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← Tout ce que les médecins devraient savoir sur l'identité de genre

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Showing Revision 9 created 02/05/2019 by eric vautier.

  1. Six mois après avoir commencé
    ma carrière de thérapeute,

  2. je travaillais dans un centre de désintox
    pour la drogue et l'alcool.
  3. Une infirmière de l'unité de
    désintoxication m'a appelée.
  4. Elle m'a demandé de descendre
    évaluer un nouveau patient
  5. arrivé plus tôt dans la journée.
  6. Je suis donc descendue et j'ai eu
    le plaisir de rencontrer Anne.
  7. Anne est une femme transgenre,
    et en discutant,
  8. elle me racontait pourquoi elle était là,
  9. mais j'entendais la peur dans sa voix,
  10. je voyais l'inquiétude dans ses yeux
  11. et elle m'a dit qu'elle n'avait pas
    peur d'entrer en désintox
  12. et de devoir arrêter les drogues
    et l'alcool.
  13. Elle avait peur que les médecins
    qui allaient s'occuper d'elle
  14. ne la traitent pas comme une femme.
  15. Puis elle m'a parlé de la douleur
    constante pendant toute sa vie

  16. de se voir désignée homme
    mais de se savoir femme.
  17. Elle voulait dire que, quand elle est née,
  18. le médecin l'a tendue à ses parents
  19. et a dit en se basant sur son pénis,
  20. « C'est un garçon. »
  21. Elle a toujours su que c'était faux.
  22. Les années ont passé et
    les émotions qu'elle ressentait
  23. et gardaient en elle
    n'ont fait que grandir,
  24. et elle a su qu'il fallait
    le dire à sa famille.
  25. Et quand elle l'a fait,
    ça ne s'est pas très bien passé.
  26. Ses parents ont dit :
    « Non. Tu n'es pas une fille.
  27. Tu n'as pas été élevé comme ça.
    On ne sait pas à quoi tu penses.
  28. Va-t'en. »
  29. Anne s'est alors retrouvée à la rue
    et dans des foyers pour sans-abri,
  30. et c'est là qu'elle a commencé
    à se droguer et à boire
  31. pour oublier la douleur en elle.
  32. Elle m'a parlé de ses séjours
    à l'hôpital et en désintox
  33. pour essayer d'arrêter,
  34. et des professionnels de soins
    et des médecins
  35. qui n'utilisaient pas son nom féminin
    ou les pronoms corrects.
  36. Ça la blessait.
  37. Vous voyez, durant mes études
    pour devenir thérapeute,

  38. on ne m'a pas appris à travailler
    avec des patients transgenres.
  39. Je ne savais pas du tout que
    j'allais travailler avec eux.
  40. Mais plus j'ai travaillé avec Anne
    et d'autres patients comme elle,
  41. plus j'ai vu ma mission évoluer :
  42. il fallait que je m'assure
    qu'on réponde aux besoins médicaux
  43. de la communauté transgenre.
  44. Plus je me renseignais,
    plus je réalisais que cette peur réelle
  45. de la violence, de la discrimination
    et ce rejet
  46. poussaient beaucoup de ces patients
    à se tourner vers l'alcool et la drogue.
  47. J'ai aussi entendu ces histoires d'horreur
  48. de patients qui ont besoin
    de soins médicaux,
  49. comment ils sont traités,
  50. et comment on ignore
    leurs besoins médicaux.
  51. Maintenant, laissez-moi
    vous parler de Leah.

