-
Merci beaucoup, mesdames et messieurs
-
C'est une expérience très intéressante,
-
inhabituelle et étrange pour moi
-
de parler dans ma vile natale. Qui est…
-
Bien, parmi les livres
-
que Constance a mentionnés
lorsqu'elle m'a présenté,
-
Le guide du voyageur galactique,
Un cheval dans la salle de bains, etc
-
Ceux-ci n'étaient pas mes préférés.
-
Et mon livre préféré
-
est ce dont je vais
vous parler ce soir.
-
C'est drôle comme, comme souvent…
-
Pour pratiquement
tous les auteurs que je connais,
-
leur livre préféré est celui qui se vend le moins.
-
C'est un peu l'avorton de la portée,
-
c'est celui que vous avez toujours préféré.
-
Et j'aimerais vous raconter
comment celui-ci est né.
-
À un moment durant
la moitié des années 1980,
-
le téléphone sonna.
-
Et la voix dit :
-
"Nous voudrions que vous alliez à Madagascar.
-
Nous voudrions que vous y cherchiez
une espèce de lémurien très rare,
-
qui s'appelle Aye-aye.
-
L'avion décolle dans deux semaines,
-
nous souhaiterions que vous soyez à bord."
-
Et là, pensant qu'ils s'étaient
trompés de numéro, j'ai dit "oui !"
-
avant qu'ils réalisent leur erreur.
-
Mais il se trouve qu'ils avaient décidé
-
"Eh bien voilà quelqu'un qui
n'y connaît rien aux lémuriens,
-
rien à l'Aye-aye,
rien à Madagascar,
-
envoyons-le."
-
Alors j'ai commencé à me renseigner,
-
et il se trouve que c'est très intéressant.
-
Les lémuriens étaient autrefois
les primates dominants sur toute la terre.
-
C'étaient des créatures très
très douces et gentilles
-
Ils faisaient à peu près
la taille d'un chat,
-
et ils traînaient en haut des arbres
-
à profiter de la vie.
-
C'est alors que le Gondwana se sépara.
-
Ça sonne toujours comme si un groupe
de rock des années 70
-
se séparait pour divergences artistiques.
-
Mais comme vous vous
en rappelez sans doute,
-
le Gondwana était cette vaste
masse de terre continentale
-
qui consistait en
ce qui était alors devenu
-
l'Amérique du Sud, l'Afrique, l'Inde,
-
l'Asie du Sud-Est, l'Australasie
-
—euh, non—l'Australie,
l'Australie et non pas
-
— et ça sera important plus tard —
-
pas la Nouvelle Zélande
-
qui s'avère n'être qu'un tas de saletés
-
qui a émergé des
profondeurs de l'océan
-
Et comme je le disais,
-
Les lémuriens étaient les
primates dominants sur terre
-
et lorsque les continents se sont séparés,
-
et Madagascar en faisait partie,
-
Madagascar a
en quelque sorte dérivé
-
vers le milieu de ce qui devint
alors subitement l'Océan Indien.
-
Et prit avec elle un échantillon représentatif
-
du cheptel de l'époque,
-
qui incluait nombre de lémuriens.
-
Et ils sont restés comme ça
-
pendant des millions
et des millions d'années
-
dans une isolation splendide.
-
Tandis que, dans le reste du monde,
-
une nouvelle créature fit surface.
-
Une nouvelle créature arriva,
-
bien plus intelligente que les lémuriens,
-
— du moins d'après elle —
-
bien plus compétitive,
-
bien plus agressive,
-
et incroyablement intéressée
-
par tout ce qu'on peut faire avec des brindilles.
-
Les brindilles étaient absolument merveilleuses.
-
On peut tant faire avec des brindilles,
-
on peut fouiller le sol avec des brindilles,
-
on peut gratter sous l'écorce des arbres,
-
on peut se frapper l'un l'autre avec…
-
S'il y avait eu un Brindille Hebdo à l'époque,
-
ces créatures auraient fait la queue pour l'avoir.
-
Et ces créatures
-
— qu'on appelle singes comme
vous l'avez probablement deviné—
-
parce qu'elles étaient plus compétitives
et plus agressives,
-
et qu'elles vivaient dans
le même habitat que les lémuriens,
-
ont réussi à supplanter ceux-ci
-
partout dans le monde
en dehors de Madagascar.
-
Parce que Madagascar se trouvait
en plein milieu de l'Océan Indien
-
et qu'elles ne pouvaient pas y aller.
-
Du moins jusqu'il y a environ 1500 ans,
-
suite à de stupéfiantes avancées
des technologies à base de brindilles,
-
qui leur permirent d'y aller en bateau,
-
et par la suite en avion.
-
Et subitement les lémuriens,
qui ont disposé de cet endroit
-
pendant des millions et des
millions d'années,
-
faisaient subitement face à
leur vieil ennemi : le singe.
-
Donc, voilà Madagascar,
-
et il se trouve que le plus
rare des lémuriens
-
— et quand je dis le plus rare,
-
à ce moment précis des années 80
-
on pensait qu'ils étaient les plus rares;
-
on a depuis découvert un lémurien
encore plus rare appelé hapalémur doré
-
qui a pris la première place des
lémuriens en voie de disparition—
-
mais le Aye-aye est
un animal très singulier.
-
Il ressemble à un mélange
-
de différentes sortes d'animaux.
-
Par exemple, il a des espèces
d'oreilles de renard,
-
et a des dents un peu comme un lapin,
-
et a une queue qui ressemble
à une plume d'autruche,
-
et il a des yeux très bizarres,
-
en fait, il a les yeux de Marty Feldman.
-
Un peu comme s'il regardait
légèrement derrière vous
-
vers une autre dimension juste
au dessus de votre épaule gauche.
-
Mais il a également une caractéristique
très très particulière,
-
son majeur sur chaque main est
squelettique et très très long.
-
Et il se trouve qu'il n'y a
qu'un seul autre animal
-
dans le monde entier qui présente ce trait.
-
Et on appelle celui-ci
-
—j'adore les zoologistes;
ils ont une imagination tellement vive—
-
on l'appelle triok à longs doigts.
-
Cette créature vit en Nouvelle Guinée,
-
mais c'est son annulaire qui est
squelettique et allongé.
-
Et c'est bien ce qui démontre
-
qu'il n'y a aucun lien entre ces animaux,
-
c'est de la pure
convergence évolutive,
-
parce que le facteur commun
entre Madagascar et l'aye-aye,
-
et la Nouvelle Guinée et
le triok à longs doigts
-
c'est que dans aucun de ces habitats
il n'y a de pic-vert.
-
Ce qu'il y a, voyez-vous,
-
— la vie est très très opportuniste,
-
et profitera de toute source de nourriture
qu'elle pourra trouver autour d'elle.
-
Et s'il n'y a pas de pic-vert pour chercher
des asticots sour l'écorce des arbres,
-
dans ce cas, ce sera les mammifères
-
qui développeront un doigt long et squelettique
pour gratter sous l'écorce des arbres,
-
et accéder à cette source de nourriture
à savoir les asticots sous l'écorce.
-
Donc, l'aye-aye est une créature
très très étrange.
-
Et à ce moment là on pensait
qu'il n'en restait qu'une quinzaine.
-
Et ils ne vivaient pas sur Madagascar
à proprement parler,
-
mais sur une petite île
recouverte d'une forêt tropicale
-
juste au large de Madagascar,
appelée Nosy Mangabe,
-
sur la pointe Nord-Ouest de Madagascar.
-
Et pour y parvenir, vous devez
-
prendre un 747 jusqu'à Madagascar.
