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← Notre débat sur l'immigration est faussé - voici comment l'améliorer

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Showing Revision 7 created 12/29/2019 by eric vautier.

  1. On entend souvent ces jours-ci
    que notre système migratoire est grippé.
  2. Je voudrais soutenir que c'est notre
    débat sur l'immigration qui est faussé,
  3. et suggérer ce qui nous permettrait
    ensemble de l'améliorer.
  4. A ces fins, je vais proposer
    de nouvelles questions
  5. sur l'immigration,
  6. les États-Unis
  7. et le monde,
  8. des questions qui pourraient déplacer
    les limites du débat sur l'immigration.
  9. Je ne commencerai pas
    par l'actuelle question brûlante,
  10. même si la vie et le bien-être
    des migrants sont mis en danger
  11. aux frontières étasuniennes et au-delà.
  12. A l'inverse, je vais revenir
    à mes années de licence
  13. dans le New Jersey, dans les années 90,
    quand j'étudiais l'histoire américaine,
  14. que j'enseigne aujourd'hui
    à l'Université Vanderbilt
  15. à Nashville, dans le Tennessee.
  16. Et quand je n'étudiais pas,
  17. parfois pour éviter
    de rédiger une dissertation,
  18. mes amis et moi allions en ville
  19. pour distribuer des tracts colorés
    contre la législation
  20. qui menaçaient de faire disparaître
    les droits des migrants.
  21. Nos tracts étaient sincères,
    ils ne pensaient pas à mal,
  22. ils étaient factuellement exacts…
  23. Mais, je m'en rends compte aujourd'hui,
    ils avaient un défaut.
  24. Voici ce qui était écrit :
  25. « N'enlevez pas le droit des migrants
    à l'éducation,
  26. à la santé, à la couverture sociale.
  27. Ils travaillent dur.
  28. Ils payent des impôts.
  29. Ils respectent la loi.
  30. Ils font moins appel aux
    services sociaux que les Américains.
  31. Ils ont envie d'apprendre l'anglais,
  32. et leurs enfants servent notre pays
    dans l'armée américaine. »
  33. Évidemment, nous entendons
    ces arguments tous les jours.
  34. Les migrants et leurs défenseurs
    s'en servent
  35. face à ceux qui veulent
    leur retirer leurs droits,
  36. voire les exclure de la société.
  37. Et dans une certaine mesure,
    il fait parfaitement sens
  38. que les défenseurs des migrants
    se tournent vers ce type d'arguments.
  39. Mais à long terme, et même
    peut-être d'ailleurs à court terme,
  40. je pense que ces arguments
    peuvent être contre-productifs.
  41. Pourquoi ?
  42. Parce que c'est beaucoup plus difficile
  43. de vous défendre
    sur le terrain de votre adversaire.
  44. Et involontairement, les tracts
    que mes amis et moi distribuions,
  45. tout comme les arguments
    que nous entendons aujourd'hui
  46. faisaient le jeu des anti-migrants.
  47. On faisait leur jeu
    en partie en cautionnant
  48. que les migrants venaient de l'extérieur,
  49. plutôt que, comme j'espère
    le suggérer dans quelques minutes,
  50. des gens qui sont déjà,
    de manière importante, à l'intérieur.
  51. Ceux qui sont hostiles
    aux migrants, les nativistes,
  52. ont réussi à restreindre
    le débat sur l'immigration
  53. autour de trois questions principales.
  54. Premièrement : est-ce que les migrants
    peuvent être utiles ?
  55. Comment pouvons-nous nous servir d'eux ?
  56. Nous rendront-ils
    plus riches et plus forts ?
  57. La réponse des nativistes
    à cette question est non,
  58. les migrants ont peu,
    voire rien, à nous offrir.
  59. Deuxièmement : est-ce que
    les migrants sont différents ?
  60. Peuvent-ils devenir comme nous ?
  61. Devenir un peu plus comme nous ?
  62. Sont-ils capables de s'intégrer ?
  63. Ont-ils envie de s'intégrer ?
  64. Ici, à nouveau,
    la réponse du nativiste est non,
  65. les migrants seront toujours
    différents et inférieurs.
  66. Troisièmement : est-ce que
    les migrants sont des parasites ?
  67. Sont-ils dangereux pour nous ?
    Vont-ils piller nos ressources ?
  68. Ici, la réponse du nativiste est oui,
  69. les migrants sont une menace
    et pillent nos richesses.
