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← La BD a sa place à l'école

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Zeige Revision 13 erzeugt am 07/02/2018 von Hélène Vernet.

  1. En CM2, j'ai ramené, en classe,
  2. un exemplaire de
    « DC Comics Presents », numéro 57,
  3. que je venais d'acheter
    à la librairie du quartier.
  4. Cette BD a transformé ma vie.
  5. La combinaison de mots et d'images
    a généré quelque chose dans mon esprit
  6. qui n'était jamais arrivé auparavant,
  7. et je suis immédiatement
    tombé amoureux des BD.
  8. Je suis devenu
    un lecteur vorace de BD,
  9. mais je ne les ai
    jamais emmenées à l'école.
  10. D'instinct, je savais qu'elles n'avaient
    pas leur place dans une salle de classe.
  11. Mes parents n'étaient
    vraiment pas enthousiastes,
  12. et j'étais certain que mes profs
    ne le seraient pas non plus.
  13. Après tout, ils ne les ont jamais
    utilisées pour enseigner.
  14. Les BD ou romans illustrés n'étaient pas
    autorisé durant les heures de lecture,
  15. et n'étaient pas vendus
    à notre foire annuelle du livre.
  16. Cependant, j'ai continué à lire des BD,
    et j'ai même commencé à en créer.
  17. Finalement, je suis devenu
    un dessinateur publié
  18. qui écrit et dessine des BD pour vivre.
  19. Je suis aussi devenu
    un professeur de lycée.

  20. J'ai enseigné dans ce lycée : Lycée
    Bishop O'Dowd, à Oakland - Californie.
  21. J'ai enseigné un peu de maths, d'art,
    mais principalement l'informatique.
  22. et ce durant 17 ans.
  23. Encore tout jeune enseignant,
  24. j'ai essayé d'introduire
    des BD dans ma classe.
  25. Je me souviens avoir annoncé
    à mes étudiants le premier jour,
  26. que j'étais aussi dessinateur de BD.
  27. Mon intention n'était pas
    de leur apprendre l'art de la BD,
  28. mais j'espérais leur faire penser
    que j'étais « cool ».
  29. (Rires)

  30. J'avais tort.

  31. Nous étions dans les années 1990,
  32. et les BD n'avaient pas le prestige
    dont elles bénéficient aujourd'hui.
  33. Mes étudiants n'ont pas pensé
    que j'étais « cool », mais plutôt « nul ».
  34. Pire, quand les cours
    ont commencé à être difficiles,
  35. ils ont utilisé les BD pour me distraire.
  36. Ils levaient la main et posaient
    des questions comme :
  37. « M. Yang, selon vous, qui va gagner
    le combat : Superman ou Hulk ? »
  38. (Rires)

  39. J'ai vite compris que je devais garder
    mon enseignement et mes dessins séparés.

  40. Apparemment, mon intuition
    à l'école primaire était correcte.
  41. La BD n'avait pas sa place à l'école.
  42. Mais là encore, j'avais tort.

  43. Quelques années plus tard,
  44. j'ai appris par expérience directe
    le pouvoir pédagogique potentiel des BD.
  45. Un semestre, on m'a demandé
    de reprendre un cours d'algèbre.
  46. Ce serait pour un long terme
    et j'ai accepté. Mais il y avait un os.
  47. À l'époque, j'étais aussi
    le technologue en éducation de l'école,
  48. ce qui signifiait que toutes
    les deux semaines,
  49. je devais manquer deux
    ou trois périodes de ce cours d'algèbre
  50. pour apporter mon soutien
    à un autre professeur
  51. dans une activité liée à l'informatique.
  52. Pour mes étudiants en algèbre,
    c'était une catastrophe.
  53. Avoir un long remplaçant
    est déjà une mauvaise nouvelle,
  54. mais un remplaçant du remplaçant?
    Çà ne pouvait pas être pire.
  55. Cherchant à fournir une certaine
    cohérence à mes étudiants,
  56. j'ai commencé à me filmer
    donnant un cours.
  57. Je me proposais de remettre ces vidéos
    à mon remplaçant.
  58. J'ai essayé de rendre ces vidéos
    les plus intéressantes possible.
  59. J'ai même ajouté
    des petits effets spéciaux.
  60. Par exemple, après avoir terminé
    un problème au tableau,
  61. je tapais dans mes mains
    et le tableau s'effaçait comme par magie.
  62. (Rires)

