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Ce qu'on apprend sur le son quand on écoute le silence.

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    Pour la plupart d'entre nous,
    nos vies sont plus calmes que d'habitude.
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    La quiétude peut être déstabilisante.
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    Elle peut vous faire ressentir
    de la solitude,
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    ou vous faire prendre conscience
    de tout ce que vous ratez.
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    Je réfléchis au son continuellement.
  • 0:17 - 0:18
    Je suis designer sonore
  • 0:18 - 0:20
    et j'anime le podcast
    « Twenty Thousand Hertz ».
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    Ça parle des sons les plus connus
    et les plus intéressants au monde.
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    Et je pense que c'est le moment idéal
    pour parler du silence.
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    Je suis venu en effet à comprendre
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    qu'il n'y a rien de tel que le silence.
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    La personne qui a ouvert
    la porte de mon esprit à cette idée
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    est un des compositeurs
    les plus influents de l'histoire.
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    (Musique au piano)
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    John Cage a eu un impact important
    sur les artistes de toutes disciplines,
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    des musiciens avant-gardistes aux danseurs
    de danse moderne et la musique pop.
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    Actuellement, nous écoutons
    sa composition de 1948
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    intitulée : « In a Landscape. »
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    Cette interprétation de Stephen Drury
    a été enregistrée en 1994.
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    (Musique au piano)
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    Ce morceau n'est en fait pas représentatif
    des compositions de John Cage.
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    Il est mieux connu pour ses innovations
    et ses techniques avant-gardistes.
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    Mais en dépit de sa réputation,
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    personne n'était prêt
    lorsqu'il créa, en 1952,
  • 1:19 - 1:22
    la composition la plus audacieuse
    de sa carrière.
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    Elle est intitulée : « 4'33" ».
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    Des critiques ont refusé
    d'appeler cela de la musique
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    car pendant la totalité
    de la durée de la composition,
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    le musicien ne joue
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    rien du tout.
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    Techniquement parlant,
    le musicien joue un silence.
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    Mais aux oreilles du public,
    rien ne semble survenir.
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    La composition de John Cage « 4'33" »
    fut interprétée pour la première fois
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    l'été 1952
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    par le célèbre pianiste David Tudor
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    au Maverick Concert hall
    de Woodstock à New York.
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    Une construction magnifique en bois avec
    d'immenses ouvertures vers l'extérieur.
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    David Tudor est entré sur scène,
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    s'est assis au piano
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    et a refermé le couvercle.
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    Il est ensuite resté assis en silence,
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    bougeant uniquement pour ouvrir
    et fermer le couvercle
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    entre les trois mouvements.
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    À la fin,
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    il s'est levé
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    et a quitté la scène.
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    (Musique au piano)
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    Le public était sans voix.
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    Les gens se sont demandé si Cage
    prenait sa carrière au sérieux.
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    Un ami proche lui a même écrit
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    pour le supplier
    de ne pas ridiculiser sa carrière.
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    John Cage venait de composer,
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    si vous me permettez l'expression,
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    un morceau de musique qui remettait
    en question les idées ancrées
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    sur la composition musicale.
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    Les musiciens en débattent
    encore aujourd'hui.
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    Pour comprendre ce que John Cage pensait,
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    revenons aux années 40.
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    Alors,
