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← Comment dépasser nos préjugés ? Confrontez-les avec audace

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Showing Revision 16 created 07/13/2015 by Elisabeth Buffard.

  1. Cet été, j'ai fait un long périple routier.
  2. J'ai passé un excellent moment à écouter
  3. le livre incroyable d'Isabel Wilkerson,
    « La chaleur d'autres soleils ».
  4. Il parle des six millions de Noirs
  5. qui ont fui le Sud entre 1915 et 1970,
  6. à la recherche de répit
    face à toute cette brutalité
  7. et de meilleures opportunités au Nord.
  8. Le livre est plein d'histoires
    sur la résilience et le génie
  9. des Afro-Américains.
  10. C'était aussi très dur d'entendre
    toutes les histoires des horreurs,
  11. et l'humilité,
    et toutes les humiliations.
  12. C'était surtout difficile d'entendre
    parler des coups, des brûlures
  13. et des lynchages des hommes noirs.
  14. Je me suis dit :
    « Bon, c'est un peu trop lourd.
  15. J'ai besoin d'une pause.
    Je vais allumer la radio. »
  16. J'ai allumé la radio,
    et voici ce que j'ai entendu :
  17. Ferguson, Missouri,
  18. Michael Brown,
  19. un Noir de 18 ans,
  20. non armé, abattu par un policier
    blanc, gisait au sol, mort,
  21. couvert de sang, pendant quatre heures,
  22. tandis que sa grand-mère, des enfants
    et ses voisins regardaient avec horreur.
  23. J'ai songé :
  24. nous y revoilà.
  25. Cette violence,
    cette brutalité envers les Noirs
  26. est présente depuis des siècles.
  27. C'est la même histoire.
    Seuls les noms diffèrent.
  28. Ça aurait pu être Amadou Diallo.
  29. Ça aurait pu être Sean Bell.
  30. Ça aurait pu être Oscar Grant.
  31. Ça aurait pu être Trayvon Martin.
  32. Cette violence et cette brutalité

  33. font partie
    de notre conscience collective.
  34. Elles font partie
    de notre histoire collective.
  35. Qu'allons-nous faire ?
  36. Vous connaissez cette part de nous
    qui change toujours de trottoir,
  37. qui ferme les portes à clé
  38. et qui s'accroche aux porte-monnaies
  39. lorsque nous voyons des jeunes Noirs ?
  40. Cette part là.
  41. Je sais que nous n'en sommes pas
    à abattre les gens dans la rue.

  42. Mais les mêmes stéréotypes et préjugés
  43. qui attisent ce genre
    d'incidents tragiques
  44. sont en nous.
  45. Nous avons été éduqués
    avec ce genre de préjugés.
  46. Nous pouvons faire en sorte
    que ce genre d'incidents,
  47. ces Fergusons, cessent
  48. si nous nous regardons en face
    et si nous sommes disposés à changer.
  49. J'ai un appel à l'action pour vous.

  50. Je voudrais offrir aujourd'hui
    trois pistes de réflexion
  51. comme moyens d'empêcher
    Ferguson de se reproduire ;
  52. trois pistes qui vont nous aider
  53. à corriger les images
    que nous avons des jeunes Noirs ;
  54. trois pistes qui, je l'espère,
    non seulement les protégeront,
  55. mais ouvriront les mentalités
    pour qu'ils puissent s'épanouir.
  56. Pouvez-vous imaginer ça ?
  57. Pouvez-vous imaginer notre pays
    accepter les jeunes Noirs,
  58. les considérer comme faisant
    partie de notre avenir,
  59. leur donner le genre d'ouverture,
  60. le genre de bonté que nous donnons
    aux gens que nous aimons ?
  61. À quel point nos vies
    en seraient améliorées ?
  62. À quel point notre pays serait meilleur ?
  63. Laissez-moi commencer
    avec la piste numéro un.

  64. Il faut arrêter de vivre dans le déni.
  65. Arrêtons d'essayer d'être des gens bien.
  66. Nous avons besoin de gens vrais.
  67. Mon travail touche à la diversité,
  68. et les gens viennent me voir
    au début des ateliers :
  69. « Mme Diversité, nous sommes
    si contents que vous soyez là » —
  70. (Rires) —
  71. « mais nous n'avons pas
    un zeste de préjugé en nous. »
  72. Je leur réponds : « Vraiment ?
  73. Je fais ce travail chaque jour,
    et je remarque tous mes préjugés. »
  74. Il n'y a pas longtemps,
    j'étais dans un avion,

