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Showing Revision 11 created 05/28/2017 by eric vautier.

  1. Plus d'un milliard et demi de personnes
    font l'expérience de la guerre.
  2. En réponse, ces personnes
    sont obligées de fuir leur pays,
  3. quittant plus de 15 millions de réfugiés.
  4. Les enfants, bien entendu,
  5. sont les victimes les plus innocentes
    et vulnérables,
  6. pas seulement
    des dangers physiques évidents,
  7. mais des effets passés sous silence
    de la guerre sur leurs familles.
  8. L'expérience de la guerre
    laisse les enfants à un très grand risque
  9. de développement de problèmes
    émotionnels et comportementaux.
  10. Les enfants, comme on peut l'imaginer,
  11. se sentiront inquiets,
    menacés et en danger.
  12. Il y a de bonnes nouvelles.
  13. La qualité de l'attention
    que les enfants reçoivent en famille
  14. peut avoir un effet plus important
    sur leur bien-être
  15. que les expériences concrètes de la guerre
    auxquelles ils ont été exposés.
  16. Les enfants peuvent être protégés
  17. par une éducation chaleureuse et stable
    pendant et après le conflit.
  18. En 2011, j'étais en première
    année de doctorat
  19. à l'Université de psychologie
    de Manchester.
  20. Comme beaucoup d'entre vous,
  21. j'ai regardé la crise en Syrie
    se dérouler devant moi à la télé.
  22. Ma famille est originaire de Syrie,
  23. et très tôt,
  24. j'ai perdu des membres de ma famille
    de façon atroce.
  25. Nous étions réunis
    avec ma famille devant la télé.
  26. Nous avons tous vu ces scènes :
  27. des bombes détruisant des immeubles,
  28. le chaos, la destruction,
  29. et des gens criant et courant.
  30. C'était toujours ceux qui criaient
    et couraient qui me touchaient le plus,
  31. surtout ces enfants terrifiés.
  32. J'étais mère de deux enfants,
    jeunes et typiquement curieux.
  33. Ils avaient cinq et six ans,
  34. un âge où ils posent
    énormément de questions,
  35. et ils attendaient
    des réponses convaincantes.
  36. J'ai commencé à me demander
    comment ce serait
  37. d'élever mes enfants dans une zone
    de guerre et un camp de réfugiés.
  38. Mes enfants changeraient-ils ?
  39. Que deviendraient les yeux
    joyeux et brillants de ma fille ?
  40. Mon fils, détendu et insouciant,
    deviendrait-il effrayé et introverti ?
  41. Comment survivrais-je ?
  42. Est-ce que je changerais ?
  43. En tant que psychologues
    et éducateurs parentaux,
  44. nous savons qu'équiper les parents
    des compétences pour gérer leurs enfants
  45. peut avoir un effet énorme
    sur leur bien-être.
  46. C'est ce que nous appelons
    l'éducation parentale.
  47. Voici ma question :
  48. les programmes d'éducation parentale
    pourraient-ils être utiles aux familles
  49. qui vivaient dans des zones de guerre
    ou des camps de réfugiés ?
  50. Pourrions-nous leur apporter
    des conseils, une formation,
  51. qui les aideraient
    dans une situation difficile ?
  52. J'ai donc approché
    mon superviseur de doctorat,
  53. le professeur Rachel Calam,
  54. afin d'utiliser mes capacités académiques
    pour créer un changement dans le monde.
  55. Je ne savais pas vraiment
    ce que je voulais faire.
  56. Elle m'a longuement écoutée,
  57. et à ma grande joie, a répondu :
  58. « Si c'est ce que tu veux faire,
    et si ça t'est si important,
  59. alors allons-y.
  60. Trouvons des moyens
    afin de voir si les programmes parentaux
  61. peuvent être utiles aux familles
    qui vivent ces situations. »
  62. Ces cinq dernières années,
    moi-même et mes collègues,
  63. Professeur Calam
    et Docteur Kim Cartwright,
  64. avons travaillé
    afin de soutenir les familles
  65. qui ont connu
    la guerre et le déplacement.
  66. Pour savoir comment aider ses familles
    qui ont été atteintes par un conflit,
  67. aider leurs enfants,
  68. la première étape doit évidemment être
    de leur demander de quoi ils souffrent,
  69. n'est-ce pas ?
