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L'information et la désinformation en temps de guerre

  • 0:00 - 0:06
    (Intro) Les dessous de l'infox:
    Adrien Delgrange:
  • 0:07 - 0:11
    (AD) Démêler le vrai du faux,
    toutes les semaines sur RFI.
  • 0:11 - 0:13
    Bienvenue à tous dans
    "Les dessous de l'infox"
  • 0:13 - 0:15
    avec au sommaire de ce 25 février
  • 0:15 - 0:20
    l'information et la désinformation
    en temps de guerre.
  • 0:20 - 0:24
    Suite à l'invasion militaire de l'Ukraine
    par la Russie il y a moins de 48 heures,
  • 0:25 - 0:28
    nous évoquerons le rôle crucial
    de la désinformation
  • 0:28 - 0:32
    dans la propagande russe, une arme dite
    de soft power,
  • 0:32 - 0:38
    utilisée depuis des années par le Kremlin
    pour façonner l'opinion publique russe.
  • 0:38 - 0:41
    Dans ce contexte, nous nous pencherons
    aussi sur le travail
  • 0:41 - 0:44
    des journalistes indépendants en Russie.
  • 0:44 - 0:46
    Voilà pour le sommaire;
    soyez les bienvenus.
  • 0:46 - 0:49
    Les dessous de l'infox, réalisé
    par Claude Battista.
  • 0:49 - 0:54
    (musique)
  • 0:54 - 0:58
    (AD) Les dessous de l'infox s'intéresse
    aujourd'hui à ce qui se passe en Ukraine
  • 0:58 - 1:02
    depuis l'invasion russe et pour cela, nous
    accueillons Sophie Malibeaux: bonsoir!
  • 1:02 - 1:03
    (SM) Bonsoir.
  • 1:03 - 1:05
    et Grégory Genevrier: bonsoir!
    (GG) Bonsoir.
  • 1:05 - 1:08
    (AD) Alors que les troupes russes
    progressent sur le terrain,
  • 1:08 - 1:11
    la désinformation joue un rôle majeur
    dans le conflit.
  • 1:11 - 1:16
    Moscou, qui a utilisé cette arme en amont
    de son offensive militaire
  • 1:16 - 1:21
    -- et vous revenez aujourd'hui sur cette
    stratégie informationnelle russe --
  • 1:21 - 1:24
    Sophie Malibeaux, quelle est
    la méthode Poutine?
  • 1:24 - 1:27
    (SM) Hé bien, ces dernières semaines,
    on a pu voir comment le président russe
  • 1:27 - 1:32
    s'employait à inverser les rôles, en fait,
    faisant passer l'agressé pour l'agresseur.
  • 1:32 - 1:35
    Dans ces tout derniers discours,
    Vladimir Poutine se présente
  • 1:35 - 1:37
    en libérateur de l'Ukraine,
    et pas seulement
  • 1:37 - 1:42
    des provinces séparatistes du Donbass,
    notamment lorsqu'il affirme, ce mercredi
  • 1:42 - 1:46
    sa volonté "de protéger le peuple
    qui souffre" selon lui
  • 1:46 - 1:49
    "des abus et du génocide
    du régime de Kiev."
  • 1:49 - 1:53
    Alors, sans nier l'importance des victimes
    du conflit dans l'Est de l'Ukraine,
  • 1:53 - 1:57
    ce narratif du génocide de repose
    sur aucune preuve:
  • 1:57 - 2:00
    pas plus que l’idée d'une junte
    au pourvoir en Ukraine,
  • 2:00 - 2:04
    comme l'a mentionné, notamment,
    l’ambassadeur de Russie à l'ONU,
  • 2:04 - 2:07
    puisque le président ukrainien
    Volodymyr Zelenskyy
  • 2:07 - 2:10
    a été élu démocratiquement,
    sans l’ombre d'un coup d'Etat.
  • 2:11 - 2:16
    Et puis, quand Vladimir Poutine évoque
    enfin la "dénazification" de l'Ukraine,
  • 2:16 - 2:21
    on est, là encore, dans un registre
    qui n'a rien à voir la réalité.
  • 2:21 - 2:24
    S'il existe en Ukraine, comme dans
    le reste de l'Europe,
  • 2:24 - 2:26
    des groupuscules extrémistes,
  • 2:26 - 2:30
    le pays n'est pas sous le joug nazi,
    c'est une fabrication.
