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← Interview d'Etienne Chouard sur la dette publique et le projet de Constituante

Etienne Chouard répond aux question du Cercle des volontaires sur la dette publique et le projet de Constituante

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Afficher la révision 18 créée 07/30/2012 par Usager retiré.

  1. Q : Bonjour, nous sommes ce soir en compagnie d'Etienne Chouard, Etienne Chouard

  2. qui est un citoyen engagé depuis de nombreuses années,
  3. mais qui est connu du public depuis 2005. Bonsoir Etienne Chouard.
  4. E.C : Bonsoir.
  5. Q : Pouvez-vous nous expliquer l'origine un petit peu de votre combat au niveau médiatique,
  6. c'est à dire en 2005, comment vous vous êtes fait connaître et pour quelle cause?

  7. E.C : Alors, pour aller vite, en 2005, les médias ne défendaient,
  8. ("les médias" : les grands médias) ne défendaient que le « oui », et maltraitaient
  9. l'option « non » à la réponse sur le référendum... et dans la vie normale,
  10. les gens parlaient du « non », parlaient des arguments du « non », surtout à partir du moment où
  11. Fabius a défendu cette idée publiquement. Les gens se sont mis à parler du "non",
  12. et beaucoup, et avec beaucoup d'arguments et ce n'était pas du tout relayé. De fil en aiguille,
  13. pour des raisons sans importance, finalement, si je dois résumer, j'en suis venu à écrire un texte
  14. qui a beaucoup circulé sur internet, je ne savais pas du tout que ça allait se passer
  15. comme ça, mais... pour des... d'abord, pour... c'est marrant, pour convaincre
  16. mon père qui était un « ouiste» acharné, puis ensuite pour convaincre mes collègues professeurs,
  17. j'ai produit une espèce de synthèse de ce que j'avais à reprocher
  18. de plus grave dans l'ensemble de ce qu'il y avait à dire sur l'Union Européenne : il y avait beaucoup à dire.
  19. J'ai retenu 5 points qui me paraissaient gravissimes, et en les argumentant, solidement, en tous cas
  20. de mon point de vue, et j'ai fait un document d'une dizaine de pages, avec une dizaine de pages
  21. de notes qui étayaient ce que je disais, et puis que j'ai mis sur mon site, en appelant les gens à...
  22. (ce n'était pas un blog, ce n'était pas un forum, ce n'était pas interactif...) en les appelant à... à m'aider, à affiner
  23. le texte, en me disant, si je me trompais, à quel endroit. Et ce... probablement ce ton, cette recherche d'une vérité
  24. que je ne connaissais pas, (probablement, je vois ça comme une partie de l'explication), ont fait que
  25. les gens se sont, (en manque dans les médias, d'arguments correctement
  26. développés à propos du « non »), se sont emparés de ce texte-là et l'on fait circuler
  27. de façon étonnante... Ça s'est répandu comme une trainée de poudre, pas seulement en France,
  28. d'ailleurs : dans beaucoup d'autres pays francophones. J'ai reçu des mails du Pôle Nord,
  29. d'Amérique du Sud, d'un peu partout dans le monde en fait, bon, bien sûr surtout de France.
  30. J'ai reçu 12 000 mails en 2 mois, ce qui est proprement inhumain, et c'est à ce moment-là
  31. qu'il y a un ressort qui s'est tendu en moi, parce que, en fait, quand les gens comptent sur vous, ça, ça vous
  32. donne des forces pour faire des choses que vous n'auriez pas faites sans ça. Et, à l'inverse, quand des
  33. gens vous maltraitent, vous calomnient, disent du mal de vous, ça tend encore le ressort (par une mécanique
  34. à double sens, ça le tend aussi), pour montrer que, vous n'êtes pas nul. Et, si j'en parle, ce nest pas
  35. du tout pour mon cas personnel qui ne présente pas d'intérêt, mais c'est parce que c'est un exemple de ce
  36. que les institutions athéniennes savaient bien faire : elles... de bonnes institutions... joueraient
  37. avec cette appétence que nous avons au regard des autres. Nous avons besoin du regard des autres
  38. pour nous donner du mal, et la plupart d'entre nous n'avons pas besoin
  39. d'argent pour ça ; c'est-à-dire qu'il suffit que les gens soient
  40. contents de ce qu'on ait fait pour être... remercié et satisfait de ce qu'on a fait,
  41. et de bonnes institutions devraient compter là-dessus, compter sur le déshonneur de ceux
  42. qui ont mal fait et sur l'honneur pour ceux qui ont bien fait, parce que ça marche très bien et
  43. ça donne beaucoup d'énergie ; et moi je vois bien que ce qui me donne de la force,
  44. ce qui fait que je me donne du mal depuis 6 ans, c'est bien le regard des autres :
  45. le regard des autres qui comptent sur moi, et le regard des autres
  46. qui me considèrent comme un diable. Alors donc, depuis, depuis... je travaille comme une brute,
  47. je travaille comme un fou, je lis énormément... j'ai l'impression d'avoir débusqué
  48. une idée majeure... pour nous protéger tous contre les injustices sociales ; ce n'est pas rien, c'est très
  49. immodeste de dire ça, mais... c'est [justement] pour ça que je me donne du mal : j'ai l'impression
  50. d'avoir trouvé quelque chose de formidable. Et donc je...
