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← La conquête de nouveaux mots | John Koenig | TEDxBerkeley

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Showing Revision 8 created 03/27/2017 by eric vautier.

  1. John Koenig
  2. Créateur du
    Dictionnaires des peines obscures
  3. La conquête de nouveaux mots
  4. Merci d'être restés
  5. et d'avoir un grand X rouge
    incrusté dans vos yeux
  6. pour les trois prochains jours.
  7. (Rires)
  8. Aujourd'hui, je veux parler
    du sens des mots,
  9. comment nous les définissons
  10. et comment ils, presque pour se venger,
  11. nous définissent.
  12. La langue anglaise
    est une superbe éponge.
  13. J'adore la langue anglaise.
    Je suis heureux de la parler.
  14. Je pense que nous avons tous
    la chance de la parler.
  15. Mais malgré tout cela, il y a des trous.
  16. En grec, il y a un mot « lachesism »,
  17. qui est la soif de désastre.
  18. Quand vous voyez un orage à l'horizon
  19. et que vous prenez le parti de l'orage.
  20. En mandarin, il y a un mot « yù yī » --
  21. je ne le prononce pas correctement --
  22. qui signifie l'aspiration à ressentir
    quelque chose d'intense à nouveau,
  23. comme lorsque vous étiez enfant.
  24. En polonais, ils ont le mot « jouska »
  25. qui est le genre
    de conversation hypothétique
  26. que vous jouez dans votre tête.
  27. Pour finir, en allemand,
    bien sûr en allemand,
  28. ils ont le mot « Zielschmerz »
  29. qui est la peur d'obtenir
    ce que vous voulez.
  30. (Rires)
  31. Finir par accomplir un rêve de toujours.
  32. Je suis moi-même allemand,
    je sais exactement ce que l'on ressent.
  33. Je ne suis pas sûr
    que j'utiliserais un de ces mots
  34. durant ma journée,
  35. mais je suis heureux qu'ils existent.
  36. La seule raison pour laquelle ils existent
    est car je les ai inventés.
  37. Je suis l'auteur du
    « Dictionnaire des Peines Obscures »
  38. que j'écris depuis 7 ans.
  39. La mission du projet
  40. est de trouver des trous
    dans le langage des émotions
  41. et d'essayer de les combler
  42. afin d'avoir une façon de parler
    de toutes ces peccadilles humaines
  43. et de ces excentricités
    de la condition humaine
  44. que nous ressentons tous
    mais dont nous ne pensons pas à parler
  45. car nous n'avons pas
    de mots pour le faire.
  46. Cela a commencé en regardant le générique
    de fin de « Saturday Night Live »
  47. et j'étais confronté à la mélancolie
    la plus belle et la plus obsédante.
  48. Si vous avez l'opportunité
    de veiller tard un soir,
  49. je vous inciterais à regarder
    ce générique de fin.
  50. J'ai donc essayé
    de définir cette émotion.
  51. Au milieu de ce projet,
  52. j'ai défini le mot « perveille »,
  53. l'idée que nous nous voyons tous
    comme le personnage principal
  54. et les autres comme
    des personnages secondaires.
  55. En réalité, nous sommes tous
    le personnage principal
  56. et vous êtes secondaire
    dans l'histoire de quelqu'un d'autre.
  57. Dès que j'ai publié cela,
  58. j'ai reçu beaucoup de réponses disant :
  59. « Merci d'avoir formulé
    une chose que j'ai toujours ressentie
  60. mais pour laquelle
    il n'y avait pas de mot. »
  61. Je les ai fait se sentir moins seuls.
  62. C'est le pouvoir des mots,
  63. nous faire nous sentir moins seuls.
  64. C'était peu de temps après cela
  65. que j'ai remarqué que « perveille »
  66. était utilisé sérieusement
    dans des conversations en ligne
  67. et, peu après l'avoir remarqué,
  68. je l'ai entendu dans une conversation
    juste à côté de moi.
  69. Rien n'est plus étrange
    que d'inventer un mot
  70. puis de le voir prendre vie.
  71. Je n'ai pas encore de mot
    pour cela, mais ça viendra.
  72. (Rires)
  73. J'y travaille.
  74. J'ai commencé à réfléchir
    à ce qui rend les mots réels,
  75. car nombre de gens me demandent,
  76. c'est la question la plus fréquente :
  77. « Ces mots sont-ils inventés ?
    Je ne comprends pas. »
  78. Je ne sais pas quoi leur dire
  79. car une fois que perveille est parti,
  80. qui suis-je pour dire
    quels mots sont réels ou non ?