  52. J'ai eu le plaisir de rencontrer Leah
    il y a quelques années.
  53. C'est une femme qui a une épouse
    et un enfant.
  54. Quand Leah est née,
    on lui a attribué le sexe masculin
  55. mais depuis qu'elle est très jeune,
    elle sait qu'elle n'est pas un homme,
  56. mais une femme.
  57. Elle l'a caché à toutes ses connaissances
    et à elle-même,
  58. en particulier à sa femme
    jusqu'à ses cinquante ans.
  59. Elle n'en pouvait plus.
  60. « Je ne peux plus vivre comme ça.
  61. Je dois être honnête. »
  62. Elle avait très peur
    de le dire à sa femme.
  63. Et si sa femme lui disait :
  64. « C'est inacceptable,
    je veux divorcer, va-t'en » ?
  65. À sa grande surprise,
    sa femme a été très ouverte.
  66. Elle lui a dit : « Je t'aime,
    que tu sois homme ou femme.
  67. Je veux t'aider du mieux que je peux. »
  68. Donc elles ont parlé,
  69. et Leah a décidé qu'elle voulait
    faire une transition médicale,
  70. et se faire évaluer pour
    un traitement hormonal substitutif
  71. ou THS.
  72. Elle a donc pris rendez-vous
    chez son médecin.
  73. Le jour du rendez-vous,
    elle était en avance.
  74. Elle a rempli tous les papiers,
  75. écrit son nom correctement
    et patiemment attendu.
  76. Le temps a passé et une infirmière
    l'a rappelée dans la salle d'examen.
  77. Quand elle y est allée,
    elle a inspiré profondément,
  78. et le médecin et l'infirmière sont entrés.
  79. Elle a tendu la main au médecin
    et a dit : « Bonjour, je suis Leah. »
  80. Le médecin l'a regardée,
    n'a pas serré sa main et a dit :
  81. « Pourquoi êtes-vous ici ? »
  82. Elle a de nouveau inspiré et a dit :
  83. « Eh bien, je suis une femme transgenre.
  84. Je l'ai toujours su,
    je l'ai caché à tout le monde,
  85. mais je n'en peux plus.
  86. Ma femme me soutient, j'en ai les moyens,
  87. je dois faire la transition.
  88. S'il vous plaît, regardez si je peux être
    candidate pour le THS. »
  89. Le médecin a dit :
    « On ne peut rien faire maintenant.
  90. Vous devez passer un test VIH. »
  91. Elle n'arrivait pas à y croire.

  92. Elle était furieuse.
  93. Elle était en colère et déçue.
  94. Si son médecin la traitait ainsi,
    comment feraient les autres ?
  95. D'abord, il avait refusé
    de lui serrer la main,
  96. et ensuite, quand elle lui avait dit
    qu'elle était transgenre,
  97. il avait juste voulu qu'elle passe
    un test VIH et qu'elle s'en aille.
  98. Il ne lui avait même pas posé
    d'autres questions.
  99. Vous voyez, je comprends ce qu'a vécu Leah

  100. car depuis le temps que
    j'œuvre avec la communauté,
  101. j'entends tous les jours des mythes.
  102. Par exemple :
  103. tous les transgenres veulent faire la
    transition avec médicaments ou chirurgie ;
  104. les transgenres sont malades,
    c'est un trouble mental ;
  105. et ces gens ne sont pas
    des vrais hommes et femmes.
  106. Ce sont des mythes, tout est faux.
  107. Avec l'expansion et la maturation
    de cette communauté,
  108. il faut que tous les professionnels
    de soins soient formés
  109. pour répondre à leurs besoins médicaux.
  110. En 2015, selon un sondage

  111. 72% des professionnels de santé
  112. ne se sentaient pas assez bien informés
  113. sur les besoins médicaux
    de la communauté LGBT.
  114. Il y a un fossé énorme
    dans l'éducation et la formation.
  115. Aujourd'hui, dans ce talk,

  116. je veux offrir un nouveau
    mode de pensée à trois groupes :
  117. les médecins, la communauté transgenre
    et, bien sûr, nous.
  118. Mais, avant cela, je voudrais
    donner quelques définitions
  119. qui vous aideront à mieux comprendre
    la notion d'identité de genre.
  120. Vous avez du papier et un stylo, j'espère.
    Préparez-vous à noter.
  121. Commençons par cette idée
    de système binaire.

  122. Ça signifie que,
  123. avant, on pensait qu'il n'y avait
    que masculin et féminin.
  124. Compris ? Binaire ? D'accord ?
  125. Mais on a fini par comprendre
    que c'était faux.
  126. L'identité de genre est un spectre
  127. avec la masculinité d'un côté
  128. et la féminité de l'autre côté.
  129. Le spectre des identités
  130. couvre des identités comme
    non-conforme dans le genre,
  131. affirmation de genre,
  132. non-binaire,
  133. bispirituels, trispirituels,
  134. et les personnes intersexuées.
  135. « Transgenre » est un terme générique
  136. qui recouvre toutes ces
    identités différentes.
  137. Mais aujourd'hui, considérez
    les transgenres
  138. comme ceux dont le sexe
    à la naissance ne correspond pas
  139. avec qui ils sont
    et leur perception d'eux-mêmes.
  140. C'est très différent du sexe biologique.