  75. et j'ai entendu la voix
    d'une pilote sortir des haut-parleurs.
  76. J'étais surexcitée, ravie.
  77. « Oui, les filles, on gère.
  78. Nous sommes maintenant
    dans la stratosphère. »
  79. Tout allait bien, puis on a commencé
    à sentir des turbulences,
  80. et je me suis dit :
  81. « J'espère qu'elle sait conduire. »
  82. (Rires)
  83. Je sais. Bon.
  84. Ce n'est pas comme si j'avais su
    que c'était un préjugé
  85. avant le vol du retour,
    il y a toujours un homme qui conduit,
  86. il y a souvent des turbulences,
  87. et je n'ai jamais remis en question
    l'assurance d'un pilote homme.
  88. Le pilote est doué.
  89. Voici le problème.
  90. Si vous me demandiez clairement,
  91. je dirais : « Une femme pilote. Génial. »
  92. Mais lorsque les choses deviennent
    un peu bizarres ou un peu risquées,
  93. je me repose sur un préjugé
    dont je ne suis même pas consciente.
  94. Les avions qui volent
    à toute vitesse dans le ciel.
  95. Je veux un gars.
  96. C'est mon choix par défaut.
  97. Les hommes sont mon choix par défaut.
  98. Quel est le vôtre ?
  99. À qui faites-vous confiance ?
  100. De qui avez-vous peur ?
  101. Avec qui vous sentez-vous
    implicitement connecté ?
  102. Qui fuyez-vous ?
  103. Je vais vous dire
    ce que nous avons appris.

  104. Le test d'association implicite,
    qui évalue les préjugés inconscients.
  105. Vous pouvez le faire en ligne.
  106. Cinq millions
    de personnes l'ont fait.
  107. Il s'avère que notre choix
    par défaut est blanc.
  108. Nous aimons les Blancs.
  109. Nous préférons le blanc.
    Qu'est-ce que je veux dire par là ?
  110. Lorsque l'on nous montre des images
    d'hommes noirs et d'hommes blancs,
  111. nous pouvons associer plus rapidement
  112. cette image avec un mot positif,
    ce Blanc avec un mot positif,
  113. que lorsque nous essayons d'associer
  114. du positif avec un visage noir,
    et vice versa.
  115. Lorsque nous voyons un visage noir,
  116. il nous est plus facile
    d'associer le noir avec du négatif,
  117. que le blanc avec du négatif.
  118. 70% des Blancs qui font ce test
    préfèrent le blanc.
  119. 50% des Noirs qui font ce test
    préfèrent le blanc.
  120. Nous nous sommes tous fait contaminer.
  121. Que faire avec l'idée que notre cerveau
    fait des associations automatiques ?

  122. Vous êtes sûrement
    en train de pensez :
  123. « Vous savez quoi,
  124. je vais miser sur mon daltonisme. »
  125. Oui, je vais insister là-dessus.
  126. Je vais vous suggérer : non.
  127. Nous avons fait tous les efforts
    possibles pour changer les choses
  128. en tentant d'effacer
    toute idée de couleur.
  129. Ne voir aucune couleur
    n'a jamais été le problème.
  130. C'est ce que nous faisons
    lorsque nous voyons la couleur.
  131. C'est un idéal erroné.
  132. Alors que nous sommes occupés
    à prétendre ne rien voir,
  133. nous ne réalisons pas les façons
    dont la différence ethnique
  134. modifie les offres d'opportunités,
    empêche certains de s'épanouir,
  135. et parfois leur cause une mort prématurée.
  136. Ce que les scientifiques nous disent,
    c'est que c'est hors de question.

  137. Ne pensez même pas au daltonisme.
  138. Voici leur suggestion :
  139. regardez bien les gens
    qui sont noirs et formidables.
  140. (Rires)
  141. Regardez bien leur visage
    et mémorisez-le.
  142. Regarder des gens formidables
    qui s'avèrent être noirs
  143. aide à dissocier
  144. cette association générée
    automatiquement dans notre cerveau.
  145. Pourquoi croyez-vous que je vous montre
    tous ces beaux hommes noirs ?
  146. Il y en avait tellement
    que j'ai dû en éliminer.
  147. Voici l'idée :
  148. j'essaie de réinitialiser vos associations
    automatiques à propos des Noirs.
  149. J'essaie de vous rappeler
  150. que les jeunes Noirs deviennent
    d'incroyables êtres humains,
  151. des gens qui ont changé nos vies
    et les ont transformées.
  152. Voici l'idée.

