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← La fierté et le pouvoir de la représentation au cinéma

Après le succès éclatant de son film « Crazy Rich Asians », le réalisateur Jon M. Chu réfléchit à ce qui le pousse à créer, et plaide en faveur du pouvoir du lien et de la représentation à l'écran.

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Mostrar Revisión15 creada 12/26/2019 por eric vautier.

  1. La Silicon Valley et Internet
    m'ont doté de super-pouvoirs :
  2. des armes pour combattre,
  3. une armure pour encaisser les coups,
  4. et un signe géant dans le ciel
    pour me dire quand je dois me battre.
  5. Je ne peux rien prouver de tout ça.

  6. Je ne suis pas un « scientifique »,
  7. je n'ai pas de « faits ».
  8. Mon score actuel sur Rotten Tomatoes
    avoisine les 50 %,
  9. et j'ignore comment j'y suis entré.
  10. (Rires)

  11. Mais si on parle de
    se confronter à un pouvoir

  12. plus fort que soi,
  13. alors je suis au bon endroit,
  14. car, l'an dernier,
  15. j'ai passé une année passionnante grâce à
    « Crazy Rich Asians » que j'ai réalisé.
  16. (Applaudissements)

  17. Merci, merci.

  18. Et si nous parlons
    de relations aujourd'hui,

  19. c'est que mon histoire
    a été rendue possible
  20. grâce à un ensemble de relations
    tissées au cours de ma vie.
  21. J'espère qu'en racontant
    un peu de mon histoire,
  22. j'aiderai quelqu'un à trouver sa voie
    un peu plus vite que moi.
  23. L'histoire commence quand j'ai ouvert
    le livre sacré pour la première fois...

  24. Le livre sacré des gadgets
    « The Sharper Image », bien sûr.
  25. (Rires)

  26. Oui, certains connaissent.

  27. C'était un magazine de rêves
  28. qui contenait des choses
    inimaginables à nos yeux,
  29. mais elles étaient bien là.
  30. Vous pouviez vous les faire livrer.
  31. Des choses qui n'auraient
    probablement jamais dû exister,
  32. comme un « Gregory »,
    un mannequin grandeur nature
  33. qui dissuade le crime
    par son allure puissante et masculine.
  34. Ce n'est pas une blague.
  35. (Rires)

  36. Ça existe pour de vrai.

  37. (Rires)

  38. Mes yeux sont tombés
    sur le Video Ed/it Sima 2.

  39. C'était un objet tellement cool
    quand j'avais 10 ans.
  40. On pouvait brancher
    ses lecteurs VHS les uns aux autres
  41. et faire des montages,
  42. j'ai donc finalement convaincu
    mes parents de me l'acheter.
  43. Mais avant cela,
  44. laissez-moi vous faire
    un petit topo sur mes parents.
  45. Ils sont arrivés très jeunes
    aux États-Unis,
  46. de Taiwan et de Chine,
  47. et ils se sont installés
    à Los Altos, en Californie –
  48. la Silicon Valley avant la Silicon Valley.
  49. Ils ont monté un restaurant
    appelé Chef Chu's.
  50. Cinquante ans plus tard,
    ils y travaillent encore,
  51. ils y sont toujours.
  52. J'y ai grandi, c'était super.
  53. Et en parlant de relations,
    c'était une plateforme de relations.
  54. On venait y célébrer tout :
    anniversaires, accords commerciaux,
  55. on mangeait, on buvait et
  56. on créait des relations.
  57. J'ai grandi dans cet univers.
  58. Mes parents ont toujours vu
    l'Amérique comme le paradis sur Terre.
  59. On peut,
  60. si on aime quelque chose,
    travailler et accomplir ce qu'on veut.
  61. Ils ont donc élevé
    leurs cinq enfants à l'américaine.
  62. Je suis le plus jeune,
  63. celui qui ferme les yeux sur la photo.
  64. Ils nous ont appelés ma sœur et moi
    Jennifer et Jonathan,
  65. à cause de Jennifer et Jonathan
    de la série « Pour l'amour du risque ».
  66. (Rires)

  67. C'est dire s'ils aimaient l'Amérique.

  68. Ils se prenaient pour les Kennedy –
  69. surtout ma mère –
  70. elle nous mettait donc
    toujours des habits assortis,
  71. nous inscrivait à des cours
    de bonnes manières, de danse de salon
  72. et elle s'assurait que nous recevions
    les bons soins dentaires.
  73. (Rires)