  • 2:30 - 2:33
    (AD) Grégory Genevrier, pour soutenir
    cette thèse
  • 2:33 - 2:35
    d'une Russie agressée par l'Ukraine,
  • 2:36 - 2:39
    de nombreuses infox circulent
    également sur les réseaux sociaux.
  • 2:39 - 2:43
    (GG) Oui, il y a par exemple ce que l'on
    appelle des attaques aux faux drapeaux;
  • 2:43 - 2:45
    en l’occurrence, ce sont des vidéos
    diffusées sur les réseaux sociaux,
  • 2:45 - 2:48
    censées montrer des violences
    perpétrées par des Ukrainiens,
  • 2:48 - 2:50
    mais qui sont en réalité
    de pures mises-en-scène:
  • 2:50 - 2:54
    exemple avec cette vidéo où l'on voit
    des militaires progresser sur le terrain
  • 2:54 - 2:57
    avec leurs blindés: la légende prétend
    qu'il s'agit de soldats ukrainiens
  • 2:57 - 3:00
    en train d'entrer illégalement
    sur le territoire russe
  • 3:00 - 3:03
    non loin de la ville de Mitiatinskaya (?)
    mais problème, la scène se déroule
  • 3:03 - 3:06
    en réalité à 180 km plus au sud,
  • 3:06 - 3:09
    c'est-à-dire dans une zone contrôlée
    par les séparatistes pro-russes; de plus,
  • 3:09 - 3:13
    le véhicule utilisé ne correspond pas
    à ceux de l'armée ukrainienne;
  • 3:13 - 3:16
    des fait rétablis grâce à des recherches
    d'experts en source ouverte,
  • 3:16 - 3:18
    comme le collectif Bellingcat.
  • 3:18 - 3:21
    Et cette désinformation est parfois
    encore plus grossière:
  • 3:21 - 3:24
    une autre vidéo montre la carcasse
    d'une voiture civile, soi-disant détruite
  • 3:24 - 3:26
    par un engin explosif ukrainien.
  • 3:26 - 3:29
    A l'intérieur du véhicule, on retrouve
    des restes humains
  • 3:29 - 3:32
    et un crâne proprement scié en deux,
    preuve pour les experts
  • 3:32 - 3:34
    qu'il s'agit d'un corps
    préalablement autopsié,
  • 3:34 - 3:35
    et non pas d'une victime récente.
  • 3:35 - 3:38
    (AD) Alors, toutes ces infox,
    nous les retrouvons ou pas
  • 3:38 - 3:40
    dans les médias russes, Sophie?
  • 3:40 - 3:41
    (SM) Hé bien oui, on les retrouve,
  • 3:41 - 3:46
    en tout cas le récit véhiculé
    par ces vidéos truquées est repris
  • 3:46 - 3:49
    par les médias officiels comme
    l'agence TASS, les médias russes,
  • 3:49 - 3:51
    notamment Spoutnik et RT.
  • 3:51 - 3:54
    Tous participent au même narratif.
  • 3:54 - 3:57
    Le gendarme russe de l'internet précise
    d'ailleurs:
  • 3:57 - 4:00
    "Les médias sont tenus d'utiliser
    les informations qu'ils reçoivent
  • 4:00 - 4:03
    uniquement de source officielle russe."
    Fin de citation.
  • 4:03 - 4:06
    Il n'y a pas de place
    pour un récit indépendant,
  • 4:06 - 4:07
    tout est verrouillé.
  • 4:07 - 4:11
    On assiste à un déversement d'informations
    parfois difficiles à vérifier
  • 4:11 - 4:14
    et le contexte sécuritaire
    va rendre ce travail
  • 4:14 - 4:16
    de plus en plus difficile sur le terrain,
  • 4:17 - 4:20
    et c'est dans ce brouillard informationnel
    que se glissent les infox.
  • 4:20 - 4:24
    (AD) Et Grégory, enfin, quel est l'objectif
    de cette désinformation massive?
  • 4:24 - 4:26
    (GG) Hé bien, c'est aussi de convaincre
    l'opinion publique russe
  • 4:26 - 4:28
    du bien-fondé de cette invasion.
  • 4:28 - 4:31
    Et malgré tout, ce jeudi, plusieurs
    manifestations ont eu lieu en Russie
  • 4:31 - 4:34
    pour s'opposer à la guerre,
    donnant lieu à de nombreuses arrestations
  • 4:34 - 4:37
    (AD) Les dessous de l'infox,
    la chronique signée aujourd'hui
  • 4:37 - 4:42
    Sophie Malibeaux, Grégory Genevrier:
    rendez-vous la semaine prochaine.
