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← Combien de vies peut-on avoir ? - Sarah Kay à TEDxEast

Sarah Kay, fondatrice du projet V.O.I.C.E joue et parle de la vie en racontant des histoires et en apprenant à cesser de se précipiter.

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Showing Revision 10 created 01/15/2016 by TED Translators admin.

  1. (Chant) Je vois la Lune.
    La lune me voit.
  2. La lune voit quelqu'un
    que je ne vois pas.
  3. Que Dieu bénisse la Lune
    et Dieu me bénisse,
  4. et Dieu bénisse ce quelqu'un
    que je ne vois pas.
  5. Si je vais au ciel avant vous,
  6. je ferai un trou et vous tirerai.
  7. Et j'écrirai votre nom,
    sur chaque étoile,
  8. et comme ça le monde
  9. ne semblera pas si loin.
  10. L'astronaute ne sera pas
    au travail aujourd'hui.
  11. Il a froid et il est malade.
  12. Il a désactivé son téléphone,
    son ordinateur portable, son bipeur, son réveil.
  13. Un gros chat jaune dort sur son canapé,
  14. la pluie tombe sur la fenêtre,
  15. il n'y a pas une once de café
    dans l'air de la cuisine.
  16. Tout le monde est dans tous ses états.
  17. Les ingénieurs au 15e étage ont cessé
    de travailler sur leur machine à particules.
  18. La chambre anti-gravité fuit
  19. et même le gamin aux taches de rousseur
    avec des lunettes,
  20. dont le seul travail est
    de sortir les poubelles, est nerveux,
  21. il fouille dans le sac, renverse
    une peau de banane et un gobelet en carton.
  22. Personne ne le remarque
  23. Ils sont trop occupés à recalculer ce que tout ceci
    signifie pour rattraper le temps perdu.
  24. Combien de galaxies perdons-nous par seconde ?
  25. Combien de temps avant de pouvoir lancer
    la prochaine fusée, quelque part ?
  26. Un électron s'envole de son nuage d'énergie.
  27. Un trou noir a éclaté.
  28. Une mère finit de mettre la table pour le dîner.
  29. Un marathon d'ordre public commence.
  30. L'astronaute dort.
  31. Il a oublié d'éteindre sa montre,
    qui fait tic tac,
  32. comme une impulsion de métal
    contre son poignet.
  33. Il ne l'entend pas.
  34. Il rêve des récifs coralliens
    et du plancton.
  35. Ses doigts trouvent la taie d'oreiller,
    son masque de navigation.
  36. Il se tourne sur son côté.
    Ouvre les yeux d'un coup.
  37. Il pense que les plongeurs autonomes
    doivent avoir le travail le plus merveilleux du monde.
  38. Tellement d'eau où glisser !
  39. (Applaudissements)
  40. Merci.
  41. Quand j'étais petite,
    je ne comprenais pas le concept
  42. que nous n'avons qu'une vie
  43. Je ne dis pas ça métaphoriquement.
  44. J'ai littéralement pensé que je ferais
  45. tout qu'il y avait à faire
  46. et que je serais tout ce qu'on peut être.
  47. Ce n'était qu'une question de temps.
  48. Il n'existe pas de limites fondées
    sur l'âge ou le sexe,
  49. la race ou même la
    période de temps appropriée.
  50. J'étais certaine que j'allais vivre vraiment
  51. ce que c'était que d'être
    un chef du mouvement des droits civiques,
  52. ou un jeune garçon de dix ans vivant
    dans une ferme pendant la Grande Dépression,
  53. ou un empereur de la dynastie Tang en Chine.
  54. Ma mère dit que quand les gens
    me demandaient ce que je voulais faire
  55. quand je serais grande, ma réponse habituelle
    était princesse-ballerine-astronaute.
  56. Ce qu'elle ne comprend pas, c'est que je n'essayais
    pas d'inventer une super profession combinée.
  57. Je dressais la liste des choses
    que je pensais arriver à être :
  58. une princesse, une ballerine et une astronaute.
  59. Et je suis assez sûre que la liste était
    probablement plus longue que ça.
