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← David R. Dow : Leçons apprises des détenus qui attendent d'être exécutés

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Showing Revision 11 created 07/21/2012 by Elisabeth Buffard.

  1. Il y a deux semaines
  2. nous étions dans
  3. la cuisine avec ma femme, Katya,
  4. et nous parlions de ce dont je vais vous parler aujourd'hui.
  5. Nous avons un fils de 11 ans, il s'appelle Lincoln. Il était assis à la même table
  6. en train de faire ses devoirs de maths.
  7. Et, lors d'une pause dans ma conversation
  8. avec Katya, j'ai regardé Lincoln
  9. et d'un coup j'ai été frappé
  10. par le souvenir de l'un de mes clients.
  11. Mon client, c'était un gars qui s’appelait Will.

  12. Il venait du nord du Texas.
  13. Il n'a jamais vraiment connu son père car il avait
  14. abandonné sa mère alors qu'elle était enceinte de lui.
  15. Tout le destinait donc à être élevé par une mère célibataire
  16. ce qui aurait pu bien se passer
  17. sauf que cette mère célibataire
  18. souffrait de schizophrénie paranoïaque,
  19. et quand Will avait cinq ans, elle a essayé de le tuer avec un couteau de boucher.
  20. Elle a été

  21. placée en hôpital psychiatrique par les autorités,
  22. et Will a vécu avec son frère aîné les années suivantes
  23. jusqu'à ce que son frère se suicide d'une balle dans le coeur.
  24. Après ça,
  25. Will a été balloté d'un membre de la famille à l'autre,
  26. jusqu'à l'âge de neuf ans, après quoi, il a quasiment vécu tout seul.
  27. Et ce matin où nous étions assis avec Katya et Lincoln, je regardais mon fils,

  28. et je me suis rendu compte qu'à son âge,
  29. mon client Will
  30. avait déjà vécu seul pendant deux ans.
  31. Will a finalement rejoint un gang
  32. et a commis
  33. un certain nombre de crimes très graves,
  34. notamment, le plus grave,
  35. un meurtre tragique, horrible.
  36. Et pour finir, Will a été exécuté,
  37. c'était la sentence pour ce crime.
  38. Mais je ne veux pas

  39. parler aujourd'hui
  40. de la moralité de la peine capitale. Je suis convaincu que mon client
  41. n'aurait pas dû être exécuté, mais ce que j'aimerais faire aujourd'hui, c'est plutôt
  42. vous parler de la peine de mort
  43. d'une manière inédite pour moi
  44. d'une manière
  45. qui ne prête en aucun cas à controverse.
  46. Je pense que c'est possible,

  47. parce qu'il y a un aspect
  48. du débat de la peine de mort,
  49. peut-être le plus important d'entre tous,
  50. sur lequel tout le monde est d'accord,
  51. sur lequels les partisans les plus ardents de la peine de mort
  52. et les abolitionnistes les plus véhéments
  53. sont exactement sur la même longueur d'onde.
  54. C'est cet aspect que je veux explorer.
  55. Mais avant cela, j'aimerais prendre quelques minutes pour vous dire

  56. comment se déroule une affaire de peine capitale
  57. et j'aimerais vous faire part ensuite de deux leçons que j'ai apprises au cours de ces 20 dernières années
  58. en tant qu'avocat spécialisé dans les affaires de peines capitales,
  59. en observant plus qu'une centaine de ces affaires se dérouler ainsi.
  60. Vous pouvez considérer la peine de mort comme une histoire

  61. en quatre chapitres.
  62. Le premier chapitre de chaque cas est exactement le même,
  63. c'est la partie tragique.
  64. Il commence par le meurtre
  65. d'une personne innocente,
  66. il est suivi d'un procès
  67. où le meurtrier est condamné et envoyé dans le couloir de la mort,
  68. et pour finir, cette peine de mort est
  69. confirmée par la cour d'appel de l'État.
  70. Le deuxième chapitre consiste en une procédure juridique complexe connue sous le nom

  71. de "Habeas corpus" d'Etat (le droit de faire appel)
  72. Le troisième chapitre est une procédure juridique encore plus complexe,
  73. appelée procédure d' "habeas corpus" fédérale.
  74. Le quatrième chapitre
  75. est celui où il peut se passer un certain nombre de choses. Les avocats peuvent déposer un recours en grâce,
  76. ils peuvent entamer des contentieux encore plus complexes,
  77. ou ils peuvent ne rien faire du tout.
  78. Mais ce quatrième chapitre se termine toujours
  79. par une exécution.
  80. Quand j'ai commencé à représenter des condamnés à mort, il y a plus de 20 ans