-
Puis un vieux coucou
-
de Madagascar jusqu'au port Nord-Ouest.
-
Et de là vous devez prendre une série
de moins en moins excellente
-
de charrettes et de camions etc,
-
jusqu'à un petit port où
devait nous attendre un bateau
-
qui devait nous emmener à Nosy Mangabe.
-
Nous voilà donc arrivés au port,
-
et nous cherchions le bateau
qui devait nous emmener à Nosy Mangabe,
-
et on n'arrivait pas à le trouver.
-
On demandait autour de nous
-
« Mais où est ce bateau ? »
-
et ils répondaient
« Il est juste là ! »
-
et on n'arrivait pas à voir ce
qu'ils montraient du doigt
-
parce que c'était masqué par
une énorme épave rouillée.
-
Comme vous l'avez deviné,
-
c'était l'énorme épave rouillée
-
avec laquelle nous devions
aller à Nosy Mangabe.
-
Et elle ne remplissait pas ce que je pensais
être un critère de base pour un bateau,
-
en cela qu'elle était en gros pleine d'océan.
-
Et pour moi la fonction
première d'un bateau
-
c'était de garder l'océan à l'extérieur.
-
Enfin bref, nous avons navigué
jusqu'à Nosy Mangabe.
-
C'est une île minuscule et très très jolie,
recouverte par une forêt tropicale.
-
Et nous nous sommes heurtés
à un problème majeur
-
qui est qu'évidemment cet animal
vit non seulement dans les arbres
-
— nul ne l'avait vu depuis bien des années —
-
mais en outre c'est également un animal nocturne.
-
Et la qualité des batteries
à Madagascar laissait à désirer.
-
On a donc passé nuit après nuit,
-
errant à travers la forêt tropicale,
-
sous ce qu'on ne peut décrire que comme la pluie.
-
De quoi devenir grincheux,
-
à passer nuit après nuit,
-
blottis sous des bâches,
-
priant pour que la pluie cesse.
-
Et de temps en temps
l'un de nous s'écriait
-
« Grr, quand va-t-on enfin trouver
ce satané animal ? »
-
En fait, c'est assez inouï,
-
nous avons trouvé cette hutte
qui devait être à un garde-chasse
-
— non, pas un garde-chasse— un garde forestier.
-
C'était une hutte minuscule.
-
Et en fait elle était pleine de vie sauvage.
-
Ce qui se produisait, voyez-vous,
-
c'est que vous ouvriez la porte,
-
et vous entendiez tout ce bruit…
-
et vous allumiez la lumière, et ça s'arrêtait.
-
Et là vous voyiez des araignées
géantes partout sur le mur,
-
chacune avec un insecte à demi-dévoré dans la bouche !
-
et là, « Oui ? »
-
Et vous éteigniez la lumière et…
-
C'était donc notre abri,
-
on s'est bien amusés.
-
Et par la suite…
-
Mais une nuit, une nuit,
-
nous étions tous, comme je le disais,
blottis sous nos bâches,
-
et je suis sorti faire un tour,
-
et subitement, subitement,
j'ai regardé en l'air, et sur une branche
-
à environ cette hauteur au dessus de ma tête
-
une créature émergea.
-
Cette créature avança sur la branche,
-
m'a jeté un regard,
-
et je la regardais, et alors qu'elle me contemplait
-
— elle n'a manifestement pas
du tout aimé ce qu'elle voyait —
-
elle a fait demi-tour et s'en est allée.
-
La rencontre dura une
dizaine de secondes en tout.
-
Et c'était ce pour quoi nous étions venus.
-
J'avais vraiment vu,
-
— on a tout juste réussi à en prendre
une photo quand elle est apparue —
-
mais j'ai subitement réalisé
que nous avions vu un aye-aye.
-
J'étais totalement subjugué par cet instant,
-
pour des raisons que je ne
m'expliquais pas totalement.
-
Parce qu'un mois auparavant je n'avais pas
même entendu parler de cet animal
-
et me voilà, la fixant du regard,
-
pensant que quelque chose d'extraordinaire
était en train de se produire.
-
J'ai donc commencé à y réfléchir un peu,
-
et voilà ce qu'il en est ressorti.
-
En voyageant jusque là,
en prenant un 747 jusqu'à Tananarive,
-
la capitale de Madagascar,
-
puis ce vieux coucou
-
qui nous a menés jusqu'au coin Nord-Ouest,
-
puis cette série de moins en moins excellente
de charrettes et de camions,
-
et enfin dans cet énorme épave rouillée
jusqu'à la forêt tropicale
-
où nous marchions à travers la forêt nuit après nuit,
-
c'était comme si nous avions fait une sorte de voyage temporel
-
en remontant le temps
-
à travers l'histoire des technologies
à base de brindilles.
-
Et ce qu'était cette rencontre,
-
ce que ça représentait, c'était que
-
j'étais un singe
qui regardait un lémurien.
-
Et quand on y pense,
-
il y a une très longue histoire
-
qui mène à ce moment, sans qu'on réalise
-
qu'on la porte en nous.
-
Nos racines sur cette planète
remontent à très très très longtemps,
-
et on a tendance à ne pas trop y penser.
-
Et il faut une confrontation de cet ordre
-
pour prendre conscience
de l'ampleur de notre famille.
-
Je me suis dit que
c'était tout à fait fascinant.
-
J'ai parlé au type qui faisait office de guide,
-
un zoologiste qu'on avait envoyé
-
pour s'assurer que je
ne tomberais pas d'un arbre.
-
Il s'appelait Mark Carwardine,
et je lui ai dit,
-
« J'aimerais vraiment qu'on puisse…
-
que diriez-vous qu'on aille
de par le monde
-
à la recherche d'autres espèces rares
et menacées d'animaux,
-
peut-être pour en faire un livre ? »
-
Il répondit « Eh bien c'est mon métier ! »
-
« Donc oui, d'accord. »
-
Et c'est ce qu'on a fait.
-
Il y a eu une pause à ce moment là
-
parce que je venais d'être
signé pour quelques romans.
-
j'ai donc écrit Un cheval dans la salle de bains
-
et Beau comme un aéroport,
-
et seulement après ce fut le moment de partir.
-
Et le premier endroit où nous allâmes,
-
c'était pour un certain lézard,
à savoir le dragon de Komodo.
-
Bien, vous savez à quoi
ressemblent les lézards, n'est-ce pas ?
-
je veux dire, ils font environ…
-
Le dragon de Komodo est
un peu plus grand que ça.
-
Le plus gros que nous ayons vu
faisait près de quatre mètres de long,
-
sa tête arrivait à peu près ici
-
« un putain de bestiau »,
selon le terme technique.
-
On pense qu'ils sont à l'origine
du mythe chinois du dragon
-
— parce qu'ils sont, eh bien, d'énormes
lézards géants,
-
ils sont couverts d'écailles, mangeurs d'hommes,
-
littéralement mangeurs d'hommes,
-
et s'ils ne crachent pas le
feu à proprement parler,
-
ils sont en revanche dotés de
la pire haleine connue de l'homme.
-
Et ils vivent sur une île nommée Komodo.
-
Comme si ça ne suffisait pas, il s'avère
-
que cette île comporte mille cinq cent
dragons mangeurs d'hommes
-
et qu'en réalité l'animal le plus menacé de l'île
-
c'est tout sauf les dragons.
-
Et comme je l'ai dit ils s'attaquent aux hommes.
-
Ils ne vous dévorent pas immédiatement,
-
ils ne se jettent pas sur
vous pour vous engloutir.
-
Ils se faufilent en douceur
-
et vous mordent un coup.