  60. En général on m'interrompait.
  61. La question n'était pas de savoir si j'allais faire
    quelque chose, mais de savoir quand.
  62. J'étais sure que si
    je voulais tout faire,
  63. ça voulait probablement dire
    que je devais agir vite,
  64. parce que j'avais beaucoup de choses à faire.
  65. Ma vie était donc en permanence dans
    un état de précipitation.
  66. J'avais toujours peur de prendre du retard.
  67. Et comme j'ai grandi à New York,
    pour autant que je pouvais dire,
  68. la précipitation était normale.
  69. Mais en grandissant,
    j'ai fini par me rendre compte
  70. que je n'allais pas vivre plus d'une vie
  71. je saurais seulement ce que
    c'était d'être une adolescente
  72. à New York,
  73. pas un adolescent en Nouvelle Zélande,
  74. pas une reine du bal de promo au Kansas.
  75. Je ne voyais qu'à travers ma lorgnette
    et c'est vers cette époque
  76. que j'ai développé l’obsession des histoires,
  77. parce que c'était à travers les histoires
    que je pouvais voir
  78. à travers la lorgnette de quelqu'un d'autre,
    même si c'était de manière brève ou imparfaite.
  79. Et j'ai commencé à avoir une envie folle
    d'entendre les expériences des autres
  80. parce que j'étais tellement jalouse
    qu'elles étaient des vies entières
  81. que je ne vivrais jamais, et
    je voulais entendre
  82. tout ce que je manquais.
  83. Et par transitivité, je me suis rendu compte
  84. que certaines personnes ne sauraient jamais
  85. ce que c'était d'être une adolescente à New York.
  86. Ce qui signifiait qu'ils ne sauraient jamais
  87. ce qu'on ressent en prenant le métro
    après un premier baiser,
  88. ou le calme qui règne quand il neige,
  89. et je voulais qu'ils sachent,
    je voulais leur dire
  90. et c'est devenu ma principale obsession.
  91. Je me suis investie à raconter, partager
    et collectionner des histoires.
  92. Ce n'est que récemment que
    je me suis rendu compte
  93. que je ne peux pas toujours précipiter la poésie.
  94. En avril, pour le Mois national de la poésie,
    il y a un défi auquel
  95. de nombreux poètes participent
  96. et qui s'appelle le 30/30 Challenge.
  97. L'idée est d'écrire un nouveau poème
    chaque jour du mois d'avril.
  98. L'an dernier, je m'y suis essayée
    pour la première fois, et j'étais ravie
  99. de l'efficacité avec laquelle je pouvais
    produire de la poésie.
  100. Mais à la fin du mois, j'ai repensé
    à ces 30 poèmes que j'avais écrits,
  101. et j'ai découvert qu'ils essayaient tous
    de raconter la même histoire,
  102. il m'en a fallu 30 pour que je comprenne
    ce que ça voulait dire.
  103. Et je me suis rendu compte que c'est probablement
    vrai aussi à une bien plus grande échelle.
  104. Il y a des histoires que j'ai tenté
    de raconter depuis des années,
  105. en réécrivant encore et encore,
    en cherchant constamment les mots adéquats.
  106. Un poète français, un essayiste
    du nom de Paul Valéry
  107. a dit qu'un poème n'est jamais terminé,
    il est seulement abandonné.
  108. Et ça me terrifie parce que ça implique
  109. que je pourrais revoir et réécrire éternellement
    et c'est à moi de décider
  110. quand un poème est terminé
    et quand je peux l'abandonner.
  111. Ça va directement contre ma nature
    très obsessionnelle d'essayer
  112. de trouver la bonne réponse,
    les mots parfaits et la bonne forme.
  113. J'utilise la poésie dans ma vie, comme moyen
    de m'aider à diriger une œuvre à travers les choses.
  114. Mais ce n'est pas parce que je finis le poème,
    que j'ai résolu
  115. tout ce que j'ai été curieuse de découvrir.
  116. J'aime revenir sur une poésie ancienne,
  117. parce qu'elle me montre exactement
    où je me trouvais à ce moment-là.
  118. Et ce dans quoi j'essayais de naviguer et les mots
  119. que j'ai choisis pour m'y aider.
