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← Une nouvelle super-arme dans la lutte contre le cancer

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Showing Revision 14 created 05/08/2016 by eric vautier.

  1. Le cancer nous affecte tous --
  2. en particulier ceux qui reviennent
    encore et encore,
  3. ceux qui sont très invasifs
    et résistent aux médicaments,
  4. ceux qui défient les traitements médicaux,
  5. même lorsque l'on utilise
    nos meilleurs médicaments.
  6. L'ingénierie à l'échelle moléculaire,
  7. le travail à la plus petite échelle,
  8. peut fournir
    d'excitantes nouvelles façons
  9. de combattre les formes
    les plus agressives de cancer.
  10. Le cancer est une maladie
    très intelligente.

  11. Il y a des formes de cancer,
  12. contre lesquelles, heureusement,
    nous avons appris à agir plutôt bien
  13. avec des médicaments et des chirurgies
    établies et validées.
  14. Mais il y a des formes de cancer
  15. qui ne répondent pas à ces approches,
  16. et la tumeur survit ou revient,
  17. même après des traitements agressifs.
  18. Nous pouvons voir
    ces formes de cancer très agressives

  19. comme des super-méchants
    de bandes dessinées.
  20. Ils sont intelligents,
    ils s'adaptent
  21. et arrivent très bien à rester en vie.
  22. Et comme la majorité
    des super-méchants de nos jours,
  23. leurs super-pouvoirs
    viennent d'une mutation génétique.
  24. Les gènes qui sont modifiés
    dans ces cellules cancéreuses
  25. peuvent contenir le code
    de nouveaux modes de survie inimaginables,
  26. permettant aux cellules cancéreuses
    de survivre
  27. à nos meilleurs traitements
    de chimiothérapie.
  28. Un exemple de ruse utilisée
    par un gène permet à la cellule,

  29. même à l'approche du médicament,
  30. d'éjecter le médicament
  31. avant même qu'il n'agisse.
  32. Imaginez, la cellule recrache
    vraiment le médicament.
  33. Ce n'est qu'un exemple
    des nombreuses ruses génétiques
  34. que notre super-méchant,
    le cancer, a dans son sac.
  35. Toutes dues à des gènes mutants.
  36. Ainsi nous avons un super-méchant
    avec des super-pouvoirs incroyables.

  37. Et nous avons donc besoin
    d'un nouveau mode d'attaque puissant.
  38. En fait, nous pouvons désactiver un gène.
  39. La clé est un ensemble de molécules
    connues sous le nom d'ARNsi.
  40. ARNsi sont de courtes séquences
    de code génétique
  41. qui aident la cellule à bloquer
    un certain gène.
  42. Chaque molécule ARNsi
    peut désactiver un gène en particulier
  43. à l'intérieur de la cellule.
  44. Depuis leur découverte il y a des années,
  45. les scientifiques ont été très excités
  46. de la possibilité d'utiliser
    ces gènes bloqueurs en médecine.
  47. Mais il y a un problème.

  48. L'ARNsi fonctionne bien dans la cellule.
  49. Mais s'il est exposé aux enzymes
  50. contenues dans notre sang
    ou nos tissus,
  51. il se dégrade en quelques secondes.
  52. Il doit donc être emballé, protégé
    lors de son voyage dans le corps
  53. vers sa destination finale
    dans la cellule cancéreuse.
  54. Voici notre stratégie :

  55. d'abord, nous allons noyer la cellule
    cancéreuse d'ARNsi, le gène bloqueur,
  56. faire taire ces gènes de survie,
  57. puis nous l'écraserons avec
    un agent chimiothérapeutique.
  58. Mais comment réaliser cela ?
  59. Grâce à l'ingénierie moléculaire.
  60. Nous pouvons créer une super-arme
  61. qui peut voyager dans le sang.
  62. Elle doit être assez petite
    pour passer dans les veines,
  63. assez petite pour pénétrer
    les tissus tumoraux,
  64. et elle doit être assez petite pour entrer
    dans la cellule cancéreuse.
  65. Pour réussir cela,
  66. elle doit faire environ un centième
    de la taille d'un cheveu humain.
  67. Regardons de plus près comment
    nous pouvons créer cette nanoparticule.

