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← Les quatre questions que vous devriez toujours poser à votre médecin

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Showing Revision 17 created 12/12/2019 by eric vautier.

  1. Je suis neurochirurgien,
  2. et je suis ici pour vous dire que
    mes collègues et moi avons besoin de vous.
  3. Je vais vous expliquer comment
    dans un moment.
  4. Mais avant tout, laissez-moi
    vous parler d'un de mes patients.

  5. C'était une femme, dans la cinquantaine,
  6. en bonne santé générale,
  7. mais elle avait déjà été
    plusieurs fois à l'hôpital
  8. pour son traitement contre
    le cancer du sein.
  9. Cette fois-là, elle avait contracté
    une hernie discale
  10. qui lui causait des douleurs intenses
  11. tout le long du bras droit.
  12. En regardant son IRM
    avant la consultation,
  13. j'ai décidé de proposer une opération.
  14. Il faut savoir que les opérations de ce
    genre sont standardisées et rapides.
  15. Mais elles comportent un risque.
  16. Vous incisez, juste là,
  17. et vous disséquez soigneusement
    par-delà la trachée,
  18. l’œsophage,
  19. et vous tentez de ne pas découper
    l'artère carotide.
  20. (Rires)

  21. Ensuite vous insérez le microscope

  22. et retirez avec soin
    le disque et le prolapsus
  23. dans le canal nerveux
  24. sans compromettre le nerf
    et la racine nerveuse
  25. situés quelques millimètres en dessous.
  26. Le pire des scénarios est
    une lésion médullaire
  27. qui peut causer la paralysie
    à partir du cou.
  28. En expliquant cela à la patiente,
    elle s'est tue.

  29. Quelques instants après,
  30. elle a prononcé quelques mots décisifs,
    pour elle et moi.
  31. « Docteur, est-ce bien nécessaire ? »
  32. (Rires)

  33. Vous savez ce dont je me suis rendu compte
    à ce moment-là ?

  34. Ça ne l'était pas.
  35. En effet, quand je reçois des patients
    comme cette femme,
  36. j'ai tendance à conseiller
    contre une opération.
  37. Mais pourquoi ne l'ai-je pas fait
    cette fois-là ?
  38. Eh bien, vous voyez,
  39. ce prolapsus était si délicat
  40. que je me voyais déjà l'extraire
    du canal de la racine nerveuse
  41. avant même l'entrée de la patiente
    dans mon cabinet.
  42. Je dois l'admettre, je voulais l’opérer.
  43. J'aimerais l'opérer.
  44. Opérer, en effet, est la partie
    la plus amusante de mon travail.
  45. (Rires)

  46. Je pense que vous pouvez comprendre cela.

  47. Mon voisin, un architecte, dit qu'il aime
    juste s'asseoir et dessiner,
  48. concevoir des maisons.
  49. Il préfère faire cela
  50. que de parler avec les clients
    qui financent la maison
  51. et qui pourraient imposer des limites
    à son travail.
  52. Mais comme l'architecte,
  53. chaque chirurgien doit
    regarder ses patients dans les yeux
  54. et décider avec eux
  55. ce qui est meilleur pour
    la personne qui subit l'opération.
  56. Cela peut sembler simple.
  57. Mais regardons quelques statistiques.
  58. Les amygdales sont les deux boules
    au fond de la gorge.

  59. Elles peuvent être retirées
    chirurgicalement,
  60. ce qui s'appelle une amygdalectomie.
  61. Ce graphique montre le nombre
    d'amygdalectomies en Norvège
  62. dans différentes régions.
  63. Ce qui frappe est qu'il y a
    deux fois plus de chances
  64. que votre enfant - car il s'agit
    d'une opération pour enfants -
  65. subisse une amygdalectomie en Finnmark
    plutôt qu'en Trondheim.
  66. Les indications sont pareilles
    dans les deux régions.
  67. Il ne devrait pas y avoir de disparités,
    mais il en existe.
  68. Voici un autre graphique.

