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← Les dictateurs détestent les caricatures politiques alors je continue à en dessiner

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Showing Revision 6 created 02/04/2020 by Shadia Ramsahye.

  1. [Cette intervention est donnée en espagnol
  2. avec une traduction
    consécutive en anglais]
  3. (Rayma Suprani : Parle espagnol)

  4. Cloe Shasha : Quand j'étais petite,

  5. je dessinais sur les murs de ma maison.
  6. (RG : Parle espagnol)

  7. CS : Jusqu'à ce qu'un jour,
    ma mère s'énerve et me dise :

  8. « Tu peux dessiner sur un seul mur.
  9. Ne dessine pas sur les autres. »
  10. (Rires)

  11. (Parle espagnol)

  12. C'est la première fois que j'ai subi
    un acte de censure totalitaire.

  13. (Rires)

  14. (Parle espagnol)

  15. Mais un manque de liberté
    stimule et favorise la créativité.

  16. (Parle espagnol)

  17. De nombreuses années
    sont passées depuis mon enfance,

  18. mais durant mes études,
  19. je me suis surprise à dessiner
    dans les marges de mes cahiers
  20. plutôt que de prêter attention
    à mes professeurs.
  21. J'ai étudié le journalisme à l'université
  22. dans l'intention de développer
  23. mes compétences
    de communication et d'écriture
  24. mais la seule chose
    avec laquelle j'avais une affinité
  25. était le dessin.
  26. (Parle espagnol)

  27. Je suis née dans une démocratie,

  28. dans un pays appelé Venezuela,
    qui est maintenant une dictature.
  29. (Parle espagnol)

  30. Pendant 19 ans,

  31. j'étais la caricaturiste quotidienne
    d' « El Universal »,
  32. un des plus grands journaux au Venezuela.
  33. J'aimais vraiment traduire les événements
    politiques et culturels actuels
  34. en dessins.
  35. (Parle espagnol)

  36. En 2014, le journal m'a virée
    pour une de mes caricatures

  37. faisant allusion au système
    de santé au Venezuela.
  38. J'ai dessiné une ligne sur un moniteur
  39. mais j'ai intentionnellement
    dessiné la ligne
  40. pour qu'elle ressemble
    à la signature d'Hugo Chavez,
  41. l'ancien président du Venezuela.
  42. (Rires)

  43. (Parle espagnol)

  44. Tout cela est arrivé
    après que le journal ne soit acheté

  45. par une entreprise anonyme
  46. et certains d'entre nous soupçonnent
  47. que le gouvernement vénézuélien
    était derrière le marché.
  48. (Parle espagnol)

  49. Mon travail de caricaturiste
    est devenue une nuisance croissante

  50. pour la dictature.
  51. Ils n'ont aucune tolérance pour
    les libertés d'expression et de pensée.
  52. (Parle espagnol)

  53. Après avoir été virée,

  54. j'ai commencé à me sentir
    en danger dans mon propre pays.
  55. Je recevais des appels anonymes
    et des menaces de mort.
  56. J'étais moquée publiquement
    à la télévision nationale.
  57. J'ai été forcée de quitter le Venezuela
  58. et je vis aujourd'hui à Miami, en Floride,
  59. où je suis libre d'être
    l'éditrice de mon travail.
  60. (Parle espagnol)

  61. Une caricature politique est un baromètre
    de la liberté dans un pays.

  62. Les dictateurs détestent donc
    les caricaturistes
  63. et essayent d'éradiquer
    tout ce qui comprend de l'humour
  64. comme miroir pour les problèmes
    sociaux et politiques.
  65. (Parle espagnol)

  66. Une caricature comporte
    un équilibre fragile

  67. entre des idées et des dessins
    pour révéler une vérité cachée.
  68. (Parle espagnol)

  69. Une bonne caricature transmet
    l'intrigue d'un film entier

  70. en une seule image.
  71. (Parle espagnol)

  72. Une caricature doit communiquer
    l'essentiel d'une histoire avec précision.

  73. Quand elle est réussie,
  74. son message peut avoir pour effet
    d'inoculer les gens
  75. avec une dose de scepticisme.
  76. (Parle espagnol)

  77. Les caricatures sont dessinées
    à partir d'observation et d'analyse.

  78. Elles sont inspirées
    par les muses de la mythologie
  79. ainsi que des récits classiques,
    modernes et paléolithiques.
  80. (Rires)

