French subtitles

← Un traitement d'urgence pour notre fièvre climatique

Get Embed Code
24 Languages

Showing Revision 29 created 01/16/2020 by eric vautier.

  1. Je vais vous parler d'une chose importante
    que vous ignorez peut-être.
  2. Les gouvernements mondiaux,
  3. sans le savoir,
    sont sur le point d'expérimenter
  4. sur notre climat.
  5. En 2020, la loi exigera que les bateaux
    réduisent leurs émissions de soufre
  6. en nettoyant leurs tuyaux d'échappement
  7. ou en utilisant des carburants propres.
  8. Pour notre santé, c'est une bonne chose,
  9. mais les particules de soufre émises
  10. ont aussi un effet sur les nuages.
  11. Voici une photo satellite de nuages marins
  12. au large de la côte ouest des États-Unis.
  13. Les traînées dans les nuages
    sont causées par ces gaz d'échappement.
  14. Les émissions des bateaux
    comptent des gaz à effet de serre
  15. qui retiennent la chaleur
    pendant de longues périodes,
  16. et des particules de sulfate
    qui s'introduisent dans les nuages
  17. et les éclaircissent momentanément.
  18. Les nuages lumineux reflètent
    davantage de lumière vers l'espace,
  19. refroidissant le climat.
  20. Donc, en fait,
  21. l'Homme est, à son insu,
    en train de mener deux expériences
  22. sur notre climat.
  23. La première consiste à augmenter
    la concentration de gaz à effet de serre

  24. et à réchauffer peu à peu
    le système Terre.
  25. Ceci est comparable à de la fièvre
    dans le corps humain.
  26. Si la fièvre reste faible,
    ses effets sont légers ;
  27. mais les dégâts sont plus sévères
    quand la fièvre augmente.
  28. Ils peuvent même être catastrophiques.
  29. Nous le voyons déjà plus ou moins.
  30. L'autre expérience

  31. consiste à éliminer
    des couches de particules
  32. qui éclaircissent les nuages
    et nous protègent du réchauffement.
  33. L'effet est le plus marqué
    sur les nuages marins comme ceux-ci.
  34. Selon les scientifiques, la réduction
    des émissions de soufre l'an prochain
  35. amplifiera le réchauffement climatique
    de façon significative.
  36. Étonnant, n'est-ce pas ?

  37. La plupart des émissions, étant chargées
    en sulfates, éclaircissent les nuages :
  38. le charbon, les échappements de diesel,
    les incendies forestiers.
  39. On estime que l'effet de refroidissement
    total induit par ces particules,
  40. appelées aérosols
    quand elles sont en suspension,
  41. pourrait être similaire à ce que
    nous avons connu jusqu'à présent.
  42. Beaucoup d'incertitude plane à ce sujet,
  43. et c'est principalement pourquoi
    il est difficile de prédire le climat.
  44. Mais nous perdons ce refroidissement
    à mesure que les émissions chutent.
  45. Pour être claire, l'Homme est en train
    de refroidir la planète
  46. en diffusant à grande échelle
    des particules dans l'atmosphère.
  47. Mais nous ignorons combien,
    et nous le faisons à notre insu.
  48. C'est inquiétant.
  49. En revanche, cela pourrait signifier
    que nous pouvons agir rapidement
  50. avec un traitement
    contre cette fièvre climatique,
  51. un traitement d'origine naturelle.
  52. Voici une simulation par la NASA
    de l'atmosphère terrestre,

  53. montrant le déplacement
    des nuages et des particules.
  54. Les parties claires correspondent
    à la lumière solaire qui est réfléchie.
  55. Cet écran de nuages réfléchissants
    permet à la Nature de garder
  56. la température terrestre
    assez froide pour nous
  57. et toute la vie qui nous entoure.
  58. En 2015, des scientifiques ont examiné
    plusieurs moyens de refroidir le climat.
  59. Ils ont écarté des idées comme
    des miroirs dans l'espace,
  60. des balles de ping-pong dans l'océan,
    des feuilles de plastique dans l'Arctique,
  61. et ils ont estimé
    que les meilleures approches
  62. consistaient à augmenter légèrement
    la réflectivité de l'atmosphère.
  63. Peut-être qu'en augmentant seulement
    de 1 ou 2 % la part de rayons solaires
  64. reflétés dans l'atmosphère,
  65. nous pourrions atténuer le réchauffement
    de 2°C, voire plus.
  66. Or, je suis directrice des technologies,
    pas scientifique.