  51. voilà, j'essaie de résister aux abus de pouvoir et d'y résister non pas
  52. en comptant sur un homme providentiel ou sur la vertu de certains acteurs ou en nous protégeant
  53. des vices supposés d'autres acteurs, je ne compte pas du tout là-dessus : je compte sur de bonnes institutions,
  54. qui me paraissent être un angle d'attaque de la vertu en politique qui est complétement négligé.
  55. Mais je pense que ça vient de nous, c'est parce que nous, les citoyens... — enfin non, pas "les citoyens",
  56. Il n'y a PAS de citoyens, il y a très peu de citoyens, nous sommes ÉLECTEURS : c'est à dire que nous sommes
  57. hétéronomes : nous subissons la loi écrite par d'autres. Un citoyen écrit lui-même sa loi, un citoyen
  58. vote lui-même les lois auxquelles il consent à obéir. Et donc nous ne pas citoyens, nous ne sommes
  59. que des électeurs. Et [donc] je pense que ça vient [de nous]... c'est de notre faute. C'est parce que nous, électeurs,
  60. nous avons renoncé à nous occuper, à exiger, et à protéger un processus constituant digne de ce nom,
  61. honnête, sans conflit d'intérêts, sans aucun professionnel de la politique.
  62. C'est parce que nous avons renoncé à ça, que toutes les Constitutions
  63. du monde, et dans tous les pays, programment notre impuissance politique.
  64. Q : comme disait Einstein, le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal,

  65. mais par ceux qui regardent et qui ne font rien.
  66. E.C : Absolument.
  67. Q : Je voudrais aussi parler du fait que... avant cet engagement citoyen que vous avez eu,
  68. vous étiez également professeur d'économie, et donc vous avez fait, vous avez fait

  69. une sorte de travail, on peut dire, d'expertise, sur la dette publique. Alors je reviens
  70. également sur votre travail par rapport à la constitution européenne... je pense qu'une des raisons
  71. pour lesquelles vous avez été autant écouté c'est que vous ne représentez aucune association, aucun
  72. parti, vous... vous n'avez rien à vendre, en fait. Et donc c'est pour ça aussi que les gens ont été
  73. aussi intéressés par vos expertises, et donc je souhaiterais que vous développiez très rapidement
  74. pour les internautes, votre avis sur la dette publique. Parce que on vit une crise,
  75. non seulement en France, mais quasiment tous les pays du monde,
  76. et les gens ne comprennent pas forcément pourquoi on en est arrivé là.
  77. E.C : Développer rapidement c'est un oxymore, donc il va falloir choisir. :-) Pour aller vite, le capitalisme,
  78. pour démarrer, 19ème siècle, a eu besoin de la dette publique ; et le capitalisme, pour suvivre,
  79. a [encore] besoin de la dette publique. Je vous recommande la lecture d'un livre qui vient de sortir, [titre = «LA DETTE OU LA VIE» éditions Aden 2011]
  80. qui a été écrit par Eric Toussaint et Damien Millet, qui sont des, d'héroïques résistants du CADTM,
  81. donc du Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde, qui sont des spécialistes donc
  82. des dettes odieuses, des dettes illégitimes qui sont imposées aux pays du Tiers Monde depuis 20 ans...
  83. Enfin : ils résistent depuis 20 ans, les gens du CADTM. Ils ont écrit une synthèse, dans un gros livre,
  84. mais absolument passionnant, dans lequel il y a, et c'est pour ça que je vous en parle... un extrait
  85. du captital de Marx, qui traite de la dette publique, et qui pourrait être écrit aujourd'hui, pour comprendre
  86. ce qui se passe. Donc je vous recommande, je vous recommande chaleureusement la lecture
  87. de cet extrait qui est tout à fait édifiant. La dette publique est une vieille affaire, une vieille
  88. escroquerie de riches pour voler l'argent à travers l'Etat, pour se servir de l'Etat pour voler les pauvres,
  89. c'est une vieille affaire qui continue. Et... finalement, nous regardions les pays du Tiers Monde
  90. en disant : "c'est pas de chance pour eux, mais finalement ça ne nous concerne pas"... Aujourd'hui,
  91. ça commence à nous concerner, et d'une certaine façon, je dirais que c'est quand même bien fait pour nous,
  92. parce que notre indifférence par rapport au sort des pays du Tiers Monde... (qui est le sort qui nous
  93. attend) nous fait mériter, d'une certaine façon, ce qui nous attend. Mais ce qui nous attend, c'est
  94. la Grèce, hein, ne croyez pas que la Grèce [ne nous concerne pas]... alors...