  141. L'identité de genre est
    la perception de soi.
  142. Considérez que c'est ce
    qui est entre nos oreilles :
  143. perception de soi, qui vous êtes.
  144. Très différent du sexe
    biologique, pas vrai ?
  145. Hormones, organes génitaux, chromosomes :
  146. c'est ce qui est entre nos jambes.
  147. Vous pensez peut-être : « Dr Kristie,
    je ne me suis jamais demandé qui j'étais.

  148. Je sais que je suis un homme,
    ou une femme. »
  149. D'accord. Vous savez qui vous êtes.
  150. C'est pareil pour beaucoup
    d'individus transgenres.
  151. Ils savent qui ils sont
  152. avec la même conviction.
  153. C'est important de savoir qu'il
    existe différents types d'identités,

  154. et je m'identifie comme
    une femme cisgenre.
  155. Pour tous ceux qui aiment bien
    épeler les mots,
  156. « cis » s'écrit : C-I-S.
  157. C'est un mot latin qui veut dire
    « du même côté que ».
  158. À ma naissance,
  159. le médecin m'a tendue
    à mes parents et a dit :
  160. « C'est une fille. »
  161. En se basant sur mes organes génitaux.
  162. J'ai grandi dans une petite ville
    de campagne en Géorgie
  163. et j'étais un vrai garçon manqué,
  164. mais je n'ai jamais douté de mon genre.
  165. J'ai toujours su que j'étais une fille,
  166. quelle que soit mon enfance.
  167. C'est très différent de quelqu'un
    qui est transgenre.

  168. « Trans » est un mot latin
    qui veut dire « de l'autre côté » -
  169. pensez aux lignes transcontinentales,
  170. de l'autre côté de -
  171. quelqu'un à qui on a assigné
    un sexe à sa naissance
  172. et qui s'identifie
    de l'autre côté du spectre.
  173. Un homme transgenre est quelqu'un
    qui est né avec un sexe féminin,
  174. mais s'identifie, est, vit sa vie
  175. en tant qu'homme.
  176. L'inverse, dont on a discuté avant,
  177. est une femme transgenre
    qui est née avec un sexe masculin
  178. mais vit sa vie et s'identifie
    en tant que femme.
  179. Il est important d'indiquer
  180. que tous ceux qui ont
    une identité non-binaire
  181. ne s'identifient pas
    au terme « transgenre ».
  182. Pour que personne ne soit perdu,
    je veux parler de l'identité sexuelle,

  183. ou orientation.
  184. C'est tout simplement
    vers qui nous sommes attirés,
  185. physiquement, émotionnellement,
    sexuellement, spirituellement.
  186. Ça n'a rien à voir avec
    l'identité de genre.
  187. Pour résumer rapidement
    avant de poursuivre :
  188. identité de genre entre les oreilles,
  189. sexe biologique entre les jambes,
  190. et puis l'identité sexuelle,
    parfois on utilise le cœur,
  191. mais c'est ici.
  192. Trois spectres d'identité très différents.
  193. En moyenne, un étudiant en médecine

  194. passe cinq heures à apprendre
    les besoins médicaux des LGBT
  195. quand ils sont en fac de médecine,
  196. alors que nous savons qu'il y a
    des risques de santé spécifiques
  197. à cette communauté.
  198. Et on estime que
    10 millions d'Américains adultes
  199. s'identifient comme LGBT.
  200. Beaucoup des médecins qui
    travaillent avec ces patients
  201. apprennent avec l'expérience.
  202. Ils résolvent les problèmes
    quand ils arrivent,
  203. ou les patients passent leur temps
  204. à tenter d'apprendre au médecin
    comment s'occuper d'eux.
  205. Beaucoup de médecins n'osent pas
    se renseigner sur les identités de genre.
  206. Certains ont l'impression que
    ça n'a rien à voir avec leurs soins
  207. et d'autres ont peur
    de ne pas dire ce qu'il faut.
  208. Beaucoup de médecins qui disent
    une chose déplacée
  209. ou négative,
  210. ne le font pas forcément
    pour se moquer ou par méchanceté,
  211. ils n'ont peut-être juste
    jamais été formés à soigner ces individus.
  212. Mais on ne peut plus
    trouver ça normal non plus.
  213. Que se passe-t-il quand
    un homme transgenre -

  214. petit rappel, c'est quelqu'un
    qui est né de sexe féminin
  215. mais vit sa vie en tant qu'homme -
  216. que se passe-t-il quand il a
    sa consultation gynécologique annuelle ?
  217. La façon dont le médecin traite le patient
  218. va donner le ton pour tout le cabinet.
  219. Si le médecin utilise le prénom correct
    de cet homme, les bons pronoms,
  220. le traite avec dignité et respect,
  221. il est probable que le reste
    de l'équipe fera de même.
  222. Voilà donc mes réflexions
    sur les médecins,