  70. Enfin, ça me semble évident.
  71. Mais ce sont souvent les plus vulnérables,
  72. que nous essayons d'aider,
  73. à qui nous ne demandons pas.
  74. Combien de fois avons-nous supposé
    connaître parfaitement la chose
  75. qui va aider quelqu'un ou quelque chose
    sans leur demander d'abord ?
  76. J'ai voyagé vers des camps de réfugiés,
    en Syrie et en Turquie,
  77. je me suis assise avec des familles,
    et j'ai écouté.
  78. J'ai écouté leurs défis parentaux,
  79. j'ai écouté leurs luttes parentales,
  80. et j'ai écouté leur appel à l'aide.
  81. Parfois, c'était juste une pause,
  82. car je ne pouvais
    que leur tenir leurs mains,
  83. et les rejoindre
    dans les pleurs silencieux et la prière.
  84. Ils m'ont parlé de leurs luttes,
  85. ils m'ont parlé de la dureté,
    des conditions difficiles dans les camps
  86. qui ont rendu difficile la concentration
    sur des tâches pratiques
  87. comme la récupération d'eau propre.
  88. Ils m'ont dit comment ils ont regardé
    leurs enfants renoncer ;
  89. la tristesse, la dépression, la rage,
  90. mouiller au lit, sucer le pouce,
    la peur des bruits forts,
  91. la peur des cauchemars,
  92. les terrifiants, terrifiants cauchemars.
  93. Ces familles avaient traversé
    ce que nous avions vu à la télévision.
  94. Les mères,
  95. la moitié étaient des veuves de guerre,
  96. ou ne savaient pas
    si leurs maris étaient morts ou vivants,
  97. ont décrit comment elle se sentaient,
    comment elles faisaient face.
  98. Elles ont regardé leurs enfants changer
    et ne savaient pas comment les aider.
  99. Elles ne savaient pas comment répondre
    aux questions de leurs enfants.
  100. Ce que j'ai trouvé étonnant,
    et tellement motivant,
  101. était que ces familles étaient
    tellement motivées à aider leurs enfants.
  102. Malgré tous ces défis,
  103. elles essayaient d'aider leurs enfants.
  104. Elles tentaient de rechercher du soutien
    de la part des travailleurs des ONG,
  105. des professeurs des camps de réfugiés,
  106. des médecins,
  107. des autres parents.
  108. J'ai rencontrée une mère qui n'avait été
    que quatre jours dans un camp
  109. et avait déjà fait deux tentatives
  110. à rechercher du soutien
    pour sa fille de huit ans
  111. qui faisait de terrifiants cauchemars.
  112. Malheureusement, ces tentatives
    sont presque toujours inutiles.
  113. Les médecins des camps,
    une fois disponibles,
  114. sont presque toujours trop occupés,
  115. ou n'ont pas la connaissance ou le temps
    pour de simples soutiens parentaux.
  116. Les professeurs et les autres parents
    sont comme eux,
  117. ils font partie d'une nouvelle communauté
    qui a de nouveaux besoins.
  118. Nous avons donc commencé à réfléchir.
  119. Comment pourrions-nous les aider ?
  120. Les familles luttaient contre
    des choses plus imposantes
  121. que ce qu'ils pouvaient gérer.
  122. La crise syrienne a clairement montré
  123. combien il serait incroyablement
    impossible d'atteindre
  124. les familles de façon individuelle.
  125. Comment pourrions-nous les aider ?
  126. Comment atteindre les familles,
  127. au niveau de la population,
  128. à des coûts réduits,
  129. dans ces temps si terrifiants ?
  130. Après avoir parlé des heures
    avec des membres d'ONG,
  131. une idée innovante, fantastique,
    a été suggérée,
  132. distribuer aux parents des dépliants,
  133. via des emballages de pain,
  134. qui étaient livrés aux familles
    dans une zone de conflit en Syrie
  135. par les travailleurs humanitaires.
  136. C'est donc ce que nous avons fait.
  137. Les emballages de pain n'ont pas changé
    quant à leur apparence,
  138. hormis par l'ajout
    de deux morceaux de papier.
  139. L'un était une brochure parentale
  140. offrant des conseils et des informations,
  141. qui normalisait aux parents
    ce qu'ils éprouvaient,
  142. les problèmes de leurs enfants,
  143. et des informations sur la manière de
    soutenir eux-mêmes et leurs enfants.