  68. Tout d'abord, commençons par son noyau.
  69. C'est une petite capsule qui contient
    l'agent chimiothérapeutique.
  70. C'est le poison qui tuera la tumeur.
  71. Autour de ce noyau,
    nous emballerons d'une très fine couche
  72. d'ARNsi de quelques nm d'épaisseur.
  73. C'est notre gène bloqueur.
  74. Puisque l'ARNsi est
    fortement chargé négativement,
  75. nous pouvons le protéger
  76. avec une couche protectrice
    de polymères chargés positivement.
  77. Les deux molécules de charges opposées
    se collent ensemble
  78. grâce à l'attraction des charges,
  79. et cela nous fournit
    une couche protectrice
  80. qui empêche la dégradation de l'ARNsi
    dans le courant sanguin.
  81. Nous avons presque terminé.
  82. (Rires)

  83. Mais nous devons réfléchir
    à un dernier gros obstacle.

  84. Peut-être même le plus gros obstacle.
  85. Comment déployer cette super-arme ?
  86. Chaque bonne arme
    doit pouvoir viser,
  87. avec cette super-arme, nous devons
    viser les cellules super-méchantes
  88. qui résident dans la tumeur.
  89. Mais nos corps ont un système
    de défense immunitaire naturel :

  90. des cellules qui sont dans notre sang
  91. et qui détectent
    celles qui ne devraient pas être là
  92. pour pouvoir les détruire
    ou les éliminer.
  93. Et devinez : notre nanoparticule
    est considérée comme un corps étranger.
  94. Notre nanoparticule doit se faufiler
    à travers les défenses du corps.
  95. Nous devons l'emmener au-delà
    du mécanisme éliminant ces corps étrangers
  96. en la déguisant.
  97. Nous ajoutons donc,
    autour de cette nanoparticule,

  98. une autre couche chargée négativement
  99. qui a deux fonctions.
  100. Premièrement, cette couche externe
    est naturellement chargée,
  101. composée de polysaccharides hydratés
    présents dans le corps.
  102. Elle crée un nuage de molécules d'eau
    autour de la nanoparticule,
  103. qui agit comme un bouclier
    et la rendant invisible.
  104. Ce bouclier d'invisibilité
    permet à la nanoparticule
  105. de voyager dans le sang
  106. assez longtemps et assez loin
    pour atteindre la tumeur,
  107. sans être éliminée par le corps.
  108. Secondement, cette couche
    contient des molécules

  109. qui se lient spécifiquement
    à la cellule tumorale.
  110. Une fois liée, la cellule cancéreuse
    assimile la nanoparticule,
  111. et nous avons ainsi notre nanoparticule
    à l'intérieur de la cellule cancéreuse,
  112. prête à être déployée.
  113. Très bien ! Je ressens la même chose.
    Allons-y !

  114. (Applaudissements)

  115. L'ARNsi est déployé en premier.

  116. Il agit pendant des heures,
  117. fournissant assez de temps
    pour faire taire et bloquer
  118. ces gènes de survie.
  119. Nous avons alors désactivé
    ces super-pouvoirs génétiques.
  120. Ce qu'il reste est une cellule cancéreuse
    sans défenses particulières.
  121. Puis, l'agent chimiothérapeutique
    sort du noyau
  122. et détruit la cellule tumorale
    proprement et efficacement.
  123. Avec suffisamment de gènes bloqueurs,
  124. nous pouvons traiter
    de nombreux types de mutations,
  125. permettant de détruire des tumeurs
  126. sans laisser de méchants derrière nous.
  127. Donc, comment fonctionne notre stratégie ?

