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← Les opportunités cachées de l'économie informelle

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Showing Revision 44 created 12/26/2017 by eric vautier.

  1. Les marchés informels de l'Afrique
    sont, selon le stéréotype,

  2. des lieux chaotiques et nonchalants.
  3. Le désavantage du mot « informel »,
  4. c'est ce stéréotype automatique,
  5. et très négatif.
  6. Il entraîne d'importantes répercussions
    et pertes économiques ;
  7. 40 à 60% du bénéfice
    est ainsi retranché,
  8. uniquement pour les marchés informels.
  9. En dressant la carte de
    l'écosystème commercial informel,
  10. nous avons fait une analyse
    documentaire approfondie
  11. de tous les rapports et recherches
    sur le commerce transfrontalier
  12. en Afrique de l'Est
    sur 20 ans.
  13. Nous préparions le travail de terrain
    pour comprendre
  14. ce qui freinait le commerce informel
    dans ce secteur.
  15. Ce que nous avons découvert
    sur ces 20 dernières années,

  16. c'est que personne n'avait fait
    la distinction entre ce qui est illicite,
  17. comme la contrebande
    dans le secteur informel,
  18. de ce qui est légal, mais non enregistré,
  19. comme les tomates,
    les oranges, les fruits.
  20. Cette criminalisation de
  21. ce que, en swahili, on appelle
    « biashara », ou commerce,
  22. par opposition à « magendo »,
    ou contrebande,
  23. cette criminalisation
    du secteur informel,
  24. parce que cette distinction
    n'existe pas en anglais,
  25. coûterait à chaque économie africaine
    de 60 à 80% de la progression
  26. du taux de croissance annuel de leur PIB,
  27. car nous ne reconnaissons pas
    le moteur
  28. qui fait tourner ces économies.
  29. Le secteur informel crée
    quatre fois plus d'emplois

  30. que l'économie officielle,
    traditionnelle
  31. ou « moderne », comme
    beaucoup la désignent.
  32. Il offre des opportunités d'emploi
    et de génération de revenus
  33. aux personnes « non qualifiées »
    dans des domaines conventionnels.
  34. Sauriez-vous faire une friteuse
    à partir d'une vieille voiture ?
  35. Voilà, mesdames et messieurs,

  36. ce qui mérite urgemment
    d'être reconnu.
  37. Si on ne change pas nos hypothèses,
    ce sera considéré comme criminel,
  38. une chose de l'ombre,
  39. illégale,
  40. on ne tentera pas d'intégrer
    l'écosystème économique informel
  41. à l'économie officielle ou mondiale.
  42. Je vais vous raconter l'histoire
    de Teresia,

  43. une commerçante
    qui a renversé toutes nos hypothèses,
  44. tous les stéréotypes attendus
  45. à partir des 20 années
    d'analyse documentaire.
  46. Teresia vend des vêtements sous
    un arbre à Malaba, une ville
  47. à la frontière de
    l'Ouganda et du Kenya.
  48. Vous vous dites que
    c'est très simple, non ?
  49. Accrocher de nouveaux
    vêtements aux branches,
  50. étendre la bâche, nous installer,
    attendre les clients
  51. et voilà.
  52. Teresia était tout ce que nous
    nous attendions
  53. selon l'analyse et la recherche,
  54. puisqu'elle était aussi
    une mère célibataire
  55. faisant du commerce
    pour soutenir ses enfants.
  56. Alors, qu'est-ce qui a bouleversé
    nos hypothèses ?

