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← Comment quelques villages de pêcheurs ont amorcé une révolution de conservation marine

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Showing Revision 14 created 12/15/2019 by Hélène Vernet.

  1. Je suis un biologiste de la vie marine.
  2. Je viens pour vous parler
    de la crise de nos océans,
  3. mais cette fois,
    avec un message différent,
  4. parce que, laissez-moi vous dire,
    si la survie de nos océans
  5. ne dépendait que de gens comme moi -
  6. des scientifiques engagés
    dans le commerce de publications -
  7. notre situation serait bien pire
    qu'elle ne l'est déjà.
  8. En effet, en tant que scientifique,
  9. la chose la plus importante
    que j'ai apprise
  10. quant au maintien de nos océans
    en bonne santé et productifs,
  11. ne m'est pas venue du monde universitaire,
    mais de pêcheurs, hommes et femmes,
  12. vivant dans quelques-uns des pays
    les plus pauvres du monde.
  13. J'ai appris qu'en tant que conservateur,
    la question la plus importante n'est pas
  14. « Comment tenir les gens
    à l'écart ? », mais plutôt,
  15. « Comment s'assurer que les
    populations côtières à travers le monde
  16. aient assez pour se nourrir ? ».
  17. Nos océans sont tout aussi essentiels
    pour notre propre survie
  18. que notre atmosphère,
    nos forêts ou nos terres.
  19. Leur productivité stupéfiante
    met les piscicultures
  20. au rang des piliers de la production
    alimentaire pour l'humanité.
  21. Pourtant, quelque chose ne va pas.

  22. Nous nous précipitons
    vers une situation urgente d'extinction
  23. que ma profession est, pour l'instant
    et déplorablement, incapable de gérer.
  24. Au cœur de cette urgence réside
    une crise très humaine et humanitaire.
  25. Le coup le plus dévastateur
    que nous avons infligé à nos océans,

  26. c'est à travers la surpêche.
  27. Chaque année, nous pêchons toujours plus,
    plus profondément et plus loin.
  28. Chaque année, nous chassons des poissons
    de moins en moins nombreux.
  29. Pourtant, cette crise de surpêche
    est un grand paradoxe :
  30. elle est injustifiée, évitable,
    et tout à fait réversible
  31. parce que la pêche est une des ressources
    les plus productives de la planète.
  32. En utilisant les stratégies appropriées,
    nous pouvons inverser la surpêche.
  33. Selon moi, le fait que nous
    ne l'avons pas encore fait
  34. est un des plus grands
    échecs de l'humanité.
  35. Cet échec n'est nulle part plus apparent

  36. que dans les eaux chaudes
    des deux côtés de notre équateur.
  37. Nos tropiques abritent la plupart
    des espèces marines,
  38. et également la plupart des gens
    dont la survie dépend des océans.
  39. Nous appelons ces pêcheurs côtiers
    « les petits pêcheurs »,
  40. mais le terme « petits »
    est inapproprié
  41. pour une flotte qui comprend plus de 90 %
    des pêcheurs, hommes et femmes, du monde.
  42. Leurs techniques de pêche est
    généralement plus sélective et viable,
  43. que la destruction sans discrimination
  44. trop souvent causée
    par les navires industriels plus gros.
  45. Ces populations côtières ont le plus
    à gagner de la conservation,
  46. car pour beaucoup d'entre eux,
  47. la pêche est tout ce qui les sauve de la
    pauvreté, la faim ou la migration forcée,
  48. dans des pays où le gouvernement
    est souvent incapable d'aider.
  49. Nous savons que les pronostics
    sont sombres :
  50. des actions qui chutent en première ligne
    des changements climatiques,
  51. des mers qui se réchauffent, des coraux
    agonisants, des tempêtes catastrophiques,
  52. et des chaluts et bateaux-usines voraces
    venant de pays plus riches
  53. qui prennent plus que leur part ...
  54. La nouvelle norme,
    c'est une extrême vulnérabilité.
  55. Il y a deux décennies, j'ai atterri
    pour la première fois à Madagascar,

  56. avec pour mission de documenter
    l'histoire naturelle de sa vie marine.
  57. J'ai été fasciné par les récifs
    coralliens que j'ai explorés,
  58. et je savais comment protéger certains,
  59. parce que la science
    fournissait toutes les réponses :
  60. fermer certaines zones
    des récifs définitivement.
  61. Les pêcheurs de la côte devaient
    tout simplement pêcher moins.
  62. J'ai abordé des anciens, ici,
    dans le village d'Andavadoaka,
  63. en leur conseillant de protéger les récifs
    coralliens les plus sains et diversifiés

  64. contre toute forme de pêche,
  65. pour créer un refuge
    qui aide à reconstituer les stocks,
  66. car, comme la science le disait,
    après à peu près cinq ans,
  67. les populations de poissons dans
    ces refuges, seraient beaucoup plus gros,
  68. réapprovisionnant ainsi
    les zones de pêche à l'extérieur
  69. et améliorant le bien-être de tous.
  70. Cette conversation
    ne s'est pas bien passée.