  81. les condamnés n'avaient droit à un avocat ni au deuxième
  82. ni au quatrième chapitre de cette histoire.
  83. Ils étaient livrés à eux-mêmes.
  84. En fait, ce n'est qu'à la fin des années 1980 qu'ils ont acquis
  85. le droit à un avocat au cours du chapitre trois
  86. de l'histoire.
  87. Donc, le seul recours qu'avaient ces détenus condamnés à mort
  88. dépendait d'avocats bénévoles
  89. pour gérer leurs procédures judiciaires.
  90. Le problème, c'est qu'il y avait bien plus de gars dans le couloir de la mort
  91. qu'il n'y avait d'avocats qui à la fois s'intéressait à eux et étaient compétents pour traiter ces cas.
  92. Alors inévitablement,

  93. les avocats en venaient à traiter des d'affaires qui étaient déjà au chapitre 4,
  94. ce qui est logique, bien sûr. Ce sont les affaires les plus urgentes ;
  95. ce sont les gars qui sont le plus près d'être exécutés.
  96. Certains de ces avocats ont réussi à obtenir de nouveaux procès pour leurs clients.
  97. D'autres ont réussi à prolonger la vie de leurs clients, parfois
  98. de plusieurs années, parfois de quelques mois.
  99. Mais ce qui ne s'est pas passé,

  100. c'est qu'il n'y a jamais eu de diminution conséquente et régulière du nombre
  101. d'exécutions par an au Texas.
  102. En fait, comme vous pouvez le voir sur ce graphique, depuis le moment où
  103. l'appareil d'état des exécution au Texas est devenu efficace vers la fin des années 1990,
  104. il n'y a eu que quelques années où le nombre d'exécutions
  105. est passé sous la barre des 20 par an.
  106. Une année typique au Texas,

  107. la moyenne est de
  108. deux personnes par mois.
  109. Mais certaines années au Texas, nous avons exécuté près de 40 personnes et ce chiffre
  110. n'a jamais diminué de manière significative au cours des 15 dernières années.
  111. Et pourtant, en même temps que nous continuons à exécuter
  112. environ le même nombre de personnes chaque année,
  113. le nombre de personnes que nous condamnons à la peine de mort
  114. sur une base annuelle
  115. a fortement diminué.
  116. Nous avons donc ce paradoxe,

  117. qui est que le nombre d'exécutions annuelles est resté élevé,
  118. alors que le nombre de nouvelles condamnations à mort a diminué.
  119. Comment cela s'explique-t-il ?
  120. On ne peut pas l'attribuer à une baisse du nombre de meurtres,
  121. car ce nombre n'a pas diminué
  122. aussi radicalement que la ligne rouge sur ce graphique.
  123. Ce qui s'est plutôt passé, c'est
  124. que les jurés ont commencé à envoyer de plus en plus de gens en prison
  125. pour le reste de leur vie sans possibilité de libération conditionnelle,
  126. plutôt que de les envoyer à la chambre d'exécution.
  127. Pourquoi ?

  128. Ce n'est pas en raison d'une baisse de la popularité
  129. de la peine de mort. Les opposants à la peine de mort se consolent en voyant
  130. que la peine de mort n'a jamais été aussi peu populaire au Texas.
  131. Savez-vous ce que cela signifie au Texas ?
  132. Ça représente environ 60%.
  133. C'est vraiment bien comparé au milieu des années 1980, où on avait
  134. plus de 80 %,
  135. mais on ne peut pas expliquer la baisse des condamnations à mort au profit d'une
  136. condamnation à perpétuité sans libération conditionnelle par une baisse de la popularité de la peine de mort
  137. parce que les gens sont toujours en faveur de la peine de mort.
  138. Quelle est l'origine de ce phénomène ?

  139. C'est
  140. que les avocats
  141. qui représentent les condamnés à mort se sont concentrés
  142. de plus en plus tôt sur les chapitres du début de l'histoire de la peine de mort.
  143. il y a 25 ans, ils se concentraient sur le chapitre quatre.