  67. Il y a dix ans, parce que
    je m'inquiétais du réchauffement,
  68. j'ai parlé avec des scientifiques
    des possibles mesures pour le contrer.
  69. Ces conversations sont devenues
    des collaborations, puis
  70. le Projet d'éclaircissement
    des nuages marins,
  71. que j'aborderai dans un instant,
  72. ainsi que l'association SilverLining,
    à but non lucratif, où je suis à présent.
  73. Je travaille avec des politiques,
    des chercheurs,
  74. des membres du secteur technologique, etc.
  75. pour réfléchir à certaines de ces idées.
  76. Un jour, j'ai rencontré un atmosphériste
    britannique, John Latham,
  77. qui a proposé de refroidir le climat
    comme le font les bateaux
  78. mais avec une source naturelle
    de particules :
  79. du brouillard salin
    fait avec de l'eau de mer
  80. et pulvérisé par des bateaux là où
    se forment des nuages marins.
  81. Cette idée s'est répandue
    sous le nom que je lui avais donné,
  82. éclaircissement de nuages marins.
  83. Selon les premières modélisations,
    en appliquant cette méthode
  84. à seulement 10 ou 20 %
    des nuages marins sensibles à celle-ci,
  85. il serait possible de compenser
    jusqu'à 2° C de réchauffement.
  86. Cette méthode pourrait même
    être utilisée localement
  87. pour réduire les effets du réchauffement
    à la surface des océans.
  88. Par exemple, des régions comme
    le Golfe du Mexique
  89. pourraient être refroidies avant
    la saison des ouragans,
  90. pour ainsi réduire la force des tempêtes.
  91. Il serait également possible de refroidir
    les eaux des récifs coralliens
  92. souffrant de stress thermique,
  93. par exemple en Australie.
  94. Mais ces idées sont uniquement théoriques,

  95. et l'éclaircissement des nuages marins
    n'est pas le seul moyen
  96. d'augmenter le réfléchissement
    des rayons solaires dans l'atmosphère.
  97. Prenons les éruptions des grands volcans :
    les substances libérées atteignent parfois
  98. la stratosphère, la couche supérieure
    de l'atmosphère.
  99. Lors de l'éruption du Pinatubo en 1991,
  100. des substances, notamment des sulfates,
  101. ont été projetées dans la stratosphère
    et ont réfléchi les rayons solaires.
  102. Elles sont restées là-haut
    et ont circulé autour de la Terre.
  103. Cela a suffi pour refroidir le climat
    de plus de 0,5° C
  104. pendant près de deux ans.
  105. En conséquence, la couche de glace
    de l'Arctique s'est épaissie en 1992,
  106. puis s'est réduite les années suivantes,
    quand les particules sont tombées au sol.
  107. Grâce à ce phénomène volcanique,
    le Prix Nobel Paul Crutzen a proposé
  108. la dispersion contrôlée de particules
    dans la stratosphère
  109. comme solution possible
    au réchauffement climatique.
  110. Mais cela comporte des risques
    que nous ne maîtrisons pas,
  111. notamment le réchauffement
    de la stratosphère
  112. ou la détérioration de la couche d'ozone.
  113. Les scientifiques pensent
    qu'il pourrait y avoir des méthodes sûres,
  114. mais est-ce vraiment le cas ?
  115. Valent-elles la peine d'être étudiées ?
  116. Voici une simulation

  117. du Centre américain
    pour la recherche atmosphérique :
  118. une modélisation jusqu'en 2100
    des températures à la surface de la Terre.
  119. À gauche, on voit
    notre trajectoire actuelle.
  120. À droite, une planète où des particules
    sont injectées dans la stratosphère
  121. progressivement en 2020
  122. et de manière constante jusqu'en 2100.
  123. Avec intervention, les températures
    de surface restent stables.
  124. Sans intervention, les températures
    augmentent bien au-dessus de 3° C.
  125. Cela pourrait faire la différence
    entre un monde sûr et un monde dangereux.
  126. Par conséquent, s'il y a des chances
    que cette hypothèse se confirme,