  120. Maintenant, j'ai une histoire
    sur laquelle que trébuche depuis des années
  121. et je ne sais pas
    si j'ai trouvé la forme parfaite,
  122. ou si c'est juste une tentative
  123. et je vais essayer de la réécrire plus tard
  124. en quête d'une meilleure façon de la dire.
  125. Mais je sais que plus tard, quand j'y repenserai,
  126. je serai en mesure de savoir
    que c'est là que je me trouvais
  127. à ce moment-là, et c'est ce à travers quoi
    j'essayais de naviguer,
  128. avec ces mots, ici, dans cette salle, avec vous.
  129. Alors --Smile (Souriez ).
  130. Ça n'a pas toujours fonctionné ainsi.
  131. Il y a eu un moment où vous deviez vous salir les mains.
  132. Où vous étiez dans l'obscurité la plupart du temps, tâtonner était une évidence,
  133. et il vous fallait plus de contraste,
    plus de saturation,
  134. des noirs plus noirs,
    des lumières plus lumineuses.
  135. On appelait ça le développement étendu.
    Ça voulait dire que vous passiez
  136. plus de temps à inhaler des produits chimiques,
    plus longtemps jusqu'à votre poignet.
  137. Ce n'était pas toujours facile.
  138. Grand-père Stewart était
    photographe dans la marine.
  139. Jeune, le visage rouge
    avec les manches retroussées,
  140. les doigts de ses mains ressemblaient
    à de gros rouleaux de pièces de monnaie,
  141. il ressemblait à Popeye le marin en chair et en os.
  142. Le sourire tordu,
    une touffe de poils sur la poitrine,
  143. il s'est présenté à la seconde guerre mondiale,
    avec un sourire et un passe-temps.
  144. Quand ils lui ont demandé
    s'il s'y connaissait en photographie,
  145. Il a menti, a appris à lire l'Europe comme une carte,
  146. tête en bas, depuis la hauteur d'un avion de chasse,
  147. l'appareil photo qui claquait, les paupières
    qui battaient, les noirs les plus noirs
  148. et les lumières les plus lumineuses.
  149. Il a appris la guerre comme
    s'il pouvait lire la route pour rentrer chez lui.
  150. Quand les autres hommes sont revenus,
    ils mettaient leurs armes au repos,
  151. mais lui, il a ramené les objectifs
    et les appareils photos à la maison avec lui.
  152. Il a ouvert un magasin,
    l'a transformé en une affaire de famille.
  153. Mon père est né dans ce monde noir et blanc.
  154. Ses mains de basketteur ont appris
    les petits clics et les glissements
  155. la lentille dans le cadre,
    la pellicule dans l'appareil,
  156. les produits chimique dans le bac en plastique.
  157. Son père connaissait
    l'équipement mais pas l'art.
  158. Il connaissait les noirs mais pas les lumières.
  159. Mon père a appris la magie, a passé
    son temps à suivre la lumière.
  160. Une fois, il a parcouru le pays
    pour suivre un incendie de forêt,
  161. il l'a pourchassé avec son appareil photo
    pendant une semaine.
  162. « Suis la lumière, » disait-il.
  163. « Suis la lumière ».
  164. Il y a des parties de moi que je ne reconnais
    que d'après des photographies.
  165. Le loft sur Wooster street avec les couloirs qui grincent,
  166. les plafonds de 3,50 mètres,
    les murs blancs et les sols froids.
  167. C'était la maison de ma mère,
    avant qu'elle ne soit mère.
  168. Avant qu'elle soit femme, elle était artiste.
  169. Et les deux seules chambres de la maison
  170. qui avaient des murs jusqu'au plafond
  171. et des portes qui s'ouvraient et se fermaient,
  172. c'était la salle de bains et la chambre noire.
  173. La chambre noire, elle l'avait construite
    elle-même, avec des éviers en acier inox
  174. sur mesure, un agrandisseur de 20 sur 25 cm
  175. qui montait et descendait grâce à
    une manivelle à main géante,
  176. une banque de lumières de couleur équilibrées,
  177. un mur de verre blanc pour l'affichage des tirages,
  178. un séchoir à films qu'on encastrait ou sortait du mur.