  63. Je trouvais ça super.

  64. J'étais persuadé que mes étudiants
    allaient adorer ça.
  65. Mais j'avais tort.
  66. (Rires)

  67. Ces présentations vidéo
    ont été un désastre.

  68. Certains de mes étudiants
    sont venus me dire :
  69. « M. Yang, on vous trouvait
    ennuyeux en chair et en os,
  70. mais en vidéo, vous êtes insoutenable. »
  71. (Rires)

  72. Donc, j'ai fait une deuxième tentative
    désespérée mais sous forme de BD.

  73. Je les ai faites très rapidement,
    sans planification.
  74. J'ai pris un crayon et dessiné
    une planche après l'autre,
  75. en imaginant ce que je voulais
    dire au fur et à mesure.
  76. Ces BD de présentation
    avaient quatre à six pages.
  77. Je les ai photocopiées et remises
    à mon remplaçant pour mes étudiants.
  78. À ma grande surprise,
    ces BD ont été un succès.
  79. Mes étudiants me demandaient d'en faire
  80. même quand j'étais là pour le cours.
  81. Il semble qu'ils me préféraient
    en BD plutôt qu'en personne.
  82. (Rires)

  83. Cela m'a étonné car mes étudiants
    faisaient partie d'une génération

  84. élevée avec les écrans.
  85. Donc, je pensais qu'ils préféreraient
    apprendre à partir d'un écran
  86. plutôt que d'un format papier.
  87. Mais quand j'ai demandé à mes étudiants
    pourquoi ils aimaient tant ces BD,
  88. j'ai commencé à comprendre
    le potentiel pédagogique des BD.
  89. D'abord, contrairement
    à leurs livres de math,
  90. ces BD enseignent de manière visuelle.
  91. Nos étudiants ont grandi
    dans une culture visuelle.
  92. Ils sont habitués à recevoir
    des informations sous cette forme.
  93. Mais, contrairement à d'autres
    narrations visuelles,
  94. comme les films, la télévision,
    les dessins animés ou les vidéos,
  95. les BD sont ce que
    j'appelle « permanentes ».
  96. Dans une BD, le passé, le présent
    et l'avenir sont réunis sur une page.
  97. Donc, le débit du flux d'informations
  98. est directement
    entre les mains du lecteur.
  99. Quand mes étudiants ne comprenaient pas
    un point dans mes BD pédagogiques,
  100. ils pouvaient simplement relire
    le passage à leur propre rythme.
  101. C'était comme leur offrir une télécommande
    pour gérer l'information.
  102. Ce n'était pas le cas avec les vidéos.
  103. Et ce n'était pas non plus le cas
    avec mes cours en personne.
  104. Quand je parle, je transmets l'information
    à la vitesse que je veux.
  105. Donc, pour certains étudiants
    et certains types d'information,
  106. les deux caractéristiques du média BD,
    sa nature visuelle et sa permanence,
  107. en font un outil pédagogique
    incroyablement puissant.
  108. Quand j'enseignais
    l'algèbre dans cette classe,

  109. je travaillais aussi sur mon Master
    en pédagogie à Cal State East Bay.
  110. Et j'étais si intrigué par cette
    expérience de BD pédagogiques
  111. que j'ai décidé de dédier
    ma thèse finale à ce sujet.
  112. Je voulais comprendre pourquoi
    les pédagogues américains
  113. étaient historiquement si peu disposés
    à utiliser des BD dans leurs cours.
  114. Voici mes découvertes.
  115. Les BD sont devenues un média
    de masse dans les années 1940,

  116. avec des millions de copies
    vendues chaque mois,
  117. et les pédagogues de l'époque
    l'ont remarqué.
  118. De nombreux professeurs
    innovateurs ont commencé
  119. à apporté des BD dans leur cours
    à titre expérimental.
  120. En 1944, le « Journal
    de sociologie éducative »
  121. a consacré une édition entière à ce sujet.
  122. Les choses semblaient
    progresser favorablement.
  123. Les enseignants commençaient
    à se faire une idée.
  124. Mais, ce type a débarqué,
  125. un psychologue de l'enfant,
    Fredric Wertham.
  126. En 1954, il a écrit un livre intitulé :
    « La séduction de l'innocent »,
  127. dans lequel il soutient que les BD
    provoquent la délinquance juvénile.
  128. (Rires)