  95. Q : Est-ce que vous pourriez nous parler vite fait de deux exemples : l'Argentine et l'Equateur ?

  96. E.C : Je ne peux pas vous en parler beaucoup, mais...
  97. Q : L'annulation de la dette inique...
  98. E.C : Il est tout à fait possible [de répudier une partie de la dette publique]... alors c'est justement pour ça que moi je ne parle plus de crise,
  99. parce que c'est un coup d'état, ce n'est pas du tout une crise.
  100. Une crise c'est un accident. Là ce n'est pas du tout un acccident : tout se passe comme prévu...
  101. Je pèse mes mots. Donc, nous sommes fous d'accepter de parler de crise, dans ce qui est,
  102. objectivement, un coup d'état bancaire, privé, antirépublicain, anti démocratique. Nous devrions être
  103. en insurrection. Alors insurrection pacifique, non violente, on fait comme on veut, mais on devrait
  104. s'insurger contre ce qui est un coup d'état. [Il ne] faut pas parler de crise. Ce n'est absolument pas une crise,
  105. ce n'est pas du tout accidentel. C'est prévu, c'est prévu depuis longtemps. Et je peux vous dire
  106. qu'à l'occasion de ce... de cette convulsion programmée,
  107. déclenchée par les banques, et leurs agences qui sont leurs complices,
  108. à l'occasion de cette convulsion, on va perdre, on va tout perdre. C'est-à-dire qu'on va perdre
  109. tout le programme du Conseil National de la Résistance, qui était déjà malmené, qui était
  110. dans la ligne de mire, mais, le bouquin de Naomie Klein sur la Stratégie du choc est un bouquin important
  111. pour comprendre leur mode opératoire, et arrêter de parler de crise. Je veux dire, ce sont
  112. des électrochocs administrés par des canailles contre le corps social. [Il] faut utiliser d'autres mots
  113. que les leurs... Ils nous grugent avec les mots. Donc la dette publique, elle est [largement illégitime] ... A partir du moment
  114. où on refuse de la traiter comme... je vois des débats qui consistent à dire : « qui va payer
  115. la dette ? »... Mais on n'est pas du tout obligé de payer une dette odieuse, je veux dire, une dette illégitime,
  116. une dette qui a été fabriquée de toutes pièces par des complices des banques, élus grâce
  117. aux banquiers, et qui depuis 40 ans votent des budgets en déséquilibre. La dette publique, elle vient
  118. d'une boule de neige qui s'est constituée progressivement pendant 40 ans, et qui est l'addition
  119. de 40 ans, 40 budgets votés en déséquilibre. Et à chaque fois un peu plus en déséquilibre, à chaque fois
  120. un peu plus endettés... mais c'est le résultat de décisions politiques votées par vos soi-disant "représentants".
  121. Nos soi-disant "représentants". Donc... on nous présente aujourd'hui comme une catastrophe imprévue
  122. ce qui est construit sciemment par nos parlementaires depuis 40 ans, on se fout de qui ? Je veux dire
  123. on se moque de qui ? Donc... bah il faut résumer, s'il faut résumer le problème de la dette publique,
  124. moi je vois un... je vais utiliser un gros mot, parce que... le mot fascisme est un gros mot, c'est un...
  125. c'est un mot violent, qui décrit une période extrèmement brutale... de notre histoire, mais qui n'est
  126. pas du tout finie. Les méthodes ont changé, elles sont moins brutales en apparence, mais l'objectif
  127. du fascisme qui était de mettre l'Etat à la disposition des plus riches, lui permettant ensuite,
  128. leur permettant ensuite (à ces riches), de supprimer les syndicats, de se débarraser
  129. des résistances des salariés pour que, enfin !, les salaires
  130. puissent être aussi bas que possible, et sans plus... sans plus aucun contre pouvoir.
  131. Ce projet fasciste, il est absolument d'actualité. Les institutions européennes ont été écrites
  132. par les mêmes, ont été voulues, financées par les mêmes qui avaient voulu et financé Hitler et Mussolini.