  70. Je voudrais suggérer que ces trois
    questions et l'esprit qui les sous-tend
  71. ont réussi à limiter les contours
    plus larges du débat sur l'immigration.
  72. Ces questions sont anti-migrants
    et nativistes en leur cœur,
  73. construites autour d'une sorte
    de division entre locaux et étrangers,
  74. eux et nous,
  75. où nous seuls comptons,
  76. et pas eux.
  77. Et ce qui donne de l'énergie
    et de l'attrait à ces questions
  78. au-delà du groupe
    des nativistes convaincus
  79. est la manière dont elles puisent
    dans le sens, apparemment anodin,
  80. de l'appartenance nationale,
  81. pour l'activer, l'augmenter
  82. et l'exacerber.
  83. Les nativistes se consacrent
    à définir des distinctions radicales
  84. entre les locaux et les étrangers.
  85. Mais cette distinction est au cœur de la
    façon dont les nations se définissent.
  86. La fracture
    entre l'intérieur et l'extérieur,
  87. qui court souvent profondément le long
    des lignes de la race et de la religion,
  88. peut toujours être élargie et exploitée.
  89. Et cela donne possiblement
    une résonnance aux approches nativistes,
  90. bien au-delà de ceux qui se considèrent
    anti-migrants,
  91. et étonnamment, même parfois ceux
    qui se décrivent comme pro-migrants.
  92. Ainsi, par exemple, quand des pro-migrants
  93. répondent aux questions
    posées par les nativistes,
  94. ils le font sérieusement.
  95. Ainsi, ils légitiment ces questions,
    et, d'une certaine manière,
  96. les hypothèses anti-migrants
    sous-jacentes.
  97. Quand on prend ces questions
    au sérieux sans s'en rendre compte,
  98. on renforce les frontières
    fermées et excluantes
  99. de cette conversation.
  100. Comment en est-on arrivé là ?
  101. Comment est-ce que cela a pu devenir
    la manière de parler de l'immigration ?
  102. Prenons un peu de recul,
  103. c'est là que ma formation
    d'historien intervient.
  104. Durant les cent premières années
    des États-Unis en tant que nation,
  105. il y avait très peu de frein
    à l'immigration au niveau national.
  106. De nombreux politiciens
    et patrons ont travaillé dur
  107. à recruter des immigrants
  108. pour construire l'industrie
  109. et servent de pionniers,
    pour conquérir le continent.
  110. Mais après la Guerre de Sécession,
  111. les voix des nativistes
    ont grandi en volume et en force.
  112. Les immigrés asiatiques, sud-américains,
    caribéens et européens
  113. qui avaient creusé les canaux du pays,
  114. préparé les repas,
  115. combattu dans leurs guerres
  116. et mis leurs enfants au lit
  117. se virent opposer une xénophobie
    nouvelle et intense,
  118. qui les classa comme étrangers définitifs,
  119. à qui on ne permettrait jamais
    de devenir citoyens.
  120. Dans les années 20,
    les nativistes l'emportèrent,
  121. en faisant voter des lois racistes
  122. qui refoulèrent un nombre incalculable
    d'immigrés et de réfugiés vulnérables.
  123. Les immigrés et leurs défenseurs
    firent de leur mieux pour répondre,
  124. mais ils étaient sur la défensive,
  125. englués en quelque sorte
    dans les filets des nativistes.
  126. Quand les nativistes disaient
    que les immigrés n'étaient pas utiles,
  127. leurs défenseurs disaient que si.
  128. Quand les nativistes accusaient
    les immigrés d'être différents,
  129. leurs défenseurs disaient
    qu'ils s'assimileraient.
  130. Quand les nativistes décrivaient les
    immigrés comme des parasites dangereux,
  131. leurs défenseurs mettaient en avant
    leur loyauté, leur obéissance,
  132. leur force de travail, leur frugalité.
  133. Même si des gens accueillaient
    des migrants,
  134. beaucoup les regardaient comme des objets
    de pitié, des gens qu'il fallait sauver,
  135. qu'il fallait faire grandir,
  136. qu'il fallait tolérer,
  137. mais jamais totalement considérés
    comme des égaux en droits et en respect.