  • 2:50 - 2:54
    il forgeait sa réputation en composant
    pour le piano préparé.
  • 2:54 - 2:55
    (Musique au piano)
  • 2:55 - 2:57
    Pour créer une telle musique,
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    John Cage posait des objets
    dans le piano,
  • 2:59 - 3:00
    entre les cordes.
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    Des choses qui traînent partout
  • 3:02 - 3:06
    comme des vis, du papier collant
    ou des gommes.
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    On transforme ainsi le piano,
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    qui est un instrument tonal
    avec des hauteurs hautes et basses,
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    en une collection de sons uniques.
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    La musique que vous écoutez
    est la Sonate V de Cage,
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    de Sonates et Interludes
    pour piano préparé,
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    sans conteste, son œuvre la plus célèbre
    avec « 4'33" ».
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    Ceci est l'interprétation de Boris Berman.
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    John Cage a décrit avec force détail
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    où placer exactement chaque objet
    dans le piano.
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    Mais c'est impossible que chaque musicien
    aient exactement les mêmes objets
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    et le son est finalement
    toujours différent.
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    En somme, il faut de la chance.
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    C'était totalement insensé
    et étranger
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    à la manière de faire que les compositeurs
    et les musiciens apprennent.
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    John Cage devenait de plus en plus curieux
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    au sujet de la chance et de l'aléatoire
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    et de laisser l'univers fournir
    la réponse à la question :
  • 3:57 - 3:59
    « Quelle note jouer ensuite ? »
  • 3:59 - 4:01
    Mais pour entendre la réponse
    à cette question,
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    il faut d'abord écouter.
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    Et dans les années 40,
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    écouter l'univers devenait
    de plus en plus difficile.
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    (Musique d'ambiance)
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    La maison de disque Muzak fut créée
    dans les années 30.
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    Elle a eu du succès
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    et la musique d'ambiance a envahi
    tous les lieux.
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    C'était impossible d'y échapper.
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    John Cage a pris conscience qu'on était
    en train de perdre le choix
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    d'éteindre la musique d'ambiance
    dans le monde.
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    Il craignait que Muzak empêche les gens
    d'entendre le silence.
  • 4:31 - 4:33
    En 1948,
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    quatre ans avant qu'il compose « 4'33" »,
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    John Cage a évoqué son souhait d'écrire
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    une musique de silence
    de quatre minutes et demi
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    et de la vendre à Muzak.
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    Ce qui démarra
    comme une prise de position politique,
  • 4:45 - 4:47
    ou une remarque désinvolte
  • 4:47 - 4:50
    s'est ancrée dans sa conscience
    et a évolué rapidement.
  • 4:50 - 4:53
    John Cage a commencé à réfléchir
    en profondeur au silence.
  • 4:54 - 4:57
    Quand il visita un lieu vraiment calme,
  • 4:57 - 4:59
    il fit une découverte déconcertante.
  • 5:00 - 5:04
    Il visitait une chambre anéchoïque
    à l'université de Harvard.
  • 5:04 - 5:07
    Les chambres anéchoïques sont des salles
    acoustiques conçues
  • 5:07 - 5:10
    pour réduire le son jusqu'à presque zéro.
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    Il n'y a aucun son dans ces salles.
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    Donc, John Cage ne s'attendait pas
    à entendre quoi que ce soit.
  • 5:15 - 5:18
    Mais il a entendu
    sa propre circulation sanguine.
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    (Battement de cœur)
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    J'ai eu l'occasion d'être enfermé
    dans une chambre anéchoïque
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    et ça déchire complètement.
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    Ça transforme totalement notre perception
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    du son et du silence.
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    J'ai eu l'impression que mon cerveau
    augmentait les amplis
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    dans l'espoir d'entendre un son.
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    Comme John Cage,
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    j'ai pu entendre mon propre sang
    circuler dans mon corps.
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    John Cage a alors réalisé
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    que peu importe où nous sommes,
    même nos corps produisent du son.