  127. doit-on prendre ce sujet au sérieux ?
  128. Actuellement, les moyens manquent
  129. et les connaissances scientifiques
    restent très limitées.
  130. Nous ne savons même pas si
    ce genre d'interventions est faisable
  131. ni comment caractériser les risques.
  132. Les chercheurs espèrent explorer
    certaines questions essentielles
  133. qui pourraient nous aider à déterminer
    si nous devons considérer ces options
  134. ou bien les écarter.
  135. Il faut étudier le système climatique
    grâce à des méthodes variées :
  136. modèles informatiques
    prédisant des changements,
  137. techniques analytiques
    comme l'apprentissage machine
  138. et de nombreuses formes d'observations.
  139. Et, bien que cela soit controversé,
  140. le développement de technologies
    et la réalisation d'expériences concrètes
  141. et à petite échelle
    sont absolument essentiels.
  142. Deux programmes de recherche
    proposent ce genre d'expériences.

  143. À Harvard, SCoPEx utilise un ballon
    pour relâcher dans la stratosphère
  144. de petites quantités de sulfates,
    d'eau et de carbonate de calcium
  145. pour étudier les conséquences
    chimiques et physiques.
  146. En quelle quantité ?
  147. Moins de la moitié de celle
    relâchée par un avion civil
  148. pendant une minute.
  149. Ce n'est évidemment pas dangereux
  150. et sans doute pas effrayant.
  151. À l'Université de Washington,

  152. les scientifiques espèrent pouvoir
    pulvériser une fine brume d'eau salée
  153. dans les nuages
    lors de tests sur terre et en mer.
  154. En cas de réussite,
    ils passeront à des expériences
  155. visant à éclaircir sensiblement
    une zone de nuages marins.
  156. Ces recherches ont permis de développer,
    pour la première fois, une technologie
  157. visant à générer des aérosols
    pour réfléchir la lumière du Soleil.
  158. Il faut ainsi produire
    des particules minuscules --
  159. comparables à la brume qui sort
    d'un inhalateur contre l'asthme --
  160. et les produire à très grande échelle
    -- pensez à un nuage.
  161. C'est un casse-tête
    en termes d'ingénierie.
  162. Ils ont développé cet embout

  163. qui produit trois billions
    de particules par seconde,
  164. mesurant 80 nanomètres,
  165. à partir d'une eau salée très corrosive.
  166. Elle a été élaborée par des ingénieurs
    de la Silicon Valley à la retraite --
  167. les voici.
  168. Ils ont œuvré bénévolement pendant six ans
    pour l'avenir de leurs petits-enfants.
  169. Le développement du
    système de pulvérisation
  170. coûtera quelques millions de dollars
    et prendra une à deux années de travail.
  171. Ailleurs dans le monde,
    des efforts de recherche émergent :
  172. des programmes de modélisation
    à l'Université Normale de Pékin,
  173. à l'Institut indien des sciences,
  174. un futur centre pour réparer le climat
    à l'Université de Cambridge,
  175. et le DECIMALS Fund,
  176. qui finance des chercheurs
    dans des pays du Sud
  177. pour étudier les effets de ces
    interventions sur les rayons solaires
  178. chez eux.
  179. Mais tous ces programmes,
    y compris les programmes expérimentaux,
  180. manquent de financements.
  181. Ces interventions posent
    des difficultés de compréhension.
  182. Le système terrestre est
    vaste et complexe ;
  183. il faut investir dans des modèles
    climatiques, des analyses
  184. et de la science fondamentale
  185. pour pouvoir améliorer significativement
    nos prédictions sur le climat
  186. ainsi que nos interventions,
    qu'elles soient accidentelles ou voulues.
  187. Cela pourrait être urgent.