  128. Nous avons testé ces nanoparticules
    sur des animaux
  129. en utilisant une forme très agressive
    de cancer du sein triple négatif.
  130. Ce cancer du sein triple négatif
    possède le gène
  131. qui recrache les médicaments
    dès qu'ils arrivent.
  132. En général, la doxorubicine, ou dox,
    est le médicament

  133. donné en premier
    pour le cancer du sein.
  134. Nous avons commencé par traiter les
    animaux avec un noyau de dox uniquement.
  135. La tumeur a ralenti sa croissance,
  136. mais grossissait toujours rapidement,
  137. doublant de taille
    en l'espace de deux semaines.
  138. Puis, nous avons essayé
    notre super-combinaison.

  139. Une nano-couche d'ARNsi
    contre la pompe à chimio,
  140. plus de la dox dans le noyau.
  141. Regardez -- nous avons découvert
  142. que les tumeurs n'arrêtaient pas juste
    leur croissance
  143. mais rétrécissaient
  144. et étaient, dans certains cas, éliminées.
  145. Les tumeurs régressaient.
  146. (Applaudissements)

  147. Ce qui est génial avec cette approche
    est qu'elle peut être personnalisée.

  148. Nous pouvons ajouter
    différentes couches d'ARNsi
  149. pour adresser différentes mutations
    et différents mécanismes tumoraux.
  150. Et nous pouvons mettre différents
    médicaments dans le noyau aussi.
  151. Alors que les docteurs apprennent
    à tester leurs patients
  152. et à comprendre certains types
    de tumeurs génétiques,
  153. ils peuvent nous aider à déterminer
  154. quels patients bénéficieront
    de cette stratégie
  155. et quels gènes bloqueurs
    nous pouvons utiliser.
  156. Le cancer des ovaires
    touche une corde sensible pour moi.

  157. C'est un cancer très agressif,
  158. en partie du fait de sa découverte
    à des stages très tardifs,
  159. lorsqu'il est très avancé,
  160. et qu'il y a de nombreuses
    mutations génétiques.
  161. Après la première chimiothérapie,
  162. ce cancer revient
    chez 75% des patientes.
  163. Et il revient souvent
    sous une forme résistante aux médicaments.
  164. Le cancer ovarien de haut grade
  165. est un de ces super-méchants.
  166. Nous utilisons maintenant
    notre super-arme
  167. pour le battre.
  168. En tant que chercheuse,

  169. je ne travaille pas souvent
    avec des patients.
  170. Mais j'ai récemment rencontré une mère
  171. qui a survécu à un cancer des ovaires,
    Mimi, et sa fille, Paige.
  172. J'ai été profondément inspirée
    par l'optimisme et la force
  173. dont la mère et la fille faisaient preuve
  174. et par leur histoire
    de courage et de soutien.
  175. Lors de cet événement, nous avons parlé
    des différentes technologies
  176. dirigées contre le cancer.
  177. Et Mimi était en larmes
  178. quand elle a expliqué
    qu'entendre parler de ces efforts
  179. lui donne de l'espoir
    pour les générations futures,
  180. y compris pour sa fille.
  181. Cela m'a vraiment touchée.
  182. Il n'est pas juste question de faire
    de la science très élégante
  183. mais de changer des vies.
  184. Il est question de comprendre
    le pouvoir de l'ingiénerie
  185. à l'échelle moléculaire.
  186. Je sais qu'alors que des étudiants
    comme Paige avancent dans leur carrière,

  187. ils ouvriront de nouvelles possibilités
  188. pour adresser les grands problèmes
    de santé du monde --
  189. incluant le cancer des ovaires,
  190. les troubles neuronaux,
    les maladies infectieuses --
  191. tout comme l'ingénierie chimique
    m'a ouvert des portes
  192. et a fourni un moyen
    de faire de l'ingénierie
  193. à la plus petite échelle,
    celle des molécules,
  194. pour guérir à l'échelle humaine.
  195. Merci.

  196. (Applaudissements)