  144. Et ils sont passés du chapitre quatre, il y a 25 ans, au chapitre trois
  145. vers la fin des années 1980.
  146. Et ils sont passés du chapitre trois de la fin des années 1980 au chapitre deux
  147. au milieu des années 1990. Et entre le milieu et la fin des années 90,
  148. ils ont commencé à se concentrer sur le premier chapitre de l'histoire.
  149. Maintenant, il se peut que vous pensiez que cette diminution du nombre de condamnations à mort et l'augmentation du

  150. nombre de condamnations à perpétuité est une bonne ou une mauvaise chose.
  151. Je ne veux pas en débattre aujourd'hui.
  152. Tout ce que je veux vous dire est que la raison pour laquelle c'est arrivé
  153. c'est que les avocats de la peine de mort ont compris
  154. que plus vous intervenez tôt dans une affaire,
  155. plus la probabilité de sauver la vie de votre client est grande.
  156. C'est la première chose que j'ai apprise.
  157. Voici la deuxième chose que j'ai apprise :

  158. Mon client Will
  159. n'a pas fait exception à la règle ;
  160. il a été la règle.
  161. Je le dis parfois, si vous me dites le nom d'un détenu du couloir de la mort,
  162. de n'importe quel état, peu importe si je l'ai rencontré auparavant,
  163. je pourrais vous écrire sa biographie
  164. Et huit fois sur 10,
  165. les détails de cette biographie
  166. seront plus ou moins précis.
  167. Et la raison en est que 80 % de la population dans le couloir de la mort sont

  168. les gens qui venaient du même genre de famille dysfonctionnelle que celle de Will.
  169. 80% des gens dans le couloir de la mort
  170. sont des gens qui se sont trouvés exposés
  171. au système de justice pour mineurs.
  172. C'est la deuxième leçon
  173. que j'ai apprise.
  174. Maintenant, nous arrivons au point

  175. où tout le monde va être d'accord
  176. Les personnes ici présentes peuvent ne pas être d'accord
  177. sur le fait que Will doive être exécuté ou pas,
  178. mais je pense que tout le monde serait d'accord
  179. que la meilleure version possible de son histoire
  180. serait une histoire
  181. où aucun meurtre ne se produise jamais.
  182. Comment faire pour obtenir ça ?
  183. Quand notre fils Lincoln travaillait sur ce problème de maths

  184. il y a deux semaines, c'était un problème bien ardu ;
  185. Et il apprenait comment, quand vous avez un problème bien ardu,
  186. parfois, la solution est de le découper en plus petits problèmes.
  187. C'est ce que nous faisons pour la plupart des problèmes, en maths et en physique, même en politique sociale,
  188. nous les tranchons en problèmes plus petits, plus faciles à gérer.
  189. Mais de temps en temps,
  190. comme l'a dit Dwight Eisenhower,
  191. pour résoudre un problème
  192. il faut le rendre plus grand.
  193. Pour résoudre ce problème

  194. il faut élargir la question de la peine de mort.
  195. Nous devons nous dire, très bien,
  196. nous avons ces quatre chapitres
  197. de l'histoire de la peine de mort,
  198. mais que se passe-t-il avant
  199. que cette histoire commence ?
  200. Comment pouvons-nous intervenir dans la vie d'un meurtrier
  201. avant qu'il ne devienne un meurtrier ?
  202. Quelles options avons-nous
  203. pour pousser cette personne
  204. hors de la trajectoire
  205. qui va la mener à un résultat que tout le monde,
  206. les partisans comme les adversaires de la peine de mort,
  207. considère encore
  208. comme un mauvais résultat :
  209. le meurtre d'un être humain innocent ?
  210. Vous savez, parfois les gens disent

  211. que quelque chose
  212. n'est pas sorcier.
  213. Et par là, ce qu'ils veulent dire, c'est qu'il y a des choses vraiment compliquées
  214. et que ce problème dont nous parlons aujourd'hui est vraiment simple.
  215. Eh bien c'est comme une science de pointe ;
  216. c'est l'expression mathématique
  217. pour solutionner un problème pointu.
  218. Ce dont nous parlons aujourd'hui
  219. est tout aussi compliqué.
  220. Ce dont nous parlons aujourd'hui est également
  221. une science de pointe.
  222. Mon client Will