  153. L'autre possibilité scientifique,
  154. et elle ne change que de façon temporaire
    nos hypothèses involontaires,
  155. mais une chose est sûre,
  156. si vous prenez un Blanc
    dans votre entourage qui est odieux
  157. et le mettez à côté
    d'une personne de couleur,
  158. un Noir, qui est une personne fabuleuse,
  159. cela peut en effet permettre
    de dissocier nos associations.
  160. Pensez à Jeffrey Dahmer et à Colin Powell.
  161. Regardez-les bien, d'accord ? (Rires)
  162. Voici ce que vous pouvez faire.
  163. Questionnez vos préjugés,
  164. mais sortez de ce déni
    et allez chercher l'information
  165. qui prouve que vos vieux
    stéréotypes sont erronés.
  166. C'était la piste numéro un.
    Numéro deux :

  167. allez à la rencontre des jeunes Noirs
    au lieu de vous éloignez d'eux.
  168. Ce n'est pas insurmontable,
  169. mais c'est quelque chose
  170. qui requiert de la lucidité
    et une intention.
  171. J'étais dans un quartier de Wall Street
    il y a quelques années
  172. avec une de mes collègues,
    qui est vraiment formidable.
  173. Elle travaille avec moi sur la diversité
    et c'est une Coréenne.
  174. Tard un soir, nous étions dans la rue,
    et on était perdues.
  175. J'ai vu une personne et je me suis dit :
    « Chouette, un Noir. »
  176. Je me suis dirigée
    vers lui sans réfléchir.
  177. Ma collègue s'est dit :
    « C'est intéressant. »
  178. La personne sur le trottoir opposé,
    c'était un Noir.
  179. Les Noirs savent
    généralement où ils vont.
  180. Je ne sais pas vraiment pourquoi
    je pense de la sorte, mais c'est comme ça.
  181. Elle m'a dit : « Toi, tu disais :
    "Chic, un Noir" ?
  182. Et moi, je disais : "Ooh, un Noir." »
  183. Direction opposée.
  184. Le même besoin, le même homme,
    les mêmes vêtements,
  185. le même moment, la même rue,
    une réaction différente.
  186. Elle a dit : « C'est terrible.
    Je travaille dans la diversité.
  187. J'ai fait le coup du Noir
    et je suis une femme de couleur. »
  188. Je lui ai dit : « Tu sais quoi ?
    S'il te plaît, détends-toi. »
  189. Vous devez réaliser
    que les Noirs et moi, on remonte à loin.
  190. (Rires)
  191. Mon père est noir.
    Vous voyez ce que je veux dire ?
  192. Mon fils est noir et fait 1,95m de haut.
    J'ai été mariée à un Noir.
  193. Mon truc avec les Noirs
    est si varié et si profond
  194. que je peux à peu près jauger
    et déterminer qui est cet homme,
  195. et c'était mon genre de Noir.
  196. Il a dit : « Oui, mesdames, je sais
    où vous allez. Je vous emmène. »
  197. Les préjugés sont les histoires
    que l'on s'invente sur les gens

  198. avant de savoir qui ils sont vraiment.
  199. Mais comment pouvons-nous
    savoir qui ils sont
  200. lorsque l'on nous a toujours dit
    de les éviter et d'en avoir peur ?
  201. Je vous encourage
    à accueillir votre gêne.
  202. Je ne vous demande pas
    de prendre des risques stupides.
  203. Faites simplement un inventaire,
  204. développez vos cercles
    sociaux et professionnels.
  205. Qui fait partie de votre cercle ?
  206. Qui manque-t-il ?
  207. Combien de relations authentiques
  208. comptez-vous avec des jeunes Noirs,
    hommes et femmes ?
  209. Ou n'importe qui de tout à fait
    différent de vous,
  210. et de votre style, pour ainsi dire.
  211. Parce que, vous savez quoi ?
    Regardez autour de vous.
  212. Dans votre travail, dans votre classe,
  213. dans votre lieu de culte, quelque part,
    il doit bien y avoir des jeunes Noirs.
  214. Vous dites salut gentiment.
  215. Rapprochez-vous, approfondissez
    et construisez le genre de relations
  216. qui vous font voir la personne
    dans sa globalité,
  217. et qui détruisent vos stéréotypes.
  218. Certains d'entre vous en sont là.
  219. J'ai quelques amis blancs qui disent :