  133. Donc ce n'est pas Hitler et Mussolini, [évidemment,] c'est autre chose. C'est plus malin, c'est plus soft...
  134. Maintenant ils ont compris que, contre un Hitler ou un Mussolini, les peuples sont capables de se révolter.
  135. => ça va être beaucoup plus difficile de se révolter, de s'insurger contre le résultat des élections,
  136. contre les résultats de ce que nous avons nous-mêmes voté. C'est beaucoup plus malin, quoi, ils progressent.
  137. Et nous, on dirait qu'on régresse : on est de plus en plus incultes, on accepte leur langage, leur vocabulaire,
  138. on continue à parler de "démocratie", on défend le "suffrage universel" comme si c'était une vache sacrée,
  139. alors que c'est, le [faux] "suffrage universel" qui depuis 200 ans permet aux riches d'acheter le pouvoir politique
  140. et de concentrer les pouvoirs, donc ce sont les mêmes personnes, qui, désormais,
  141. depuis 200 ans arrivent à avoir, à la fois le pouvoir économique
  142. et le pouvoir politique, ce qui s'était jamais vu dans l'histoire des hommes...
  143. et ça, c'est le "suffrage universel" qui permet d'acheter [les élus], c'est cette procédure juridique
  144. qui permet aux riches d'acheter le pouvoir politique : 100% ! Et nous défendons ça comme si c'était l'alpha
  145. et l'oméga de notre liberté, mais on est plus cons que la moyenne, hein, je veux dire...
  146. on est idiots. On se fait berner, quoi, on est... on est très vulnérables aux bobards...
  147. Q : Il y a également le rôle des médias qui sont un petit peu une courroie de transmission
  148. entre les différents pouvoirs, pour, un petit peu influer notre pensée...
  149. Alors, c'est vrai que c'est un petit peu pessimiste ce que vous venez
  150. de dire, mais c'est tout à fait réaliste, c'est pas pessimiste, enfin c'est un peu noir, je précise...
  151. Il y a quand même des raisons d'espérer, parce c'est vrai que quand on touche le fond, et je pense
  152. qu'on est en train de toucher le fond, il n'y a plus qu'à donner un bon coup de talon et on remonte.
  153. Alors,c'est peut être un peu caricatural de dire ça...
  154. E.C : "le fond", c'est le camp de travail, hein... "Le fond", c'est Auschwitz ou le goulag...
  155. On n'est pas du tout au fond, là ; c'est pour ça qu'on ne réagit pas...
  156. Q : je parle de l'année 2012, dans le sens où nous sommes... enfin, d'après certaines analyses,
  157. nous sommes au bord d'une 3ème guerre mondiale, et pour le coup, là ce serait vraiment toucher le fond.
  158. E.C : Voilà, mais on n'y est pas encore. Mais ça va être ça, "le fond", ça va être la guerre civile.
  159. Q : Donc... parmi les maigres espoirs qui nous restent, on a l'espoir, certains ont l'espoir de mettre en place
  160. une constituante en France. Beaucoup de gens ne savent pas tout simplement
  161. ce que c'est qu' une constituante, est-ce que vous pourriez expliquer ce que c'est ?

  162. Et également, dans un 2ème temps, parler du tirage au sort de nos représentants.
  163. E.C : Là, j'ai quoi ? 1 minute ? :-)
    Alors : tout citoyen, c'est-à-dire quelqu'un qui aspire à être autonome,
  164. à produire lui-même, à participer lui-même directement aux lois auxquelles il consent,
  165. tout citoyen devrait savoir, et protéger, savoir ce que c'est qu'une Constitution, savoir à quoi ça sert,
  166. pourquoi c'est très important pour lui ; et il devrait [la] protéger les armes à la main. À Athènes,
  167. le athéniens étaient des soldats, armés, donc armés et entraînés, sachant se servir de leurs armes,
  168. et qui défendaient leur démocratie. Et ce nest pas du tout anodin : c'est [probablement] pour ça que ça a marché 200 ans,
  169. c'est parce qu'il y avait des citoyens [, des vrais]... des gens armés. Alors, je ne suis pas du tout militariste,

  170. je suis complètement anti-militariste, desarmé, j'ai vécu 50 ans dans cette croyance qu'il fallait
  171. désarmer le monde. Et je suis en train de découvrir le détail de l'histoire de nos massacres... massacres
  172. des peuples précisément désarmés, et je commence à me demander si je ne me suis pas fait enfumer
  173. à me laisser désarmer, alors que Robespierre m'annonçait déjà que, c'était folie de garder...
  174. au sein d'un corps social... désarmé, de garder une fraction armée du peuple. C'était pour lui, la garantie
  175. d'une tyrannie. Et je crois bien qu'il avait raison. Donc une Constitution, il faut vraiment comprendre
  176. ce que c'est : pour vivre en société, on a besoin du droit, qui nous pacifie, en nous soumettant
  177. à une règle commune. Ce droit va être produit, va être écrit, probablement, par des représentants.
