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← Comment les préjugés raciaux fonctionnent -- et comment les interrompre

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Showing Revision 15 created 10/27/2020 by Claire Ghyselen.

  1. Il y a quelques années,
  2. j'étais dans un avion avec mon fils
    qui n'avait que cinq ans à l'époque.
  3. Il était tellement excité
    d'être dans cet avion avec moi.
  4. Il regardait tout autour
    de lui et il observait tout,
  5. il observait les gens.
  6. Voyant un homme, il dit :
  7. « Hé ! Ce type ressemble à Papa ! »
  8. Je regarde l'homme,
  9. et il ne ressemble en rien à mon mari.
  10. Mais alors pas du tout !
  11. Alors je commence à regarder
    autour de moi,
  12. et je remarque que cet homme
    était le seul noir dans l'avion.
  13. Et je me dis :
  14. « Ok.
  15. Il va falloir que j'aie
    une conversation avec mon fils
  16. pour lui expliquer que tous les
    noirs ne se ressemblent pas. »
  17. Mon fils lève la tête et me dit :
  18. « J'espère qu'il ne va pas voler l'avion.
  19. - Quoi ? Qu'est-ce que tu as dit ?
  20. - Eh bien, j'espère que cet homme
    ne va pas voler l'avion.
  21. - Et pourquoi tu dis ça ?
  22. Tu sais que papa ne volerait pas un avion.
  23. - Ouais, ouais, ouais, je sais.
  24. - Alors pourquoi tu dis ça ? »
  25. Et il m'a regardée avec
    un visage vraiment triste
  26. et a dit :
  27. « Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça.
  28. Je ne sais pas pourquoi je pensais ça. »
  29. Nous vivons avec une stratification
    raciale si stricte
  30. que même un enfant de cinq ans
    peut nous dire ce qui est censé arriver,
  31. même sans malfaiteur,
  32. même sans haine explicite.
  33. Cette association entre noir et criminel
  34. a fait son chemin dans l'esprit
    de mon enfant de cinq ans.
  35. Elle se retrouve dans tous nos enfants,
  36. dans chacun d'entre nous.
  37. Nos esprits sont façonnés
    par les disparités raciales
  38. que nous voyons dans notre quotidien
  39. et les récits qui nous aident à donner
    un sens aux disparités que nous voyons :
  40. « Ces gens sont des criminels »,
  41. « Ces gens sont violents »,
  42. « Ces gens sont à craindre. »
  43. Dans notre laboratoire, mon équipe de
    recherche a montré des visages à des gens.
  44. Et nous avons découvert
  45. que des visages noirs les amenaient
    à voir des images floues d'armes à feu
  46. avec plus de clarté et de rapidité.
  47. Les préjugés ne contrôlent pas
    seulement ce que nous voyons,
  48. mais aussi où nous regardons.
  49. Nous avons découvert qu'inciter
    les gens à penser à des crimes violents
  50. peut les amener à diriger
    le regard sur un visage noir
  51. et à le détourner d'un visage blanc.
  52. En incitant les policiers à penser
    à capturer, à tirer et à arrêter,
  53. on amène leur regard à eux aussi
    à se fixer sur des visages noirs.
  54. Les préjugés peuvent infecter tous
    les aspects de notre système judiciaire.
  55. Des données sur des accusés
    pouvant être condamnés à mort
  56. nous ont montré qu'avoir l'air plus noir
    faisait plus que doubler leurs chances
  57. de recevoir une condamnation à mort -
  58. du moins lorsque les victimes
    étaient blanches.
  59. Cet effet est significatif,
  60. même si nous avons contrôlé
    la gravité du crime
  61. et l'attractivité de l'accusé.
  62. Peu importe ce que nous avons contrôlé,
  63. nous avons constaté
    que les noirs étaient punis
  64. proportionnellement à la noirceur
    de leurs traits physiques :
  65. plus ils sont noirs,
  66. plus ils méritent la mort.
  67. Les préjugés peuvent aussi influencer
  68. la façon dont les enseignants
    punissent les élèves.
  69. Mes collègues et moi-même avons constaté
    que les enseignants expriment le désir
  70. de punir plus durement un collégien noir
  71. qu'un élève blanc
  72. pour un même comportement.
  73. Dans une étude récente,
  74. nous constatons que les enseignants
    traitent les élèves noirs comme un groupe
  75. mais les élèves blancs
    comme des individus.
  76. Si, par exemple, un élève
    noir se comporte mal
  77. et qu'un autre élève noir se comporte mal
    quelques jours plus tard,
  78. le professeur punit ce deuxième élève noir
  79. comme s'il s'était mal comporté deux fois.
  80. C'est comme si les péchés d'un enfant
  81. s'ajoutaient à ceux de l'autre.
  82. Nous créons des catégories
    pour donner un sens au monde,
  83. pour affirmer un certain contrôle
    et une certaine cohérence
  84. aux stimuli dont nous sommes
    constamment bombardés.
