nadal | TEDxMalagueta
Description:

Celui qui a été pendant presque trois décennies l'entraîneur, le mentor, le soutien, le stratège et l'ancre émotionnelle de Rafa Nadal, l'un des meilleurs joueurs de tennis de l’histoire, nous dévoile quelques-unes des clés de sa pédagogie : l'humilité, l'effort, le respect de l'adversaire, la modestie, etc. Il nous l'explique ponctuée d’anecdotes sur son parcours avec Rafa.

Cette présentation a été donnée lors d'un événement TEDx local utilisant le format des conférences TED mais organisé indépendamment. En savoir plus : http://ted.com/tedx

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Video Language:
Spanish
Team:
closed TED
Project:
TEDxTalks
Duration:
18:01

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