  223. et 80 % des gens dans le couloir de la mort
  224. avaient cinq chapitres dans leur vie
  225. qui sont venus avant
  226. les quatre chapitres de l'histoire de la peine de mort.
  227. Je pense à ces cinq chapitres comme à des points d'intervention,
  228. des moments dans leurs vies où notre société
  229. aurait pu intervenir dans leur vie et les pousser hors de la voie sur laquelle ils étaient
  230. qui a créé une conséquence dont nous disons tous, que nous soyons partisans
  231. ou adversaires de la peine de mort,
  232. que c'est un mauvais résultat.
  233. Au cours de chacun de ces cinq chapitres :

  234. quand sa mère était enceinte de lui ;
  235. au début de son enfance ;
  236. quand il était à l'école primaire ;
  237. quand il était au collège, puis au lycée ;
  238. et quand il était dans le système de justice pour mineurs, au cours de chacun de ces cinq chapitres,
  239. la société aurait pu faire toute sorte de choses.
  240. En fait, si nous imaginons
  241. qu'il existe cinq modes d'intervention différents , la façon dont la société pourrait intervenir
  242. dans chacun de ces cinq chapitres,
  243. et nous pourrions les panacher à volonté,
  244. Il y a 3 000, plus de 3 000, stratégies possibles
  245. que nous pourrions adopter afin de sortir les enfants comme Will
  246. de la trajectoire sur laquelle ils sont.
  247. Je ne suis pas là aujourd'hui

  248. pour donner la solution.
  249. Mais le fait que nous avons encore beaucoup à apprendre
  250. ne signifie pas que nous ne savons pas déjà beaucoup.
  251. Nous savons par expérience dans d'autres états
  252. qu'il existe une grande variété de modes d'intervention
  253. que nous pourrions utiliser au Texas et dans tout autre état qui ne les utilise pas,
  254. afin d'éviter une conséquence que nous trouvons tous mauvaise.
  255. Je vais juste en citer quelques-unes.

  256. Je ne parlerai pas aujourd'hui de la réforme du système juridique.
  257. C'est sans doute un sujet qui est mieux réservé à une salle remplie d'avocats et de juges.
  258. Au lieu de cela, permettez-moi de parler de deux modes d'intervention
  259. auxquels nous pouvons tous contribuer
  260. parce que ce sont des modes d'intervention qui apparaitront
  261. quand les législateurs et les décideurs politiques, lorsque les contribuables et les citoyens,
  262. conviendront que c'est ce que nous devons faire
  263. et que c'est ainsi que nous devons dépenser notre argent.
  264. Nous pourrions fournir des services sociaux de la petite enfance

  265. aux enfants économiquement défavorisés et perturbés pour d'autres raisons,
  266. et nous pourrions le faire gratuitement.
  267. Et nous pourrions pousser des enfants comme Will hors de la voie sur laquelle nous sommes.
  268. Il y a autres États que cela, mais ce n'est pas.
  269. Nous pourrions fournir des écoles spéciales, tant au niveau du école secondaire

  270. que du primaire,
  271. qui visent les enfants défavorisés économiquement ou d'autres façons, et particulièrement les enfants
  272. qui ont été exposés
  273. au système de justice pour mineurs.
  274. Il y a une poignée d'états qui le font ;
  275. pas le Texas.
  276. Il y a une autre chose que nous pouvons faire,

  277. en fait il y a un tas d'autres choses que nous pourrions faire, il y a une autre chose que nous pourrions
  278. faire et dont je vais parler, et elle va être la seule chose controversée
  279. dont je parlerai aujourd'hui.
  280. Nous pourrions intervenir
  281. de manière beaucoup plus agressive
  282. dans les foyers dangereusement dysfonctionnels,
  283. et leur enlever les enfants
  284. avant que leurs mères ne saisissent des couteaux de boucher et menacent de les tuer.
  285. Si nous le faisons,
  286. il nous faut un endroit où les mettre.
  287. Même si nous faisons toutes ces choses, certains enfants vont passer à travers les mailles du filet

  288. et ils vont se retrouver dans ce dernier chapitre avant le début de l'histoire de meurtre,
  289. ils vont finir dans le système de justice juvénile.
  290. Et même si cela se produit,
  291. il n'est pas encore trop tard.
  292. Il est encore temps de les pousser
  293. si nous pensons à les pousser
  294. plutôt que de nous contenter de les punir .
  295. Il y a deux professeurs dans le nord-est, l'un à Yale et l'autre au Maryland,