  • 4:42 - 4:57
    (musique)
  • 4:57 - 5:00
    (AD) Invitée des Dessous de l'Infox,
    Jeanne Cavelier, bonsoir.
  • 5:00 - 5:04
    (JC) Bonsoir
    (AD) de l'ONG RSF, reporters sans frontières.
  • 5:04 - 5:08
    Vous êtes responsable du bureau
    Europe de l'Est et Asie Centrale.
  • 5:09 - 5:13
    Au lendemain du début de cette guerre
    entre la Russie et l'Ukraine, tout d'abord
  • 5:13 - 5:17
    dites-nous, savez-vous comment
    les chaînes d'information russes
  • 5:17 - 5:20
    racontent-elles la guerre en Ukraine,
    en ce moment?
  • 5:20 - 5:26
    (JC) Beaucoup reprennent les termes
    de Poutine, du Président russe,
  • 5:26 - 5:32
    à savoir, la dénazification,
    l'Ukraine génocidaire,
  • 5:32 - 5:35
    le fait qu'il y a eu une provocation
    par l'Ukraine.
  • 5:36 - 5:40
    C'est tout le narratif qui a été déroulé
    ces dernières semaines par
  • 5:40 - 5:44
    le pouvoir russe, avec comme point d'orgue
    le discours lundi soir du Président
  • 5:45 - 5:48
    pour faire porter la responsabilité
    de la guerre sur le gouvernement ukrainien
  • 5:49 - 5:54
    et justifier une attaque sur le territoire
    de son voisin, donc,
  • 5:54 - 5:59
    et hier par exemple, dans son fameux
    talk show du soir, le présentateur
  • 5:59 - 6:04
    Vladimir Soloviov, qui est également
    sous sanction européenne,
  • 6:05 - 6:07
    a totalement déroulé cette propagande.
  • 6:07 - 6:11
    On a entendu: "L'Ukraine est devenue
    une menace pour la Russie",
  • 6:11 - 6:14
    "l'Ukraine veut développer
    des armes nucléaires",
  • 6:14 - 6:19
    Il a parlé de la manière de mener à bien
    la dénazification annoncée par Poutine,
  • 6:19 - 6:21
    enfin, comment nettoyer l'Ukraine.
  • 6:21 - 6:26
    Et il a dit aussi: "En Russie,
    les autorités et les journalistes russes
  • 6:26 - 6:29
    qui ne soutiennent pas Poutine
    doivent être purgés."
  • 6:29 - 6:34
    Il faut savoir que les citoyens russes
    sont abreuvés depuis 2014
  • 6:34 - 6:38
    de ce type de discours haineux
    anti-ukrainien à la télévision, notamment.
  • 6:39 - 6:42
    Parce que la télévision est entièrement
    contrôlée par l’État
  • 6:42 - 6:44
    ou par des hommes d'affaires
    proches du Kremlin.
  • 6:44 - 6:49
    (AD) Justement, en quelques mots, quel est
    le paysage audiovisuel russe?
  • 6:49 - 6:52
    (JC) Il reste une poignée
    de médias indépendants
  • 6:53 - 6:57
    qui réussissent à survivre malgré
    les pressions des autorités,
  • 6:57 - 7:01
    à l'image de Novaya Gazieta, qui est
    un grand journal d'investigation,
  • 7:02 - 7:11
    dont les journalistes vivent toujours
    sous la menace, mais qui réussit
  • 7:11 - 7:13
    à continuer à travailler.
  • 7:13 - 7:20
    Et aussi la chaîne de télévision Dozhd,
    qui subit des tentatives d'intimidation,
  • 7:20 - 7:24
    et puis des médias régionaux
    qui arrivent à survivre.
  • 7:25 - 7:29
    Mais la plupart des autres médias
    sont passés sous la coupe,
  • 7:30 - 7:35
    sinon directement du Kremlin,
    d'hommes d'affaires proches du pouvoir.
  • 7:35 - 7:40
    (AD) Et alors, comment cette information
    est-elle devenue un outil de propagande
  • 7:40 - 7:41
    en Russie?
