Le chainon manquant d'Internet :
Outils pour transformer
les paroles en action
Ben Knight
Démocratie personnelle
Forum 2014
Merci beaucoup Michael et merci à tous
de me recevoir dans ce lieu très lointain.
Il y a quelques années,
j'ai commencé un doctorat
de recherche sur l'évolution
de l'intelligence collective
chez les humains.
J'étais vraiment obsédé par cette question
qui était : comment se fait-il
que les humains, à notre connaissance,
sont la seule espèce, qui, collectivement
devient de plus en plus en intelligente ?
À chaque génération, nous sommes capables
de faire des choses
plus complexes que celle d'avant.
Naturellement, j'ai été envoyé au Texas,
et j'y ai travaillé avec des chimpanzés,
leur apprenant
comment utiliser des écrans tactiles
et en essayer d'aller au bout de cela.
La question que je posais
tous les soir
quand je rentrais du Centre des primates
quand j'ouvrais mon ordinateur
et que je voyais toutes les preuves
de choses qui vont
vraiment mal dans le monde.
Des choses comme
l'effondrement des écosystèmes,
une économie extractive hors-contrôle
à l'échelle mondiale
l'inégalité des revenus
dépassant les plafonds,
où qu'on regarde.
Ma question de recherche initiale
a été évacuée par une question
bien plus pressante, qui est que
si nous devenons tout le temps
tellement plus intelligent
comment se fait-il
que nos plus grandes institutions
se comportent d'une manière
de moins en moins intelligente ?
Si inintelligente qu'elle met en danger
le futur de la planète
et de tous ses habitants.
L'Internet a été annoncé
depuis maintenant des décennies
comme une force
potentiellement transformatrice.
En terme d'accumulation de savoir
et de communication instantanée
accessible, et reliant les personnes
plus qu'elles ne l'avaient jamais été.
Et ça en a vraiment le potentiel
quand vous regardez Wikipédia
utilisé chaque jour
comme une chose acquise
quand un groupe de personne
ont fait en sorte de rendre accessible
la totalité du savoir humain
partout et à tout le monde.
Et ils le font.
Et c'est incroyable.
Cela amène une autre question,
si c'est le cas,
pourquoi internet n'a pas aidé
nos plus grandes institutions
ayant des comportement
gravement inintelligents
mettant tout le monde en danger.
Pour le moment, Internet semble
immensément puissant,
mais un cerveau désincarné.
Vous entendez cette métaphore
d'internet comme un cerveau mondial.
Pour le moment, il a l'air de flotter
quelque-part dans l'espace
déconnecté du corps mondial
ou des membres du monde physique
impactant profondément
notre environnement.
C'est là où les grandes institutions
entrent en jeu.
Par les choses affectant vraiment
notre écologie, nos conditions de vie
à une immense échelle.
Voilà les choses sans cerveau.
Ce sont d'immenses institutions
dirigées par l'intérêt personnel
et sans personne vraiment à la barre.
Simplement conduites par ces processus
que nous avons mis en place
au cours de décennies
et totalement déconnectées
de cette étonnante richesse
d'une intelligence collective
grandissant exponentiellement.
En 2011 quelque-chose
de vraiment intéressant a débuté.
J'étais au Texas devenant tellement
désillusionné par la lenteur
de la recherche universitaire
à avoir un impact dans le vrai monde
que j'ai commencé à ressentir
de plus en plus de culpabilité.
J'ai commencé à me sentir irresponsable
de verser ma vie
dans cette poursuite universitaire
qui était intéressante, mais si lente
comparée à l'urgence des problèmes
auxquels nous faisons face.
Donc je suis revenu en Nouvelle Zélande
et me suis impliqué dans
des organisation communautaire de base
et dans du militantisme
de justice sociale.
Je ressentais ce réel besoin
de me relier à de vrais personnes
dans de vrai communautés.
Puis en 2011,
en grande partie grâce aux médias sociaux
et comme beaucoup de personnes
dans cette salle
en ont probablement fait l'expérience
voyant ces images se répendant
au travers de toutes les nouvelles sortes
de mouvements sociaux
un mouvement social
semblait clairement différent
de tout ce que j'avais vu avant.