  69. Le ménisque stabilise le genou,
  70. et il peut se fragmenter ou se rompre,
  71. généralement durant un sport
    comme le football.
  72. Ce que vous voyez ici est le nombre
    d'interventions pour ce trouble.
  73. Et vous voyez que le nombre d'opérations
    à Møre og Romsdal
  74. est cinq fois plus important
    que celui à Stavanger.
  75. Cinq fois plus.
  76. Comment est-ce possible ?
  77. Les footballeurs de Møre og Romsdal
  78. font plus de fautes que
    dans le reste du pays ?
  79. (Rires)

  80. Je dirais que non.

  81. J'ai ajouté quelques informations.
  82. Maintenant vous voyez
    les opérations réalisées
  83. dans les hôpitaux publics en bleu clair,
  84. et en vert, on a celles
    dans des cliniques privées.
  85. Ils sont plutôt occupés
    dans les cliniques privées
  86. à Møre og Romsdal, non ?
  87. Qu'est-ce que ça signifie ?
  88. Que pour traiter les patients,
    il y a une possible motivation économique.
  89. Et ce n'est pas tout.
  90. Des recherches récentes montrent que
    la différence des résultats finaux

  91. entre thérapie physique
    et opérations au genou
  92. est inexistante.
  93. Ce qui veut dire que
    la plupart des interventions effectuées
  94. dans le graphique que je viens de montrer
  95. auraient pu être évitées,
    même à Stavanger.
  96. Qu’est-ce que j’essaie de vous dire ?
  97. Bien que la plupart des indications
    de traitement dans le monde
  98. sont standardisées,
  99. il existe beaucoup de variation inutile
    entre les décisions thérapeutiques

  100. surtout dans le monde occidental.
  101. Certaines personnes ne reçoivent pas
    le traitement dont elles ont besoin,
  102. mais une plus grande proportion
  103. est traitée en excès.
  104. « Docteur, est-ce bien nécessaire ? »

  105. Je n'ai entendu cette question
    qu'une fois pendant ma carrière.
  106. Mes collègues disent qu'ils n'ont jamais
    entendu ces mots de la part d'un patient.
  107. Et dans l'autre sens,
  108. combien de fois pensez-vous
    que le médecin vous dira « non »
  109. si vous posez une telle question ?
  110. Des chercheurs l'ont étudiée,
  111. et ils trouvent le même taux
    de réponse négative
  112. partout où ils vont.
  113. Et c'est à peu près 30 %.
  114. C'est-à-dire que trois fois sur dix,
  115. votre médecin vous prescrit
    ou vous propose une procédure
  116. qui est complètement inutile.
  117. Et vous savez quelle est
    leur raison pour cela ?
  118. La pression exercée par les patients.
  119. Autrement dit, vous.
  120. Vous voulez que quelque chose soit fait.
  121. Un de mes amis est venu me demander
    des conseils médicaux.

  122. C'est un mec sportif,
  123. il fait beaucoup de ski de fond en hiver,
  124. et en été, il court.
  125. Cette fois, il avait très mal au dos
    chaque fois qu'il faisait du jogging.
  126. Jusqu'au point où il a dû
    arrêter d'en faire.
  127. Je l'ai soumis à un examen médical,
    je l'ai interrogé en détail,
  128. et j'ai trouvé qu'il avait probablement
    un disque dégénéré
  129. au bas de la colonne vertébrale.
  130. Ça lui faisait mal chaque fois que
    le muscle se froissait.
  131. Il s'était déjà mis à nager
    au lieu de courir,
  132. il n'y avait rien à faire,
  133. donc je lui ai dit
    « Il faut être plus sélectif
  134. quant à l'entraînement.
  135. Certaines activités sont bonnes,
  136. d'autres ne le sont pas. »
  137. Il m'a répondu :
  138. « Je veux passer une IRM du dos.
  139. - Pourquoi veux-tu une IRM ?
  140. - Ma mutuelle au travail me permet
    de la passer gratuitement. »
  141. « Sérieusement » ai-je dit -
    il était aussi, après tout, mon ami.
  142. Ce n'est pas la vraie raison. »
  143. « Je pense que ce serait bien de voir
    à quel point il s'est détérioré. »
  144. « Tu as commencé à interpréter les IRM
    quand ? » lui ai-je dit.
  145. (Rires)

  146. « Fais-moi confiance.

  147. Tu n'en as pas besoin. »
  148. « Mais, » m'a-t-il dit,
  149. et après un moment, il a continué :
    « Ça pourrait être le cancer. »
  150. (Rires)

  151. Évidemment, il a passé l'IRM.