-
Mais comme leur salive est très virulente,
-
votre blessure ne guérira pas,
-
et après un moment vous mourez.
-
Et donc un des dragons pourra vous manger
-
— peu importe que ça ne soit pas
celui qui vous a mordu—
-
ils se fient simplement à la stratégie
-
d'avoir autant de créature mortes
et mourantes autour de l'île
-
qu'ils peuvent et ça leur permet de vivre.
-
Comme si ça ne suffisait pas que l'île
-
comporte mille cinq cent
dragons mangeurs d'hommes,
-
pour rendre les choses
un peu plus intéressantes,
-
elle dispose également de plus de serpents venimeux
-
— par mètre carré de terrain —
-
que n'importe quelle autre surface équivalente sur terre.
-
Donc on a approché Komodo
-
— je dois bien le dire — assez nerveusement,
-
et de manière légèrement détournée.
-
En fait on l'a approchée
de manière si détournée
-
qu'on est passés par Melbourne en Australie.
-
Et la raison pour laquelle
nous sommes allés à Melbourne
-
était pour y rencontrer quelqu'un,
-
un certain Dr Struan Sutherland.
-
En fait je voudrais vous lire
un petit passage à son sujet,
-
c'était un expert renommé en venin de serpent.
-
Je devrais d'abord m'excuser avant de lire,
-
parce que mon accent australien
n'est pas très convainquant.
-
Mais après tout peu importe,
-
vous êtes tous américains et
vous ne ferez pas la moindre différence.
-
Il se trouve à Melbourne un homme
-
qui en connaît probablement
plus sur les serpents venimeux
-
que quiconque sur terre.
-
Il s'appelle Dr. Struan Sutherland,
-
et a dévoué sa vie entière
-
à l'étude du venin.
-
« Et j'en ai marre d'en parler »,
-
dit-il lorsque nous allâmes
le voir le matin suivant,
-
bardés de dictaphones et de calepins.
-
« Supporte plus toutes ces créatures venimeuses,
-
tous ces serpents, insectes, poissons et autres.
-
Fichues bestioles, qui mordent tout ce qui bouge.
-
Et après les gens espèrent
que je vais leur dire quoi faire.
-
Voilà ce que je vais leur dire :
ne vous faites pas mordre.
-
C'est ça la réponse.
-
J'en ai marre de leur dire sans arrêt.
-
L'hydroponie, voilà une chose intéressante.
-
J'vous parlerais autant
que vous voulez de l'hydroponie.
-
Fascinant, ce truc,
-
faire pousser artificiellement
des plantes dans de l'eau,
-
technique très intéressante.
-
Faudra qu'on sache tout là-dessus
si on va sur Mars et tout.
-
Vous allez où, déjà ? »
-
« Komodo. »
-
« Ben vous faites pas mordre,
c'est tout ce que je peux vous dire.
-
Et courez pas me voir si jamais,
parce que vous n'arriverez pas à temps,
-
et de toutes façons
j'ai déjà assez à faire.
-
Regardez-moi ce bureau,
rempli d'animaux venimeux
-
Voyez cet aquarium,
il est plein de fourmis de feu.
-
Saletés de créatures venimeuses,
qu'est-ce qu'on va bien en faire ?
-
Enfin bref, j'ai des petites madeleines
si jamais vous avez faim.
-
Vous en voulez ?
-
Je me souviens plus ce que j'en ai fait.
-
Il y a bien du thé mais il n'est pas très bon.
-
Mais bref, asseyez-vous, bon sang.
-
Donc, vous allez à Komodo.
-
Bon, je sais pas pourquoi
vous faites une chose pareille,
-
mais j'imagine que
vous avez vos raisons.
-
Il y a quinze types de serpents
différents sur Komodo,
-
dont la moitié sont venimeux.
-
Les seuls qui sont potentiellement mortels
-
sont la vipère de Russel,
-
la vipère bambou, et le cobra indien.
-
Le cobra indien est le quinzième serpent le plus mortel du monde,
-
et les quatorze autres sont tous ici en Australie.
-
C'est bien pour ça que j'ai un
mal fou à trouver du temps
-
pour avancer sur mon hydroponie,
avec tous ces serpents partout.
-
Et les araignées. L'araignée la plus venimeuse
est l'atrax robustus,
-
on a environ cinq cent personnes par an
qui se font mordre,
-
Beaucoup mouraient,
-
alors j'ai du développer un antidote pour
qu'on arrête de me déranger tout le temps.
-
Pris un temps fou. Ensuite on a développé
un kit de détection de morsures de serpents.
-
Non pas qu'il faille un kit pour savoir
que vous avez été mordu par un serpent
-
vous êtes généralement au courant,
mais le kit permet de savoir
-
quel type de serpent vous a mordu
pour vous traiter convenablement.
-
Voulez-vous voir un kit ? J'en ai
quelques uns dans le frigo à venin.
-
Voyons voir. Ah, voilà, les madeleines
sont là dedans aussi.
-
Vite, prenez-en tant qu'elles sont fraîches.
-
Des madeleines, les ai faites moi-même. »
-
Il distribua les kits de
détection de venin de serpent
-
et ses madeleines maison,
et se réfugia derrière son bureau,
-
d'où il nous souriait joyeusement
-
derrière sa barbe bouclée
et son nœud papillon.
-
Nous admirâmes les kits constitués
de petites boîtes efficaces
-
proprement remplies de petites bouteilles,
une pipette, une seringue,
-
et un jeu d'instructions compliquées
-
que je ne voudrais pas avoir à lire
la première fois dans la panique.
-
Puis nous lui demandâmes par
combien de serpent il avait été mordu.
-
« Pas un seul », répondit-il.
-
« Une de mes autres spécialités
-
est de faire manier les animaux dangereux
par d'autres personnes.
-
Le ferais pas moi-même.
Veux pas être mordu, pas vrai ?
-
Vous savez ce qu'il y a écrit sur la couverture de mon livre ?
-
'Passe-temps : jardiner, avec des gants;
-
pêcher, avec des bottes;
-
voyager, avec précaution.'
-
Voilà la réponse. Quoi d'autre ?
-
En plus des bottes, portez des
pantalons amples et épais.
-
Et préférablement marchez derrière
une douzaine de personnes
-
faisant autant de bruit que possible.
-
Les serpents ressentent les vibrations
et libèrent le passage.
-
Sauf si c'est une vipère de la mort,
-
qu'on appelle aussi sourde comme un mort,
-
qui reste là sans bouger.
-
On peut lui marcher par dessus
sans que rien ne se passe.
-
J'ai entendu parler de douze personnes
à la queue-leu-leu qui marchèrent par dessus
-
et la douzième lui a marché dessus
accidentellement et s'est faite mordre.
-
C'est d'ordinaire assez sûr
d'être le douzième de la file.
-
Vous ne mangez pas vos madeleines.
-
Allez, avalez-moi ça,
-
il y en a plein d'autres
dans le frigo à venin. »
-
Nous demandâmes avec hésitation
si nous pouvions
-
emporter un kit de détection de morsure
de serpent avec nous sur Komodo.
-
« Sûr, vous pouvez,
-
prenez-en autant que vous voudrez.
-
Vous avancera pas plus, ils ne marchent
que pour les serpents australiens. »
-
« Alors que faire en cas de morsure par
animal mortel ? » demandai-je.
-
Il cligna des yeux comme si j'étais stupide.
-
« Eh bien que croyez-vous
que vous ferez ? » dit-il.
-
« Vous mourrez, bien sûr.
