YouTube

Got a YouTube account?

New: enable viewer-created translations and captions on your YouTube channel!

French subtitles

← Itinéraire d'un rêveur-nez | Abdulkader FATTOUH | TEDxLyon

Get Embed Code
2 Languages

Download

Showing Revision 9 created 02/02/2018 by eric vautier.

  1. Je suis Abdulkader Fattouh.

  2. Comme le nom de la grande parfumerie
    renommée en Syrie, Fattouh, à Alep.
  3. Cette parfumerie, c'est
    mon grand-père qui l'a créée.
  4. D'ailleurs, toute
    ma famille y a travaillé.
  5. Mon père, mes oncles,
    mes cousins et moi-même.
  6. J'ai grandi toute mon enfance
    avec la passion du parfum.
  7. Alep était une ville chargée
    de belles odeurs.
  8. Celle du laurier qui
    parfumait le savon d'Alep.
  9. Les bonnes odeurs de cuisine syrienne.
  10. Le jasmin de la maison de mon grand-père.
  11. Et quand j'avais 17 ans,
  12. mon rêve était d'intégrer
    l'école de parfumerie de Versailles.
  13. Je voulais apporter
    à la parfumerie familiale
  14. des savoirs théoriques en chimie.
  15. Le savoir-faire, mon grand-père
    nous les a enseignés.
  16. Mais la théorie, je voulais l'apprendre
  17. et comprendre les procédés pour innover
    et créer de nouvelles senteurs.
  18. Malheureusement, la guerre a éclaté.
  19. La guerre détruit tout derrière elle.
  20. La vie, le travail, tout s'arrête.
  21. Et pour venir ici en France,
    c'est devenu très difficile.
  22. Quand j'ai fini mes études à Alep,
    il a fallu que je fasse un choix.
  23. Faire mon service militaire
    et rejoindre cette guerre folle,
  24. ou partir en Turquie pour la fuir.
  25. Je suis parti en Turquie en février 2014,
    où je suis resté un an et demi.
  26. J'ai quitté la Turquie par la mer
    dans un bateau pneumatique,
  27. jusqu'à l'île grecque de Mytilène.
  28. J'ai encore dans le nez
    l'odeur de caoutchouc,
  29. mélangée à celle de la mer.
  30. J'avais très peur,
  31. moins qu'ici, bien sûr,
    mais j'avais très peur.
  32. (Applaudissements)
  33. Je n'avais pas dit à ma famille
    l'heure de départ.
  34. Je leur ai juste dit que j'allais
    quitter la Turquie par la mer.
  35. J'ai téléphoné à ma famille cette nuit-là
    pour peut-être dire adieu.
  36. J'ai appelé tous les membres de ma famille
    une dernière fois, au cas où.
  37. Nous avons finalement
    atteint la côte grecque.
  38. J'ai appelé ma famille pour leur dire
  39. que j'avais survécu à l'étape
    la plus difficile, la mer.
  40. Ensuite, je suis passé par la Grèce,
    la Macédoine, la Serbie.
  41. J'ai marché pour traverser les frontières.
  42. De Serbie jusqu'à Vienne, en Autriche,
    nous étions dans un camion.
  43. En Autriche, quand je suis arrivé,
    j'étais avec deux amis.
  44. Ils ont décidé d'aller en Allemagne.
  45. Moi, mon rêve était en France.
  46. J'ai dû choisir :
  47. continuer avec mes amis,
    ou continuer tout seul en France.
  48. C'était un choix difficile.
  49. Mon objectif était
    le plus important pour moi.
  50. Je suis parti seul.
  51. Arrivé en France, j'ai
    commencé un nouveau voyage,
  52. mais cette fois, tout seul, sans amis.
  53. Je ne connaissais personne, ici en France.
  54. J'ai tout de suite déposé
    une demande d'asile.
  55. je voulais que la France
    me reconnaisse le statut de réfugié,
  56. me protège, m'aide à me loger.
  57. Dès le début, on a été clair avec moi :
  58. un jeune homme, célibataire
    et en bonne santé
  59. pouvait bien rester dans la rue.
  60. J'étais bien la dernière personne
  61. à qui on allait proposer un hébergement.
  62. J'appelais l'OSICA chaque jour
    et entendait la même réponse :
  63. « Pas de place, appelez demain. »
  64. Je souffrais.
  65. J'ai obtenu quelques nuits d'hébergement.
  66. Le reste du temps, j'étais dehors.
  67. Dormir dans la rue,
    c'est quelque chose d'horrible.
  68. On ne dort pas,
  69. on est tout le temps sur ses gardes.
  70. Sans parler des odeurs
    d'égouts, d'urine et d'humidité.
  71. La raclette à côté, c'est Chanel N°5.
  72. La journée, je restais à la bibliothèque,
