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← Qu'est-ce que la violence ?

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Showing Revision 7 created 07/30/2019 by Gabriel Bizzotto.

  1. Il est souvent dit
    que les anarchistes sont violents
  2. Et il ne manque pas de preuves historiques
    et contemporaines à l'appui.
  3. Mais une tendance pour la violence ne
    définit pas les anarchistes.
  4. Tout comme elle ne définit pas les libéraux, les conservateurs ou les chrétiens,
  5. malgré les niveaux de violence bien plus
    élevés perpétrés par leurs membres
  6. et leurs institutions.
  7. Les anarchistes sont dépeints comme
    violents par nos ennemis depuis
  8. plus de 100 ans pour une bonne raison.
  9. Nos idées menacent ceux qui sont au
    pouvoir, ainsi le mot "violent" est employé
  10. pour nous discréditer.
  11. Pour nous qualifier, et par extension nos idée
    et croyances, comme indésirables, anti-sociaux,
  12. menaçants et effrayants.
  13. Une aversion à la violence
    est une bonne chose.
  14. Nous devrions tous essayer de
    réduire la violence par nos actions
  15. et c'est d'ailleurs l'éthique qui est derrière
    la majorité de la pratique anarchiste.
  16. Ceci dit, la violence est part intrinsèque
    de la vie.
  17. Elle l'a toujours été e le sera toujours.
  18. L'aptitude humaine pour la violence est
    câblée dans notre ADN.
  19. C'est justement grâce à cette aptitude,
    alliée à notre capacité de résoudre
  20. des problèmes et à s'entraider, que nous
    sommes au sommet du règne animal et que
  21. nous nous adaptons aux dures et violentes
    conditions de vie du monde naturel.
  22. Et malgré tous les progrès au fil des
    millénaires de civilisation, nos sociétés
  23. et économies complexes sont toujours
    fortement dépendantes de l'emploi massif
  24. de la violence pour se maintenir.
  25. Comprendre et accepter cette réalité
    est un premier pas pour la changer.
  26. Donc... Qu'est-ce que la violence ?
  27. Et qu'a-t-elle à voir avec l'anarchie ?
  28. Comme c'est un terme commun mais
    chargé, il a plusieurs définitions,
  29. en fonction de qui vous questionnez.
  30. Il faut rappeler que
    ce que l'un considère violent
  31. peut ne pas l'être par un autre.
  32. Ceci dit, la violence est généralement
    comprise comme une action qui engendre
  33. un choque ou de la douleur à un autre
    être sentient.
  34. Elle décrit souvent un acte direct ou
    une force qui donne le contrôle d'autrui,
  35. mais elle peut aussi être indirecte,
    transmise par des hiérarchies et codée
  36. dans la loi.
  37. La violence peut être physique ou
    psychologique, souvent les deux.
  38. Pour la plupart des gens, la première
    chose qui passe par la tête
  39. en entendant le terme violence
    est la force physique.
  40. Que ça soit un coup de poing,
    une fusillade, de la violence conjugale,
  41. une menace de mort, un viol,
    une info à sensation ou un débat à propos
  42. de tactiques... C'est la violence que
    tout le monde peut comprendre.
  43. Pour certains, il s'agit d'expérience
    propre.
  44. Pour d'autres, non.
  45. Dans tous les cas, nous savons tous
    ce qu'est la douleur.
  46. Nous pouvons tous ressentir le choque
    soudain d'un danger inattendu.
  47. Ce type de violence touche à notre propre
    expérience et traumatismes.
  48. C'est sur cette empathie de base que
    se fonde le discours autour de la violence
  49. qui isole, criminalise, déshumanise
    et réprime certains individus, idées
  50. ou groupes entiers.
  51. La narrative sur mesure et l'emploi
    d'images violentes devient une arme
  52. pour manipuler l'opinion publique et
    justifier toutes sortes de contre-mesures
  53. au nom de la sécurité.
  54. Est-il temps de classer antifa comme
    groupe terroriste ?
  55. Burnie carrick a été chef de la police
    de new york et a aidé à créer la cellule
  56. anti-terroriste.
  57. Commissaire, comment appelez-vous
    ce groupe ?
  58. Le spectre du terrorisme est l'exemple
    le plus flagrant, mais il y a d'autres
  59. stéréotypes qui moulent notre
    compréhension du monde et des autres,
  60. amplifiant les menaces hors de proportions,
    ou en en forgeant là où il n'y en a pas.
  61. La perception populaire de la violence
    est moulée par la classe dominante, de par
  62. leur contrôle des médias, de l'éducation
    et du système judiciaire.
  63. Les détails dépendent de la politique
    locale, de la démographie et de la culture.
  64. Mais il y a une constante : donner à tous
    ceux qui critiquent l'autorité de l'état
  65. le rôle de criminels violents d'une part,
    et la glorification de la violence d'état,
  66. comme mesure nécessaire d'autre part.
