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← Pourquoi j'aime un pays qui m'a trahi autrefois

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Showing Revision 16 created 01/22/2015 by Shadia Ramsahye.

  1. Je suis un vétéran du vaisseau Enterprise.
  2. J'ai navigué à travers la galaxie,
  3. pilotant un grand vaisseau
  4. avec un équipage composé de gens
  5. issus du monde entier,
  6. de différentes races,
    de différentes cultures,
  7. de différents héritages,
  8. travaillant tous ensemble.
  9. Notre mission était d'explorer
    d'étranges nouveaux mondes,
  10. de découvrir de nouvelles vies
    et de nouvelles civilisations,
  11. d'aller audacieusement là
    où personne n'était allé auparavant.
  12. Ceci dit...

  13. (Applaudissements)
  14. Je suis le petit-fils d'immigrés japonais
  15. qui sont venus en Amérique,
  16. courageusement, à la rencontre
    d'un étrange nouveau monde,
  17. à la recherche de nouvelles opportunités.
  18. Ma mère est née à Sacramento, Californie.
  19. Mon père vient de San Francisco.
  20. Ils se sont rencontrés
    et mariés à Los Angeles
  21. et je suis né là-bas.
  22. J'avais 4 ans

  23. quand le Japon a bombardé Pearl Harbor,
  24. le 7 Décembre 1941.
  25. Et durant cette nuit,
  26. le monde a plongé
    dans une guerre mondiale.
  27. L'Amérique a soudainement
    été balayée
  28. par l'hystérie.
  29. Les nippo-américains,
  30. des citoyens américains
    d'origine japonaise,
  31. étaient observés
  32. avec suspicion, peur
  33. et une haine absolue.
  34. Simplement parce qu'on avait
    la même physionomie
  35. que les gens qui avaient
    bombardé Pearl Harbor.
  36. L'hystérie a crû et s'est amplifiée
  37. jusqu'en février 1942,
  38. quand le président des Etats-Unis,
  39. Franklin Delano Roosevelt,
  40. a ordonné que tous les nippo-américains
  41. de la côte Ouest des Etats-Unis
  42. soient sommairement rassemblés
  43. sans accusation, sans procès,
  44. sans procédure en bonne et due forme.
  45. Le procès en bonne et due forme
    est un fondement essentiel
  46. de notre système judiciaire.
  47. Mais il avait disparu.
  48. Nous ne pouvions que nous laisser
  49. séquestrer dans des camps de prisonniers
  50. localisés dans les endroits
    les plus isolés d'Amérique :
  51. sous la chaleur torride de l'Arizona,
  52. dans les marais étouffants de l'Arkansas,
  53. au fin fond du Wyoming,
    de l'Idaho, de l'Utah et du Colorado,
  54. et deux des endroits
    les plus désertiques de Californie.
  55. Le 20 avril, je fêtais
    mon cinquième anniversaire,

  56. et quelques semaines après,
  57. mes parents ont réveillé mon petit frère,
  58. ma petite soeur et moi
  59. très tôt le matin.
  60. Ils nous ont habillés avec précipitation.
  61. Mon frère et moi étions dans le salon
  62. regardant à travers la fenêtre.
  63. Nous avons aperçu deux soldats
    marcher sur l'allée de la maison.
  64. Ils étaient armés de baïonnettes.
  65. Ils ont franchi le porche
    d'un pas lourd,
  66. et ont frappé à la porte.
  67. Mon père leur a ouvert.
  68. Les soldats nous ont ordonné
    de quitter notre maison.
  69. Mon père a donné un petit sac
  70. à mon frère et à moi.
  71. C'est ainsi que nous sommes sortis,
  72. et avons attendu notre mère sur l'allée.
  73. Quand elle est arrivée,
  74. elle serrait ma petite soeur
    dans ses bras,
  75. et tenait un énorme sac.
  76. Les larmes coulaient sur ses joues,
    en flot ininterrompu.
  77. Je n'oublierai jamais cette scène.
  78. Elle est ancrée dans ma mémoire.
  79. On nous a expulsés de notre maison,

  80. fait monter dans des trains,
  81. avec d'autres familles nippo-américaines.
  82. Il y avait des gardes
  83. aux deux extrémités de chaque wagon,
  84. comme s'ils abritaient des criminels.
  85. On nous a fait traverser
    les trois quarts du pays,
  86. transbahutés dans ce train
    pendant 4 jours et 3 nuits.
  87. Et on nous a débarqués
    dans les marais de l'Arkansas.
  88. Je me souviens clairement
    des barbelés de l'enceinte
  89. dans laquelle on m'a confiné.
  90. Je me souviens de la haute tour de guet,
  91. et des mitraillettes pointées vers nous.
  92. Je me souviens des projecteurs
    qui me filaient
  93. chaque fois que je courais la nuit,
  94. pour aller aux toilettes.
  95. En fait, du haut de mes 5 ans,
  96. je pensais que c'était sympa
  97. qu'ils éclairent mon chemin
    pour aller faire pipi.
  98. Je n'étais qu'un enfant,
  99. trop jeune pour comprendre
  100. les circonstances de ma présence là.
  101. Les enfants ont une capacité
    extraordinaire de s'adapter.