Commençant en Tunisie en janvier 2011
puis se répandant au travers
des manifestations du printemps arabe
en Égypte puis des indignés
et les mouvement du 15M
en Amérique latine et en Espagne,
puis le mouvement Occupy à Wall Street
commençant à Wall Street, puis s'étendant
des centaines de villes autour du monde
même jusqu'en Nouvelle Zélande.
J'ai ressenti cela, et j'en suis sûr
pour beaucoup de personnes ici
comme la première fois qu'internet
s'exprimait dans le vrai monde.
La première fois que
cette sorte d'interconnexion massive
conduisait les personnes
en très grand nombre
à aller dans la rue.
Et donc si c'est la première qu'internet
s'exprimait vraiment
que pensez vous que fut son premier mot ?
Internet, plus que tout autre chose
au cours des dernières années
fourni cette infrastructure géante
immensément puissante
à mobiliser quantités de personnes
à se rassembler pour dire "NON !"
tous à la fois.
Mais ensuite que se passa-t-il ?
Nous restions dans cette situation,
ce vide
une fois le régime oppressif déchu
après le succès de la pétition,
une fois retirée
la chose contre laquelle
vous vous mobilisiez,
comment ensuite évoluer pour soutenir
une action collective constructive ?
Comment aller de cette situation
à cette situation ?
Comment aller de l'enfant en colère
qui ne sait pas dire oui
jusqu'au moment où, vous savez,
six mois plus tard…
Comment prendre
cette masse d'information
que nous échangeons tous
à rythme toujours croissant
et la traduire en une action partagée,
générative et constructive ?
C'est ce à quoi, un groupe d'entre nous
à Wellington
un tas de technologues,
de développeurs open source,
de facilitateurs et d'activistes
ont travaillé au cours
des 18 à 24 derniers mois.
Il est ressorti de cette expérience
de processus de décision collectif
à grande échelle
sachant que ça se passait
dans des villes du monde entier
sur chaque continent, que des personnes
qui ne s'étaient jamais rencontré
se rassemblaient, se parlaient,
délibéraient et organisaient
une manière directement démocratique,
où chaque voix pouvait être entendue
où des perspectives diverses
pouvaient contribuer à un processus
conduisant les groupes
à arriver de meilleurs résultats
que celui d'aucun individu par lui-même.
Voyant le pouvoir de ce processus
et son potentiel à vraiment grande échelle
à avoir un effet transformateur.
Mais voyant aussi son revers.
Voyant les contraintes pratiques
d'être au même endroit au même moment
voyant ce qui se passe pour les personnes
quand elles se rassemblent
pendant cinq heures
et que rien n'est décidé.
Ou quand les voix les plus fortes
dans la salle
dominent la discussion
ont une influence disproportionnée
sur la prise de décision.
et de voir au cours des semaines
la désintégration à laquelle
conduit cette pression sélective.
Les mêmes structures de pouvoir enracinées
ont émergé de ces groupes
ayant un engagement explicite
en faveur d'un processus démocratique
délibératif, inclusif,
pour en arriver finalement
à ces sortes de dictatures accidentelles.
Nous utilisions internet pour communiquer
tous les jours,
il doit surement y exister un outil
utilisant cette infrastructure
pas seulement pour parler
mais pour avoir des discussions
conduisant ensuite à construire
une compréhension partagée
et finalement à des résultats d'accords
qui puissent être mis en œuvre.
La plateforme à laquelle
nous sommes arrivés
est devenue connue
sous le nom de Loomio.
Il y a deux éléments dans le nom.
L'idée de tisser des fils disparates
en un tout cohérent.
Aussi l'illumination venant
de la sagesse collective
d'un groupe de personnes
ayant des perspectives diverses
travaillant ensemble.
Nous avons maintenant
un prototype bêta robuste
utilisé par des milliers de groupes
autour du monde
et il ressemble un peu à ça.
C'est vraiment un simple outil pratique
qui permet à un groupe
d'avoir une discussion
de commencer une discussion
sur n'importe quel sujet.
Si le groupe arrive à un point
où ça a du sens
d'essayer de prendre une décision ensemble
alors n'importe qui
peut faire une proposition.