  81. J'avais l'impression d'être Steve Jobs
    décrivant son épiphanie
  82. en réalisant que la plupart d'entre nous,
    durant la journée,
  83. essayons simplement d'éviter
    de se prendre trop de murs
  84. et de faire avancer les choses.
  85. Quand vous réalisez que les gens --
  86. que ce monde a été bâti par des gens
    pas plus intelligents que vous,
  87. vous pouvez tendre la main,
    toucher ces murs
  88. voire même les traverser
  89. et réaliser que vous avez
    le pouvoir de les changer.
  90. C'est phénoménal.
  91. Cela a changé ma vision des mots
  92. et de ce qui les rend réels.
  93. Quand les gens me demandent :
    « Ces mots sont-ils réels ? »,
  94. j'ai essayé un éventail de réponses.
  95. Certaines sont sensées, d'autres non.
  96. J'ai essayé :
  97. « Un mot est réel
    si vous voulez qu'il le soit. »
  98. Tout comme ce chemin est réel
    car les gens voulaient qu'il le soit.
  99. (Rires)
  100. Cela se produit
    sur les campus universitaires :
  101. un « chemin désiré ».
  102. (Rires)
  103. Les langues sont une reflet du désir,
  104. une chose qu'elles veulent présente.
  105. C'est en dehors des sentiers battus,
  106. mais nous finirons par y parvenir.
  107. Ce n'est pas
    une réponse satisfaisante,
  108. je l'ai donc laissé tomber.
  109. Puis j'ai décidé
    que ce que les gens demandaient
  110. en questionnant si un mot était réel,
    ils demandaient vraiment :
  111. « A combien de cerveaux
    cela me donnera-t-il accès ? »
  112. C'est important
    dans notre vision d'un langage.

  113. Un mot,
    c'est principalement une clé
  114. qui nous fait entrer
    dans la tête de certaines personnes.
  115. S'il nous fait entrer dans un cerveau,
  116. il n'en vaut pas la peine,
  117. il ne mérite pas d'être su ;
  118. deux cerveaux, eh bien,
    tout dépend de qui ;
  119. un million de cerveaux,
    là, c'est intéressant.
  120. Un mot réel vous donne accès
    à autant de cerveaux que possible.
  121. Pour cela, il mérite d'être connu.
  122. D'ailleurs, en utilisant cette mesure,
    le mot le plus réel de tous :
  123. [OK]
  124. Le voilà.
  125. Le mot le plus réel.
  126. C'est la chose la plus proche
    d'un passe-partout.
  127. C'est le mot le plus communément
    compris dans le monde,
  128. peu importe où vous êtes.
  129. Personne ne semble
    savoir ce que signifient ces lettres.
  130. (Rires)
  131. Ce qui est plutôt bizarre, n'est-ce pas ?
  132. Ça peut-être « all correct »,
    ou « tout est correct », mal orthographié.
  133. Ou bien « Old Kinderhook ».
  134. Personne ne semble savoir
    mais le fait que cela importe peu
  135. est significatif de notre façon
    d'ajouter du sens aux mots.
  136. Le sens n'est pas dans les mots eux-mêmes.
  137. C'est nous qui y mettons du sens.
  138. Je pense que, quand nous cherchons
    du sens dans nos vies
  139. et cherchons le sens de la vie,
  140. je pense que les mots sont liés à cela.
  141. Je pense que si nous cherchons
    le sens de quelque chose,
  142. le dictionnaire est
    un bon point de départ.
  143. j'ai vu une interview avec Reza Aslan,
    spécialiste de la religion.
  144. Il décrivait une confusion
  145. que beaucoup font sur la religion.
  146. Il disait qu'une religion
  147. est un ensemble
    de symboles et de métaphores
  148. dans lesquels les gens s'investissent
  149. pour essayer d'exprimer l'inexprimable.
  150. La religion n'est qu'un langage.
  151. C'est tout ce que c'est.
  152. C'est un contenant pour tout sens
    que nous y mettons.
  153. Cela m'a fait penser...
  154. et si le langage
    était un genre de religion ?
  155. Ça signifierait que ceci
    est notre livre sacré.
  156. Si vous pensez
    à l'histoire de la création,
  157. c'est plus une histoire de définition.
  158. Au début, il y avait du chaos
    au dessus des eaux de la Terre
  159. puis Dieu a séparé la terre de la mer,
  160. les poissons des oiseaux,
    l'homme de la femme,
  161. l'éternel de l'éphémère.
  162. Tout est dans ces pages.
  163. C'est une définition.
  164. Si nous cherchons du sens dans le monde,
  165. c'est notre foi, c'est notre livre sacré.