  220. « Tu ne sais pas
    combien je suis maladroit.
  221. Ça ne va pas marcher pour moi.
  222. Je suis sûr que ça va rater. »
  223. Peut-être, mais ça n'a rien à voir
    avec la perfection.
  224. Ça a voir avec la connexion.
  225. Et on ne peut pas être à l'aise
    avant d'être mal à l'aise.
  226. Il faut le faire, tout simplement.
  227. Quant aux jeunes Noirs,
    ce que je vous dis,
  228. c'est que si on vient à votre rencontre,
    sincèrement, acceptez l'invitation.
  229. Tout le monde n'est pas là
    pour avoir votre peau.
  230. Allez chercher ces gens
    qui peuvent voir votre humanité.
  231. C'est l'empathie et la compassion
  232. générée par les relations
    avec des gens différents de vous.
  233. Quelque chose de puissant
    et de magnifique apparaît.
  234. Vous commencez à réaliser
    qu'ils sont vous,
  235. qu'ils sont une part de vous,
    qu'ils sont dans votre famille.
  236. Alors nous cessons d'être spectateurs,
  237. et nous devenons des acteurs,
    des défenseurs,
  238. et des alliés.
  239. Éloignez-vous de votre zone de confort
  240. pour quelque chose
    de plus grand, de plus lumineux.
  241. C'est comme ça que nous allons
    empêcher un autre Ferguson.
  242. C'est comme ça
    que nous créons une communauté,
  243. où tout le monde, en particulier
    les jeunes Noirs, peuvent s'épanouir.
  244. Cette dernière réflexion
    est plus dure à entendre,

  245. et je le sais, mais je vais
    quand même vous la présenter.
  246. Lorsque nous voyons quelque chose,
  247. nous devons trouver le courage
    de dire quelque chose,
  248. même à ceux que l'on aime.
  249. Nous sommes en vacances et c'est le moment
  250. où nous sommes réunis à table
    et où nous passons un bon moment.
  251. La plupart d'entre nous est en vacances
  252. et nous devons écouter les conversations.
  253. Vous commencez à dire des choses comme :
  254. « Grand-mère est un cul-bénit. »
  255. (Rires)
  256. « Oncle Joe est raciste. »
  257. Mais nous aimons grand-mère et oncle Joe.
    Nous les aimons.
  258. Nous savons que ce sont des gens bien,
    mais ce qu'ils disent est mauvais.
  259. Nous devons dire quelque chose,
    parce savez-vous qui d'autre est à table ?
  260. Les enfants sont à table.
  261. Et on se demande pourquoi
    ces préjugés ne meurent pas,
  262. et se transmettent
    de génération en génération.
  263. C'est parce que l'on ne dit rien.
  264. Nous devons dire : « Grand-mère,
    on n'appelle plus les gens comme ça. »
  265. « Oncle Joe,
    ce n'est pas vrai qu'il a mérité ça.
  266. Personne ne mérite ça. »
  267. Nous devons être prêts
  268. à ne pas protéger nos enfants
    de la laideur du racisme
  269. lorsque les parents de couleur
    n'ont pas ce luxe,
  270. en particulier ceux qui ont
    des jeunes garçons.
  271. Nous devons prendre
    nos chers enfants, notre futur,
  272. leur dire qu'ils ont un pays formidable,
  273. avec des idéaux incroyables,
  274. que nous avons travaillé dur,
    que nous avons fait des progrès,
  275. mais ce n'est pas terminé.
  276. Nous avons toujours
    en nous ces vieilles histoires
  277. de supériorité et en conséquence,
  278. elles s'installent plus
    profondément dans nos institutions,
  279. dans notre société et nos générations.
  280. Elles apportent désespoir, disparités,
  281. et une dévalorisation
    accablante des jeunes Noirs.
  282. Il faut leur dire
    que nous luttons toujours
  283. à voir à la fois la couleur,
  284. et la vraie nature des jeunes Noirs.
  285. Il faut leur dire que vous attendez d'eux
  286. qu'ils fassent partie des agents
    du changement dans cette société
  287. qui s’élèvera contre l'injustice
  288. et qui est prête, avant toute chose,
  289. à construire une société
  290. où les jeunes Noirs
    sont vus dans leur globalité.
  291. Il y a tant de d'hommes
    formidables et qui sont noirs,
  292. de ceux qui sont les hommes d'états
    les plus formidables

  293. qui aient jamais existé,
  294. des soldats courageux,
  295. des travailleurs formidables
    et dédiés à leur tâche.
  296. Ce sont des gens
    qui sont des pasteurs influents.
  297. Ce sont des scientifiques,
    des artistes et des écrivains incroyables.
  298. Ce sont des humoristes audacieux.
  299. Ce sont des grand-pères dévoués,
  300. des fils aimants.
  301. Ce sont des pères solides,
  302. et ce sont des jeunes hommes
    avec des rêves.
  303. Merci.
  304. (Applaudissements)