Une bonne proposition est juste
un plan d'action très clair :
« Je pense que le groupe
devrait faire ceci »
Comme pour un groupe de personnes
travaillant très bien ensemble,
vous avez cette flexibilité
de pouvoir changer votre position
à tout moment.
Si quelqu'un apporte
un point de vue convaincant
auquel vous n'aviez pas pensé
vous pouvez passer
de « pas d'accord » à « d'accord ».
Ça reprend le protocole de base
le principal du processus
de décision collective,
qui s'est vraiment répendu
dans les réseaux sociaux
autour du mouvement Occupy
et autour des autres mouvements sociaux
et de la vague en 2011,
et nous l'avons mis
dans l'environnement en ligne
le plus accessible
que nous pouvions concevoir.
Quand vous arrivez au bout du processus
vous obtenez toujours un résultat clair.
Un résultat clair et pratique.
Tous les groupes qui essayent en ce moment
de prendre des décisions
au travers de facebook
des courriels, toutes ces platformes
qui n'ont simplement pas été conçues
pour avoir cette convergence autour
d'un résultat partagé
qui convienne à tous.
Dès que nous avons eu
un prototype fonctionnel
il a été adopté par
une telle diversité de groupes
qu'il a fini par être utilisé
pour des choses
qu'on n'aurait jamais pu prévoir.
Un des premiers usage à grande échelle
l'a été par le conseil municipal qui
12 mois auparavant
nous avait envoyé un avis d'expulsion
pour nous dégager de la place de la ville.
Ils l'ont utilisé pour une
consultation publique à grande échelle.
Il y a peu, des groupes
ont été mis en place
pour des jardins partagés en Bulgarie
un hôpital communautaire au Vietnam
des coopératives minières Bitcoin
jusqu'à deux groupes d'enfants de 12 ans
prenant des décisions
dans leur conseil scolaire.
Quelque chose d'attrayant pour tous,
depuis des collectifs anarchistes
jusqu'à des ministères gouvernementaux
donne l'impression d'une potentielle
très large généralisation.
Nous avons construit cette version bêta,
au cours des six mois à venir
nous allons sortir de cette version bêta
pour une version mobile complète.
Nous sortons d'une campagne
de financement participatif
je sais que certain parmi vous
y ont participé.
Nous sommes plein de gratitude
d'avoir maintenant les ressources
pour l'amener jusqu'à une version complète
qui pourra être étendue.
Nous allons vraiment de l'avant
en construisant
avec la communauté open source
quelque-chose que nous voyons
comme une infrastructure publique
de prise de décision collective en ligne.
Quelques-un des groupes l'utilisant.
Là où nous en sommes de l'Histoire
j'en ai l'impression,
est un moment très intéressant.
C'est un moment plein d'espoir
par certains aspects.
C'est l'esprit de cette conférence :
le fait que nous avons
avec cette infrastructure
avec plus de potentiel
de libération, d’interconnexions,
pour une authentiquement
significative démocratie.
Et en même temps cette même infrastructure
est de plus en plus menacées.
Nos biens communs numériques
sont de plus en plus enfermés.
Nous avons tous ces espaces
qui ont l'air ouverts
et qui en fait ne le sont vraiment pas.
Ces espaces auxquels on a l'impression
de pouvoir participer librement
tandis que chacun des comportements
que vous avez, est monétisé
et vendu au plus offrant.
Le défi maintenant est de soutenir
l'écosystème d'outils qui est développé
et maintenu publiquement
au service du bien commun
et non de la maximisation du profit.
Des outils vraiment incroyables arrivent.
Il y a un groupe en Argentine appelé
"Démocratie toujours" qui a construit
la première plateforme conviviale
de démocratie fluide
pour le vote par procuration.
Un projet vraiment impressionnant.
Le défi est vraiment de voir
ce qui est déjà là :
cette sphère bourgeonnante
d'infrastructures techniques civiques
maintenues publiques.
De la soutenir et de voir
ce que nous pouvons faire
pour soutenir
les autres projets émergents.
Ce n'est que lorsque nous participons tous
que la démocratie est significative.
Une démocratie en tant que réseau en ligne
de vrai personnes,
de vrai communautés se rejoignant
pour prendre des décisions
qui fonctionnent pour tous.
Alors seulement l'internet publique
aura livré tout son vrai potentiel.
Merci beaucoup.