  178. Des représentants qui, étant au-dessus de nous, et produisant les règles qui vont... nous contraindre,
  179. ces gens sont à la fois très utiles, et très dangeureux. C'est comme ça depuis très longtemps, on le sait
  180. depuis des milliers d'années. Et on a inventé... (donc il s'agit pas de réinventer quelque chose
  181. de nouveau), on a inventé depuis des milliers d'années, une protection contre ce danger, qui est

  182. un texte supérieur, donc qui est AU-DESSUS des producteurs de droit, donc au-dessus des parlements,
  183. au-dessus des gouvernements, au-dessus des juges, au-dessus des policiers,
  184. au-dessus, normalement des banques et des médias, au-dessus de ceux
  185. qui ont un pouvoir => au-dessus des professionnels de la politique,
  186. Il y a un texte, supérieur, que tout le monde devrait connaître, qui s'appelle la Constitution.
  187. Mais il faut comprendre que cette Constitution, elle ne sert pas à organiser les pouvoirs, elle sert à...
  188. à affaiblir les pouvoirs, elle sert à les diviser, les séparer, pour nous protéger. Donc la Constitution,
  189. nos parlementaires devraient la craindre ! Une fois qu'on a compris ça, on a compris qu'il est
  190. complètement idiot d'accepter que cette Constitution soit écrite par ceux-là mêmes qui devraient la craindre !
  191. Si ce sont les parlementaires qui écrivent la Constitution, un enfant comprend que le parlementaire,
  192. il ne va pas écrire les contre-pouvoirs dont nous avons besoin, nous en-dessous. Nous devrions être protégés

  193. par la Constitution, et nous laissons écrire ce texte protecteur par ceux dont elle devrait nous protéger !!!
  194. Ils vont [évidemment] tricher ! Et c'est [d'ailleurs] ce qu'ils font, partout dans le monde, à toutes les époques ! L'impuissance
  195. des peuples, partout dans le monde, ne vient pas de la corruption ou du vice de ceux qui écrivent
  196. la Constitution, pas du tout ! Ça ne vient pas des gens au pouvoir... l'impuissance des peuples, elle vient, de l'indifférence
  197. des peuples par rapport au processus de [rédaction de la] Constitution, et qui disent : "non, moi la Constitution,
  198. j'y connais rien, j'ai du travail, j'ai autre chose à faire, j'ai pas le temps", et qui disent, en général,
  199. "pour les affaires publiques, je laisse... je laisse des professionnels s'en occuper
  200. qui sont les parlementaires => eh bien, si ce parlementaire a envie d'écrire
  201. la Constitution, eh bien, qu'il l'écrive !"
    Et c'est à ce moment-là, que ça se joue. C'est à ce moment-là, où...
  202. [ce moment] où moi, électeur, je consens à ce qu'un parlementaire écrive la Constitution...
  203. un parlementaire, ou un ministre, ou un De Gaulle, hein, peu importe, ou un Lénine, [c'est à ce moment-là qu'on perd toute possibilité d'instituer une vraie démocratie]
  204. hein... Lénine a écrit la Constitution, c'est une catastrophe, De Gaulle a écrit la Constitution, et
  205. c'est une... De Gaulle et ses amis, hein, et c'est une catastrophe. Mais, ce n'est pas la faute de De Gaulle :
  206. c'est normal que De Gaulle ait envie d'écrire la Constitution, [mais] ce n'est pas normal qu'il l'écrive.
  207. Ce n'est pas normal que nous le laissions faire. Nous devrions... chacun d'entre nous,
  208. (vous êtes concernés individuellement), nous devrions empêcher,
  209. les hommes au pouvoir, les professionnels de la politique, d'écrire la Constitution.
  210. Tout le reste en découle.
    Je pense que là on atteint... quand je parle de notre indifférence
  211. au processus constituant, je pense que je suis sur "la cause des causes" : c'est la vraie source pure
  212. de notre impuissance politique, elle est là. Et il suffit (donc on a la solution en nous) il suffit
  213. de nous en occuper, il suffit d'arrêter de nous désintéresser... pas de la Constitution : du processus
  214. constituant, c'est-à-dire, QUI ÉCRIT ? Il ne suffit PAS de voter la Constitution, on va nous faire voter [n'importe quoi : par exemple,] ils ont
  215. réussi... la Constitution de 58, on l'a votée à 80%, alors que c'est une Constitution monarchique,
  216. qui institutionalise notre impuissance totale ! Totale ! Et on l'a votée à 80% ! Donc c'est [bien la preuve que] le vote
  217. ne suffit pas, c'est... une très mauvaise protection. Donc il nous faut... il nous faut une assemblée
  218. constituante, d'où les acteurs professionnels seraient exclus ! Il n'y faut pas d'hommes de partis,
  219. ni parlementaires, ni ministres, ni juges, ni banquiers, aucun homme de pouvoir. Donc il faut quelle soit [désintéressée]... [ce qui compte, c'est QUI ÉCRIT la Constitution.]