  74. C'est une photo de moi, pas un montage.

  75. Dieu merci qu'elle l'ait fait.
  76. J'étais responsable de la caméra
    à chaque départ en vacances,

  77. j'avais donc toutes ces vidéos,
    sans savoir quoi en faire.
  78. Mais le Sima Video Ed/it 2,
  79. je les ai convaincus de l'acheter,
  80. et j'ai passé la nuit
    à me débattre avec les magnétoscopes
  81. de la chambre de mon frère et ma sœur,
    les fils emmêlés.
  82. J'avais enfin quelque chose à montrer.
  83. Donc un soir,
    je les ai réunis dans le salon,
  84. on devait être en 1991 environ.
  85. Je les fais s'asseoir dans le salon –
  86. mon cœur palpite,
    ma respiration s'accélère,
  87. un peu comme maintenant –
  88. j'appuie sur « Lecture »
  89. et quelque chose de merveilleux
    s'est alors produit.
  90. Ils ont pleuré.
  91. Ils ont beaucoup pleuré.
  92. Non pas car c'était
    le meilleur montage vidéo au monde –
  93. même si c'était plutôt bon –
  94. (Rires)

  95. mais car ils se sont vus comme
    une famille normale, qui s'intègre

  96. et a sa place à l'écran, devant eux.
  97. Comme les films qu'ils vénèrent
    et les séries à l'origine de nos noms.
  98. Étant le benjamin, j'avais le sentiment
  99. d'être entendu pour la première fois.
  100. Il existait un endroit
    où ces choses dans ma tête
  101. pouvaient prendre vie
    et s'échapper dans le monde extérieur.
  102. C'est là que j'ai compris
  103. que je voulais faire ça toute ma vie,
  104. que je sois payé ou non pour cela.
  105. J'avais cette passion,
    j'avais besoin d'outils.

  106. Mon père est allé au travail.
  107. Il s'est vanté de mes compétences
    en montage vidéo
  108. auprès des clients du Chef Chu's.
  109. Par chance, c'était
    dans la Silicon Valley,
  110. donc tous travaillaient
    dans l'informatique, les logiciels –
  111. ce sont tous des ingénieurs.
  112. Ils ont donc proposé de me donner
    du matériel de montage vidéo numérique.
  113. Nous étions au début des années 1990,
  114. quand ces choses n'existaient pas
    pour un enfant comme moi.
  115. J'obtenais donc des logiciels et matériels
    en version bêta venant de HP, de Sun
  116. et de Russell Brown de chez Adobe.
  117. Je n'avais aucun manuel,
  118. alors je les décryptais
    et je les adorais encore plus.
  119. J'ai commencé les cours
    à l'école de cinéma de l'USC

  120. et mes parents m'appelaient
    constamment pour me rappeler
  121. que je devais faire des films
    sur mon héritage chinois.
  122. La Chine allait devenir
    un grand marché du cinéma, un jour.
  123. Je leur disais : « Ouais, c'est ça. »
  124. (Rires)

  125. Écoutez toujours vos parents.

  126. (Rires)

  127. Je voulais devenir
    Zemeckis, Lucas et Spielberg.

  128. La dernière chose dont je voulais parler,
    c'était mon identité culturelle,
  129. mes origines ethniques.
  130. Honnêtement, je ne parlais à personne –
  131. Je ne pouvais me confier
    à personne à l'école,
  132. et même si j'avais pu, qu'aurais-je dit ?
  133. Alors j'ai ignoré ça
    et je suis allé de l'avant.
  134. Quinze ans plus tard,

  135. j'ai percé à Hollywood.
  136. Spielberg me connaît,
  137. j'ai travaillé avec The Rock,
    Bruce Willis et Justin Bieber.
  138. J'ai même présenté ma troupe
    de danse, LXD, sur la scène de TED
  139. et c'était super.
  140. Il y a quelques années,
  141. je me suis senti perdu au niveau créatif.
  142. Le moteur ne tournait plus aussi bien
  143. et j'ai reçu un signe...
  144. J'ai entendu des voix venues du ciel,
  145. un peu comme des oiseaux.
  146. Bon OK, c'était Twitter.
  147. Et sur Twitter –
  148. (Rires)

  149. il y avait Constance Wu,

  150. Daniel Dae Kim,
  151. Jenny Yang, qui est ici aujourd'hui,
  152. Alan Yang.
  153. Tous ces gens écrivaient leur frustration
  154. sur la représentativité à Hollywood.
  155. Et ça m'a frappé.
  156. J'avais pensé à ça,
    mais je ne l'avais jamais noté –
  157. j'étais très concentré –
  158. j'étais chanceux de travailler.
  159. Puis je me suis rendu compte :
  160. qu'est-ce qui ne va pas à Hollywood ?
  161. Pourquoi ne le font-ils pas ?
  162. Je me suis regardé dans le miroir
    et j'ai vu que Hollywood, c'est moi.
  163. J'ai littéralement –
  164. j'ai relevé mon col avant de venir,
  165. je suis très hollywoodien.
  166. (Rires)