  • 7:42 - 7:47
    (JC) C'est justement en reprenant
    toute la propagande du pouvoir,
  • 7:48 - 7:51
    dans un seul corps, je dirais,
  • 7:52 - 7:56
    tous les termes qui sont utilisés
    par le pouvoir russe
  • 7:57 - 8:01
    pour parler de l'Ukraine,
    pour parler de l'Occident.
  • 8:01 - 8:07
    C'est comme ça que la propagande
    est soumise aux citoyens.
  • 8:08 - 8:11
    (AD) Cette propagande qui concerne
    également internet, les réseaux sociaux?
  • 8:12 - 8:18
    (JC) Oui, effectivement: la propagande
    concerne internet, je vais parler surtout
  • 8:18 - 8:24
    des médias en ligne, puisque c'est
    ce qui nous intéresse chez RSF.
  • 8:26 - 8:34
    On a eu une interdiction, par exemple,
    du Régulateur des médias russes,
  • 8:35 - 8:41
    le Roskomnadzor, hier, d'utiliser
    des données qui proviennent
  • 8:41 - 8:44
    de sources qui ne sont pas officielles.
  • 8:44 - 8:51
    Et ce Régulateur a par ailleurs annoncé
    ce matin que des réseaux étrangers,
  • 8:51 - 8:55
    notamment Facebook, ont marqué
    les médias russes comme non fiables
  • 8:55 - 8:59
    et qu'ils ont imposé des restrictions
    sur les résultats de recherche
  • 8:59 - 9:01
    de leurs publications; et le régulateur
  • 9:01 - 9:08
    a appelé les Russes à se brancher
    sur les réseaux russes uniquement
  • 9:08 - 9:14
    Donc on voit que les citoyens sont
    de plus en plus amenés
  • 9:14 - 9:17
    à être dans une bulle informationnelle.
  • 9:17 - 9:20
    (AD) Dans votre travail à RSF aussi,
    vous observez donc
  • 9:20 - 9:26
    des vecteurs de désinformation
    via des SMS, des textos envoyés
  • 9:26 - 9:28
    aux militaires ukrainiens?
  • 9:28 - 9:32
    (JC) Oui, effectivement, la désinformation
    ne touche pas que les citoyens
  • 9:33 - 9:37
    et la population pour qu'elle panique,
    mais aussi les soldats.
  • 9:38 - 9:41
    Certains soldats ukrainiens ont reçu
    des SMS de la part de la Russie,
  • 9:41 - 9:44
    en disant que l'armée russe était déjà là
  • 9:44 - 9:48
    et qu'il fallait rentrer chez eux
    avant qu'il ne soit trop tard.
  • 9:48 - 9:52
    (AD) Est-ce que vous vous êtres rendu compte
    ou pas que l'Ukraine, de l'autre côté,
  • 9:52 - 9:55
    a-t-elle aussi les moyens de se défendre,
  • 9:55 - 9:57
    notamment via les réseaux sociaux
    et internet?
  • 9:58 - 10:05
    (JC) L'Ukraine participe aussi
    à cette bataille de l'information,
  • 10:05 - 10:11
    évidemment: on a vu l'année dernière
    et en début d'année,
  • 10:12 - 10:21
    des chaînes pro-Kremlin qui ont été
    interdites par le président Zelenskyy
  • 10:21 - 10:29
    et, évidemment, on voit la riposte
    s'organiser en termes d'information
  • 10:29 - 10:35
    ou de désinformation, de la part de
    l'Etat ukrainien également.
  • 10:36 - 10:38
    (AD) Parlez-nous à présent
    des conditions de travail
  • 10:38 - 10:41
    des journalistes indépendants russes.
  • 10:42 - 10:46
    (JC) Les journalistes indépendants
    et les médias indépendants travaillent
  • 10:46 - 10:52
    sous des conditions d'extrême pression
    depuis maintenant un peu plus d'un an,
  • 10:53 - 10:56
    même si ce n'a jamais été facile
    d’être un journaliste en Russie.
  • 10:56 - 11:02
    Ils sont particulièrement ciblés
    par la loi sur les agents de l'étranger.
  • 11:02 - 11:07
    Donc, c'est une loi qui peut toucher
    n'importe quel journaliste
  • 11:07 - 11:14
    ou n'importe quel média, n'importe quand
    sans préavis, sans explication,
  • 11:14 - 11:15
    sans raison valable.
  • 11:15 - 11:19
    Le ministère de la justice peut,
    mettre ces journalistes sur la liste
  • 11:19 - 11:21
    des médias agents de l'étranger.