  220. Alors, moi, il me semble que le tirage au sort me paraît, semble être justement ce qu'on cherche
  221. pour que ce soit n'importe qui, sauf ceux qui le veulent... si vous avez une meilleure idée
  222. que le tirage au sort, ça m'intéresse, je suis preneur...
  223. il me semble que ce que nous devrions viser, c'est une procédure, tirage au sort ou autre,
  224. qui mette à l'écart les gens qui sont en situation de conflit d'intérêts, [à l'écart] du processus constituant.
  225. Et, je pense que ce qu'on a dit sur la dette, ce qu'on a dit sur l'Union Européenne, c'est complètement
  226. lié à cette cause première. C'est notre faute. Et donc, je suggère qu'on en parle,
  227. et que nous soyons rapidement des... [non] pas des milliers,
  228. pas des millions => que nous soyons rapidement des milliards, parce
  229. qu'il faut que ce soit dans plein de pays, il faut que ce soit... Il faut qu'on traduise et qu'on [diffuse mondialement]...
  230. C'est une idée forte et simple, hein, elle peut se répandre comme une trainée de poudre. Par contre,
  231. quand vous rentrez chez vous, il ne faut pas que vous rentriez chez vous en disant :
  232. "tiens, c'est sympa, c'est intéressant ça", et puis que vous vous en teniez là,
  233. il faut que vous deveniez vous-même le vecteur de cette maladie antioligarchique...
  234. Le tirage au sort, en politique, ça peut être la maladie qui fera tomber le monstre oligarchique.
  235. Mais à condition qu'il y ait des globules blancs pour transmettre la maladie au monstre, hein.
  236. Donc... moi tout seul, je ne ferai rien du tout, il suffit de m'assassiner ou de...
  237. de me calomnier... et puis voilà, on se débarrasse de moi [et de l'idée-antidote du tirage au sort].
  238. Si on est des milliards, ça va être plus compliqué de se débarrasser de nous.
  239. Q : Alors, j'ai une dernière question par rapport à une constituante : on entend parfois certaines voix,
  240. notamment chez les indignés, ou alors au niveau des médias, des personnes comme Jacques Attali,
  241. défendre l'idée d'une constituante européenne. Alors qu'est-ce que vous répondez à cela ?
  242. E.C : Je conseille aux citoyens, pour se forger une opinion et pour déterminer une conduite, de ne pas
  243. se fier à ce que va dire Monsieur Attali, qui est le roi des oligarques. Alors bon, il a ses intérêts,
  244. il défend ses intérêts, mais Attali... il ne défend pas l'intérêt général. Donc... on pourrait peut être
  245. même dire que ce que dit Attali, on a intérêt, comme premier... premier fil de conduite, à faire le contraire. :-)
  246. Donc, je ne sais pas ce que dit Attali... je sais qu'une assemblée constituante élue... élue,
  247. parmi qui ? Elue parmi les candidats imposés par les partis ? Donc des élus qui vont être les mêmes qu'il y a
  248. à l'assemblée, ou leurs copains ?
    Bon ben, [dans ce cas,] les mêmes causes produiront les mêmes effets,
  249. et si vous élisez une assemblée constituante, vous resterez dans la prison politique
  250. que vous avez bien méritée. Si vous défendez l'idée d'une élection d'une assemblée constituante,
  251. c'est que je pense que vous n'avez pas compris...
    Bon, mais c'est peut être moi qui me trompe,
  252. mais bon, je pense que [dans ce cas] vous n'avez pas compris la cause de notre impuissance :
  253. si on élit une assemblée constituante, on restera impuissants. Donc faut arrêter avec le faux
  254. "suffrage universel" qui consiste à désigner des gens [des MAÎTRES] parmi lesquels on n'a pas choisi... des gens
  255. qu'on n'a pas choisis... il faut défendre le vrai suffrage universel : alors, ça peut être une élection libre :
  256. Une élection parmi les gens qui sont pas candidats... chacun d'entre nous pourrait désigner autour de lui,
  257. des gens qui lui semblent bien pour écrire une Constitution, et qui sont pas des hommes politiques,
  258. qui sont pas des hommes médiatiques, qui sont pas des hommes connus, qui sont des gens normaux.
  259. Bien, normaux. bien à leur regard. Et... ces gens élus librement, eh bien parmi eux, on pourrait
  260. tirer au sort. Et ce ne serait donc pas n'importe qui. Ce serait des gens
  261. que nous avons librement considérés comme des gens bien.