  166. En réalité,
  167. l'objectif de ce livre sacré
  168. et, à mon avis, de tout livre sacré,
  169. est d'apporter une forme d'ordre
  170. dans un univers très chaotique.
  171. Notre vision des choses est si limitée
  172. et l'univers est si complexe
  173. que nous devons inventer
    des motifs et des abréviations,
  174. nous essayons de trouver
    comment les interpréter
  175. afin de continuer notre journée.
  176. C'est pourquoi nous avons besoin des mots,
  177. pour donner du sens à notre vie.
  178. Mais au-delà de ça,
  179. nous avons besoin des mots
    pour nous contenir et nous définir.
  180. Ça représente une grande part
    dans notre utilisation des mots,
  181. nous implorons tous d'être définis.
  182. Aujourd'hui en particulier,
    avec la technologie et la mondialisation,
  183. on peut se perdre dans le brouillard.
  184. Chacun d'entre nous est indéfini
  185. et le monde devient
    de plus en plus indéfini.
  186. Nombre des structures
    vers lesquelles nous nous tournons
  187. pour essayer de nous contenir
  188. ressemblent à ceci.
  189. Dans les deux sens :
    « dièse » et « hashtag ».
  190. (Rires)
  191. Ça cherche à nous mettre en boîte,
  192. à chercher certaines entrées,
    certaines catégories
  193. et dire : « Oui, c'est moi. »
  194. Nous regardons les autres
  195. et disons : « Tu es comme moi...
  196. Nous sommes donc un "nous". »
  197. Cela nous donne du sens.
  198. C'est une façon d'emprunter du sens.
  199. Le problème est que cela
    dépend beaucoup des institutions,
  200. nous sommes si nombreux,
  201. la vie est si compliquée et chaotique
  202. que nous devons nous cloisonner.
  203. Nous devenons fondamentalistes
    dans notre foi.
  204. Littéralistes.
  205. Nous sentons tous ces catégories
    qui commencent à s'effondrer.
  206. Avez-vous remarqué
    combien de conversations
  207. sont sur la définition des mots ?
  208. J'ignore combien de fois
    j'ai vu une discussion du Huffington Post
  209. commençant par :
    « Êtes-vous féministe ? »,
  210. « Que signifie féministe ? »,
  211. « Qui, durant ce débat,
    est réellement progressiste? »,
  212. « Que signifie socialiste ? »,
    « Qui est fasciste ? »,
  213. « Qui est une femme ? »,
  214. Caitlyn Jenner.
  215. « Qui est noir ? » Rachel Dolezal.
  216. C'est le genre de conversations
    que nous avons tout le temps
  217. mais il ne s'agit pas vraiment de sens.
  218. Il s'agit de notre façon
    de conditionner le monde.
  219. Je pense que le résultat final
  220. est que nous avons
    quelque chose comme cela,
  221. où nous autorisons
    les mots à nous définir.
  222. Nous oublions que
    tous les mots sont inventés.
  223. Ce ne sont que des modèles de la façon
    dont le monde pourrait ou devrait être.
  224. Nous nous retirons tous
    dans nos communautés d'inquiétude,
  225. parlant notre propre langage
  226. alors que le monde, c'est plus que cela.
  227. Je pense que nous avons tous l'impression
  228. que les catégories utilisées
    pour donner du sens à notre vie
  229. ne nous vont pas forcément si bien.
  230. Nous devons alors expliquer aux gens
  231. que : « Oui, je me suis inscrit pour ça,
  232. mais cela ne me définit pas. »
  233. Nous devons le faire à répétition,
  234. négocier notre adaptation
    dans ces catégories.
  235. Je pense que beaucoup
    se sentent mis en boîte
  236. par l'utilisation de ces mots.
  237. Nous oublions que les mots sont inventés.
  238. Pas que les miens,
    tous les mots sont inventés
  239. mais ils n'ont pas tous un sens.
  240. Je pense que ce que j'aimerais --
  241. L'image que j'ai
    d'où nous sommes aujourd'hui,
  242. Je pense à Anne Frank.
  243. Car elle était dans son petit
    appartement d'Amsterdam
  244. à une époque où tous les gens autour
  245. essayaient d'organiser l'humanité
  246. d'une façon qui soit sensée,
  247. par des lignes claires,
    une efficacité brutale ;
  248. elle était à l'intérieur,
    organisant sa propre humanité.
  249. Je crois qu'il y a quelque chose
    de très beau.
  250. car il s'agissait beaucoup
    de sa propre confusion
  251. et de sa vulnérabilité.
  252. C'est pour cela qu'il nous faut
    un nouveau langage
  253. qui ressemble plus à ça.