  167. Il est encore relevé ? Parfait.

  168. (Applaudissements)

  169. Toutes ces années, j'ai eu
    le sentiment d'avoir tant reçu,

  170. sans savoir ce que je rendais
    à l'industrie du cinéma que j'aime tant.
  171. J'avais la chance d'y être,
  172. mais à ce moment, j'ai compris
    que ce n'était pas de la chance :
  173. j'avais le droit d'être là.
  174. Non, j'ai gagné le droit d'être là.
  175. Toutes ces nuits blanches,
    toutes ces soirées manquées le vendredi,
  176. les amis, les petites amies
    que j'ai perdus à cause des montages –
  177. J'ai gagné le droit d'être là, d'avoir
    une voix et aussi de dire quelque chose,
  178. de dire des choses importantes
  179. et, enfin, j'avais le pouvoir –
  180. le super-pouvoir de changer
    les choses si tel était mon désir.
  181. Quand vous essayez de parler de vous

  182. et de ceux qui vous ressemblent
    ou à votre famille,
  183. cela peut faire peur.
  184. Alors ce sentiment de solitude est revenu.
  185. Mais c'est Internet qui m'a dit –
  186. qui m'a envoyé ce signe,
    m'a montré mes troupes qui m'attendaient,
  187. me soutenaient et m'aimaient.
  188. J'ai découvert cet incroyable roman
    de Kevin Kwan : « Crazy Rich Asians »
  189. et on s'est mis au travail.
  190. On a créé ce film tous ensemble.
  191. Un casting 100 % asiatique –
  192. le premier en vingt-cinq ans
    pour un récit contemporain.
  193. (Applaudissements et acclamations)

  194. Mais rien n'était joué
    quand nous avons commencé.

  195. Il n'existait pas de subventions
    pour ce type de film.
  196. A chaque sondage,
  197. le public ne semblait pas au rendez-vous.
  198. Même lors des projections tests,
  199. quand nous offrons des billets
    gratuits aux gens pour voir le film,
  200. nous avons eu un ratio de 1 pour 25 :
  201. sur 25 demandes,
    une seule personne acceptait.
  202. C'est très peu pour ce genre de choses.
  203. Les Asiatiques connaissant
    le livre se méfiaient de Hollywood,
  204. ceux qui ne le connaissaient pas
    trouvaient le titre insultant
  205. et toutes les personnes non-asiatiques
    ne se sentaient pas visées.
  206. On était donc plutôt mal partis.
  207. Heureusement, la Warner
    ne nous a pas tourné le dos.
  208. Et puis le courant est à nouveau passé,
  209. toute cette armée d'Asio-Américains,
    d'écrivains, de journalistes et blogueurs,
  210. qui, au fil des ans, avaient gravi
    les échelons de leurs publications
  211. y ont contribué, à mon insu.
  212. Ils se sont mis à publier des choses.
  213. Des entrepreneurs du numérique
    ont partagé sur les réseaux sociaux,
  214. ils ont écrit sur nous dans des articles
    du « Los Angeles Times »,
  215. du « Hollywood Reporter »
    et de « Entertainment Weekly ».
  216. C'était comme un mouvement spontané
    qui parlait de nous.
  217. Une chose incroyable à voir.
  218. Et la vague de soutien s'est transformée
    en conversation en ligne

  219. entre tous ces Asio-Américains.
  220. Nous avons pu débattre et discuter
  221. de ce que nous voulions raconter,
  222. de ce qui devrait l'être ou non,
  223. quel genre de –
  224. pouvons-nous nous moquer de nous-mêmes ?
  225. Et le casting ? Que pouvons-nous faire ?
  226. Nous n'étions pas d'accord –
    nous ne le sommes toujours pas,
  227. mais ce n'était pas le sujet.
  228. Le fait était que
    cette discussion avait lieu.
  229. Et ce canal de discussion
    est devenu permanent.
  230. Il a fallu tous ces groupes différents
    qui essayaient d'arriver à la même chose
  231. pour nous réunir
    en ce même tissu conjonctif.
  232. Ce n'était pas parfait,
  233. on a commencé à décider de comment
    nous représenter sur le grand écran.
  234. Cela s'est matérialisé
    quand je suis allé au cinéma.