  71. (Rires)

  72. Trois-quarts des 27 millions de Malgaches
    vivent avec moins de 2 $ par jour.

  73. Mon vibrant appel à pêcher moins
    ne prenait pas en compte
  74. ce que cela pouvait, en fait, signifier
    pour des gens qui vivent de la pêche.
  75. C'était juste une autre
    pression de l'extérieur,
  76. une restriction, plutôt qu'une solution.
  77. Que veut dire protéger une longue liste
    de noms latins pour Resaxx,
  78. une femme d'Andavadoaka
    qui pêche tous les jours
  79. pour nourrir sa famille et envoyer
    ses petits-enfants à l'école ?
  80. Ce rejet initial m'a appris
    que toute conversation est, à la base,
  81. un parcours de profonde écoute,
  82. afin de comprendre les pressions et
    réalités rencontrées par ces communautés
  83. du fait de leur dépendance à la Nature.
  84. Cette idée est devenue le principe
    fondamental de mon travail,
  85. et aussi une organisation offrant une
    nouvelle approche de la protection marine
  86. en s'attachant à transformer les pêcheries
    avec les communautés côtières.
  87. Alors, tout comme maintenant,
    le travail a commencé par l'écoute,
  88. et ce que nous avons
    appris nous a surpris.
  89. Au sud, aride, de Madagascar,

  90. nous avons appris qu'une espèce
    était très précieuse pour les villageois -
  91. cette pieuvre extraordinaire -
  92. et que sa demande croissante
    épuisait la survie économique.
  93. Mais nous avons aussi appris que
    cet animal grandit incroyablement vite
  94. et double de poids chaque mois
    ou tous les deux mois.
  95. Dans notre raisonnement, protéger juste
    une petite partie de la région de pêche
  96. pour quelques mois seulement,
  97. pourrait induire une augmentation
    drastique des prises suffisante
  98. pour créer une différence dans les
    résultats financiers de cette communauté,
  99. dans un délai presque satisfaisant.
  100. La communauté a pensé de même,
    choisissant de fermer
  101. une petite portion du récif
    à la pêche à la pieuvre, temporairement,
  102. en ayant recours
    à un code social en usage,
  103. et en invoquant les bénédictions
    des ancêtres pour empêcher le braconnage.
  104. Quand ce récif a été réouvert
    à la pêche, six mois plus tard,
  105. aucun d'entre nous n'était préparé
    à ce qui est arrivé ensuite.
  106. Les prises ont explosé,
    avec des hommes et des femmes
  107. débarquant plus de pieuvres
    et plus grandes
  108. qu'on n'ait jamais vues depuis des années.
  109. Les villages voisins, voyant ce boom,
    ont institué leurs propres fermetures,
  110. répandant le modèle sur des centaines
    de kilomètres le long de la côte.
  111. Quand nous avons fait le calcul,
  112. nous avons vu que ces communautés,
    parmi les plus pauvres sur Terre,
  113. avaient trouvé le moyen de gagner
    deux fois plus, en quelques mois,
  114. en pêchant moins.
  115. Imaginez un compte-épargne dont vous
    retirez, chaque année, la moitié,
  116. mais dont l'épargne continue de grandir.
  117. Il n'y a aucune opportunité
    d'investissement sur Terre
  118. qui puisse fournir avec fiabilité
    ce que la pêche fournit.
  119. Mais la vraie magie
    s'est produite bien au-delà du profit,

  120. car il s'est passé un changement beaucoup
    plus profond au sein de ces communautés.
  121. Encouragés par les prises grandissantes,
  122. des leaders d'Andavadoaka se sont associés
    avec deux dizaines de communautés voisines
  123. pour créer une vaste zone protégée
    sur des dizaines de kilomètres de côte.
  124. Ils ont interdit la pêche au poison
    et à la moustiquaire,
  125. et ont établi des refuges permanents
  126. autour des récifs coralliens
    et des mangroves en danger,
  127. y compris, à ma grand surprise,
  128. les sites que je leur avait signalés
    deux ans plus tôt,
  129. quand mon évangélisation
    sur la protection du milieu marin
  130. avait été si vivement rejetée.
  131. Ils ont créé une zone
    protégée communautaire,
  132. un système démocratique
    de gestion du milieu marin local,
  133. ce qui était impensable
    quelques années plus tôt.
  134. Et ils ne se sont pas arrêtés là.