  129. Il avait tort.

  130. En fait, Dr Wertham
    était un type plutôt honnête.
  131. Il a consacré une partie de sa carrière
    à la délinquance juvénile.
  132. et il a remarqué que la majorité
    de ses patients lisaient des BD.
  133. Mais Wertham n'a pas réalisé
    que dans les années 1940 et 1950,
  134. presque tous les gamins
    en Amérique lisaient des BD.
  135. L'argumentation du Dr Wertham
    était plutôt douteuse,

  136. mais son livre a incité le Sénat américain
    à tenir une série d'audiences
  137. destinées à vérifier si les BD
    provoquaient la délinquance juvénile.
  138. Ces audiences ont duré presque deux mois
    et n'ont débouché sur aucune décision,
  139. mais elles ont considérablement
    endommagé la réputation des BD
  140. aux yeux du public américain.
  141. Suite à ça, tout éducateur américain
    respectable a fait marche arrière

  142. et a gardé ses distances
    pendant des décennies.
  143. Il a fallu attendre les années 1970,
  144. pour que quelques âmes
    courageuses les réintègrent.
  145. Et ce n'est que très récemment,
    une décennie environ,
  146. que la BD a été acceptée
    par une audience plus large
  147. parmi les enseignants américains.
  148. Les BD et les romans
    illustrés sont, maintenant,

  149. en train retourner dans les salles
    de classe américaines.
  150. Cela arrive même à Bishop
    O'Dowd, là où j'enseignais.
  151. M. Smith, ancien collègue, utilise
    « Comprendre la BD » de Scott McCloud
  152. dans ses cours de littérature et cinéma
    car ce livre offre à ses étudiants
  153. un langage avec lequel discuter
    de la relation entre mots et images.
  154. M. Barnes demande à ses étudiants
    un essai en bandes dessinées chaque année,
  155. la réalisation d'un roman
    en prose avec des images,
  156. M. Barnes leur demande de réfléchir
    intensément non seulement à l'histoire
  157. mais aussi à la manière
    dont elle est narrée.
  158. Mme Murdock utilise mon travail,
    « Américain de souche chinoise »
  159. avec ses étudiants en Anglais 1.
  160. Selon elle, les romans illustrés
    sont un média formidable
  161. pour satisfaire à une norme commune.
  162. La norme stipule que les étudiants
    doivent pouvoir analyser
  163. comment les éléments visuels participent
    au sens, au ton et à la beauté d'un texte.
  164. Dans la bibliothèque,
    Mme Counts a rassemblé

  165. une impressionnante collection
    d'histoires illustrées.
  166. Avec ses autres collègues bibliothécaires,
  167. Mme Counts a été une pionnière
    dans le plaidoyer en faveur de la BD
  168. depuis le début des années 1980,
    quand un article d'un journal scolaire
  169. a indiqué que la simple présence
    de bande dessinées dans la bibliothèque
  170. augmentait de 80% l'utilisation
    de la bibliothèque,
  171. et augmentait la circulation
    des autres livres de 30%.
  172. Inspirée par ce renouveau dans l'intérêt
    des enseignants américains,

  173. les dessinateurs américains produisent
    aujourd'hui plus de contenus éducatifs
  174. pour la marché de l'éducation primaire
    que jamais auparavant.
  175. Une majorité est destinée
    aux arts du langage,
  176. mais de plus en plus de BD
    et d'histoires illustrées
  177. commencent à s'attaque
    aux mathématiques et à la science.
  178. Les BD relatives à la STEM sont vraiment
  179. un territoire inexploré
    qui n'attend qu'à'être découvert.
  180. L'Amérique prend enfin conscience

  181. que les bandes dessinées ne provoquent
    pas la délinquance juvénile,
  182. (Rires)

  183. mais font partie
    des outils de tout éducateur.

  184. Il n'y a aucune raison d'écarter
    la BD et les romans graphiques
  185. du programme éducatif du primaire.
  186. Ils enseignent visuellement.
  187. Ils donnent à nos étudiants
    cette télécommande.
  188. Leur grand potentiel éducatif est là,
  189. qui n'attend qu'à être exploité
    par des créatifs comme vous.
  190. Merci beaucoup.

  191. (Applaudissements)