C'est ce que mortel signifie. »
-
« Et si on coupe la plaie et aspire
le poison ? », demandai-je.
-
« Je n'aimerais pas être à votre place », dit-il.
-
« Je ne voudrais pas d'une rasade de poison.
-
Devrait pas vous faire de mal, ceci dit,
-
les toxines de serpents ont
une grande masse moléculaire
-
donc ils ne pénétreront pas
les vaisseaux sanguins de la bouche
-
comme le font l'alcool
ou certaines drogues.
-
Et ensuite le poison est détruit
par les acides de l'estomac.
-
Mais ça ne fera pas nécessairement
grand bien non plus.
-
Vous n'arriverez probablement
pas à extraire beaucoup de poison,
-
mais vous allez sûrement
endommager la plaie en essayant.
-
Et dans un endroit comme Komodo, vous
aurez vite une plaie gravement infectée
-
à gérer, en plus d'une jambe
pleine de poison.
-
Septicémie, gangrène
et consorts, ça vous tuera. »
-
« Et si on fait un garrot ? » demandai-je.
-
« Très bien, si ça ne vous embête
pas de perdre la jambe après.
-
C'est ce qui vous attend
parce que si vous bloquez
-
complètement l'afflux sanguin,
elle va nécroser.
-
Et si vous trouvez quelqu'un
dans cette partie de l'Indonésie
-
en qui vous avez assez confiance
pour vous couper la jambe
-
alors vous êtes plus courageux que moi.
-
Non, je vais vous dire, la seule chose
que vous pouvez faire,
-
c'est d'appliquer un bandage de
compression sur la plaie
-
et envelopper fermement la jambe,
mais pas trop.
-
Ralentissez l'afflux sanguin mais ne
le bloquez pas ou vous perdrez la jambe.
-
Tenez la jambe, ou la partie mordue,
-
plus basse que le cœur et la tête.
-
Restez immobile, respirez lentement,
et voyez un docteur immédiatement.
-
Si vous êtes sur Komodo
ça veut dire pas avant deux jours,
-
à ce point là vous serez raide mort.
-
Non, la seule réponse, et je dis
ça très sérieusement,
-
c'est : ne vous faites pas mordre.
-
Il n'y pas de raison que ça arrive.
-
Tous les serpents s'écarteront
de votre chemin
-
bien avant que vous les voyiez.
-
Vous n'avez pas à vous inquiéter des
serpents si vous faites attention.
-
Non, ce qui devrait vraiment vous
inquiéter ce sont les créatures marines. »
-
« Quoi ? »
-
« Rascasses, poissons-pierre, serpents marins.
-
Bien plus venimeux que tout ce qu'il y a sur terre.
-
Faites vous piquer par un poisson-pierre
et la douleur vous tuera à elle seule.
-
Certains se noient juste pour arrêter la douleur. »
-
« Où sont toutes ces choses ? »
-
« Oh, seulement dans la mer. Des tonnes.
-
Je m'en approcherais pas si j'étais vous.
-
Pleine d'animaux venimeux. Les déteste. »
-
« Y a-t-il des choses que vous aimez ? »
-
« Oui », dit-il, « L'hydroponie. »
-
« Non », dis-je, « est-il des animaux venimeux
-
auxquels vous soyez
particulièrement attaché ? »
-
Il regarda à travers la fenêtre un moment.
-
« Autrefois », dit-il, « mais elle m'a quitté. »
-
Enfin, l'animal que je préfère de tous
ceux que nous sommes allés voir,
-
mon préféré, était un animal appelé kakapo.
-
Et le kakapo est un genre de perroquet.
-
Il vit en Nouvelle Zélande.
-
C'est un perroquet ratite,
il a oublié comment voler.
-
Malheureusement, il a également oublié
qu'il a oublié comment voler.
-
Donc un kakapo gravement inquiet pourrait
grimper à un arbre et en sauter.
-
On est partagé sur ce
qui se produit ensuite :
-
certains disent qu'il a développé un genre
d'aptitude rudimentaire au parachutisme,
-
d'autres disent qu'il vole
un peu comme une brique.
-
Mais en réalité
-
— je vous ai parlé d'un kakapo gravement inquiet—
-
le fait est que vous aurez du mal à trouver
un kakapo gravement inquiet
-
parce que les kakapos n'ont
pas appris à s'inquiéter.
-
Cela semble une chose incroyable à dire
-
parce que nous sommes tous
très doués pour l'inquiétude
-
et que celle ci nous
vient très naturellement,
-
nous pensons que ce doit
être aussi naturel que de respirer.
-
Mais il s'avère que s'inquiéter
-
est tout simplement une habitude
qui s'acquiert comme tout autre chose.
-
Vous êtes disposé génétiquement
à le faire ou ne pas le faire.
-
Et comme le kakapo s'est développé
en Nouvelle Zélande
-
qui était, jusqu'à ce que l'homme arrive,
un pays qui n'avait aucun prédateur.
-
Et ce sont les prédateurs qui,
au fil des générations,
-
vous apprendront à vous inquiéter.
-
Et si vous n'avez pas de prédateur, alors
vous n'aurez pas besoin de vous inquiéter.
-
Comme je l'ai dit plus tôt,
la Nouvelle Zélande s'avère
-
n'être qu'un tas de saletés qui a
émergé des profondeurs de l'océan.
-
Et c'est pourquoi, lorsqu'elle a émergé,
-
aucune faune ne s'y trouvait
— peut-être quelques poissons morts.
-
Donc les seuls animaux qui
vivaient en Nouvelle Zélande
-
étaient les animaux qui ont pu voler
jusque là, à savoir les oiseaux.
-
Il y a également quelques
espèces de chauves-souris
-
qui sont des mammifères,
mais vous comprenez l'idée.
-
Donc seuls les oiseaux vivaient
en Nouvelle Zélande.
-
Et, en l'absence de prédateurs,
-
ils n'avaient pas à s'inquiéter.
-
Ce qui est assez compliqué
à imaginer pour nous
-
parce que nous n'avons jamais rencontré
d'environnement dépourvu de prédateurs.
-
Pourquoi pas ?
-
Parce que nous sommes des prédateurs
et qu'en conséquence, si nous nous trouvons
-
dans cet environnement,
celui-ci contient des prédateurs.
-
Pour les européens qui arrivèrent
originellement en Nouvelle Zélande
-
… pardon, c'était maladroit de ma part.
-
Bien évidemment, il y avait
avant eux les Māoris
-
et encore avant les Morioris, les
Māoris ont mangé les Morioris
-
et ensuite les européens sont arrivés.
-
Mais avant que tout cela se produise,
comme je le disais,
-
l'île ne comportait aucun prédateur, et
les oiseaux menaient une vie tranquille.
-
Vous pouvez trouver un autre example
de cela si vous allez au Galapagos,
-
Il se trouve un autre type d'animal,
un type d'oiseau sur les îles Galapagos,
-
appelé fou à pieds bleus.
-
Et le fou à pieds bleus s'appelle ainsi
— je pense — pour deux raisons :
-
l'une qui a à voir
avec la couleur de ses pieds,
-
et l'autre qui concerne
le comportement suivant.
-
Parce qu'apparemment, vous pouvez
vous approcher d'un fou à pieds bleus
-
— installé là sur la plage
ou sur une branche —
-
vous pouvez vous approcher
et simplement le soulever.
-
Et ce que le fou pensera,
-
c'est qu'une fois que vous en
aurez fini avec lui vous le reposerez.
-
Et si vous n'avez pas vécu
-
avec des générations et des générations
de gens qui cherchent à vous manger,
-
on en vient très facilement à cette conclusion.