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    Le vrai silence n'existe pas.
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    Tant qu'on est dans son corps,
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    on entend toujours quelque chose.
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    C'est là que l'intérêt de John Cage
    pour la chance et l'aléatoire
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    a rencontré son intérêt pour le silence.
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    Il a compris que créer un environnement
    sans source de distraction
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    ne signifiait pas créer le silence.
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    Il ne s'agissait même pas
    de contrôler le bruit.
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    Ça concernait les sons
    qui sont déjà présents
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    mais qu'on entend pour la première fois
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    dès qu'on est prêt à les écouter.
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    C'est cela qui est si souvent
    mal compris au sujet de « 4'33" ».
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    Les gens imaginent
    que c'est une plaisanterie
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    mais rien n'est moins vrai.
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    C'est différent à chaque interprétation.
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    Et c'est le but.
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    John Cage souhaitait que nous entendions
  • 6:34 - 6:37
    la beauté sonique du monde
    qui nous entoure.
  • 6:37 - 6:40
    (gazoullis d'oiseaux)
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    (Voix et bruits de chariots)
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    (Son de cloches d'une église)
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    (Stridulation de criquets
    et hululement de hibou)
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    « 4'33" » se doit d'être
    une expérience spirituelle
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    qui nous aide à nous concentrer
    sur l'acception des choses
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    telles qu'elles sont.
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    Personne ne peut nous dire
    comment on est censé le ressentir.
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    C'est profondément intime.
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    Cela soulève aussi
    des questions importantes
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    sur notre monde sonique.
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    « 4'33" » est-il de la musique,
    est-ce du son,
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    est-ce de la musique sonore ?
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    Y a-t-il une différence ?
  • 7:17 - 7:18
    John Cage nous rappelle
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    que la musique n'est pas la seule sorte
    de son qui vaut la peine d'être écoutée.
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    Tous les sons valent la peine
    qu'on s'y intéresse.
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    Nous avons une seule chance dans notre vie
  • 7:28 - 7:30
    de remettre notre ouïe à zéro.
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    Et en devenant plus conscient
    de ce que nous entendons,
  • 7:33 - 7:35
    nous rendrons le son
    de notre monde meilleur.
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    Le calme ne consiste pas
    à couper notre esprit des sons,
  • 7:41 - 7:43
    mais à écouter attentivement
  • 7:43 - 7:46
    et entendre le monde
    dans toute sa beauté sonique.
  • 7:46 - 7:48
    Dans cet esprit,
  • 7:48 - 7:50
    je vous invite à interpréter « 4'33" »
    ensemble,
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    où que vous soyez.
  • 7:52 - 7:53
    Il y a trois mouvements
  • 7:53 - 7:55
    et je signalerai leur début.
  • 7:55 - 7:59
    Écoutez la texture et le rythme
    de sons qui vous entourent.
  • 7:59 - 8:01
    Écoutez les forts et les doux,
  • 8:01 - 8:02
    les harmonies et les dissonances
  • 8:03 - 8:06
    et tous les petits détails qui rendent
    chaque son unique.
  • 8:07 - 8:12
    Passez ce temps en conscience et avec
    concentration du moment sonique de la vie.
  • 8:12 - 8:16
    Appréciez la magnificence
    d'entendre et d'écouter.
  • 8:16 - 8:18
    Voici le premier mouvement.
  • 8:18 - 8:20
    Un, deux, ...
  • 8:20 - 8:21
    Maintenant.
  • 8:21 - 8:22
    [II. Tacet]
  • 8:22 - 8:23
    (Pas de son)
  • 8:50 - 8:52
    Voici le mouvement deux.
  • 8:52 - 8:54
    Il dure deux minutes et 23 secondes.
  • 8:55 - 8:56
    [III. Tacet]
  • 8:56 - 8:57
    (Pas de son)
  • 11:18 - 11:20
    Le mouvement final à présent.
  • 11:20 - 11:22
    Il dure une minute et 40 secondes.
  • 11:23 - 11:24
    [I. Tacet]
  • 11:24 - 11:25
    (Pas de son)
  • 13:03 - 13:04
    Voilà.
  • 13:04 - 13:06
    On a réussi !
  • 13:06 - 13:08
    Merci pour votre écoute.
Title:
Ce qu'on apprend sur le son quand on écoute le silence.
Speaker:
Dallas Taylor
Description:

Que pouvez-vous entendre dans le silence ? L'animateur du podcast intitulé : « Twenty Thousand Hertz » [20 000 Hertz], Dallas Taylor, nous relate le récit de la composition musicale légitimement la plus controversée : la pièce emblématique de John Cage : 4'33". Il vous invite à faire attention au paysage sonore qui vous entoure. Écoutez jusqu'à la fin l'interprétation de 4'33".

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Video Language:
English
Team:
TED
Project:
TEDTalks
Duration:
13:22

French subtitles

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