  102. Ce qui aurait du être anormal
    au point d'en être ridicule,
  103. est devenu ma normalité
  104. de prisonnier
    dans les camps de guerre.
  105. C'est devenu une routine pour moi
    de faire la queue trois fois par jour
  106. pour manger des repas de misère,
    dans des cantines bruyantes.
  107. C'est devenu normal d'aller avec mon père
  108. me laver dans des douches publiques.
  109. Etre en prison,
    un camp enceint de barbelés,
  110. était devenu ma normalité.
  111. A la fin de la guerre,

  112. on nous a libérés,
  113. et remis un billet aller-simple
  114. à destination de
    n'importe où aux Etats-Unis.
  115. Mes parents décidèrent
    de retourner à la maison,
  116. à Los Angeles.
  117. Mais Los Angeles s'avéra
    ne pas être accueillante.
  118. Nous étions sans le sou.
  119. On nous avait tout pris.
  120. L'hostilité à notre égard était palpable.
  121. Skid Row fut notre première maison.
  122. C'est dans la partie la plus basse
    de notre ville,
  123. là où vivent ceux
    que la société a abandonnés,
  124. les ivrognes, les fous.
  125. Ça puait l'urine partout,
  126. dans les rues, les allées,
  127. les corridors.
  128. Ce fut une expérience horrible.
  129. Et nous, enfants,
    nous étions terrorisés.
  130. Je me rappelle qu'un jour,
  131. un ivrogne qui titubait
  132. s'est effondré juste devant nous,
  133. et a vomi.
  134. Ma petite soeur a dit :
    « Maman, retournons à la maison, »
  135. parce que pour nous, les barbelés
  136. étaient en fait,
  137. notre maison.
  138. Mes parents ont travaillé dur
  139. pour remonter la pente.
  140. Nous avions tout perdu.
  141. Mes parents étaient au milieu de leur vie,
  142. mais ils ont recommencé à zéro.
  143. Ils ont sué toute l'eau de leur corps
  144. pour réussir à rassembler
  145. le capital nécessaire pour acheter
  146. une maison de trois chambres
    dans un bon voisinage.
  147. J'étais adolescent,
  148. et ma curiosité
    à propos de mon emprisonnement
  149. n'a cessé de gonfler.
  150. J'avais lu des livres civiques
  151. qui parlait de l'idéal américain
    de la démocratie.
  152. Tous les hommes sont égaux.
  153. Nous avons tous des droits inaliénables
  154. de vie, de liberté,
    et de poursuite du bonheur.
  155. Mais je n'arrivais pas
    à identifier ces principes
  156. avec mon enfance
    dans les camps d'enfermement.
  157. J'ai lu beaucoup de livres d'histoire,
  158. sans rien trouver à ce sujet.
  159. Alors, je poussais mon père
    à débattre de ça
  160. pendant de longues soirées
    souvent très animées.
  161. Nous en avons discuté très souvent.
  162. Et j'en ai retiré
  163. la sagesse de mon père.
  164. C'est lui qui a le plus souffert
  165. pendant notre emprisonnement.
  166. Pourtant, il comprenait
    le sens de la démocratie américaine.
  167. Il m'a dit que notre démocratie,
  168. est une démocratie faite par les hommes,
  169. qu'elle peut être aussi grande qu'eux,
  170. mais qu'elle en porte aussi les failles.
  171. Il m'a dit que la démocratie américaine,
  172. est dépendante des hommes bons,
  173. qui tiennent à cœur
    les idéaux de notre système,
  174. et s'engagent activement
  175. dans le processus de notre démocratie.
  176. Il m'a emmené dans un quartier général
    de campagne politique.
  177. Le gouverneur de l'Illinois
    briguait la présidence.
  178. Et il m'a ouvert l'esprit
    à la politique électorale américaine.
  179. Il m'a aussi parlé
  180. des jeunes nippo-américains
  181. pendant la Seconde Guerre Mondiale.
  182. Au bombardement de Pearl Harbor,

  183. de nombreux nippo-américains,
    comme tous les jeunes Américains,
  184. ont couru dans les bureaux d'enrôlement
  185. pour aller se battre pour leur pays.
  186. Cet acte de patriotisme
  187. fut accueilli par un affront.
  188. Nous n'avons pas pu nous enrôler.
  189. Nous étions classés
    en tant qu'ennemis non-étrangers.
  190. C'était scandaleux d'être considérés
    comme ennemis de notre pays,
  191. alors que nous étions volontaires
    pour le défendre.
  192. Pire, l'expression était associée
    au terme « non-étranger ».
  193. A l'époque, ça signifiait
  194. « citoyen » mais en négatif.
  195. Meme le mot « citoyen » nous était refusé.
  196. Ils nous avaient emprisonnés
    pendant un an.
  197. Et puis, le gouvernement s'est aperçu