  73. mais je ne parvenais pas
    à étudier, ni à rien faire.
  74. Je pensais toujours : « Comment
    je vais faire pour dormir ce soir ? »
  75. 2015 a été très dure.
  76. J'ai perdu l'espoir.
  77. J'étais épuisé, désespéré.
  78. Je n'aurais jamais imaginé vivre ça.
  79. L'année 2016 a mieux commencé.
  80. D'abord, j'ai obtenu
    mon statut de réfugié,
  81. et j'ai rencontré des gens magnifiques
    au Secours Catholique,
  82. dans des associations
    comme JRS France, Singa.
  83. chez des familles qui m'ont hébergé,
  84. des personnes qui m'ont aidé.
  85. Ces personnes-là entendaient
    mes souffrances avec le cœur,
  86. et pas qu'avec les oreilles.
  87. J'ai aussi eu le droit
    de m'inscrire à l'université.
  88. J'ai commencé les cours
    de français, en février,
  89. car jusque là, j'utilisais
    toujours l'anglais.
  90. Et enfin, mon français s'est amélioré,
  91. d'autant plus que j'habitais
    avec des familles françaises.
  92. Cela m'a permis de comprendre
    la société française.
  93. J'avais enfin le droit de travailler.
  94. Ça n'a pas été facile du tout,
    mais j'ai fini par trouver.
  95. Tous les matins, je suivais
    un cours de français,
  96. et le soir, je livrais
    des pizzas en scooter.
  97. Vous m'avez, d'ailleurs,
    peut-être déjà croisé.
  98. La quatre fromages, c'était moi.
  99. (Rires)
  100. Souvenez-vous,
    je vous ai parlé de mon rêve :
  101. intégrer l'école
    de parfumerie de Versailles.
  102. En mars dernier,
  103. j'ai donc rempli le dossier
    de candidature pour faire mon master.
  104. J'ai expliqué mon rêve,
    raconté mon histoire, mon expérience.
  105. J'ai travaillé d'arrache-pied
    pour déposer un dossier parfait.
  106. J'ai 25 ans, je viens d'Alep,
  107. j'ai une licence de chimie
    appliquée de l'université d'Alep.
  108. Je pensais que c'était
    un bon commencement
  109. pour atteindre mon objectif
  110. et pour être quelqu'un
    qui apporte sa pierre à la société.
  111. Malheureusement,
  112. pour l'école de Versailles,
  113. ça n'a pas marché.
  114. Mon français n'était pas suffisant.
  115. Je n'ai pas été accepté.
  116. Ce refus a été un choc pour moi,
  117. une grande déception
    qui a duré plusieurs jours.
  118. Je n'avais plus d'énergie,
    je n'en pouvais plus.
  119. Tout ça pour ça.
  120. Mais je ne pouvais pas abandonner ici.
  121. J'ai réussi à être admis
    en licence pro de chimie,
  122. en alternance à l'université Lyon 1.
  123. Mais, encore une fois, ça n'a pas marché.
  124. Malgré une centaine de CV envoyés,
  125. malgré quelques entretiens,
  126. je n'ai pas trouvé l'entreprise
    pour mon alternance.
  127. J'ai dû encore rebondir.
  128. Je viens donc de commencer en septembre
  129. la dernière année de licence générale
    en chimie à l'université Lyon 1.
  130. Et bien sûr, je continue
    mes cours de français.
  131. Mon rêve est toujours le même.
  132. Je veux toujours intégrer une école
    de parfumerie l'année prochaine.
  133. Ces deux dernières années
    ont duré dix ans, pour moi.
  134. Mon chemin de vie, jusqu'à
    mes 25 ans, ressemble un peu à ça.
  135. Mais attention, je ne suis pas triste.
  136. Toute cette expérience m'a construit.
  137. J'ai beaucoup appris.
  138. J'ai appris à m'accrocher à un bateau
    pneumatique, à des camions,
  139. et surtout, à mes rêves,
  140. à garder l'espoir, quand tout s'écroule.
  141. Il ne faut jamais oublier de rêver.
  142. Vous allez voir,
  143. un jour je serai nez,
  144. je serai nez.
  145. je serai un grand parfumeur.
  146. J'ai même l'idée d'un parfum.
  147. En note de tête, une senteur
    aquatique, comme l'iode,
  148. pour me rappeler mon passage en mer.
  149. En note de cœur, une fleur
    blanche, comme le muguet
  150. que m'avait offert
    une des familles d'accueil.
  151. Et en note de fond, le boisé,
  152. pour traduire la difficulté de ce chemin.
  153. J’appellerai ce parfum « Amal »,
  154. « espoir » en arabe.
  155. Merci.
  156. (Applaudissements)