  81. Quand on nous dit
    qu'un empereur des temps modernes

  82. porte de nouveaux vêtements,
  83. les caricatures révèlent que l'empereur
    est peut-être encore nu.
  84. (Parle espagnol)

  85. A un moment de ma carrière,

  86. j'ai dessiné des cochons
  87. et les ai comparés aux politiciens
    et à la garde nationale
  88. qui étaient responsables de l'interruption
    de manifestations étudiantes pacifiques.
  89. Un jour, quand je suis revenue au bureau,
  90. j'avais une lettre sur mon bureau.
  91. (Parle espagnol)

  92. Cette lettre venait de la fédération
    porcine vénézuélienne.

  93. (Rires)

  94. (Parle espagnol)

  95. La lettre disait :

  96. « Merci de ne pas comparer un animal
    aussi merveilleux que le cochon
  97. à des politiciens.
  98. Les cochons sont gentils et nobles,

  99. faisant de super mascottes
    ou animaux de compagnie
  100. et ils contribuent à nous nourrir
    sous la forme du porc. »
  101. (Parle espagnol)

  102. Je pense qu'ils avaient raison
    et je n'ai plus dessiné de cochons

  103. mais j'ai continué
    à dessiner des politiciens.
  104. (Rires)

  105. (Parle espagnol)

  106. Une caricature voyage
    sur une autoroute de l'information

  107. qui semble avoir de multiples voies
  108. mais, en réalité, toutes ces voies
  109. mènent à une réponse binaire :
    de la positivité ou de la fureur.
  110. « J'aime » et « Je n'aime pas ».
  111. Ce sont les seules réponses
  112. régissant la pensée
    démocratique sur internet.
  113. (Parle espagnol)

  114. Nous avons perdu l'espace
    pour un débat nuancé,

  115. nous n'avons pas le temps,
  116. nous répondons simplement
    avec approbation ou dédain
  117. et nous laissons les algorithmes
    prendre la main.
  118. (Parle espagnol)

  119. Mais une caricature naît
    d'une réflexion profonde et nuancée.

  120. Créer une bonne caricature
    implique des échecs répétés,
  121. brouillon après brouillon.
  122. Un caricaturiste doit
    se débarrasser de ses tabous
  123. pour susciter une conversation,
    plutôt qu'une confrontation,
  124. à travers son travail.
  125. (Parle espagnol)

  126. Au cours de l'année 2013,
    le président Chavez est décédé

  127. et j'ai dû réfléchir à quoi dessiner
    pour la caricature du jour
  128. chez « La Universal ».
  129. Personnellement, j'étais contente
    qu'il soit décédé
  130. car je pensais que la fin de son pouvoir
  131. rapprocherait potentiellement notre pays
    de la liberté et de jours meilleurs.
  132. (Parle espagnol)

  133. Mais de nombreuses autres personnes
    pleuraient le décès de Chavez,

  134. les sentiments étaient donc
    divisés au Venezuela.
  135. Certains faisaient la fête
  136. et d'autres pleuraient
    la perte de leur leader.
  137. (Parle espagnol)

  138. Je me sentais coincée,

  139. j'ignorais quoi dessiner
    lors de ce moment historique.
  140. Je savais ne pas pouvoir laisser
    mon bonheur infiltrer mon travail,
  141. que je devais m'élever au-dessus de cela
    et respecter la peine des gens.
  142. Que pouvais-je dessiner ?
  143. (Parle espagnol)

  144. J'ai passé de nombreuses heures
    à faire des ébauches et à les jeter.

  145. Mon éditeur m'a appelée et a dit
  146. que tout était en retard
    pour le journal du jour
  147. et m'a demandée quand j'aurais fini.
  148. C'est au milieu de la nuit
    que l'idée m'est venue.
  149. Nous avons publié une caricature
    qui représentait un moment historique.
  150. (Parle espagnol)

  151. Une pièce d'échecs rouge, un roi déchu.

  152. (Parle espagnol)

  153. Une bonne caricature
    a beaucoup de pouvoir.

  154. Elle peut susciter
    des actions et des réactions.
  155. C'est pourquoi un caricaturiste doit
    exercer son pouvoir de façon responsable,
  156. montrer la vérité
  157. et dessiner sans craindre
    les conséquences.
  158. (Parle espagnol)