  138. Après la Seconde Guerre mondiale,
    et surtout des années 60 à aujourd'hui,
  139. les migrants et leurs défenseurs
    ont remporté la bataille,
  140. renversant les restrictions du 20e siècle,
  141. et obtenant un système qui favorisait
    la réunion des familles,
  142. l'admission des réfugiés
  143. et l'admission de ceux
    qui avaient certaines compétences.
  144. Mais même là,
  145. ils ne réussirent pas à changer
    fondamentalement les termes du débat.
  146. Et ce cadre de pensée perdure,
  147. prêt à servir de nouveau
    au moment opportun.
  148. Cette discussion n'est pas la bonne.
  149. Ces vieilles questions
    sont dangereuses et sources de conflit.
  150. Donc comment passer de cette discussion
  151. à une autre qui saura nous rapprocher
    d'un monde plus juste,
  152. avec plus de justice,
  153. et avec plus de sécurité ?
  154. Je voudrais suggérer
    que nous devons accomplir
  155. une des choses les plus difficiles
    à accomplir pour une société :
  156. changer la définition
    de qui est important,
  157. celui dont la survie, les droits
  158. et l'épanouissement ont de l'importance.
  159. Nous devons redessiner ces limites,
  160. redessiner nos frontières.
  161. Pour ce faire, nous devons d'abord
    reconsidérer notre vision du monde,
  162. partagée mais sérieusement fausse.
  163. Selon cette vision,
  164. il y a l'intérieur des frontières,
    l'intérieur de la nation,
  165. là où nous vivons, travaillons
    et faisons nos petites affaires.
  166. Et il y a l'extérieur, tout le reste.
  167. D'après notre vision du monde,
    quand les migrants arrivent,
  168. ils passent de l'extérieur à l'intérieur,
  169. mais ils restent des étrangers.
  170. Tout ce qu'ils reçoivent
  171. est un don de notre part
    plutôt qu'un droit.
  172. Ce n'est pas difficile de comprendre
    pourquoi cette vision est partagée.
  173. Elle est renforcée au quotidien
    par nos paroles et nos actes,
  174. y compris dans les cartes
    accrochées dans nos classes.
  175. Le problème avec cette vision est
    qu'elle ne correspond tout simplement pas
  176. à la manière
    dont fonctionne le monde aujourd'hui,
  177. ni celle dont il fonctionnait autrefois.
  178. Bien sûr, les travailleurs américains
    ont produit la richesse de la société.
  179. Mais les immigrés aussi,
  180. surtout dans des pans indispensables
    de l'économie américaine
  181. où peu d'Américains travaillent,
    comme l'agriculture.
  182. Depuis la création de notre pays,
  183. les Américains font partie
    des forces vives du pays.
  184. Bien sûr, ils ont créé des institutions
  185. qui garantissent leurs droits.
  186. Mais les immigrés aussi.
  187. Ils étaient présents dans tous
    les mouvements sociaux majeurs,
  188. dont ceux pour les droits civils
    et le droit du travail,
  189. qui ont permis d'étendre
    ces droits à tous dans la société.
  190. Les immigrés participent
    donc déjà au combat
  191. pour les droits, la démocratie
    et la liberté.
  192. Et finalement les Américains et les
    autres citoyens de l'hémisphère nord
  193. se sont pas restés dans leur coin,
  194. ils ne sont pas restés à l'intérieur.
  195. Ils n'ont pas respecté les frontières.
  196. Ils ont parcouru le monde avec leur armée,
  197. ils ont conquis des territoires
    et des ressources,
  198. et ils ont tiré des profits énormes
    des nombreux pays
  199. d'où viennent les immigrés.
  200. En ce sens, de nombreux immigrés font
    partie de la puissance américaine.
  201. En ayant à l'esprit cette nouvelle
    carte de l'intérieur et de l'extérieur,
  202. la question n'est plus de savoir
    si des pays d'accueil
  203. doivent accueillir des migrants.
  204. Ils sont déjà là.
  205. La question est plutôt de savoir
    si les États-Unis et les autres
  206. vont donner aux migrants
    un accès aux droits et aux ressources
  207. auxquels leur travail, leur activisme
    et leurs pays d'origine
  208. ont déjà contribué
    fondamentalement à créer.
  209. Avec cette nouvelle carte à l'esprit,
  210. on peut passer à d'autres questions
    difficiles, dont on a urgemment besoin,
  211. radicalement différentes des précédentes -
  212. des questions qui pourraient déplacer
    les limites du débat sur l'immigration.
