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← Ce que c'est d'être un père transgenre

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Showing Revision 15 created 07/09/2018 by eric vautier.

  1. L'autre matin, je suis allé
    dans une épicerie

  2. et un employé m'a salué
  3. avec un « Bonjour monsieur,
    puis-je vous aider ? »
  4. J'ai dit : « Non merci, ça va ».
  5. La personne a souri
    et chacun a suivi son chemin.
  6. J'ai attrapé des céréales
    et quitté l'épicerie.
  7. J'ai été au drive d'un café local.
  8. Après avoir commandé,
    la voix à l'autre bout a dit :
  9. « Merci madame. Avancez. »
  10. En l'espace de moins d'une heure,
  11. j'ai été compris comme étant
    « monsieur » et « madame ».
  12. Pour moi, aucune
    de ces personnes n'a tort,
  13. mais elles n'ont aussi
    pas entièrement raison.
  14. Ce petit être humain mignon
    c'est mon Elliot, presque deux ans.
  15. Oui.
  16. Les deux dernières années,
  17. cet enfant m'a forcé à repenser le monde
  18. et ma participation.
  19. Je m'identifie comme étant
    transgenre et parent,
  20. cela me rend transparent.
  21. (Rires)
  22. (Applaudissements)
  23. (Cris)
  24. (Applaudissements)
  25. Vous pouvez voir que j'ai pris le thème
    de cette année très littéralement.
  26. (Rires)
  27. Comme toute bonne blague de papa.
  28. Je m'identifie comme étant genderqueer.
  29. Il y a beaucoup de façons de vivre
    en étant genderqueer,
  30. mais je ne me considère pas
    vraiment homme ou femme.
  31. Je me sens au milieu et parfois en dehors
    de cette binarité des genres.
  32. Étant en dehors de ces genres binaires,
  33. on me dit parfois
    « monsieur » et « madame »
  34. en l'espace de moins d'une heure
    lors de mes activités quotidiennes,
  35. comme faire des courses.
  36. C'est sur cette voie au milieu
    que je me sens le mieux.
  37. Cet espace où je peux être
    un monsieur et une madame
  38. semble le plus juste
    et le plus authentique.
  39. Cela ne signifie pas que ces interactions
    ne sont pas gênantes.
  40. Croyez-moi, l'inconfort peut aller
    d'une gêne mineure
  41. à une insécurité physique.
  42. Comme quand, dans un bar,
  43. un videur m'a physiquement sorti
    en me tenant par la nuque
  44. et m'a chassé des toilettes pour femmes.
  45. Mais « authenticité »
    ne veut pas dire « agréable ».
  46. Il s'agit de gérer et négocier
    l'inconfort de la vie quotidienne,
  47. même lorsque cela est dangereux.
  48. Et ce n'est qu'une fois
    que mon vécu de transgenre
  49. s'est télescopé avec
    mon identité de parent
  50. que j'ai compris l'ampleur
    de mes vulnérabilités
  51. et comment elles m'empêchent
    d'être le plus authentique possible.
  52. La majorité des gens
    ne réfléchissent pas beaucoup
  53. à comment leur enfant va les appeler
  54. en dehors de mots spécifiques à la culture
  55. ou de variations de termes sexospécifiques
    comme « maman » ou « papa ».
  56. Pour moi, la possibilité
    de comment cet enfant,
  57. qui deviendra un adolescent
    puis un véritable adulte,
  58. m'appellera pour le reste de nos vies
  59. était à la fois extrêmement
    effrayante et excitante.
  60. J'ai passé 9 mois aux prises
    avec le fait qu'être appelé « maman »
  61. ou une chose similaire
    ne me ressemblait pas.
  62. Peu importe combien de fois
    ou de versions de « maman » j'essayais,
  63. cela semblait forcé et très gênant.
  64. Être appelé « moman » ou « m'man » serait
    plus facile à digérer pour beaucoup.
  65. L'idée d'avoir deux mères
    n'est pas nouvelle,
  66. surtout pas où nous vivons.
  67. Alors j'ai essayé d'autres mots.
  68. Quand j'ai joué avec « papa »,
    cela m'a semblé mieux.
  69. Mieux, mais pas parfait.
  70. C'était comme une paire
    de chaussures que vous aimez
  71. mais que vous devez faire à votre pied.
  72. Je savais que l'idée d'être né
    avec le sexe féminin et appelé « papa »,
  73. cela serait un chemin plus difficile
    avec plus de moments gênants.
  74. Mais avant que je ne le sache,
    le temps était venu
  75. et Elliot est née en criant,
    comme la plupart des bébés,
  76. et ma nouvelle identité
    de parent a pris vie.