  135. En cinq ans, ils ont obtenu
    du gouvernement, le droit légal
  136. de gérer plus de 518 km2 d'océan,
  137. retirant l'accès à ces eaux
    aux chalutiers industriels destructeurs.
  138. Dix ans plus tard, nous constatons
    la régénération de ces récifs vitaux
  139. à l'intérieur de ces refuges.
  140. Les communautés adressent des pétitions
  141. pour une meilleure reconnaissance
    du droit de pêche,
  142. et des prix plus justes
    qui récompensent la durabilité.
  143. Mais tout ceci n'est que
    le début de l'histoire,

  144. car cette poignée de villages de pêcheurs
    qui sont passés à l'action
  145. a déclenché une révolution
    de protection des milieux marins
  146. qui s'est répandue
    sur des milliers de kilomètres,
  147. touchant des milliers de personnes.
  148. Aujourd'hui, à Madagascar, des centaines
    de sites sont gérés par les localités
  149. qui appliquent cette approche de la
    conservation axée sur les droits humains,
  150. à tous les types de pêche,
    des crabes de mangrove aux maquereaux.
  151. Le modèle a traversé les frontières
    de l'Afrique de l'Est et de l'océan Indien
  152. et se propage maintenant
    d'île en île en Asie du Sud-Est.
  153. De la Tanzanie au Timor oriental,
    de l'Inde à l'Indonésie,
  154. la même histoire
    se déroule sous nos yeux,
  155. racontant que, bien conçue, la protection
    du milieu marin a des avantages
  156. qui vont bien au-delà
    de la protection de la Nature.
  157. Il augmente les prises,
  158. crée un courant de changement social
    sur des zones côtières toutes entières,
  159. et renforce la confiance, la coopération
    et la résistance des localités
  160. face à l'injustice de la pauvreté
    et au changement climatique.
  161. J'ai eu le privilège de passer ma carrière

  162. à catalyser et à connecter
    ces mouvements à travers les tropiques.
  163. Et j'ai appris qu'en tant
    que conservationnistes,
  164. notre but doit être
    de gagner à grande échelle,
  165. et non pas simplement
    de perdre plus lentement.
  166. Nous devons profiter de cette
    opportunité à échelle mondiale
  167. de reconstruire les pêcheries,
  168. avec des gens sur le terrain
    travaillant aux côtés des communautés,
  169. les reliant et les aidant à agir
    et à apprendre l'une de l'autre,
  170. avec des gouvernements et juristes
    travaillant aux côtés des communautés
  171. pour assurer leurs droits
    de gérer leurs pêcheries,
  172. en donnant la priorité aux aliments
    locaux et à la sécurité de l'emploi
  173. sur tous les intérêts concurrentiels
    de l'économie des océans,
  174. en éliminant les subventions des flottes
    industrielles surcapitalisées à outrance,
  175. et en maintenant les bateaux industriels
    et étrangers hors des zones littorales.
  176. Nous avons besoin
    de bases de données maniables
  177. qui mettent la science
    entre les mains des communautés
  178. afin d'optimiser la conservation
    des espèces ou des habitats visés.
  179. Nous avons besoin d'agences
    de développement, de donateurs,
  180. et du système de conservation,
    pour élever leur ambition
  181. au niveau de l’investissement requis
    d'urgence pour réaliser cette vision.
  182. Et pour y arriver,
  183. nous avons tous besoin de transformer
    la conservation du milieu marin
  184. en un scénario d'abondance
    et d'autonomisation,
  185. et non d'austérité et d'aliénation,
  186. en un mouvement guidé par les gens qui
    dépendent de la santé de la mer pour vivre
  187. et non par des valeurs
    scientifiques abstraites.
  188. Bien sûr, arrêter la surpêche n'est qu'une
    étape vers la guérison de nos océans.

  189. Les horreurs du réchauffement,
    de l'acidification et de la pollution
  190. augmentent chaque jour,
    mais c'est un grand pas.
  191. C'est celui que nous pouvons
    prendre aujourd'hui,
  192. et celui qui donnera un coup
    de pouce bien nécessaire
  193. à ceux qui explorent
    des solutions évolutives
  194. aux autres dimensions
    de la crise de nos océans.
  195. Notre succès propulse les leurs.
  196. Si nous baissons les bras
    de désespoir, c'est fini.
  197. Nous relevons ces défis
    en les prenant un par un.
  198. Notre énorme dépendance à nos océans

  199. est la solution qui se trouvait
    juste sous notre nez,
  200. parce qu'il n'y a rien de « petit »
    chez les petits pêcheurs.
  201. Ils sont forts de centaines de millions
    et nourrissent des milliards.
  202. C'est cette armée de conservationnistes
    de tous les jours, la plus concernée.
  203. Eux seuls ont le savoir
    et la couverture mondiale indispensables
  204. pour redéfinir notre relation
    avec nos océans.
  205. Les aider à y parvenir est la chose
    la plus efficace que nous puissions faire

  206. pour maintenir nos océans en vie.
  207. Merci.

  208. (Applaudissements)