  • 11:21 - 11:25
    Une fois qu'ils sont sur cette liste,
    les journalistes, s'ils le sont
  • 11:25 - 11:28
    à titre individuel, doivent créer
    une entité légale,
  • 11:28 - 11:31
    donc c'est une grosse
    entrave administrative,
  • 11:31 - 11:33
    parce qu'on n'a pas tous
    un comptable à disposition
  • 11:33 - 11:34
    pour faire le travail.
  • 11:34 - 11:39
    Ensuite, que ce soient les journalistes
    ou les médias, avant chaque publication,
  • 11:39 - 11:44
    ils doivent écrire une clause spéciale
    de 24 mots, déclarant qu'ils sont
  • 11:44 - 11:48
    agents d'étranger; et chaque publication,
    c'est chaque article, mais c'est aussi
  • 11:48 - 11:50
    chaque post Facebook, Twitter.
  • 11:51 - 11:57
    Et ils doivent aussi rendre un audit,
    une déclaration de leurs dépenses
  • 11:57 - 12:01
    et de leurs revenus au Ministère
    de la Justice chaque trimestre.
  • 12:01 - 12:04
    Quand je parle de dépenses, ça peut être
    une brosse à dents:
  • 12:04 - 12:06
    c'est n'importe quelle dépense.
  • 12:06 - 12:11
    Et à la fin de l'année, ils doivent payer
    pour l'audit qui est fait de ces comptes.
  • 12:11 - 12:14
    Donc ça, ce sont des conditions de travail
  • 12:14 - 12:16
    extrêmement difficiles
    pour les journalistes.
  • 12:17 - 12:22
    Il y a 116 médias et journalistes
    qui sont sur cette liste aujourd'hui.
  • 12:22 - 12:27
    Et du coup, beaucoup sont amenés
    à fuir la Russie.
  • 12:27 - 12:29
    (AD) Risquent-ils l'emprisonnement?
  • 12:29 - 12:32
    (JC) Oui, s'ils ne respectent pas
    ces obligations,
  • 12:33 - 12:37
    et ces obligations sont floues, elles sont
    extrêmement difficiles à respecter,
  • 12:37 - 12:40
    puisque il n'y a pas
    de définition précise,
  • 12:40 - 12:44
    s'ils ne respectent pas ces obligations,
    ils peuvent d'abord avoir des amendes,
  • 12:44 - 12:47
    et ensuite aller en prison:
    ils risquent jusqu'à 5 ans de prison.
  • 12:47 - 12:52
    Pour l'instant, on n'a pas encore eu
    de procédure pénale ouverte
  • 12:52 - 12:56
    qui pourrait aboutir
    à des années de prison,
  • 12:56 - 12:59
    mais ça ne saurait tarder, je pense,
    surtout dans ce contexte.
  • 12:59 - 13:04
    (AD) Savez-vous, aujourd'hui, combien
    de journalistes russes sont emprisonnés?
  • 13:04 - 13:10
    (JC) Pour nous, donc selon les critères
    de RSF, on a 9 journalistes en prison,
  • 13:10 - 13:12
    plus une employée de média.
  • 13:12 - 13:17
    (AD) Le spectre Anna Politkovskaya
    assassinée en 2006, on imagine aussi
  • 13:17 - 13:21
    qu'il pèse largement sur l'exercice
    du métier en Russie?
  • 13:21 - 13:26
    (JC) Oui, bien sûr, puisque c'était donc
    une journaliste de Novaya Gazieta
  • 13:26 - 13:28
    qui a été assassinée dans son immeuble
  • 13:28 - 13:32
    alors qu'elle couvrait
    des événements en Tchétchénie.
  • 13:32 - 13:38
    Son assassinat, et surtout l'absence
    de procès pour les commanditaires
  • 13:38 - 13:40
    et d'enquête sérieuse
    de la part de la police
  • 13:41 - 13:43
    montrent que les crimes
    peuvent être commis
  • 13:43 - 13:46
    contre des journalistes en Russie
    en toute impunité.
  • 13:47 - 13:51
    Aujourd'hui, on a près d'une quarantaine
    de journalistes qui ont été tués
  • 13:51 - 13:57
    en lien avec leur travail depuis l'arrivée
    de Vladimir Poutine au pouvoir en 2002.