  179. Ma mère s'était construit une chambre noire.
  180. Elle en avait fait son foyer.
  181. Elle est tombée amoureuse d'un homme
    avec des mains de basketteur,
  182. avec la façon dont il regardait la lumière.
  183. Ils se sont mariés. Ils ont eu un bébé.
  184. Ils se sont installés
    dans une maison près d'un parc.
  185. Mais ils ont gardé le loft à Wooster street
  186. pour les fêtes d'anniversaire
    et les chasses aux trésors.
  187. Le bébé a fait basculer l'échelle de gris.
  188. A rempli les albums de photos
    de ses parents de ballons rouges
  189. et de glaçage jaune.
  190. Le bébé est devenu une fille
    sans taches de rousseur,
  191. avec un sourire tordu,
  192. qui ne comprenait pas pourquoi ses amies
    n'avaient pas de chambres noires chez elles,
  193. qui n'a jamais vu ses parents s'embrasser,
  194. qui ne les a jamais vus se tenir par la main.
  195. Mais un jour, un autre bébé est apparu.
  196. Celui-ci avec des cheveux parfaitement lisses
    et des joues de bubble-gum.
  197. Ils l'ont appelé patate douce.
  198. Quand il riait, il riait si fort,
  199. qu'il effrayait les pigeons
    sur l'escalier de secours
  200. Et tous les quatre vivaient
    dans cette maison, près du parc.
  201. La jeune fille sans taches de rousseur
    et le garçon patate douce,
  202. le père basketteur et la mère chambre noire,
  203. ils allumaient leurs bougies
    et ils disaient leurs prières,
  204. et les coins des photographies se recourbaient.
  205. Un jour, des tours sont tombées
  206. et la maison près du parc est devenue une maison
    sous les cendres, alors ils se sont enfuis.
  207. Sacs à dos, sur des bicyclettes vers des
    chambres noires. Mais le loft de Wooster street
  208. était construit pour un artiste,
    pas une famille de pigeons
  209. et des murs qui n'atteignent pas le plafond
  210. ne résistent pas aux hurlements
  211. et un homme avec des mains de basketteur
    a déposé ses armes.
  212. Il ne pouvait pas livrer cette guerre
    et aucune carte n’indiquait le chemin de la maison.
  213. Ses mains ne convenaient plus à son appareil photo,
  214. ne convenaient plus à celui de sa femme,
  215. ne convenaient plus à son corps.
  216. Le garçon patate douce
    a écrasé ses poings dans sa bouche
  217. jusqu'à ce qu'il n'ait plus rien à dire.
  218. Alors, la jeune fille sans taches de rousseur
    est allée à la chasse au trésor seule.
  219. Et sur Wooster street, dans un immeuble
    aux couloirs qui grincent,
  220. et un loft au plafond de 3,50 mètres
  221. et une chambre noire avec trop d'éviers
  222. sous la lumière pour la balance des couleurs,
    elle a trouvé une note,
  223. punaisée au mur,
    un reste d'avant l'époque des tours,
  224. du temps d'avant les bébés.
  225. Et la note disait : « un gars aime bien la fille
    qui travaille dans la chambre noire ».
  226. Il a fallu un an avant que mon père
    ne reprenne un appareil photo.
  227. Sa première sortie, il a suivi les lumières de Noël,
  228. qui parsemaient les arbres de New York.
  229. De petits points de lumière, qui clignaient vers lui depuis le plus noir des noirs.
  230. Un an plus tard, il a voyagé à travers le pays
    pour suivre un incendie de forêt,
  231. a passé une semaine
    à le pouchasser avec son appareil,
  232. il ravageait la côte ouest
  233. dévorant des camions 18-roues sur son chemin.
  234. De l'autre côté du pays,
  235. j'allais en classe et j'ai écrit un poème
    dans les marges de mon cahier.
  236. Nous avons tous deux appris l'art de la capture.
  237. Peut-être que nous apprenons l'art d'embrasser.
  238. Peut-être que nous apprenons l'art du lâcher-prise.
  239. Merci. (Applaudissements)