  296. ils ont mis sur pied une école
  297. qui est attachée à une prison pour mineurs.
  298. Et les enfants sont en prison, mais ils vont à l'école à huit heures du matin
  299. jusqu'à quatre heures l'après-midi.
  300. Maintenant, c'était difficile sur le plan logistique.
  301. Ils devaient recruter des enseignants
  302. qui voulait enseigner à l'intérieur d'une prison, ils devaient établir une séparation stricte
  303. entre les personnes qui travaillent à l'école et les autorités de la prison,
  304. et le plus déconcertant de tout, il leur fallait inventer un nouveau programme d'études, parce que
  305. vous savez quoi ?
  306. Les gens n'entrent et ne sortent pas de prison sur une base semestrielle.
  307. Mais ils ont fait toutes ces choses.
  308. Maintenant qu'est-ce que toutes ces choses ont en commun ?

  309. Ce que toutes ces choses ont en commun est qu'elles coûtent de l'argent.
  310. Certaines personnes dans la salle sont peut-être assez vieilles pour se souvenir
  311. du gars dans le vieille publicité pour le filtre à huile.
  312. Il disait, « Eh bien, vous pouvez me payer maintenant
  313. ou vous pouvez me payer plus tard."
  314. Ce que nous faisons
  315. dans le système de la peine de mort
  316. est que nous allons payer plus tard.
  317. Mais le fait est

  318. que pour chaque 15 000 dollars que nous dépensons pour intervenir
  319. dans la vie des enfants défavorisés économiquement et autrement
  320. dans les premiers chapitres,
  321. nous économisons 80 000 dollars en coûts liés à la criminalité en aval.
  322. Même si vous n'acceptez pas
  323. que nous avons un impératif moral de le faire,
  324. c'est simplement logique économique.
  325. Je veux vous parler de la dernière conversation que j'ai eu avec Will.

  326. C'était le jour où il allait être exécuté,
  327. et nous parlions tout simplement.
  328. Il n'y avait plus rien à faire
  329. dans son cas.
  330. Et nous parlions de sa vie.
  331. Et il a d'abord parlé de son père, qu'il connaissait à peine,
  332. qui était mort,
  333. puis de sa maman,
  334. qu'il ne connaissait pas,
  335. qui est encore en vie.
  336. Et je lui ai dit

  337. « Je connais l'histoire.
  338. J'ai lu les documents.
  339. Je sais qu'elle a tenté de vous tuer. »
  340. J'ai dit, « Mais je me suis toujours demandé
  341. si vous vous en souveniez vraiment. »
  342. J'ai dit, « Je ne me rappelle rien
  343. de quand j'avais cinq ans.
  344. Peut-être que vous vous souvenez seulement de ce que quelqu'un vous a dit. »
  345. Et il m'a regardé et il s'est penché en avant,

  346. et il dit: « Professeur, », il me connaissait depuis 12 ans, il m'appelait encore professeur.
  347. Il a dit : "Professeur, je ne veux pas manquer de respect,
  348. mais quand votre maman
  349. ramasse un couteau de boucher qui semble plus grand que vous,
  350. et vous court après à travers la maison en hurlant qu'elle va vous tuer,
  351. et que vous devez vous enfermer dans la salle de bain et vous appuyer contre la porte et
  352. hurler à l'aide jusqu'à ce que la police arrive »,
  353. il m'a regardé et il a dit :
  354. « C'est quelque chose que vous n'oubliez pas. »
  355. J'espère qu'il y a une chose que vous n'oublierez pas :

  356. Entre le moment où vous êtes arrivés ici ce matin et le moment où nous ferons la pause déjeuner,
  357. il y aura quatre homicides
  358. aux États-Unis.
  359. Nous allons consacrer des ressources sociales énormes à punir les gens qui
  360. commettent ces crimes, et c'est approprié, car nous devons punir
  361. les gens qui font du mal.
  362. Mais trois de ces crimes sont évitables.
  363. Si nous agrandissons l'image

  364. et consacrons notre attention aux premiers chapitres,
  365. alors nous n'allons jamais écrire la première phrase
  366. qui commence l'histoire de la peine de mort.
  367. Merci.
  368. (Applaudissements)