  77. J'ai décidé de devenir un papa
  78. et notre nouvelle famille
    a fait face au monde.
  79. Une des choses habituelles
    qui arrivent en rencontrant des gens
  80. est qu'ils m'appellent « maman ».
  81. L'interaction peut se passer
    de plusieurs façons
  82. et j'ai dessiné cette carte
    pour illustrer mes options.
  83. (Rires)
  84. La première option
    est d'ignorer la supposition
  85. et permettre aux gens de continuer
    à m'appeler « maman »,
  86. ce qui n'est pas gênant
    pour l'autre partie
  87. mais est en général très gênant pour nous.
  88. Cela me pousse à limiter
    mon interaction avec ces gens.
  89. Première option.
  90. La deuxième option est
    de les arrêter et de les corriger,
  91. de dire :
  92. « Je suis le père d'Elliot »
    ou « Elliot m'appelle « papa » ».
  93. Quand je fais cela, une ou deux
    des choses suivantes se produisent.
  94. Les gens ne sont pas dérangés
    et disent : « Oh, d'accord ».
  95. Et passent à autre chose.
  96. Ils répondent en s'excusant platement
  97. parce qu'ils se sentent mal,
    embarrassés, coupables ou bizarres.
  98. Mais souvent, les gens sont déconcertés,
  99. lèvent les yeux, ont un regard intense
    et disent quelque chose comme :
  100. « Tu veux changer de sexe ?
  101. Tu veux être un homme ? »
  102. Ou disent des choses comme :
  103. « Comment peut-elle être un père ?
  104. Seuls les hommes le peuvent. »
  105. La première option
    est souvent la plus simple.
  106. La seconde option
    est toujours la plus authentique.
  107. Tous ces scénarios impliquent
    une certaine gêne,
  108. même dans le meilleur des cas.
  109. Avec le temps, ma capacité
    à naviguer cette carte complexe
  110. a gagné en aisance.
  111. Mais la gêne est toujours là.
  112. Je ne vais pas prétendre
  113. que je maîtrise cela,
    j'en suis assez loin.
  114. Certains jours, je permets encore
    à la première option d'arriver
  115. car la seconde option
    est trop difficile ou risquée.
  116. Il n'y a pas moyen d'être certain
    de la réaction de quiconque
  117. et je veux m'assurer
    que les gens ont de bonnes intentions,
  118. que ce sont des gens biens.
  119. Nous vivons dans un monde où
    l'opinion de quelqu'un sur mon existence
  120. peut être avancée par des menaces
  121. envers ma sécurité émotionnelle,
    physique ou celle de ma famille.
  122. Alors je soupèse les coûts
    en fonction des risques
  123. et parfois, la sécurité de ma famille
    passe avant mon authenticité.
  124. Mais malgré ce risque,
  125. Elliot, en grandissant et sa conscience,
    ses compétences linguistiques croissant,
  126. si je ne corrige pas
    les gens, elle le fera.
  127. Je ne veux pas que mes peurs
    et insécurités reposent sur elle,
  128. entament son moral ou la fassent
    remettre sa voix en question.
  129. Je dois être un exemple de force,
    d'authenticité, de vulnérabilité
  130. et aller vers ces moments gênants,
    être appelée « maman »
  131. et m'exprimer et dire :
    « Non, je suis un papa.
  132. Et j'ai même les blagues
    de papa pour le prouver. »
  133. (Rires)
  134. Il y a déjà eu beaucoup de moments gênants
  135. voire même douloureux.
  136. Mais il y a aussi eu,
    en deux courtes années,
  137. des moments de validation
    et de transformation
  138. sur mon chemin en tant que père
    et vers l'authenticité.
  139. Lors de notre première échographie,
  140. nous voulions connaître le sexe du bébé.
  141. Le technicien a vu une vulve,
  142. a affiché les mots
    « C'est une fille » à l'écran,
  143. nous a donné une copie
    et renvoyés chez nous.
  144. Nous avons partagé la photo
    avec nos familles
  145. et, peu après, ma mère est arrivée
    chez nous avec un sac plein --
  146. je n'exagère pas,
  147. il était haut comme ça et débordait
    de vêtements et de jouets roses.
  148. J'étais un peu contrarié d'être confronté
    à beaucoup de choses roses
  149. et, ayant étudié le genre
  150. et passé d'innombrables heures
    à enseigner ce sujet
  151. en séminaire et en classe,
  152. je pensais être initié
    à la construction sociale du genre,
  153. comment le sexisme dévalue le féminin
  154. et comment il se manifeste
    explicitement et implicitement.
  155. Mais cette situation, cette aversion
    pour un sac plein de choses roses,
  156. m'a forcé à explorer mon rejet
    des choses très féminines
  157. dans le monde de mon enfant.