  188. Selon des rapports scientifiques récents,
    dans les prochaines décennies,
  189. cette fièvre pourrait être dévastatrice :
  190. chaleurs extrêmes et feux,
  191. extinctions massives dans les océans,
  192. effondrement des glaces arctiques,
  193. déplacement et souffrance
    de centaines de millions d'êtres humains.
  194. Cette fièvre pourrait atteindre
    des seuils critiques,
  195. nos efforts devenant insuffisants
    pour contrer
  196. l'accélération des changements
    dans les systèmes naturels.
  197. Pour parer à cette éventualité,

  198. le GIEC a affirmé
  199. que nous devons stopper, voire inverser
    nos émissions d'ici 2050.
  200. Comment ? En transformant
    rapidement et en profondeur des secteurs
  201. aussi importants que l'énergie,
    la construction, les transports, etc.
  202. Il est impératif d'agir
    le plus vite possible.
  203. Mais la fièvre est déjà si élevée que,
  204. selon les climatologues,
    il faudrait également
  205. supprimer de l'atmosphère
    d'énormes quantités de CO2,
  206. peut-être 10 fois plus que le total annuel
    des émissions dans le monde,
  207. par des méthodes pas encore prouvées.
  208. Contre un problème qui s'accélère,
    nous proposons des solutions trop lentes.

  209. Même dans les scénarios
    les plus optimistes,
  210. notre exposition au risque
    dans les prochains 10 à 30 ans
  211. est à mon avis beaucoup trop élevée.
  212. Les interventions proposées
    sont-elles un bon traitement d'urgence

  213. pour faire baisser la fièvre
    pendant que nous soignons les causes ?
  214. Cette idée soulève
    de vraies préoccupations.
  215. Certains s'inquiètent que
    même la recherche dans ce domaine
  216. puisse servir d'excuse pour retarder
    les efforts de réduction des émissions.
  217. On appelle cela un « danger moral ».
  218. Mais, comme la plupart des médicaments,
  219. plus on fait d'interventions,
    plus elles sont dangereuses.
  220. La recherche tend donc
    à insister sur le fait
  221. que nous ne pouvons
    absolument pas continuer
  222. à envoyer des gaz à effet de serre
    dans l'atmosphère,
  223. que ces options sont dangereuses
  224. et que, si nous devions les utiliser,
  225. il faudrait que ce soit le moins possible.
  226. Mais même ainsi,

  227. pourrons-nous jour en savoir assez
    sur ces interventions
  228. pour en gérer les risques ?
  229. Qui déciderait du moment
    et de la manière d'intervenir ?
  230. Certains empireraient-ils la situation,
  231. ou bien s'agirait-il d'une impression ?
  232. Ce sont des questions très difficiles.
  233. Mais voici ce qui m'inquiète vraiment :
    quand les impacts climatiques empireront,
  234. les chefs d'État devront réagir
    par tous les moyens disponibles.
  235. Je ne veux pas qu'ils agissent
    sans avoir de vraies informations
  236. et de bien meilleures options.
  237. Selon les scientifiques, il faudra étudier

  238. ces interventions pendant dix ans
  239. avant même de pouvoir
    les développer ou utiliser.
  240. Mais aujourd'hui, le niveau mondial
    des investissements dans ces domaines
  241. est égal à zéro.
  242. Nous devons donc agir rapidement
  243. si nous voulons que les régulateurs
    disposent d'informations réelles
  244. sur ce type de traitements d'urgence.
  245. Il y a de l'espoir !

  246. Le monde a déjà résolu
    des problèmes similaires.
  247. Dans les années 70, nous avons identifié
    un danger existentiel
  248. menaçant notre couche d'ozone.
  249. Puis les scientifiques,
    les politiques et les industriels
  250. ont trouvé une solution commune
    pour remplacer les produits nocifs.
  251. Et ce, grâce au seul accord sur le climat
    légalement contraignant
  252. qui ait été signé
    par tous les pays du monde :
  253. le Protocole de Montréal.
  254. Toujours en vigueur,
  255. il a permis à la couche d'ozone
    de se rétablir.
  256. Cette initiative de protection du climat
    est celle qui a le mieux abouti.
  257. Aujourd'hui, nous faisons face
    à un danger plus grave,

  258. mais nous avons les capacités
    d'élaborer des solutions et des accords
  259. pour protéger les personnes
  260. et guérir notre climat.
  261. Pour rester en sécurité,
    nous devrons peut-être refléter
  262. la lumière solaire pendant
    quelques décennies
  263. pendant que nous verdissons les industries
    et éliminons le CO2.
  264. Nous devons donc agir sans tarder
  265. pour comprendre les options possibles
    pour ce traitement d'urgence.
  266. Merci.

  267. (applaudissements)