  67. Cette perspective biaisée sert à obscurcir
    le fait que l'état est responsable de
  68. l'immense majorité de la violence
    sur terre.
  69. En fait, quand on épluche les couches de
    bureaucratie et de mythologie épique,
  70. c'est ça que sont les états : de grands
    systèmes structurés de violence organisée.
  71. Les agents de lignes de front :
    les policiers, soldats et paramilitaires
  72. perpètrent des atrocités à une échelle
    largement hors d'atteinte même des
  73. plus sadiques individus ou groupes
    terroristes, sans parler des actes
  74. scandaleux revendiqués par les
    anarchistes.
  75. Comment comparer une fenêtre cassée
    ou un coup de poing sur un nazi
  76. au bombardement d'une ville ou à
    l'interrogatoire de "combattants ennemis" ?
  77. Que représente l'assassinat d'un roi ou
    d'un policier violent comparé au
  78. colonialisme ou à la menace
    de guerre nucléaire?
  79. Ce qui donne sa légitimité à la violence
    d'un état sont ses institutions politiques,
  80. soit enfouies sur la robe de la démocratie
    soit par l’indiscutable autorité
  81. d'une dynastie.
  82. Les mêmes institutions maintiennent
    la violence du dit "libre échange", qui
  83. détruit l'écosystème qui nous maintient
    en vie e condamne l'humanité au choix
  84. entre le salariat ou la faim.
  85. Pour protéger l'infaillible logique de ce
    marché, les états emprisonnent et régulent
  86. le flot d'êtres humains le long
    de lignes imaginaires.
  87. Sous l'excuse de la sécurité aux frontières,
    des milliers de gens désespérés sont
  88. sacrifiés chaque année sous le soleil du
    désert de sonora ou dans les profondeurs
  89. de la méditerranée, pendant que des
    milliers d'autres subissent la relative
  90. sécurité de camps de concentrations.
  91. Alors que devons-nous faire face à
    ce niveau de violence ?
  92. Quand quelqu'un est sauvagement attaqué,
    tout le monde, à part les pacifistes hardcore,
  93. considère l'emploi de la violence comme
    moralement acceptable pour la défense.
  94. Alors pourquoi ce principe n'est-il pas
    appliqué à l'immense violence de l'état ?
  95. Promouvoir la légitimité de la violence
    défensive est une des clefs de la stratégie
  96. révolutionnaire. Même si cette violence
    prend la forme d'attaques contre
  97. des individus et institutions
    qui nous oppressent.
  98. L'anarchiste italien errico malatesta a
    clarifié sa position sur cette question, déclarant
  99. "L'esclave est toujours en état de légitime
    défense, ainsi sa violence contre le chef,
  100. l'oppresseur, est toujours moralement
    justifiable... et ne devrait être ajustée
  101. qu'en fonction des critères d'utilité et
    d'économie d'effort et de souffrance."
  102. Le révolutionnaire panafricain frantz fanon
    est allé plus loin, en observant que la violence
  103. perpétrée par les peuples colonisés
    offrait un chemin vers la réalisation
  104. de leur propre valeur, en notant que
    "à l'instant même où les colonisés découvrent
  105. leur humanité, ils commencent à aiguiser
    leurs armes pour garantir leur victoire."
  106. Cette vérité historique illumine l'héritage
    des résistances armées des mohawks
  107. de kanesatake, des zapatistas dans la jungle
    de chiapas, des combats qui ont galvanisé
  108. la résistance indigène dans des territoires
    dominés par les états canadien et mexicain.
  109. Elle brille chaque fois que les peuples opprimés et exploités imposent des limites
  110. et se préparent à les défendre
    à tout prix.
  111. Il vaut la peine d'insister sur le fait que
    la violence a souvent des conséquences
  112. réelles et dévastatrices, et doit être
    évitée dans la mesure du possible.
  113. Elle ne doit pas être romantisée,
    célébrée, ou devenir sujet
  114. d'une esthétique vide, ni un but en soi.
  115. Les spécialistes d'état en contre-insurrection
    savent depuis bien longtemps que pour
  116. analyser le potentiel d'un mouvement, des
    facteurs comme la force des relations sociales,
  117. les méthodes d'organisation et la capacité
    de répandre le conflit sont souvent plus
  118. décisifs qu'une bataille particulière.
  119. Construire ces qualités et caractéristiques
    ne requiert peu ou pas de recours
  120. à la violence du tout.
  121. Mais, en dernier recours, la capacité
    d'emploi de la violence est un composant
  122. essentiel pour défendre son autonomie.
  123. Et bien que l'autonomie ne soit pas de
    l'intérêt des "libéraux" qui fétichisent
  124. la non-violence, elle est la base de
    toutes les formes d'anarchie,
  125. et de tout mouvement révolutionnaire
    digne de ce nom.