  158. J'ai réalisé que je renforçais le sexisme
  159. et les normes culturelles
    que je dis problématiques.
  160. Peu importe combien je croyais
    en la théorie de la neutralité du genre,
  161. en pratique, l'absence de féminité
    n'est pas la neutralité,
  162. c'est la masculinité.
  163. Si je n'habille mon bébé
    qu'en vert, en bleu et en gris,
  164. le monde extérieur ne pense pas :
    « C'est un beau bébé de genre neutre ».
  165. Ils pensent : « Quel beau garçon ».
  166. Ma compréhension théorique du genre
    et mon monde de parent se sont télescopés.
  167. Oui, je veux que mon enfant connaisse
    une diversité de couleurs et de jouets.
  168. Je veux qu'elle ait
    un environnement équilibré
  169. à explorer et comprendre.
  170. Nous avons un nom non sexospécifique
    pour notre bébé né fille.
  171. Mais la neutralité du genre
    est plus simple en théorie
  172. qu'elle ne l'est en pratique.
  173. En essayant de créer
    une neutralité du genre,
  174. par inadvertance, je privilégiais
    la masculinité à la féminité.
  175. Au lieu de modérer ou d'éliminer
    la féminité dans nos vies,
  176. nous faisons un effort concerté
    pour la célébrer.
  177. Nous avons du rose
    dans notre variété de couleurs,
  178. nous équilibrons le mignon et le beau,
  179. le joli et le fort et intelligent
  180. et travaillons très dur
    à ne pas associer un mot à un genre.
  181. Nous valorisons la féminité
    et la masculinité
  182. tout en nous montrant très critiques.
  183. Nous faisons de notre mieux
  184. pour qu'elle ne soit pas limitée
    par les rôles de genre.
  185. Nous le faisons en espérant
  186. montrer l'exemple d'une relation saine,
    responsable avec le genre à notre enfant.
  187. Ce travail pour développer une relation
    saine avec le genre pour Elliot
  188. m'a fait repenser et réévaluer
    comment le sexisme se manifeste
  189. dans mon identité de genre.
  190. J'ai réévalué comment
    je rejetais la féminité
  191. afin d'être à la hauteur
    d'une masculinité malsaine
  192. ou d'une chose que je voulais transmettre.
  193. Avec ce travail sur moi,
    je devais rejeter la première option :
  194. ignorer, passer à autre chose.
  195. Je devais choisir la seconde option.
  196. Je devais renouer
    avec des parties de moi gênantes
  197. pour aller vers un moi plus authentique.
  198. Je devais me confronter vraiment
    à la gêne que j'avais avec mon corps.
  199. Il est assez commun pour les transgenres
    d'être mal à l'aise dans leur corps
  200. et ce malaise peut être
    incapacitant ou embêtant
  201. et tout ce qu'il y a entre.
  202. Apprendre mon corps et comment
    être à l'aise en tant que transgenre
  203. est un chemin qui dure une vie.
  204. J'ai du mal avec les parties de mon corps
  205. pouvant être plus féminines --
  206. ma poitrine, mes hanches, ma voix.
  207. J'ai pris la décision
    parfois difficile, parfois facile
  208. de ne pas prendre d'hormones
    ni d'avoir d'opération
  209. pour me rendre plus masculin
    d'après les standards sociétaux.
  210. Si je n'ai pas surmonté
    tous les sentiments d'insatisfaction,
  211. j'ai réalisé qu'en
    ne confrontant pas ce malaise
  212. et en ayant une position
    positive, affirmative de mon corps,
  213. je renforçais le sexisme, la transphobie
  214. et montrais un exemple
    de honte de son corps.
  215. Si je déteste mon corps,
  216. en particulier, les parties
    que la société estime féminines,
  217. je dégrade potentiellement
  218. comment mon enfant voit
    les possibilités de son corps
  219. et de ses parties féminines.
  220. Si je déteste ou suis mal à l'aise
    avec mon corps,
  221. comment puis-je attendre
    de mon enfant qu'elle aime le sien ?
  222. Il serait plus facile pour moi
    de choisir la première option :
  223. ignorer mon enfant qui me questionne
    sur mon corps ou le lui cacher.
  224. Mais je dois choisir
    la seconde option chaque jour.
  225. Je dois confronter mes suppositions
  226. quant à ce que le corps d'un père
    peut et devrait être.
  227. Je travaille chaque jour pour être
    plus à l'aise dans ce corps
  228. et avec mes façons d'exprimer ma féminité.
  229. J'en parle plus,
  230. j'explore les profondeurs de cette gêne
  231. et trouve des mots
    avec lesquels je suis à l'aise.