  262. Q : ... par rapport au tirage au sort, parce que, c'est vrai que c'est une idée qui peut paraître...
  263. à moi-même, ça m'avait paru saugrenu la première fois que je l'avais entendue,

  264. cela renvoie à tout votre travail de recherche et d'analyse, de la démocratie athénienne, et donc
  265. je conseille aux internautes de tout simplement de visionner toutes vos conférences,
  266. parce qu'il y a beaucoup de vos conférences qui sont publiques
  267. et qui sont accessibles gratuitement sur internet. Voilà, donc
  268. Etienne Chouard je vous remercie pour l'entretien, Jonathan, une dernière question ?
  269. E.C : Il y a un site [simplifié] que vous devriez aller voir puisque mon site [est très riche] :
  270. il suffit de taper Chouard sur google pour y aller, mais il est énorme...
  271. les gens m'écrivent souvent en me disant "on a le tournis, quoi, on arrive là-dedans,
  272. il y a trop de choses"... Et il y a un militant qui a fait sans m'en parler (et qui a vachement bien fait),
  273. qui a fait un truc incroyable... il s'appelle Paul et il a écrit, il a fait un site qui résume l'essentiel.
  274. Et le site s'appelle : le-message.org. C'est vachement bien ce qu'il a fait, c'est 0% de matières grasses,
  275. c'est tout léger, il y a ce qui compte, et puis il y a une approche progressive, c'est-à-dire : tu as 5 idées
  276. très brèves, qui s'enchaînent, bien, correctement, quand tu cliques sur une idée, tu as un paragraphe
  277. pas trop long qui développe le résumé de cette idée, et si tu veux en savoir plus,
  278. tu cliques sur un lien et là tu en vois un peu plus, et puis ensuite tu vois les vidéos,
  279. et ça permet de rentrer progressivement dans l'essentiel. C'est bien fait : le-message.org.
  280. le-message.org, c'est incroyable, c'est un virus, qui a fait ça,
  281. quoi, c'est gentil virus, qui a imaginé... une façon
  282. plus efficace de planter les graines => c'est malin. Vous devriez aller voir, c'est bien fait.
  283. C'était quoi votre question ?
  284. Q : C'était au niveau de l'échelle de la Constitution à écrire. Est-ce qu'on doit la... est-ce que
  285. vous la verriez plutôt au niveau national ou plutôt au niveau européen ? C'était ça le sens de la question.
  286. E.C : Européen c'est trop tôt. Peut-être que ça viendra, mais, moi je verrais plutôt ça au niveau communal,
  287. et une fédération de communes qui permettrait de [gérer les questions exigeant une plus grande population]... et tant qu'on n'a pas la possibilité de s'organiser
  288. au niveau communal, je tiens absolument au niveau national.
  289. Je suis nationaliste tant qu'il n'y a pas de communes à la place. Je suis nationaliste faute [de mieux]...
  290. parce que si je perds la Nation, je perds ce que Robespierre m'a donné comme outil
  291. pour résister à Monsanto [et aux multinationales]. Donc je ne tiens pas à quitter la proie pour l'ombre,
  292. Je suis nationaliste faute de mieux, parce que, pour l'instant,
  293. je n'ai que ça pour me défendre. Et donc une Constitution au niveau national, ça irait très bien,

  294. comme en 1791. La Constitution de 93, c'est une merveille... la Constitution montagnarde, elle est belle.
  295. Q : et l'article 35...
  296. E.C : de la déclaration des droits de l'homme de 93 elle est belle, hein ?
  297. Mais bon, il faut comprendre que ces gens-là étaient purs. Ils étaient... ils étaient ce qui nous
  298. manque aujourd'hui. Et je pense que nous devrions, aujourd'hui [chercher de tels dévouements]...
  299. A l'époque, y'avait beaucoup d'analphabètes en France. Aujourd'hui,
  300. il y en a beaucoup moins, et aujourd'hui on trouverait, je pense, facilement,
  301. dans le corps social du pays, on trouverait facilement des gens valeureux, des gens bien, des gens...
  302. pas du tout des professionnels de la politique, et qui nous écriraient une super [Constitution], peut-être pas parfaite,
  303. il y aurait des défauts, mais on s'en fout, ils nous écriraient une super Constitution. Et il faut arrêter
  304. de s'en remettre aux professionnels du droit constitutionnel, qui sont au service
  305. de ceux qui les convoquent, qui sont des professionnels de la politique,
  306. et qui en fait, ont un intérêt personnel contraire à l'intérêt général.