-
Donc le kakapo, comme je le disais,
-
s'était développé dans un
environnement sans prédateurs.
-
Et parce qu'ils étaient tous des oiseaux,
-
et parce que la nature
est très opportuniste,
-
et que la vie s'infiltrera dans le moindre
interstice où elle peut exister,
-
donc — si je peux être très osé et faire
de l'anthropomorphisme un instant —
-
c'est comme si les oiseaux avaient réalisé,
-
« Bon, cette histoire de
vol est très coûteuse.
-
Ça prend beaucoup d'énergie,
-
on doit manger un peu, voler un peu
-
voler un peu, manger un peu,
-
parce qu'à chaque fois qu'on
mange un truc — vous savez —
-
on est plus lourds
et c'est plus fatiguant de voler,
-
donc manger un peu, voler
un peu, franchement,
-
il doit bien y avoir
d'autres façons de vivre. »
-
Et donc c'est comme si
certains oiseaux disaient,
-
« En fait, ce qu'on pourrait faire, c'est
prendre un plus gros repas,
-
et faire une dandinade après. »
-
Et donc graduellement sur des générations
-
nombre d'oiseaux ont
perdu la faculté de voler.
-
Ils ont embrassé la vie terrienne.
-
Le kiwi, —je suppose— l'oiseau le plus
célèbre de Nouvelle Zélande
-
et le weka, et le vieux perroquet nocturne
— comme on l'appelle — le kakapo.
-
Qui est cette espèce d'oiseau gros, gras,
doux, duveteux et lugubre.
-
Et parce qu'il n'a jamais appris à s'inquiéter,
-
lorsque l'Homme est arrivé avec
-
sa ménagerie mortelle de
chiens, chats, et hermines,
-
et l'animal le plus destructeur de tous
-
— hormis l'Homme— à savoir rattus rattus,
le rat du navire,
-
Subitement, ces oiseaux se
dandinaient à toutes jambes.
-
À ceci près qu'ils ne savaient
même pas comment faire
-
parce qu'une fois confrontés
à un animal prédateur,
-
ils ignoraient quoi faire,
-
ils ne connaissaient pas le protocole,
-
ils attendaient simplement que
l'autre animal fasse le geste suivant,
-
et bien sûr — comme attendu —
celui-ci était rapide et mortel.
-
On est donc passé subitement d'une population de
-
— on ne sait pas exactement combien —
-
vraisemblablement moins d'un million,
-
mais de centaines de milliers de ces oiseaux,
-
leur population a chuté à un taux incroyable vers la petite quarantaine.
-
Ce qui constitue grossièrement la population actuelle.
-
Et donc il y a des groupes de personnes qui ont voué leurs vies entières
-
à essayer de sauver ces animaux, et de les conserver.
-
Et l'un des problèmes qu'ils ont rencontrés
-
est que bien qu'il soit très bon de simplement les protéger
-
—des prédateurs—ce qui est très très difficile.
-
Mais le problème suivant qu'ils ont rencontré
-
c'est les mœurs nuptiales du kakapo.
-
Parce qu'il s'avère que ses mœurs nuptiales
-
n'en finissent incroyablement pas,
-
sont fantastiquement compliquées,
-
et quasi-complètement inefficaces.
-
Certains vous diraient que l'appel du kakapo mâle
-
repousse activement le kakapo femelle,
-
ce qui est le genre de comportement
-
qu'on ne trouverait par ailleurs que dans les discothèques.
-
Les personnes qui ont entendu l'appel du kakapo mâle
-
vous diront qu'on ne peut qu'à peine l'entendre
-
c'est comme une espèce de… je vais vous dire ce qu'ils font.
-
Cet animal, durant une centaine de nuit dans l'année,
-
va suivre son rituel nuptial.
-
Et ce qu'il fait, c'est de trouver un grand affleurement rocailleux
-
dominant les grandes vallées déferlantes de Nouvelle Zélande,
-
parce que l'acoustique est très importante pour ce qui va se produire.
-
Il creuse une espèce de bol dans lequel il se tient.
-
Et il se tient là,
-
et il remplit ces espèces de sacs d'air qu'il a sur le torse.
-
Et il se tient là
-
— et ce sont des caisses de résonance —
-
et il se tient là, nuit après nuit après nuit
-
durant une centaine de nuit dans l'année,
-
pendant huit heures d'affilée,
-
il joue les premières mesures de Dark Side of the Moon.
-
Je vois qu'il y a des cheveux gris parmi vous donc vous voyez de quel album je parle.
-
Qui, comme vous vous en souvenez, commence par
-
cet espèce de grand boum, boum, boum,
-
c'est le son d'un battement de cœur.
-
Et c'est le bruit que fait le kakapo.
-
Mais le son est tellement grave
-
que vous le ressentez plus comme un tremblement dans le creux de l'estomac.
-
Vous pouvez à peine l'entendre.
-
Je n'ai jamais pu l'entendre moi-même,
-
mais ceux qui l'ont pu, disent que c'est un son très étrange
-
parce que vous ne l'entendez pas vraiment, vous le ressentez plus.
-
Et c'est un son grave.
-
C'est un son très très grave de basse,
-
juste en dessous de notre capacité à l'entendre
-
Il se trouve que les sons graves ont deux caractéristiques importantes.
-
La première est que ces ondes très longues
-
ces ondes sonores très longues traversent de grandes distances,
-
et remplissent les grandes vallées de l'île méridionale de la Nouvelle Zélande.
-
Ce qui est une bonne chose. C'est une bonne chose.
-
Mais l'autre caractéristique des sons graves,
-
avec laquelle vous êtes peut-être familiers,
-
si vous avez ces enceintes stéréo qu'on peut trouver.
-
Vous avez deux tout petits haut-parleurs qui vous donnent les aigus,
-
et vous devez les placer très précautionneusement dans la pièce,
-
parce qu'ils vont définir votre paysage stéréo.
-
Et puis vous avez celui connu sous le nom de subwoofer
-
qui se charge des sons graves,
-
et vous pouvez le mettre n'importe où dans la pièce.
-
Vous pouvez le mettre derrière le canapé si vous voulez,
-
parce que l'autre caractéristique des sons graves
-
— et rappelez vous qu'on parle ici de l'appel du kakapo mâle —
-
c'est qu'on ne peut pas déterminer sa provenance !
-
Imaginez donc,
-
le kakapo mâle qui se tient là,
-
faisant ce grondement qui,
-
s'il y a une femelle par là —ce qui n'est probablement pas le cas—
-
et si elle aime ce grondement —ce qui n'est probablement pas le cas—
-
alors elle ne peut même pas trouver la personne qui le produit !
-
Mais en supposant qu'elle le soit,
-
en supposant qu'elle soit par là —bien qu'elle ne le soit probablement pas—
-
et qu'elle aime son grondement —bien qu'elle ne l'aime probablement pas—
-
en supposant qu'elle puisse le trouver — ce qu'elle ne peut probablement pas faire —
-
elle ne consentira à s'accoupler que si le podocarpus porte des fruits !
-
Bon, on a tous eu des relations comme ça…
-
Mais en supposant qu'ils traversent tous ces obstacles,
-
en supposant qu'elle parvienne à le trouver,
-
elle ne pondra qu'un œuf tous les deux ou trois ans
-
qui sera rapidement gobé par une hermine ou un rat.
-
Et vous devez penser à ce stade
-
—avant même d'essayer de les sauver et de les conserver—
-
comment diable sont-ils parvenus à survivre jusqu'ici !