  • 13:57 - 14:01
    (AD) Merci beaucoup, Jeanne Cavelier
    de Reporters Sans Frontières,
  • 14:01 - 14:04
    je rappelle à nos auditeurs que vous êtes
    la responsable
  • 14:04 - 14:07
    du Βureau Europe de l'Est et Asie Centrale
    chez Reporters Sans Frontières.
  • 14:07 - 14:10
    Bonne fin de soirée à vous,
    au revoir.
  • 14:10 - 14:15
    (musique)
  • 14:15 - 14:18
    (AD) Nous sommes à présent
    avec Marin Lefèvre,
  • 14:18 - 14:21
    journaliste avec l'AFP Factuel à Paris,
  • 14:21 - 14:24
    le site de vérification
    de l'Agence France Presse.
  • 14:24 - 14:25
    Bonsoir, Marin
    (ML) Bonsoir.
  • 14:25 - 14:31
    (Bruits de guerre)
  • 14:31 - 14:35
    (AD) Et nous revenons avec vous
    sur cette période de guerre
  • 14:35 - 14:39
    entre la Russie et l'Ukraine avec
    cette vidéo que l'on entend et qui a été,
  • 14:39 - 14:43
    précisons-le, détournée
    de son utilisation.
  • 14:43 - 14:47
    (ML) Oui, une vidéo d'une quarantaine
    de secondes, prise en pleine nuit,
  • 14:47 - 14:50
    dans laquelle on voit et on entend
    plusieurs tirs de missiles.
  • 14:50 - 14:53
    Dans son coin supérieur droit figure
    un V blanc sur fond bleu.
  • 14:54 - 14:57
    Elle a été visionnée plus de 15'000 fois
    en moins de 24 heures
  • 14:57 - 15:00
    après sa publication
    par une page Facebook en Côte d'Ivoire,
  • 15:00 - 15:03
    avec cette légende: "La Russie a attaqué
    cette nuit la capitale Kiev
  • 15:03 - 15:05
    et quatre autres villes ukrainiennes.
  • 15:05 - 15:08
    Ces images ont commencé à circuler
    quelques heures
  • 15:08 - 15:11
    après que la Russie a lancé
    l'invasion de l'Ukraine hier à l'aube.
  • 15:11 - 15:15
    (AD) Alors, ont-elles été prises
    avant que le conflit débute?
  • 15:15 - 15:19
    (ML) Pas du tout: en réalité cette vidéo
    a été tournée l'année dernière,
  • 15:19 - 15:20
    en mai 2021.
  • 15:20 - 15:24
    On peut s'en rendre compte en faisant une
    recherche d'image inversée sur Google:
  • 15:24 - 15:26
    on tombe alors sur la même vidéo,
  • 15:26 - 15:29
    publiée sur la chaîne vidéo
    du quotidien espagnol, La Vanguardia.
  • 15:29 - 15:32
    C'est d'ailleurs le logo de ce média
    qui figure dans le coin de ces images.
  • 15:32 - 15:35
    La vidéo qui se déroule sur Facebook
    est en réalité un extrait de ces images,
  • 15:35 - 15:37
    originellement tournées par l'AFP,
  • 15:37 - 15:40
    et on le voit à la 11e seconde de la vidéo
    de la Vanguardia,
  • 15:40 - 15:43
    car on retrouve les mêmes tirs de missiles
    qu'au début du clip que nous vérifions.
  • 15:44 - 15:46
    (AD) Que montrent en réalité ces images?
  • 15:47 - 15:50
    (ML) Des tirs de missiles depuis Gaza
    vers Israël, le 11 mai 2021.
  • 15:50 - 15:52
    Plus précisément, cette vidéo montre
  • 15:52 - 15:56
    le lancement de 130 missiles contre
    Tel-Aviv, puis celui de 210 autres.
  • 15:56 - 16:00
    Certains d'entre eux avaient alors réussi
    à échapper au Dôme de fer israélien
  • 16:00 - 16:03
    et avaient touchés différents endroits
    dans le centre d'Israël et à Beer-Sheva.
  • 16:03 - 16:07
    A l'époque, en l'espace de quatre jours,
    les violences avaient fait au moins
  • 16:07 - 16:10
    83 morts dans la Bande de Gaza,
    bombardée par les forces israéliennes,
  • 16:10 - 16:14
    et sept morts en Israël, où le Hamas
    avait multiplié les tirs de roquettes.
  • 16:14 - 16:18
    (AD) Ces images sont-elles les seules
    à avoir pour l'instant été détournées
  • 16:18 - 16:22
    depuis le début du conflit russo-ukrainien
    hier matin?