  232. Cette gêne quotidienne m'aide à bâtir
    de la force et de l'authenticité
  233. sur ma représentation
    dans mon corps et mon genre.
  234. Je travaille à ne pas me limiter.
  235. Je veux lui montrer qu'un père
    peut avoir des hanches,
  236. n'a pas à avoir une poitrine
    parfaitement plate
  237. ni même la capacité à avoir une barbe.
  238. Quand elle en sera capable,
  239. je veux lui parler
    de mon voyage avec mon corps.
  240. Je veux qu'elle voit mon voyage
    vers l'authenticité
  241. même si cela implique de lui montrer
    les parties compliquées.
  242. Nous avons un pédiatre génial
  243. et avons une bonne relation
    avec le médecin de notre enfant.
  244. Comme vous le savez,
    si votre médecin reste le même,
  245. vos infirmiers et infirmiers praticiens
    vont et viennent.
  246. Quand Elliot est née,
    nous l'avons amenée chez le pédiatre
  247. et avons rencontré
    notre première infirmière, Sarah.
  248. Très tôt durant notre période avec Sarah,
  249. nous lui avons dit
    que j'allais être « papa »
  250. et ma partenaire était « maman ».
  251. Sarah était de ceux
    que ça ne dérangeait pas
  252. et nos visites suivantes
    se sont bien passées.
  253. Environ un an plus tard,
    Sarah a changé de garde
  254. et nous avons travaillé
    avec une nouvelle infirmière, Becky.
  255. Nous n'avons pas devancé les conversations
  256. et ne l'avons pas abordé
    jusqu'à ce que Sarah, notre infirmière,
  257. vienne dire bonjour.
  258. Sarah est chaleureuse, joviale
    et a dit bonjour à Elliot, moi et ma femme
  259. et, en parlant à Elliot, a dit :
  260. « Ton père a ton jouet ? »
  261. Du coin de l’œil,
  262. je pouvais voir Becky
    pivoter dans sa chaise
  263. et fusiller Sarah du regard.
  264. Le sujet de conversation
    est passé à notre pédiatre
  265. et j'ai vu l'interaction de Sarah
    et Becky continuer, quelque chose comme :
  266. Becky, faisant non de la tête
    et murmurant le mot « maman » ;
  267. Sarah, faisant non de la tête
    et murmurant : « Non, papa ».
  268. (Rires)
  269. Embarrassant, non ?
  270. Cela a continué dans un silence
    complet quelques fois
  271. jusqu'à ce que nous partions.
  272. Cette interaction m'est restée.
  273. Sarah aurait pu choisir
    la première option,
  274. ignorer Becky et la laisser
    m'appeler « maman ».
  275. Cela aurait été plus facile pour Sarah.
  276. Elle aurait pu rejeter la faute sur moi
    ou ne rien dire du tout.
  277. Mais à ce moment-là,
    elle a choisi la seconde option.
  278. Elle a choisi de confronter
    les suppositions
  279. et d'affirmer mon existence.
  280. Elle a insisté qu'une personne
    me ressemblant
  281. pouvait être un père.
  282. De façon modeste mais significative,
  283. elle m'a défendu,
    mon authenticité et ma famille.
  284. Malheureusement, nous vivons dans un monde
    refusant d'accepter les transgenres
  285. et la diversité
    des transgenres en général.
  286. Mon espoir est que confronté
    à une opportunité
  287. de défendre quelqu'un d'autre,
  288. nous agissions tous comme Sarah,
    même quand cela implique un risque.
  289. Certains jours, le risque d'être
    un père genderqueer semble trop grand.
  290. Décider d'être un père
    a été très difficile.
  291. Je suis sûr que cela continuera
    d'être l'expérience
  292. la plus difficile
    et enrichissante de ma vie.
  293. Malgré ce défi, chaque jour
    a semblé valoir entièrement le coup.
  294. Alors chaque jour j'affirme
    ma promesse envers Elliot
  295. et cette même promesse envers moi-même.
  296. De l'aimer fort et de m'aimer fort
  297. en faisant preuve de pardon
    et de compassion,
  298. de fermeté et de générosité.
  299. De laisser de la place pour grandir,
    aller au-delà du confort
  300. dans l'espoir d'atteindre et de vivre
    une vie ayant encore plus de sens.
  301. Je sais dans ma tête et mon cœur
  302. qu'il y a des jours difficiles,
    douloureux et inconfortables à venir.
  303. Ma tête et mon cœur savent aussi
  304. que tout cela mènera à une vie
    plus riche et authentique
  305. à laquelle je pourrai
    repenser sans regrets.
  306. Merci.
  307. (Applaudissements)