  235. Je n'oublierai jamais la fois où –
    le premier week-end,
  236. je suis entré et il n'y avait pas
    que des Asiatiques –
  237. toutes sortes de gens –
  238. j'entre, je m'assieds,
  239. les gens rient, pleurent,
  240. et quand je suis allé dans le hall,
  241. les gens sont restés.
  242. Comme s'ils ne voulaient pas partir.
  243. Ils se sont serrés dans les bras,
  244. tapé dans les mains,
    se sont pris en selfie,
  245. ils en ont parlé, ils en ont ri.
  246. Tout ça.
  247. J'ai eu une relation
    si intime avec ce film,
  248. mais je ne comprenais quand nous tournions
  249. ce que nous tournions
    jusqu'à ce que le film soit produit –
  250. c'était la même chose que ressentaient mes
    parents en voyant nos vidéos familiales
  251. dans le salon ce jour-là.
  252. Nous voir à l'écran avait
    le pouvoir de créer ce sentiment
  253. que seul le mot « fierté » peut décrire.
  254. J'ai toujours compris ce mot
    avec mon cerveau –
  255. j'en avais probablement déjà parlé,
  256. mais de le sentir dans son cœur –
  257. ceux parmi vous
    qui l'ont sentie le savent –
  258. c'est comme vouloir aimer, toucher
    tout le monde, attraper et courir partout.
  259. C'est comme un très –
  260. je ne peux pas l'expliquer –
  261. c'est un sentiment très physique,
  262. tout cela grâce à
    un long écheveau de relations.
  263. Le film est un cadeau qui m'a été offert

  264. et, au fil des ans,
    j'ai appris beaucoup de choses.
  265. Vous pouvez imaginer, écrire des scripts,
    réaliser des story-boards,
  266. mais à un certain moment,
  267. votre film vous parlera
  268. et c'est à vous d'écouter.
  269. C'est un organisme vivant
    et il se présente ainsi,
  270. alors il vaut mieux l'attraper
    avant qu'il ne glisse de vos mains
  271. et c'est ce qui est passionnant
    quand on tourne un film.
  272. Quand je regarde la vie,
    ce n'est pas très différent.
  273. J'ai été guidé par cette sorte de
    fil d'Ariane de relations
  274. par les gens, par les circonstances,
  275. par la chance.
  276. Cela a changé quand j'ai compris
    qu'une fois qu'on se met à écouter
  277. les battements silencieux
    et les bruits confus autour de soi,
  278. on se rend compte qu'une belle symphonie
    est déjà écrite pour nous.
  279. Tout droit vers notre destin.
  280. Notre super-pouvoir.
  281. Le film est un cadeau qui m'a été offert,

  282. impulsé par mes parents
    et soutenu par ma communauté.
  283. J'ai réussi à être celui que je voulais
    quand j'ai eu besoin de l'être.
  284. Ma mère a publié un truc
    sur Facebook l'autre jour,
  285. c'est souvent une très mauvaise
    chose à dire tout haut –
  286. flippant, elle ne devrait pas
    avoir Facebook, mais –
  287. (Rires)

  288. Elle a publié ça, c'est un mème,

  289. un de ces trucs amusants, vous savez,
  290. et il dit : « On ne peut changer
    quelqu'un qui ne veut pas changer,
  291. mais ne sous-estimez jamais
    le pouvoir de planter une graine ».
  292. Et alors que je finissais ce discours,
  293. j'ai compris que tous les contacts
    privilégiés dans ma vie
  294. passaient par la générosité, l'amour,
    la gentillesse et l'espoir.
  295. Quand je pense à mes films
    « Crazy Rich Asians », « In the Heights »
  296. sur lequel je travaille aujourd'hui –
  297. (Applaudissements)

  298. Oui, c'est un bon film.

  299. Tout ce que je veux faire,
    c'est leur montrer la joie et l'espoir,

  300. car je refuse de croire que
    nos meilleurs jours sont derrière nous,
  301. mais en fait, au coin de la rue.
  302. Car vous voyez l'amour –
  303. l'amour est le super-pouvoir
    qui m'a été offert.
  304. L'amour est le super-pouvoir
    qui m'a été transmis.
  305. L'amour est la seule chose
    qui puisse arrêter une balle
  306. avant même qu'elle ne sorte du barillet.
  307. C'est la seule chose
    qui peut escalader un bâtiment,
  308. faire regarder
    un groupe entier vers le ciel,
  309. se donner la main
  310. et avoir le courage d'affronter
    une chose beaucoup plus grande qu'eux.
  311. J'ai donc un défi pour moi
    et pour tout le monde ici.

  312. Quand vous travaillez sur vos projets,
  313. sur votre entreprise,
  314. quand vous leur donnez vie et
    vous rendez possible l'impossible,
  315. n'oublions pas d'être bons
    les uns envers les autres,
  316. car je crois que c'est
    la forme de relation la plus puissante
  317. que nous pouvons avoir avec notre planète.
  318. En réalité, notre avenir en dépend.
  319. Merci.

  320. (Applaudissements)

  321. Merci.

  322. (Applaudissements)