  85. La catégorisation et les préjugés qu'elle
    engendre permettent à notre cerveau
  86. de porter des jugements plus rapidement
    et plus efficacement,
  87. et nous le faisons en nous appuyant
    instinctivement sur des modèles
  88. qui semblent prévisibles.
  89. Pourtant, tout comme les catégories
    que nous créons
  90. nous permettent de prendre
    des décisions rapides,
  91. elles renforcent également les préjugés.
  92. Ainsi, les mêmes choses
    qui nous aident à voir le monde
  93. peuvent aussi nous aveugler.
  94. Elles rendent nos choix sans effort,
  95. sans friction.
  96. Pourtant, elles font
    payer un lourd tribut.
  97. Que pouvons-nous donc faire ?
  98. Nous sommes tous vulnérables aux préjugés,
  99. mais nous n'agissons pas
    tout le temps selon eux.
  100. Il existe certaines conditions
    qui peuvent leur donner vie
  101. et d'autres qui peuvent les étouffer.
  102. Laissez-moi vous donner un exemple.
  103. Beaucoup de gens connaissent
    l'entreprise technologique Nextdoor.
  104. Leur objectif est de créer
  105. des quartiers plus forts,
    plus sains et plus sûrs.
  106. C'est pourquoi elle propose
    cet espace en ligne
  107. où les voisins peuvent se réunir
    et partager des informations.
  108. Pourtant, Nextdoor s'est vite rendu
    compte qu'elle avait un problème
  109. avec le profilage racial.
  110. Le cas typique était que
  111. les gens regardaient par la fenêtre,
  112. voyaient un homme noir dans
    leur quartier, d'ordinaire blanc,
  113. et jugeaient rapidement
    qu'il posait problème,
  114. même s'il n'y avait aucune preuve
    d'acte délictueux.
  115. À bien des égards,
    notre comportement en ligne
  116. est le reflet de notre comportement
    dans la vraie vie.
  117. Mais ce que nous ne voulons pas,
    c'est créer un système facile à utiliser
  118. qui puisse amplifier les préjugés
    et approfondir les disparités raciales,
  119. plutôt que de les détruire.
  120. C'est pourquoi le cofondateur de Nextdoor
    m'a contactée, parmi d'autres,
  121. pour essayer de trouver une solution.
  122. Et ils ont réalisé que pour freiner
    le profilage racial sur la plateforme,
  123. ils devaient ajouter de la friction,
  124. c'est-à-dire qu'ils allaient devoir
    ralentir les gens.
  125. Nextdoor avait donc un choix à faire,
  126. et contre toute logique,
  127. ils ont décidé d'ajouter de la friction.
  128. Et ils l'ont fait en ajoutant
    une simple liste.
  129. Elle comportait trois points.
  130. D'abord, ils demandaient
    aux utilisateurs de faire une pause
  131. pour se demander « Que faisait cette
    personne qui la rendait suspecte ? »
  132. La catégorie « homme noir »
    n'est pas un motif de suspicion.
  133. 2° ils ont demandé aux utilisateurs
  134. de décrire les caractéristiques
    physiques de la personne,
  135. et pas seulement sa race et son genre.
  136. Troisièmement, ils ont réalisé
    que beaucoup de gens
  137. ne semblaient pas savoir
    ce qu'était le profilage racial,
  138. ni qu'ils s'y livraient.
  139. Nextdoor leur a donc fourni une définition
  140. et leur a dit que c'était
    strictement interdit.
  141. Vous avez tous vu ces panneaux
    dans les aéroports
  142. et dans les stations de métro, « Si
    vous voyez quelque chose, signalez-le. »
  143. Nextdoor a essayé de modifier cela.
  144. « »Si vous voyez quelque chose de louche,
  145. dites quelque chose de précis. »
  146. Et en utilisant cette stratégie,
    simplement en ralentissant les gens,
  147. Nextdoor a pu réduire
    le profilage racial de 75 %.
  148. Les gens me disent souvent :
  149. « Vous ne pouvez ajouter de la friction
  150. dans toutes les situations
    ou tous les contextes.
  151. Surtout avec des gens qui prennent tout
    le temps des décisions instantanées. »
  152. Mais il s'avère que
    nous pouvons ajouter de la friction
  153. dans plus de situations
    que nous ne le pensons.
  154. En travaillant avec le département
    de police d'Oakland en Californie,
  155. un certain nombre de mes collègues
    et moi-même avons pu les aider
  156. à réduire le nombre d'interpellations
  157. de personnes qui ne commettaient
    aucun délit sérieux.
  158. Et nous l'avons fait
    en poussant les agents
  159. à se poser une question
    avant chaque interpellation :
  160. « Est-ce que cette interpellation est
    basée sur des renseignements ?
  161. Oui ou non ? »
  162. En d'autres termes,
  163. « Ai-je au préalable des informations
  164. permettant de relier cette personne
  165. à un crime spécifique ? »
  166. En ajoutant cette question
  167. au formulaire que les agents
    remplissent lors d'une interpellation,
  168. ils ralentissent, ils s'arrêtent,
  169. ils se disent : « Pourquoi est-ce que
    j'envisage d'arrêter cette personne ? »
  170. En 2017, avant que nous ajoutions
    cette question au formulaire,
  171. les agents avaient effectué environ
    32 000 interpellations dans la ville.