  159. Avoir une opinion a un coût

  160. et, dans certains pays, ce coût est élevé.
  161. (Parle espagnol)

  162. Au Venezuela,

  163. beaucoup de jeunes ont été tués
    pour des manifestations pacifiques.
  164. Il y a des hommes et des femmes
    derrière les barreaux
  165. en tant que prisonniers politiques.
  166. Au fil des années,
  167. j'ai dessiné les visages
    de femmes emprisonnées
  168. car je ne veux pas qu'elles soient
    oubliées par la communauté.
  169. (Parle espagnol)

  170. Cette année, durant un événement
    appelé « El Floro Penal »,

  171. qui est un forum pénal
  172. où des avocats travaillent bénévolement
  173. pour les prisonniers
    politiques vénézuéliens,
  174. une jeune femme
    est venue me voir et m'a dit :
  175. « J'ai été emprisonnée,
  176. puis vous avez dessiné
    mon visage et mon histoire.
  177. C'est du fait de ce dessin
    que les gens ont su qui j'étais.
  178. Votre caricature m'a aidée
    à survivre à mes jours en prison.
  179. Merci. »
  180. (Parle espagnol)

  181. C'est un moment
    qui a beaucoup compté pour moi

  182. car j'avais trouvé une façon de collaborer
  183. avec les souvenirs
    de mon pays et de son peuple.
  184. (Parle espagnol)

  185. L'année dernière, j'ai commencé
    à faire des dessins sur l'immigration.

  186. J'ai dessiné mon monde, mes peurs,
  187. ma valise, mes racines
  188. et tout ce que j'avais dû
    laisser derrière moi au Venezuela.
  189. J'ai aussi dessiné la joie
    face à cette nouvelle opportunité
  190. en tant qu'immigrante aux États-Unis.
  191. (Parle espagnol)

  192. De là, j'ai travaillé
    sur une série de dessins

  193. représentant l'expérience
    et la psychologie de l'immigration.
  194. (Parle espagnol)

  195. Être un immigrant, c'est comme
    déménager sur une autre planète.

  196. Au début, vous ne comprenez rien
    de votre nouveau monde.
  197. Il y a de nouveaux codes,
    une nouvelle langue
  198. et des outils inconnus
    que vous devez apprendre à utiliser
  199. afin de vous adapter à votre nouvelle vie.
  200. (Parle espagnol)

  201. Être un immigrant, c'est ce qu'il y a
    de plus proche à être un astronaute

  202. ayant atterri sur la Lune.
  203. (Parle espagnol)

  204. Avec le temps, cette série de dessins
    est devenue une exposition itinérante

  205. appelée « Moi, Immigrant.e ».
  206. Et l'exposition est allée
    dans de multiples villes,
  207. y compris Miami, Houston,
    Madrid, Barcelone,
  208. et nous espérons qu'elle ira
    dans plus d'endroits.
  209. (Parle espagnol)

  210. L'exposition est devenue
    un lieu de rencontre pour la diaspora,

  211. pour que les gens se réunissent
  212. et reconnaissent
    leurs souffrances communes
  213. liées à l'immigration.
  214. (Parle espagnol)

  215. Je veux que ces dessins communiquent

  216. qu'un immigrant n'est pas un criminel.
  217. Un immigrant est une personne
    dont la vie a été brisée.
  218. Une personne qui a très probablement
    été séparée de sa famille
  219. dans des conditions inhumaines.
  220. Qui a été forcée de quitter son pays
    en quête d'une vie meilleure.
  221. (Parle espagnol)

  222. Un dessin peut être la synthèse d'un lieu,

  223. d'un univers, d'un pays ou d'une société.
  224. Il peut aussi représenter
  225. les rouages internes
    de l'esprit de quelqu'un.
  226. Pour moi, dessiner des caricatures
    est une forme de résistance.
  227. (Parle espagnol)

  228. Une caricature est comme
    une pierre de Rosette.

  229. Si nous la lançons dans l'espace,
  230. un extraterrestre sera capable
    de savoir avec certitude
  231. que dans le passé,
  232. nous avions un monde civilisé
    avec une pensée libre.
  233. (Parle espagnol)

  234. Ce mur sur lequel ma mère m'a offert
    la liberté d'écrire semble sans limites.

  235. Et c'est pour cette raison
    que je dessine encore.
  236. Merci beaucoup.

  237. (Acclamations et applaudissements)