-
Et la réponse est particulièrement intéressante :
-
cela nous paraît un comportement absurde,
-
mais c'est uniquement parce que l'environnement a changé d'une façon particulière et dramatique
-
qui nous est totalement imperceptible.
-
Et ce comportement est parfaitement adapté à l'environnement dans lequel il s'est développé,
-
et complètement inadapté à celui dans lequel il se trouve maintenant.
-
Parce que dans une environnement où rien n'essaye de vous tuer,
-
vous évitez de vous reproduire trop vite.
-
Et il se trouve qu'on peut le simuler sur un ordinateur.
-
Si vous avez un taux de reproduction donné,
-
et que vous prenez la capacité de tout environnement
-
à subvenir aux besoins d'une population donnée,
-
et que vous commencez, disons, par un taux de reproduction assez faible,
-
et que vous le tracez sur plusieurs générations
-
vous verrez que la population grimpe de plus en plus
-
pour finir par se stabiliser sur un joli plateau.
-
Augmentez un peu le taux de reproduction,
-
et elle grimpe un peu plus haut,
-
et puis elle se stabilise et s'équilibre.
-
Augmentez encore un peu le taux de reproduction,
-
et elle grimpe, et va trop haut,
-
et redescend, et va trop bas,
-
regrimpe trop haut, et se stabilise sur une onde sinusoïdale.
-
Augmentez encore, et elle oscillera entre quatre valeurs différentes.
-
Augmentez encore et encore et encore,
-
et vous atteindrez subitement la condition terriblement chic nommée chaos.
-
Où la population de l'animal bascule violemment d'une année sur l'autre,
-
et finira par atteindre zéro à un moment
-
rien que par les simples mathématiques de la situation.
-
Et une fois que vous atteignez zéro, il n'y a plus vraiment de moyen d'en revenir.
-
Et donc, parce que la nature tend à être très parcimonieuse
-
elle ne va pas mettre de l'énergie et des ressources
-
sur quelque chose voué à disparaître.
-
Donc le taux de reproduction d'un animal dans un environnement sans prédateur
-
s'ajustera à un niveau de reproduction approprié.
-
Donc, s'il n'y a rien qui essaye particulièrement de vous manger,
-
alors ce taux de reproduction sera très bas.
-
Et c'est celui auquel le kakapo se reproduisait,
-
et continue de se reproduire en dépit du fait qu'il est désormais victime de prédateurs,
-
parce qu'il ne sait pas mieux faire.
-
Parce que rien ne lui a appris à faire autrement jusque là,
-
parce que ce changement s'est produit si soudainement,
-
qu'il n'y a pas de pente,
-
il n'y a pas de pente de pression évolutionniste graduelle
-
ce qui est la chose qui tend à apporter le changement.
-
Si vous avez un changement dramatique et soudain,
-
alors il n'y a aucune orientation et vous avez simplement un désastre.
-
Donc, si je peux encore verser dans l'anthropomorphisme un moment,
-
ce qui semble s'être produit, c'est que l'animal
-
qui atteint soudainement une crise de population pense,
-
« Wow, wow ! Je ferais bien de faire
-
ce que je fais parfaitement bien, faire ce qui est mon truc,
-
à savoir me reproduire très très lentement ! »
-
Et sa population s'effondre.
-
« Bon, je ferais bien de vraiment faire mon truc,
-
et me reproduire très très très très lentement ! »
-
Et ça nous paraît absurde parce qu'on peut voir plus loin qu'eux.
-
Mais si c'est le genre de comportement qui vous a permis d'évoluer avec succès,
-
alors faire quoi que ce soit d'autre irait à l'encontre de la nature du kakapo,
-
ce serait antikakapoesque.
-
Et il n'a rien pour lui enseigner de faire autrement que ce qu'il a toujours fait,
-
de suivre sa stratégie fructueuse,
-
et parce que les temps ont changé autour de lui,
-
ça n'est plus une stratégie fructueuse, et l'animal est en grand danger.
-
Il y a un autre animal que nous sommes allés trouver,
-
qui se trouve encore plus mal à présent.
-
Il s'agit du Baiji, le dauphin du Yang-Tsé-Kiang,
-
qui est un dauphin fluvial quasiment aveugle.
-
La raison pour laquelle il est quasiment aveugle,
-
est qu'il n'y a rien à voir dans le Yang-Tsé-Kiang.
-
Des milliers et des milliers d'années d'agriculture
-
au long des berges du Yang-Tsé-Kiang
-
ont délavé dedans tant de boue et de vase,
-
que le fleuve est devenu totalement turbide,
-
un mot dont j'ignorais le sens
-
avant d'avoir vu le Yang-Tsé-Kiang,
-
et en gros on ne peut rien voir dedans.
-
Donc ces animaux, ces dauphins,
-
ont graduellement abandonné l'usage de la vue.
-
Comme nous le savons tous, les mammifères marins disposent également d'une autre faculté,
-
qu'ils peuvent développer, à savoir celle du son.
-
Et donc pour le dauphin du Yang-Tsé-Kiang au cours des millénaires,
-
tandis que leur vue se détériorait,
-
leur capacité au sonar est devenue de plus en plus sophistiquée,
-
plus puissante et plus complexe.
-
Et c'est très intéressant, vous pouvez réellement observer — si vous le souhaitez —
-
le développement d'un fœtus de baiji,
-
et vous verrez — comme vous le savez peut-être —
-
il y a une certaine validité dans l'idée
-
que le développement du fœtus récapitule les étapes
-
dans le développement évolutionniste d'un animal.
-
Et vous verrez, juste au début du développement du fœtus,
-
que les yeux sont dans leur position normale pour un dauphin,
-
à savoir assez bas sur les côtés de la tête.
-
Et graduellement, alors que les générations se sont succédées,
-
ses yeux ont en quelque sorte migré vers le haut de la tête,
-
et vous pouvez observer cela durant le développement du fœtus.
-
Parce que graduellement, au fil des générations,
-
sa seule source de lumière venait directement d'au dessus
-
et il n'y avait pas de lumière ambiante, et enfin,
-
alors que cela finit également par disparaître, les yeux se sont atrophiés graduellement en conséquence.
-
Et le sonar a pris le relai à la place.
-
Et ces animaux ont développé des capacités incroyablement sensibles,
-
et incroyablement précise, pour se diriger
-
dans l'eau en utilisant seulement le sonar.
-
Et tout se passait pour le mieux.
-
Jusqu'au vingtième siècle, quand l'homme invente le moteur diesel.
-
Et subitement c'est l'enfer qui se déchaîne sous la surface du Yang-Tsé-Kiang,
-
parce qu'il est subitement rempli de bruit.
-
Et donc subitement, ces animaux se retrouvent pris au piège dans une chose qu'ils ne
-
— que personne n'avait aucun moyen de prévoir —
-
que ce dont ils dépendaient désormais
-
était totalement anéanti
-
par la pollution sonore qu'on a mis dans les océans.
-
Et subitement ces animaux
-
qui étaient si sophistiqués
-
dans leur capacités à se diriger,
-
se retrouvent à se cogner n'importe où, contre les bateaux,
-
contre les hélices des bateaux,
-
à se retrouver emprisonnés dans les filets de pêcheur etc.
-
parce qu'on a en gros ruiné la dernière de leurs facultés.