  • 16:22 - 16:25
    (ML) Loin de là: en quelques heures,
    nous avons repéré des dizaines d'images,
  • 16:25 - 16:28
    photos comme vidéos, qui ont été sorties
    de leur contexte sur les réseaux sociaux
  • 16:28 - 16:31
    et utilisées pour parler de cette crise:
    en anglais, en espagnol,
  • 16:31 - 16:33
    mais aussi en bulgare, en mandarin
    et en arabe.
  • 16:33 - 16:36
    Ces infox ont très largement circulé
    sur tous le continents
  • 16:36 - 16:38
    au fur et à mesure que le conflit
    prenait de l'ampleur.
  • 16:38 - 16:42
    On a par exemple vu des vieilles images
    de parades militaires aériennes russes
  • 16:42 - 16:45
    ou des vidéos de l'explosion
    du port de Beyrouth en août 2020,
  • 16:45 - 16:48
    utilisées pour parler
    des bombardements russes en Ukraine.
  • 16:48 - 16:52
    (AD) Ces fausses informations, Marin,
    qui continuent de circuler
  • 16:52 - 16:54
    au fur et à mesure
    que le conflit évolue?
  • 16:54 - 16:57
    (ML) On voit toujours aujourd'hui
    des vidéos et des photos
  • 16:57 - 17:01
    apparaître sur les réseaux sociaux
    en lien avec le conflit en Ukraine --
  • 17:01 - 17:03
    qui prétendent maintenant montrer
    par exemple
  • 17:03 - 17:04
    des victimes des bombardements.
  • 17:04 - 17:07
    Parce qu'elles sont très nombreuses
    et que la situation est changeante,
  • 17:07 - 17:09
    il est parfois difficile
    de retrouver leur source
  • 17:09 - 17:11
    ou tout simplement de savoir
    si elles sont authentiques ou non.
  • 17:11 - 17:13
    On peut en tout cas rappeler
    quelques bonnes pratiques
  • 17:13 - 17:15
    face à cet influx d'informations:
    croiser les sources,
  • 17:15 - 17:18
    ne pas immédiatement partager des images
    qui nous émeuvent
  • 17:18 - 17:22
    sans en connaître le contexte,
    et se référer aux médias vérifiés
  • 17:22 - 17:23
    pour suivre l'évolution du conflit.
  • 17:23 - 17:27
    (AD) Merci Marin; c'était Marin Lefèvre,
    journaliste à l'AFP Factuel.
  • 17:27 - 17:32
    >> Vérification faite
    (musique)
  • 17:32 - 17:36
    (AD) C'est la fin des Dessous de l'Infox,
    une émission à retrouver
  • 17:36 - 17:38
    quand vous voulez sur notre site
    internet rfi.fr.
  • 17:38 - 17:41
    Et puis, vous pouvez également
    nous signaler
  • 17:41 - 17:46
    les infos qui vous semblent douteuses,
    voire peut-être erronées,
  • 17:46 - 17:50
    notamment sur la page Facebook
    "Les dessous de l'infox".
  • 17:50 - 17:53
    A la semaine prochaine sur RFI.
  • 17:53 - 17:59
    (Musique)
  • 17:59 - 18:19
    (Divers signaux FM de RFI)
  • 18:19 - 18:22
    > Pour connaître nos fréquences
    dans le monde,
  • 18:22 - 18:24
    connectez-vous sur rfi.fr.
  • 18:24 - 18:27
    (musique)
  • 18:27 - 19:27
    (Annonces de futures émissions
    et musique)
  • 19:27 - 19:30
    > RFI
Titel:
L'information et la désinformation en temps de guerre
Beskrivelse:

Les dessous de l'infox la Chronique 25/02/2022

Alors que les troupes russes progressent sur le terrain, la désinformation joue un rôle majeur dans le conflit. Moscou a utilisé cette arme de guerre hybride en amont de son offensive militaire.Nous revenons aujourd’hui sur cette stratégie informationnelle russe.

Avec Sophie Malibeaux et Grégory Genevrier
Invitée : Jeanne Cavelier de RSF, Reporters sans frontières, responsable du bureau Europe de l'Est et Asie centrale.

Avec Marin Lefèvre, journaliste à l'AFP Factuel, le site de vérification de l'Agence France Presse

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Video Language:
French
Team:
Captions Requested
Duration:
19:30

French subtitles

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