  223. passons à la communauté transgenre.
  224. Je parle de la peur,
  225. mais vous savez tous
    qui a vraiment peur, pas vrai ?
  226. C'est la communauté transgenre.
  227. J'ai partagé l'histoire d'Anne -
  228. son inquiétude d'entrer en désintox
  229. de ne pas être respectée
    en tant que femme -
  230. puis de Leah, qui avait peur
    de la réaction de son médecin.
  231. Dès qu'il ne lui a pas serré la main
  232. et a demandé un test VIH,
    ses craintes se sont confirmées.
  233. Il faut que la communauté
    transgenre puisse
  234. s'exprimer sur ses besoins médicaux.
  235. Rester silencieux et prendre le premier
    traitement possible : c'est fini.
  236. Si vous ne vous battez pas
    pour vos besoins médicaux,
  237. personne ne le fera pour vous.
  238. Et nous alors ?

  239. Beaucoup, peut-être la semaine
    prochaine, ou dans deux mois,
  240. vous avez un rendez-vous
    chez le médecin, non ?
  241. Imaginons que vous alliez
    à votre rendez-vous
  242. et que quand c'est fini,
  243. vous vous sentez encore
    plus mal qu'en arrivant.
  244. Et si vous vous sentiez rejeté
    par le médecin,
  245. s'il ignorait vos besoins,
  246. et si vous vous sentiez jugé ?
  247. C'est ce qui arrive à beaucoup
    des 1,4 million de personnes transgenres
  248. ici aux États-Unis
  249. s'ils réussissent à avoir un rendez-vous.
  250. Vous vous dites peut-être :
    « Pourquoi ça m'importe autant ?

  251. Je ne suis pas transgenre.
    Je ne connais personne qui le soit.
  252. Ça ne me concerne pas. »
  253. Pensez-y de cette façon.
  254. Un individu transgenre est humain,
  255. comme vous et moi.
  256. Il mérite des professionnels de santé
    compétents et formés,
  257. comme vous et moi.
  258. Laissez-moi vous demander,
    merci de lever la main :

  259. connaissez-vous ou avez-vous rencontré
    une personne transgenre,
  260. non-conforme, sans genre, intersexuée,
    bispirituelle ou trispirituelle ?
  261. Merci beaucoup à tous, merci.

  262. Tous ceux qui n'ont pas levé la main,
  263. très bientôt,
  264. vous allez rencontrer
  265. quelqu'un qui répond à une de
    ces identités, je vous le garantis.
  266. Cette communauté est
    de plus en plus nombreuse.
  267. Ce n'est pas tendance,
    ou la nouvelle mode.
  268. Faire son coming-out est moins dangereux.
  269. Les gens sont sensibilisés,
    il y a plus de visibilité.
  270. Il y a plus de sécurité donc
    les gens révèlent leur vérité
  271. comme jamais auparavant.
  272. C'est pourquoi il est si important
    que le système de santé fasse de même
  273. et s'assure que nos médecins et
    professionnels de santé soient formés
  274. à traiter ces patients
    avec dignité et respect,
  275. comme tout le monde.
  276. Je me souviens de mon cours de
    littérature en première,

  277. et un de mes professeurs
    préférés, M. McClain,
  278. il nous a donné cette citation
    d'Héraclite qui m'accompagne encore.
  279. Vous la connaissez peut-être.
  280. « Rien n'est permanent,
    sauf le changement. »
  281. Familier, pas vrai ?
  282. Chacun doit faire face à
    des changements dans sa vie,
  283. et quand c'est le cas,
  284. il y a des décisions difficiles à prendre.
  285. Allons-nous rester coincés, craintifs
  286. et ne pas évoluer ?
  287. Ou faire face avec courage,
  288. évoluer, saisir l'opportunité de grandir ?
  289. Chacun d'entre nous doit faire face
    à la nouveauté.
  290. Qu'allez-vous faire ?
  291. Allez-vous rester dans la peur,
  292. ou grandir ?
  293. J'invite chacun, les médecins,
    la communauté transgenre
  294. et vous et moi
  295. à affronter la peur ensemble
  296. et avancer dans le meilleur des mondes.
  297. Merci.

  298. (Applaudissements)