  198. qu'il y avait trop peu de volontaires
    pour partir sur les champs de bataille,
  199. et aussi soudainement qu'ils nous ont internés,
  200. ils ont donné accès au service militaire
  201. aux jeunes nippo-américains.
  202. C'était absolument irrationnel.
  203. Mais ce qui est fabuleux,
  204. et tout à fait étonnant,
  205. c'est que des centaines
    de jeunes hommes et femmes
  206. des Américains de racine japonaise,
  207. ont quitté leurs camps de barbelés,
  208. pour revêtir le même uniforme
    que nos sentinelles.
  209. Ils ont quitté leurs familles emprisonnées
  210. pour aller se battre pour leur pays.
  211. Ils affirmaient qu'ils allaient se battre

  212. pas uniquement pour libérer leurs familles
  213. du joug des fils barbelés,
  214. mais surtout pour défendre
  215. ce que notre gouvernement représente,
  216. ou devait représenter,
  217. mais qui était anéantis
  218. par les exactions de la réalité.
  219. Tous les hommes sont nés égaux.

  220. Et ils sont partis se battre
    pour leur pays.
  221. Ils ont été ostracisés
  222. dans une unité nippo-américaine,
  223. envoyée sur les champs
    de bataille en Europe.
  224. Ils y ont consacré toutes leurs forces.
  225. Ils se sont battus
  226. avec bravoure
    et un courage incroyable.
  227. On les a envoyés
    dans les missions les plus dangereuses.
  228. Et les pertes humaines de leurs unités
  229. sont les plus importantes.
  230. Une bataille est symbolique
    de cette situation :

  231. la bataille de la Ligne gothique.
  232. Les Allemands étaient enclavés
  233. sur ce versant rocheux
  234. des montagnes,
  235. cachés dans des grottes imprenables.
  236. Trois bataillons alliés
  237. les pilonnaient continuellement
  238. depuis six mois,
  239. mais la situation était au point mort.
  240. On a appelé la 442e unité
  241. en renfort des combats.
  242. Les hommes de la 442e
  243. ont trouvé une idée unique,
  244. mais dangereuse.
  245. L'ubac de la montagne
  246. était une zone rocheuse
  247. que les Allemands pensaient impossible
  248. de franchir pour attaquer par l'arrière.
  249. Les hommes de la 442e ont décidé
    de réaliser l'impossible.
  250. Une nuit sans lune,
  251. ils ont escaladé les parois rocheuses
  252. hautes de plus de 300 mètres,
  253. en tenue de combat complète.
  254. Ils ont escaladés la paroi
  255. toute la nuit.
  256. Dans l'obscurité totale,
  257. certains ont lâché prise,
  258. ou ont glissé,
  259. et ont trouvé la mort
  260. en tombant dans le ravin.
  261. Mais ils sont tous tombés en silence.
  262. Pas un seul n'a crié.
  263. Ils n'ont pas dévoilé leur position.
  264. Les hommes ont grimpé 8 heures d'affilée.
  265. Et ceux qui sont parvenus au sommet,
  266. s'y sont reposés
    jusqu'à ce que pointe le jour.
  267. Et quand l'aube s'est levée,
  268. ils ont attaqué.
  269. Ils ont surpris les Allemands,
  270. et se sont emparés de la montagne
  271. et ont vaincu la Ligne gothique.
  272. Un enlisement de six mois,
  273. fut résolu par par l'unité 442
  274. en 32 minutes.
  275. C'était un acte de courage extraordinaire,

  276. qui a mené à la fin de la guerre.
  277. De retour aux Etats-Unis,
  278. l'Unité 442
    est celle qui fut la plus décorée
  279. durant toute la Seconde guerre.
  280. Le Président Truman
    les accueillit avec ces mots
  281. sur la pelouse de la Maison Blanche :
  282. « Vous vous êtes battus
    non seulement contre l'ennemi,
  283. mais aussi contre les préjudices.
    Et vous avez vaincu ! »
  284. Voilà mes héros.

  285. Ils ont eu foi dans leur croyance
  286. en les idéaux de ce pays.
  287. Ils ont prouvé qu'être Américain
  288. n'est pas limité
    à une groupe de personnes.
  289. Ils ont prouvé que ce n'est pas la race
    qui définit l'identité américaine.
  290. Ils ont élargi
    ce que signifie être Américain,
  291. en y incluant les nippo-américains,
  292. ceux-là mêmes qui avaient été
    suspects et haïs.
  293. Ils ont été des acteurs du changement,
  294. ils m'ont laissé
  295. un héritage.
  296. Ils sont mes héros.
  297. Mon père est mon héros,
  298. parce qu'il avait compris
    ce qu'est la démocratie
  299. et m'a guidé vers elle.
  300. Ils m'ont donné un héritage,
  301. et cet héritage est accompagné
    d'une responsabilité :
  302. je dédie ma vie
  303. à faire de mon pays
  304. une Amérique encore meilleure,
  305. à faire de notre Etat
  306. une démocratie encore plus honnête.
  307. Fort de mes héros,
  308. et des épreuves que nous avons traversées,
  309. je peux me tenir devant vous
  310. en tant que nippo-américain homosexuel.
  311. Et surtout,
  312. en tant qu'un Américain, fier de l'être.
  313. Merci beaucoup.

  314. (Applaudissements)