  213. Nos trois questions concernent
    les droits des travailleurs,
  214. la responsabilité
  215. et l'égalité.
  216. Tout d'abord, nous devons nous interroger
    sur les droits des travailleurs.
  217. Les politiques actuelles diminuent
    la capacité des migrants
  218. à se défendre eux-mêmes,
  219. rendant leur exploitation plus facile
  220. et baissant ainsi les salaires, les droits
    et la protection de tout le monde.
  221. Quand les migrants
    sont menacés d'arrestation
  222. et de reconduite à la frontière,
  223. leurs employeurs savent
    qu'ils peuvent les exploiter,
  224. leur dire que s'ils se défendent,
  225. on les livrera à l'Immigration.
  226. Quand les employeurs savent
  227. qu'ils peuvent faire peur à un migrant
    à cause de l'absence de papiers,
  228. cela rend le travailleur sur-exploitable,
  229. et cela a un impact pas seulement
    sur les travailleurs immigrés,
  230. mais sur tous les travailleurs.
  231. Deuxièmement, nous devons poser
    des questions sur la responsabilité.
  232. Quel rôle ont les pays riches
    et puissants, comme les États-Unis,
  233. ont joué afin de rendre dur
    voire impossible
  234. aux migrants de rester
    dans leur propre pays ?
  235. Quitter son propre pays
    est difficile et dangereux,
  236. mais de nombreux migrants n'ont tout
    simplement pas la possibilité de rester
  237. s'ils veulent survivre.
  238. Les guerres, les accords commerciaux
  239. et les habitudes des consommateurs
    de l'hémisphère nord
  240. jouent un rôle dévastateur majeur.
  241. Quelle responsabilité les États-Unis,
  242. l'Union européenne et la Chine -
  243. les plus gros producteurs
    de CO2 au monde -
  244. ont envers les millions
    de gens déjà déplacés
  245. à cause du réchauffement climatique ?
  246. Et troisièmement, nous devons poser
    la question de l'égalité.
  247. Les inégalités mondiales sont un grave
    problème qui va en s'intensifiant.
  248. Les écarts de revenus et de richesse
    se creusent dans le monde.
  249. De plus en plus, ce qui détermine
    si vous êtes riche ou pauvre,
  250. plus que toute autre chose,
  251. c'est le pays où vous êtes né -
  252. ce qui est génial si vous
    êtes né dans un pays prospère.
  253. Mais cela signifie aujourd'hui
    une distribution profondément injuste
  254. des chances de vivre une longue vie,
    en bonne santé et satisfaisante.
  255. Quand les immigrés envoient
    de l'argent à leur famille,
  256. cela joue un rôle important
    dans la réduction de ces écarts,
  257. même si ça reste insuffisant.
  258. Cela agit plus que tous les
    programmes d'aide réunis.
  259. On a commencé avec la vision nativiste :
  260. les migrants comme outils,
  261. comme étrangers
  262. et comme parasites.
  263. Où est-ce que ces nouvelles questions
    de droits des travailleurs,
  264. de responsabilité
  265. et d'égalité
  266. vous nous mener ?
  267. Ces questions refusent la pitié,
    elles embrassent la justice.
  268. Elles rejettent la division
    nativiste et nationaliste
  269. du « eux contre nous ».
  270. Elles vont nous aider à nous
    préparer aux problèmes qui arrivent,
  271. et à ceux qui sont déjà là,
    comme le réchauffement climatique.
  272. Il ne sera pas aisé de nous détourner
    des questions que nous posions jusqu'alors
  273. pour poser ces questions nouvelles.
  274. Ce n'est pas un défi évident
  275. d'élargir nos frontières.
  276. Cela demandera du courage,
    de l'inventivité et de l'intelligence.
  277. Ces anciennes questions
    n'ont que trop duré,
  278. elles ne partiront pas d'elles-mêmes,
  279. ni du jour au lendemain.
  280. Et même si nous arrivons
    à changer ces questions,
  281. les réponses resteront compliquées,
  282. et nécessiteront
    des sacrifices et des compromis.
  283. Et dans un monde inégalitaire,
    nous devrons toujours prêter attention
  284. à qui a le pouvoir
    de participer à la discussion
  285. et qui ne l'a pas.
  286. Mais les limites
    du débat sur l'immigration
  287. peuvent être changées.
  288. Cela dépend de nous tous.
  289. Merci.
  290. (Applaudissements)