  144. Des informations comme passer
    du temps pour parler à votre enfant,
  145. leur montrer plus d'affection,
  146. être plus patient avec votre enfant,
  147. parler à votre enfant.
  148. L'autre morceau de papier
    était un questionnaire à rendre,
  149. et bien entendu,
    il y avait un stylo.
  150. C'est donc simplement
    une distribution de tracts,
  151. ou est-ce vraiment un moyen de fournir
    des premiers soins psychologiques
  152. afin d'offrir une parenté chaleureuse,
    sûre et aimante ?
  153. Nous avons réussi à en distribuer
    3 000 en une seule semaine.
  154. Ce qui était incroyable, c'était
    d'avoir un taux de réponses de 60%.
  155. 60% des 3 000 familles
    ont répondu.
  156. Je ne sais pas combien de chercheurs
    nous avons aujourd'hui,
  157. mais ce type de taux de réponse
    est fantastique.
  158. Avoir ça à Manchester
    serait une récompense énorme,
  159. encore plus
    dans une zone de conflit en Syrie,
  160. ce qui souligne vraiment l'importance de
    ces types de messages pour les familles.
  161. Je me souviens de l'enthousiasme
    et l'envie du retour des questionnaires.
  162. Les familles ont laissé
    des centaines de messages
  163. incroyablement positifs et encourageants.
  164. Cependant, mon préféré doit être :
  165. « Merci de ne pas nous oublier,
    nous et de nos enfants. »
  166. Cela illustre parfaitement le potentiel
  167. de délivrer une première aide
    psychologique aux familles,
  168. et d'avoir un retour également.
  169. Imaginez reproduire cela
    en utilisant d'autres moyens
  170. tels que la distribution de lait maternel,
    des kits hygiéniques pour femmes,
  171. ou des paniers de nourriture.
  172. Mais rapprochons-nous de chez nous.
  173. La crise des réfugiés
  174. a une influence sur chacun de nous.
  175. Nous sommes sans cesse bombardés par
    des statistiques et des photographies,
  176. et ce n'est pas surprenant,
  177. parce que le mois dernier,
  178. plus d'un million de réfugiés
    ont rejoint l'Europe.
  179. Un million.
  180. Les réfugiés ont rejoint nos communautés,
  181. ils sont devenus nos voisins,
  182. leurs enfants fréquentent
    les écoles de nos enfants.
  183. Nous avons cadré le dépliant pour répondre
    aux besoins des réfugiés européens,
  184. et nous les avons mis en ligne,
    à accès ouvert,
  185. dans des zones où l'afflux
    de réfugiés est élevé.
  186. Par exemple, les services de santé suédois
    l'ont téléchargé sur leur site,
  187. et dans les 45 premières minutes,
  188. il a été téléchargé 343 fois,
  189. soulignant combien il est important
  190. pour les bénévoles, les praticiens
    et d'autres parents
  191. d'avoir un accès ouvert
  192. aux messages psychologiques
    de premiers secours.
  193. En 2013, j'étais assise sur le plancher,
    froid et dur, d'une tente de réfugiés,
  194. avec des mères assises autour de moi
    pendant je menais un groupe de discussion.
  195. En face de moi, une vieille dame,
  196. avec ce qui semblait être
    une fille de 13 ans à côté d'elle,
  197. la tête sur les genoux de la vieille dame.
  198. La fille resta silencieuse
    tout au long de la discussion,
  199. sans dire le moindre mot,
  200. avec ses genoux
    enroulés contre sa poitrine.
  201. Vers la fin du groupe de discussion,
  202. et tandis que je remerciais
    les mères pour leur temps,
  203. la vieille dame m'a regardée
    en pointant la jeune fille,
  204. et m'a dit :
  205. « Pouvez-vous nous aider avec... ? »
  206. Pas tout à fait sûre
    de ce qu'elle attendait de moi,
  207. j'ai souri à la jeune fille,
  208. et en Arabe j'ai dit :
  209. « Salaam alaikum. Shu-ismak ? »
  210. « Quel est ton nom ? »
  211. Elle m'a vraiment regardée,
    confuse et non engagée,
  212. mais elle a dit : « Halul. »
  213. Halul est le nom de l'animal de compagnie
    pour le nom féminin en arabe, Hala,
  214. et n'est vraiment utilisé
    que pour parler de très jeunes filles.