  307. Les professionnels de la politique ont intérêt à l'impuissance du plus grand nombre.
  308. Alors, on est fous de les laisser écrire la Constitution, mais c'est notre faute hein, voilà.
  309. Q : Je citais tout à l'heure Einstein, mais j'aurais pu citer Robespierre, : à qui devons-nous imputer
  310. tous ces maux ? À nous-mêmes... dans son fameux discours... Jonathan, tu peux m'aider ?
  311. C'est le discours... celui du 27 juillet 1794...
  312. E.C : Je ne les connais pas assez bien pour les connaître par leur date, hein...
  313. Q : C'était son dernier discours à l'assemblée... enfin, à l'assemblée...
  314. E.C : Avant qu'on lui casse la mâchoire pour qu'il ne puisse pas se défendre...
  315. Q : Exactement.
  316. E.C : Robespierre est un... Robespierre est une véritable référence. Il faut arrêter de lire
  317. ce qu'on dit de Robespierre, il faut lire Robespierre dans le texte, c'est...
  318. c'est lumineux, c'est exemplaire. C'est très très très intéressant.
  319. Q : J'avais écrit un article sur lui qui s'appelait « Robespierre, grand-père des 99% »
  320. E.C : Voilà. Exactement, c'est un des grands bonshommes qui a vraiment défendu le peuple, quoi...
  321. Et qui a été haï, sali, calomnié pour ça [par les plus riches]. Qui a été assassiné pour ça... Grand bonhomme, Robespierre.
  322. Q : Oui alors, une des racines de la corruption réside dans l'argent-dette. On entend parler des monnaies
  323. parallèles, des monnaies alternatives, est-ce que c'est une solution ? Est-ce que c'est possible
  324. de mettre en oeuvre ça de façon... je dirais presque étatique ?
  325. E.C : Eh bien non, c'est contradictoire : les monnaies libres ou les monnaies parallèles, elle n'ont de
  326. sens que parce que nous n'avons pas de monnaie étatique, de monnaie publique.
  327. Nous avons une toute petite monnaie publique,
  328. qui est moins de 10% de la monnaie, et nous avons 90% de la monnaie qui est une monnaie
  329. privée. Qui sont des monnaies privées, scandaleuses. Et les monnaies,
  330. les monnaies parallèles, les monnaies libres, sont un pis aller, un formidable pis aller...
  331. une solution de rechange tant que nous n'avons pas récupéré la monnaie publique...
  332. Elles sont un outil formidable, pédagogique, qui permet d'expliquer, et non pas [seulement] d'expliquer,
  333. de PROUVER la puissance libératrice qu'il y a dans la monnaie, de MONTRER que
  334. quand nous reprenons le contrôle de la monnaie, nous faisons disparaître la misère,
  335. et nous faisons apparaître la prospérité, l'autonomie ! Donc les monnaies parallèles
  336. permettent de le montrer, mais, si vous les rendez publiques, eh bien...
  337. on sort de ce qui était un acte de résistance, et on l'institutionalise, mais on ne parle plus
  338. de "monnaie parallèle", on parle de "monnaie publique. Je pense que la monnaie doit être publique,
  339. sous contrôle public... mais c'est [effectivement] le prolongement de ce que montrent les monnaies parallèles.
  340. Les monnaies parallèles montrent que c'est ça dont nous avons besoin.
  341. Nous sommes la proie, véritablement la proie, nous sommes les...
  342. travailleurs forcés de ceux qui ont volé la création monétaire à la puissance publique...
  343. Ce n'est pas une fatalité : le jour où nous... (et c'est indissociable, ça n'arrivera pas tant que
  344. nous ne récupérerons pas le contrôle de la Constitution... donc
  345. c'est complètement lié, hein), mais le jour où nous récupérerons le contrôle
  346. du processus constituant, ce jour-là, nous récupérerons aussi le contrôle des médias,
  347. le contrôle de la monnaie, le contrôle des juges... tout se tient. Mais à mon avis, il faut prendre
  348. le truc à la racine. Il faut prendre nos problèmes, qui sont infinis, hein, les injustices sociales
  349. elles sont infinies, mais elles ont une racine commune, qui est notre impuissance politique
  350. et qui ne tombe pas du ciel, qui est programmée dans un texte dont nous nous foutons. Je suggère que
  351. nous arrêtions de nous en foutre, et que nous parlions entre nous pour nous dire : voilà où est la racine,
  352. voilà ce qu'il faut couper, et ça c'est suffisamment simple pour réunir des gens "de droite" et "de gauche"
  353. et "du centre", et qu'on arrête de se disperser, et de... de s'engueuler sur des détails qui ne sont que
  354. des conséquences : concentrons-nous sur l'essentiel => on veut un processus constituant désintéressé.
  355. Tout le reste suivra, y compris la monnaie.
  356. Q : Bien Etienne Chouard, merci beaucoup pour cet entretien.