-
Et c'est un sentiment très étrange,
-
je me souviens être assis sur un bateau sur le Yang-Tsé-Kiang
-
essayant de regarder
-
— ce qu'on ne pouvait faire parce qu'il est turbide et vous vous souvenez de ce turbide signifie —
-
et réalisant que tout ce bruit là dessous voulait dire que…
-
C'est très curieux de penser que
-
un dauphin aurait pu se trouver là tout près
-
— je n'en savais rien, à ce stade là, c'était il y a une dizaine d'années,
-
il n'en restait que deux cents
-
dans un bras d'eau d'environ 300 kilomètres de long,
-
on ignorait donc s'il s'en trouvait un dans les parages—
-
mais c'est curieux parce que vous vous dites que si vous et une autre personne,
-
une autre créature, vous retrouvez dans le même monde,
-
alors vous devez ressentir à peu près la même chose.
-
Mais l'une des choses dont vous prenez conscience en observant différents animaux
-
c'est qu'à cause de leur histoire évolutive,
-
et à cause des façons dont ils se sont développés,
-
et des moyens qu'ils ont de percevoir le monde,
-
ils ont beau habiter le même monde,
-
ils n'en vivent pas moins dans un univers radicalement différent.
-
Un univers réellement différent, parce que vous créez
-
votre propre univers à partir des données sensorielles qui vous parviennent.
-
Donc, vous réalisez que vous êtes là, et qu'un dauphin est là,
-
et que tout va bien pour vous, tandis que le dauphin pourrait bien vivre l'enfer.
-
Mais il n'a aucun moyen de vous le communiquer
-
parce que disons que nous avons pris le contrôle
-
et il n'y a aucun moyen de signifier à la direction
-
qu'il y'a un problème.
-
Donc, je me suis subitement intéressé à l'environnement sonore
-
dans le Yang-Tsé-Kiang.
-
Il se trouve que nous étions venus enregistrer des programmes radiophoniques pour la BBC,
-
et donc en plus du zoologiste Mark Carwardine,
-
nous avions également avec nous un ingénieur du son de la BBC.
-
Je lui ai donc dit,
-
« Pourrions-nous immerger un micro dans le Yang-Tsé
-
pour voir ce qu'on y entend ? »
-
Et il a dit,
-
« J'aurais préféré que vous me demandiez ça avant de quitter Londres. »
-
Et je lui ai dit « Pourquoi ? »
-
Et il a dit, « Eh bien, j'aurais pu y prendre
-
un micro étanche mais bon,
-
vous n'avez pas parlé d'enregistrer sous l'eau. »
-
Et j'ai dit, « Non, en effet. Peut-on y faire quelque chose ? »
-
Et il a dit « Eh bien, il y a bien une technique
-
qu'on nous enseigne à la BBC pour enregistrer sous l'eau en cas d'urgence.
-
L'un de vous a-t-il des préservatifs sur lui ? »
-
Nous n'en avions pas. Ce n'était pas ce genre de voyage.
-
Mais nous avons décidé que nous ferions bien d'en acheter.
-
Et nous voilà dans les rues de Shanghai, tentant d'acheter des préservatifs,
-
et je voudrais vous lire un passage à ce sujet.
-
Le Magasin de l'Amitié semblait un endroit prometteur pour acheter des préservatifs,
-
mais nous eûmes certaines difficultés à faire passer le message.
-
Nous passâmes d'un comptoir à l'autre dans le grand magasin en espace ouvert,
-
constitué de divers stands individuels,
-
étals et comptoirs, mais nul ne put nous aider.
-
Nous commençâmes par les étals qui semblaient vendre des fournitures médicales,
-
mais fîmes chou blanc.
-
Lorsque nous arrivâmes aux étals
-
qui vendaient des serre-livres et des baguettes
-
nous sûmes que la quête était vaine,
-
mais au moins nous trouvâmes une jeune assistante commerciale qui parlait anglais.
-
Nous tentâmes de lui expliquer ce que nous voulions,
-
mais semblâmes atteindre les limites de son vocabulaire assez rapidement.
-
Alors, je sortis mon calepin et dessinai soigneusement un préservatif,
-
y compris le petit réservoir au bout.
-
Elle fronça les sourcils, mais ne comprit toujours pas.
-
Elle nous apporta une cuiller en bois,
-
une bougie, une sorte de coupe-papier et, assez étonnamment,
-
un petit modèle en porcelaine de la Tour Eiffel
-
avant de s'effondrer dans une posture de défaite.
-
Les autres filles de l'étal s'approchèrent pour nous aider,
-
mais elles furent également déroutées par notre dessin.
-
Enfin, je puisais le courage d'effectuer un petit mime délicat,
-
et enfin ça a fait tilt.
-
« Ah ! », dit la première fille, subitement tout sourire, « Ah oui ! »
-
Elles rayonnèrent toutes avec délice alors qu'elles comprenaient.
-
« Vous comprenez ? » demandai-je.
-
« Oui ! Oui, je comprends. »
-
« En avez-vous ? »
-
« Non », dit-elle. « Pas avoir ».
-
« Oh. »
-
« Mais, mais, mais… »
-
« Oui ? »
-
« Je dis à vous où vous aller, OK ? »
-
« Merci, merci beaucoup. Oui. »
-
« Vous aller 616 Nanjing Road. OK. Ils ont là.
-
Vous demander 'caoutchouteur'. OK ? »
-
« Caoutchouteur ? »
-
« Caoutchouteur. Vous demander. Eux avoir. OK. Bonne journée. »
-
Elle ricana joyeusement, la main couvrant sa bouche.
-
Nous les remerciâmes à nouveau, abondamment, puis partîmes dans de grands signes et de grands sourires.
-
La nouvelle sembla s'être propagée très rapidement au sein du magasin,
-
et tout le monde nous salua.
-
Ils semblaient vraiment contents qu'on leur ait demandé.
-
Lorsque nous atteignîmes le 616 Nanjing Road, qui s'avéra être un autre grand magasin
-
et non un lupanar
-
comme on s'y attendait à moitié,
-
notre prononciation de 'caoutchouteux' sembla nous faire défaut
-
et produire une autre vague d'incompréhension déconcertée.
-
Cette fois je fis directement le mime qui nous servit si bien précédemment,
-
et celui-ci sembla faire l'affaire immédiatement.
-
L'assistante commerciale, une dame légèrement plus âgée à la chevelure austère,
-
marcha droit vers une armoire à tiroirs,
-
nous ramena une boîte et la posa
-
triomphalement sur le comptoir devant nous.
-
Victoire, pensions-nous en ouvrant la boîte
-
pour constater qu'elle contenait une plaquette de pilules.
-
« Bonne idée », dit Mark dans un soupir. « Mais mauvaise méthode. »
-
Nous pataugeâmes à nouveau rapidement
-
alors que nous tentions d'expliquer à la dame désormais légèrement offensée
-
que ça n'était pas exactement ce que nous cherchions.
-
À ce point là, une foule d'une quinzaine de badauds s'était assemblée alentour,
-
dont certains, j'en étais convaincu,
-
nous avaient suivis depuis le Magasin de l'Amitié.
-
L'une des chose que vous découvrez rapidement en Chine,
-
c'est que nous y sommes tous au zoo.
-
Si vous restez sans bouger pendant un moment,
-
les gens vont s'attrouper et vous regarder fixement.
-
Ce qui est perturbant c'est qu'ils ne vous fixent pas attentivement ni avec curiosité,
-
ils se tiennent simplement là, souvent juste devant vous,
-
et vous observent avec le regard aussi vide que si vous étiez une pub pour de la nourriture pour chien.
-
Enfin, un jeune homme à la mine pâteuse et portant des lunettes
-
se faufila à travers la foule et dit qu'il parlait anglais en proposant son aide.
-
Nous le remerciâmes et lui dîmes que, oui, nous souhaitons acheter des préservatifs,
-
des caoutchouteurs, et que nous lui serions reconnaissant de l'expliquer pour nous.