  215. À ce moment-là, je me suis rendu compte
    qu'Hala avait bien plus de 13 ans.
  216. Il s'avère que Hala était âgée de 25 ans
    et mère à trois jeunes enfants.
  217. Hala avait été une mère confiante,
    brillante, pétillante, aimante,
  218. et attentionnée pour ses enfants,
  219. mais la guerre avait changé tout cela.
  220. Elle avait vécu sous la chute
    des bombes dans sa ville ;
  221. elle avait vécu sous les explosions.
  222. Lorsque des avions volaient
    autour de leur bâtiment,
  223. en jetant des bombes,
  224. ses enfants criaient,
    terrifiés par le bruit.
  225. Hala attrapait les oreillers
    et couvrait les oreilles de ses enfants
  226. pour bloquer le bruit,
  227. tout en criant elle-même.
  228. Lorsqu'ils ont rejoint le camp,
  229. et qu'elle a su qu'ils étaient enfin
    dans une sorte de sécurité,
  230. elle s'est complètement retirée
    pour retourner en enfance.
  231. Elle a complètement rejeté sa famille,
  232. ses enfants, son mari.
  233. Hala ne pouvait plus faire face.
  234. C'est un combat parental
    avec une fin très difficile,
  235. mais malheureusement,
    ce n'est pas rare.
  236. Ceux qui vivent
    un conflit armé et un déplacement
  237. feront face
    à de sérieux problèmes émotionnels.
  238. C'est ce à quoi nous pouvons tous
    nous rapporter.
  239. Si vous avez traversé
    un moment dévastateur dans votre vie,
  240. si vous avez perdu quelqu'un
    ou quelque chose auquel vous teniez,
  241. comment continueriez-vous à faire face ?
  242. Pourriez-vous encore
    prendre soin de vous et de votre famille ?
  243. Étant donné que les premières années
    de la vie d'un enfant sont cruciaux
  244. pour une bonne santé physique
    et le développement émotionnel,
  245. et que 1,5 milliard de personnes
    subissent des conflits armés,
  246. beaucoup d'entre eux rejoignant
    nos communautés,
  247. nous ne pouvons pas
    fermer les yeux
  248. face aux besoins de ceux
    qui connaissent la guerre et la migration.
  249. Nous devons prioriser
    les besoins de ces familles,
  250. tant ceux qui sont déplacés dans
    leur pays, que les réfugiés à l'étranger.
  251. Ces besoins doivent être priorisés
    par des ONG, des décideurs,
  252. l'OMS, le HCR
    et chacun de nous,
  253. quelle que soit la fonction
    que nous occupions dans notre société.
  254. Lorsque nous commençons à reconnaître
    les visages individuels du conflit,
  255. lorsque nous commençons à remarquer
    ces émotions complexes sur leurs visages,
  256. nous commençons
    à les voir en tant qu'êtres humains.
  257. Nous commençons à voir
    les besoins de ces familles,
  258. et ce sont de véritables besoins humains.
  259. Quand ces besoins sont prioritaires,
  260. les interventions pour les enfants
    dans des contextes humanitaires
  261. reconnaîtront le principal rôle
    de la famille dans le soutien des enfants.
  262. La santé mentale familiale
    criera haut et fort
  263. dans l'agenda international.
  264. Les enfants seront moins susceptibles
    d'entrer au sein des services sociaux
  265. dans les pays de réinstallation
  266. parce que leurs familles
    auront eu un soutien en amont.
  267. Nous serons plus ouverts d'esprit,
  268. plus accueillants, plus attentionnés,
  269. et plus confiants vis-à-vis de ceux
    qui rejoignent nos communautés.
  270. Nous devons arrêter les guerres.
  271. Nous devons construire un monde
    où les enfants
  272. peuvent rêver d'avions en train
    de lâcher des cadeaux,
  273. et non des bombes.
  274. Jusqu'à ce que nous arrêtions les conflits
    qui font rage dans le monde entier,
  275. les familles seront déplacées,
  276. laissant les enfants vulnérables.
  277. Mais en améliorant la parentalité
    et le soutien des soignants,
  278. il peut être possible d'affaiblir le lien
    entre la guerre et les gênes psychiques
  279. chez les enfants et leurs familles.
  280. Merci.
  281. (Applaudissements)