  254. Nous pourrions tous être n'importe qui.
  255. A un moment donné,
    nous ne sommes pas qu'une personne,
  256. nous sommes plusieurs personnes.
  257. Nous devons plus nous aligner
    avec la vraie nature du monde,
  258. ne pas trop nous impliquer
    dans les modèles imposés au monde.
  259. Les GPS ont tendance à vous avertir,
  260. vous rappeler que la carte que vous voyez
    n'est pas le monde réel,
  261. n'allez pas dans un lac.
  262. (Rires)
  263. Nous avons besoin du même rappel,
  264. que la carte n'est pas le monde réel
  265. et que si nous rencontrons des problèmes,
  266. nous pouvons définir
    les choses nous-mêmes ;
  267. nous ne sommes pas forcés
    d'emprunter les sens
  268. qui donnent du sens à notre vie.
  269. Il est possible --
  270. et je le sais car je le fais
    depuis 7 ans --
  271. d'inventer de nouvelles métaphores
  272. qui rendent l'invisible visible.
  273. C'est vraiment beau.
  274. Si nous essayions d'avoir une meilleure
    relation avec le chaos,
  275. si nous arrêtions de trop simplifier
  276. la tempête intérieure
    à laquelle nous faisons tous face,
  277. la confusion et la vulnérabilité,
  278. la réelle complexité du monde,
  279. nous serions alors un peu plus
    à l'aise dans notre peau
  280. et n'aurions pas à nous retirer
  281. dans les catégories
    que nous laissons nous définir.
  282. Nous pourrions reprendre
    le pouvoir sur les mots
  283. et les définir eux.
  284. Je crois que ce serait
    une relation plus saine.
  285. J'ignore combien de conversations
    bénéficieraient de quelqu'un --
  286. Comme le jeu du Taboo
  287. où l'on vous donne le sujet
    dont vous parlez
  288. et le défi est de ne pas prononcer ce mot.
  289. Si nous faisions tout ça,
    ça irait mieux pour nous.
  290. Ça permettrait
    une certaine fluidité lexicale
  291. que nous sommes en train de perdre.
  292. Nous sommes tous piégés
    dans notre lexique
  293. qui n'est pas forcément en corrélation
    avec les gens qui ne nous ressemblent pas
  294. et donc nous nous éloignons
    un peu plus chaque année,
  295. plus nous prenons les mots au sérieux.
  296. Souvenez-vous, les mots ne sont pas réels.
  297. Ils n'ont pas de sens, nous si.
  298. Il est important de se souvenir de ça.
  299. Si nous nous accordons un peu
    de créativité et de droits d'auteur
  300. dans l'invention de qui nous sommes,
  301. c'est possible.
  302. Il est possible de tendre
    vers des métaphores plus riches.
  303. Ce monde n'a jamais été aussi compliqué
  304. et nos vies n'ont jamais été
    aussi compliquées qu'actuellement.
  305. Si, au lieu de chercher
    le mot standardisé le plus proche
  306. ou d'implorer qu'on nous
    diagnostique quelque chose,
  307. ça vaut le coup d'être présent
  308. dans la tristesse, par exemple,
  309. dans le chaos des émotions.
  310. Je pense que ça en vaut la peine.
  311. Nous avons besoin de nouvelles lentilles
  312. pour nous aider à conceptualiser le chaos
    auquel nous faisons constamment face.
  313. Si nous faisons ça,
  314. si nous sommes tous prêts
    à définir qui nous sommes
  315. avec de la créativité,
  316. le monde pourrait ressembler
    un peu plus à cela.
  317. Très chaotique.
  318. Nous sommes des gens très chaotiques
  319. et le monde est très chaotique.
  320. Ce ne serait pas si mal
  321. que nous sortions de ces institutions
  322. qui nous affaiblissent constamment
  323. et que nous rencontrions
    l'autre tel qu'il est,
  324. avec toute sa vulnérabilité,
  325. avec son cœur à fleur de peau.
  326. Je pense,
  327. aussi chaotique que ce soit,
  328. que faire ça serait
    un peu plus satisfaisant.
  329. J'aimerais vous laisser
    avec une citation
  330. de l'un de mes philosophes préférés,
  331. Bill Watterson, qui a créé
    « Calvin and Hobbes ».
  332. Il a dit :
  333. « Créer une vie qui reflète vos valeurs
    et satisfait votre âme
  334. est un accomplissement rare.
  335. Inventer le sens de sa vie
  336. n'est pas simple
  337. mais est toujours permis
  338. et je crois que ces difficultés
    vous rendront plus heureux. »
  339. Merci.
  340. (Applaudissements)