-
Il sembla perplexe,
-
prit la boîte rejetée qui gisait sur le comptoir
-
devant l'assistante commerciale offensée et dit,
-
« Pas vouloir caoutchouteur. Ça mieux. »
-
« Non », dit Mark.
-
« Nous voulons vraiment des caoutchouteurs, pas des pilules. »
-
« Pourquoi vouloir caoutchouteurs ? Pilules mieux. »
-
« Dis lui, toi » dit Mark.
-
« C'est pour enregistrer les dauphins, » dis-je.
-
« Enfin pas les dauphins eux-mêmes.
-
Ce qu'on veut enregistrer c'est le bruit dans le Yang-Tsé qui…
-
c'est pour recouvrir le micro, voyez-vous, et… »
-
« Oh, dis lui simplement que tu veux baiser quelqu'un, »
-
dit l'ingénieur du son.
-
« Et que tu ne peux pas attendre. »
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Mais à ce point là le jeune homme s'éloignait de nous nerveusement,
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réalisant subitement que nous étions des fous dangereux,
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auxquels il valait mieux se prêter au jeu et s'en échapper.
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Il dit quelque chose avec hâte à l'assistante commerciale
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et se réfugia dans la foule.
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L'assistante commerciale haussa les épaules, ramassa les pilules,
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ouvrit un autre tiroir et en sortit une boîte de préservatifs.
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Nous en achetâmes neuf, juste par précaution.
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Quelques jours plus tard
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nous nous tenions sur les berges du Yang-Tsé,
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en un jour bruineux et grisâtre.
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Et nous avons mis le microphone dans cette espèce de petite chose rose,
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et l'avons plongé dans l'eau.
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Et, je n'ai pas l'habitude de faire des imitations,
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mais je vais imiter pour vous
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le son qu'on peut entendre sous la surface du Yang-Tsé.
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Et c'est quelque chose comme ça
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Le Yang-Tsé-Kiang, Mesdames et Messieurs.
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Et j'ai réalisé tout d'un coup la chose épouvantable
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que nous infligions à ces pauvres animaux,
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qui vivaient dans un monde de sons et d'ouïe ultra sensibles.
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Et c'était la raison pour laquelle ces animaux étaient désormais désespérément en danger
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parce qu'après leur avoir enlevé un mode de vie,
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nous leur en enlevions maintenant un autre.
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Le problème c'est qu'on est sur le point d'en enlever un troisième,
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je vous ai dit que je me trouvais là bas il y a dix ans,
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il n'en restait que deux cents,
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aujourd'hui ils sont vingt.
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Et parce que les Chinois bâtissent ces gigantesques barrages
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pour endiguer le Yang-Tsé sur l'un
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des sites les plus beaux et les plus spectaculaires du monde,
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les Trois Gorges, qu'ils vont endiguer
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ce qui veut dire que le dauphin du Yang-Tsé sera définitivement éteint d'ici là.
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Et c'est horriblement triste.
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Ce qu'il y a de particulier avec les barrages,
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c'est qu'on continue d'en bâtir
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et qu'aucun d'eux ne fait jamais le moindre bien.
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Ça n'est pas tout à fait vrai,
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parce que malheureusement il y en a
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— dans l'histoire de l'érection des barrages—
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deux qui ont fonctionné, l'un est le barrage Hoover
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et l'autre se trouve dans le Nord-Ouest du Pacifique, le barrage de Grand Coulée.
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Mais aucun des autres ne fonctionne.
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Et pour une certaine raison, nous n'arrivons jamais à nous en empêcher…
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nous nous disons toujours qu'on n'en construira qu'un seul de plus.
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Je pense qu'on doit avoir des gènes de castor aux tréfonds de notre…
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Mais ce qu'il y a de triste c'est que le dauphin du Yang-Tsé
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est voué sans le moindre doute à l'extinction.
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Et ça me semble très particulier
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que nous vivions actuellement dans un âge extraordinaire,
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une renaissance extraordinaire,
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parce que nous en sommes au point
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où nous comprenons tout d'un coup la valeur de l'information,
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plus que jamais.
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Nous appelons l'âge dans lequel nous vivons celui de l'information.
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Et nous avons découvert que l'information est
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la ressource la plus précieuse que nous avons.
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Et comme vous le savez, nous venons de dépenser des milliards de dollars
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— fort justement — à essayer de comprendre le génome humain,
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et ça n'est là qu'une espèce, rien que nous.
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Et nous en sommes venus à comprendre et
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réaliser la valeur incroyable de l'information.
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Et jusqu'ici nous n'avions jamais compris
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comment tout fonctionnait ensemble,
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parce que jusqu'ici nous avions…
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disons-le comme ça.
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De par le passé nous avons bâti la science
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en démontant les choses
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pour voir comment elles fonctionnent.
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Et cela nous a conduit à d'extraordinaires découvertes,
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un degré de compréhension incroyable,
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mais le problème de démonter les choses pour en comprendre le fonctionnement
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c'est que même si cela vous emmène jusqu'aux particules fondamentales,
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les principes fondamentaux, les forces fondamentales en œuvre,
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nous ne comprenons pas vraiment leur fonctionnement
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tant que nous ne les voyons pas à l'œuvre.
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Une des choses qui ont émergé
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à l'aune de la compréhension des principes fondamentaux,
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c'est cette chose appelée ordinateur.
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Et ce qu'il y a de formidable avec l'ordinateur c'est que,
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contrairement aux outils analytiques précédents,
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— et ils étaient quelque peu…
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c'est étonnant combien de ces choses ont à voir avec le verre,
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quand nous avons découvert le verre, qui est une forme du sable,
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nous avons inventé les lentilles, et levé les yeux au ciel.
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Et nous avons découvert, avec cela, les choses…
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en étudiant le ciel
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nous avons commencé à découvrir les choses fondamentales sur la gravité,
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et nous avons également découvert que l'univers semble constitué
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— de manière assez terrifiante — presque entièrement de rien.
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Ce qu'on a fait avec le verre après, c'est le mettre dans des microscopes,
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et nous avons regardé de près ce monde très très solide qui nous entoure,
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et nous voyons là les particules fondamentales, les atomes
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— faits de protons et de neutrons, avec les électrons qui tournent autour —
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et nous avons également découvert qu'ils semblent constitués,
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terriblement, de presque entièrement rien.
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Et que même lorsque vous trouvez quelque chose
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il s'avère qu'elle ne s'y trouve pas vraiment,
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il n'y a pas vraiment une chose là,
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à peine la possibilité qu'il s'y trouve quelque chose.
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Ça ne semble pas aussi réel que ceci.
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Puis la chose suivante que nous avons fait avec le sable c'est le silicium,
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lorsque nous avons créé l'ordinateur.
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Et cela nous permet enfin d'assembler les choses
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pour en voir le fonctionnement.
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Et ça nous permet de voir les processus en fonctionnement,
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et nous commençons à voir comme des choses très simples mènent inexorablement
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— itération après itération —
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à l'émergence de processus énormément complexes.
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Et à mon avis l'une des choses les plus extraordinaires de notre âge
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— pour ceux qui étaient là pour s'en souvenir,
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voir un homme marcher sur la lune pour la première fois—
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mais je pense que la chose la plus extraordinaire et dramatique
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qu'on ait vue de notre temps
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c'est de pouvoir observer, sur un moniteur,
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le processus par lequel des choses énormément simples et primitives,
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des processus, des instructions, répétées d'innombrables fois,
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de manière très très rapide, et itérées sur des générations d'instructions,
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produisent des résultats énormément complexes.
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