  172. L'année suivante,
    après l'ajout de cette question,
  173. c'était tombé à 19 000.
  174. Les interpellations d'Afro-Américains
    ont diminué de 43 %.
  175. Et arrêter moins de noirs
    n'a pas rendu la ville plus dangereuse.
  176. En fait, le taux de criminalité
    a continué à baisser,
  177. et la ville est devenue plus sûre
    pour tout le monde.
  178. Une solution peut donc venir
  179. de la réduction du nombre
    d'interpellations inutiles.
  180. Une autre peut venir de l'amélioration
    de la qualité des interpellations
  181. effectuées par les agents.
  182. Et la technologie peut nous aider
    dans ce domaine.
  183. Nous sommes tous au courant
    de la mort de George Floyd,
  184. car ceux qui ont essayé de lui venir
    en aide avaient leur téléphone portable
  185. pour enregistrer cette horrible
    et fatale rencontre avec la police.
  186. Mais nous avons toutes
    sortes de technologies
  187. que nous ne mettons pas à profit.
  188. Les services de police de tout le pays
  189. sont maintenant obligés de porter
    des caméras fixées sur eux.
  190. On a des enregistrements
  191. non seulement des rencontres
    les plus extrêmes et les plus horribles,
  192. mais aussi des interactions quotidiennes.
  193. Avec une équipe interdisciplinaire
    de Stanford,
  194. nous utilisons des techniques
    d'apprentissage automatique
  195. pour analyser un grand
    nombre de rencontres,
  196. afin de mieux comprendre ce qu'il se passe
    lors des contrôles routiers de routine.
  197. Nous avons constaté que
  198. même lorsque les policiers se
    comportent de manière professionnelle,
  199. ils parlent aux conducteurs
    noirs avec moins de respect
  200. qu'aux conducteurs blancs.
  201. En fait, rien qu'à partir
    des mots que les policiers utilisent,
  202. nous avons pu deviner s'ils parlaient à un
    conducteur noir ou à un conducteur blanc.
  203. Le problème est que la grande
    majorité de ces films
  204. n'est pas utilisée
    par les services de police
  205. pour comprendre
    ce qu'il se passe dans la rue
  206. ou pour former les agents.
  207. Et c'est dommage.
  208. Comment une interpellation peut-elle se
    transformer en une rencontre mortelle ?
  209. Comment est-ce arrivé
    dans le cas de George Floyd ?
  210. Comment cela s'est-il
    produit dans d'autres ?
  211. Quand mon fils aîné avait 16 ans,
  212. il a découvert que lorsque
    les blancs le regardaient,
  213. ils ressentaient de la peur.
  214. « Le pire, c'était les ascenseurs, »
    disait-il.
  215. « Quand les portes se referment,
  216. les gens sont coincés
    dans cet espace exigu
  217. avec quelqu'un qu'on leur
    a appris à associer au danger. »
  218. Mon fils sent leur malaise,
  219. et il sourit pour les détendre,
  220. pour calmer leurs craintes.
  221. Lorsqu'il parle,
  222. leur corps se détend.
  223. Ils respirent plus librement.
  224. Ils prennent plaisir à son débit,
  225. à sa diction, à son choix de mots.
  226. Il ressemble à l'un d'entre eux.
  227. Je pensais que mon fils était
    un extraverti naturel comme son père.
  228. Mais j'ai réalisé lors
    de cette conversation,
  229. que son sourire n'était pas
    un signe qu'il voulait se connecter
  230. avec des étrangers.
  231. C'était un talisman
    qu'il utilisait pour se protéger,
  232. une compétence de survie
  233. qu'il avait perfectionnée au cours
    de milliers de voyages en ascenseur.
  234. Il apprenait à s'adapter à la tension
    que la couleur de sa peau générait
  235. et qui mettait sa propre vie en danger.
  236. Nous savons que le cerveau
    est câblé pour les préjugés,
  237. et une façon de les interrompre est
    de faire une pause et de réfléchir
  238. aux preuves de nos hypothèses.
  239. Nous devons donc nous demander :
  240. « Quels sont nos présupposés
    lorsque nous montons dans un ascenseur ?
  241. Ou dans un avion ?
  242. Comment pouvons-nous prendre conscience
    de notre propre préjugé inconscient ?
  243. Qui ces présupposés protègent-ils ?
  244. Qui mettent-ils en danger ? »
  245. Tant que nous ne poserons pas
    ces questions
  246. et que nous n'insisterons pas
    pour que nos écoles, nos tribunaux,
  247. nos services de police et toutes
    les institutions fassent de même,
  248. nous continuerons à laisser les préjugés
  249. nous aveugler.
  250. Et si ça continue,
  251. aucun d'entre nous
    n'est vraiment en sécurité.
  252. Je vous remercie.