  152. Et grâce à sa mutuelle au travail,
  153. il a vu un de mes collègues au travail,
  154. qui lui a parlé du disque dégénéré,
  155. qu'il n'y avait rien à faire,
  156. et qu'il devait continuer à nager
    et s’arrêter de courir.
  157. Après quelques temps,
    je l'ai recroisé, et il m'a dit :
  158. « Au moins, je sais ce que j'ai. »
  159. Mais je vous pose une question.

  160. Que faire si vous tous ici présents
    avec les mêmes symptômes passiez une IRM?
  161. Et si tous les habitants de la Norvège
  162. passaient une IRM à cause de
    douleurs lombaires occasionnelles ?
  163. La liste d'attente pour une IRM
    quadruplerait, peut-être même plus.
  164. Et sur cette liste,
    vous prendriez la place
  165. de quelqu'un qui a vraiment le cancer.
  166. Donc parfois un bon docteur vous dit non,
  167. mais aussi le patient raisonnable
    refuse, des fois,
  168. l'opportunité d'être diagnostiqué
    ou traité.
  169. « Docteur, est-ce bien nécessaire ? »

  170. Je sais que cette question peut être
    difficile à poser.
  171. Si vous revenez 50 ans en arrière,
  172. elle était même considérée comme malpolie.
  173. (Rires)

  174. Si le docteur avait choisi un traitement,

  175. vous deviez le suivre.
  176. Un de mes collègues, qui est généraliste,
  177. a été envoyée dans un sanatorium
    antituberculeux lorsqu'elle était enfant,
  178. pour six mois.
  179. Elle a subi un terrible traumatisme.
  180. Elle a découvert, en tant qu'adulte,
  181. que ses tests de dépistage de tuberculose
    avaient été négatifs depuis le début.
  182. Le docteur l'avait envoyée
    à cause de soupçons erronés.
  183. Personne n'avait osé ni considéré
    le confronter là-dessus.
  184. Même pas ses parents.
  185. Aujourd'hui, le ministre norvégien
    de la santé

  186. parle des services de soins
    de santé du patient.
  187. Le docteur est censé conseiller le patient
    sur la façon d'agir.
  188. Il s'agit d'un grand progrès.
  189. Mais vous aussi portez
    davantage de responsabilité.
  190. Prenez contrôle de votre relation
    avec votre médecin
  191. afin de partager les décisions médicales.
  192. Donc, la prochaine fois que
    vous serez chez le médecin,

  193. je veux que vous lui demandiez :
  194. « Docteur, est-ce bien nécessaire ? »
  195. Et dans le cas de ma patiente,
  196. la réponse serait non,
  197. mais une opération
    pourrait aussi se justifier.
  198. « Alors docteur, quels sont
    les risques associés à cette opération ? »

  199. Enfin, 5 à 10 % des patients
    auront des symptômes qui empireront.
  200. 1 à 2 % des patients
  201. développeront une infection des plaies
    ou même une hémorragie
  202. qui pourrait finir
    par une deuxième opération.
  203. 0,5 % des patients subiront
    un enrouement permanent,
  204. et quelques-uns,
  205. éprouveront des fonctionnalités réduites
    dans les bras ou les jambes.
  206. « Docteur, existe-il d'autres options ? »

  207. Oui : du repos et de la thérapie physique
    pendant un certain temps
  208. pourraient vous guérir complètement.
  209. « Et si je ne fais rien ? »

  210. Ce n'est pas conseillé,
  211. mais quand même, il existe
    une petite chance de guérison.
  212. Quatre questions.
  213. Des questions simples.
  214. Considérez-les votre nouvelle
    « boîte à outils » pour nous aider.
  215. Est-ce bien nécessaire ?
  216. Quels sont les risques ?
  217. Existe-il d'autres options ?
  218. Que m'arrivera-t-il si je ne fais rien ?
  219. Posez-les quand votre médecin veut
    que vous passiez une IRM,
  220. quand il vous prescrit des antibiotiques,
  221. ou quand il suggère une opération.
  222. Ce qu'on sait de la recherche,

  223. c'est qu'un sur cinq
    d'entre vous, soit 20 %,
  224. changera d'opinion sur la procédure.
  225. Et en changeant,
    non seulement vous vous rendrez la vie
  226. beaucoup plus facile, même bien meilleure,
  227. mais aussi le secteur de la santé
  228. en profitera.
  229. Merci.

  230. (Applaudissements)