  57. Qu'est-ce qui nous a surpris ?
  58. D'abord, elle paye des frais
    de marché au gouvernement local
  59. pour chaque journée de travail
  60. pour le privilège de tenir
    boutique sous son arbre.
  61. Elle le fait depuis 7 ans
  62. et elle possède des reçus.
  63. Elle tient des dossiers.
  64. Il ne s'agit pas
    d'une commerçante africaine
  65. marginale, défavorisée
  66. et vulnérable au bord de la route.
  67. C'est quelqu'un qui tient des registres
    de ventes depuis des années,
  68. qui dispose de tout un écosystème
    de commerce de détail provenant d'Ouganda
  69. pour son inventaire,
  70. qui a des livreurs avec des diables
    pour la marchandise,
  71. et un agent d'argent mobile
    qui vient chercher l'argent
  72. à la fin de la soirée.
  73. Essayez de deviner combien
    Teresia dépense, en moyenne,
  74. chaque mois sur l'inventaire,
  75. en nouveau stock de vêtements
    qu'elle reçoit de Nairobi ?
  76. 1500 dollars.
  77. Environ 20 000 $ US investis
    en biens et services commerciaux
  78. chaque année.
  79. Voilà qui est Teresia,
  80. la femme invisible,
  81. le milieu caché.
  82. Et elle n'est que le premier échelon
    des petits entrepreneurs,

  83. des microentreprises qu'on
    trouve dans ces villes de marché.
  84. Dans la région frontalière
    de Malaba, elle est au premier échelon.
  85. Les personnes situées plus haut
    dans la chaîne de valeur
  86. œuvrent dans au moins
    trois secteurs d'activité,
  87. y investissant de 2500 à
    3000 dollars par mois.
  88. Donc le problème,
    ce n'était pas la criminalisation ;
  89. vous ne pouvez pas vraiment criminaliser
    une personne que vous facturez.
  90. C'est plutôt le manque de reconnaissance
    de ces emplois spécialisés.
  91. Les systèmes bancaires n'ont
    aucun moyen de les reconnaître
  92. comme microentreprises,
  93. encore moins considérant que
  94. cet arbre n'a pas d'adresse postale.
  95. Alors elle est coincée au milieu,

  96. passe entre les mailles
    du filet, de nos hypothèses.
  97. Vous connaissez le microcrédit qui
    aide les commerçantes africaines ?
  98. Ce sont des prêts de 50 ou 100 dollars.
  99. Qu'est-ce qu' elle ferait avec ça ?
  100. Elle dépense 10 fois ce montant
    chaque mois,
  101. juste en inventaire,
  102. sans compter
    les services supplémentaires
  103. ou l'écosystème de soutien.
  104. Ces gens ne correspondent ni
    au stéréotype des politiques
  105. pour personnes peu qualifiées
    et marginalisées,
  106. ni à celui du col blanc,
    employé de bureau salarié
  107. ou fonctionnaire avec sa pension
  108. qui formeraient la classe moyenne.
  109. Il s'agit plutôt ici de de proto-PME,

  110. les jeunes pousses des entreprises
  111. qui font tourner le moteur de l'économie.
  112. Elles apportent de quoi se nourrir.
  113. Même ici dans cet hôtel,
    les personnes invisibles,
  114. les métiers terrestres,
  115. ceux qui fabriquent les
    friteuses pour vos frites
  116. et font vos lits.
  117. Voilà les commerçantes invisibles
    qui font des affaires à la frontière,
  118. sur le bord de la route,
  119. et donc invisibles pour
    les collecteurs de données.
  120. Et elles se confondent dans
    le vaste secteur informel
  121. qui ne distingue pas
    entre passeurs, fraudeurs fiscaux
  122. ou d'autres types de commerce illégal,
  123. et les commerçantes qui travaillent
  124. pour avoir à manger et
    envoyer leurs enfants à l'université.
  125. Donc voici ce que je me demande.

  126. Voici tout ce que nous devons faire.
  127. Pourquoi ne pas commencer par reconnaître
    les compétences, les métiers ?
  128. Transformons d'abord l'économie
    informelle par cette reconnaissance,
  129. puis nous concevrons des débouchés
    adaptés pour leur permettre
  130. d'intégrer l'économie officielle,
  131. l'économie mondiale,
  132. tout le système.
  133. Mesdames et messieurs, merci.

  134. (Applaudissements)