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← Pourquoi c'est difficile de prononcer ce petit mot raciste qui commence par N.

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27 llengües

Showing Revision 26 created 05/01/2020 by Claire Ghyselen.

  1. Le minute où elle l'a prononcé,
  2. la température dans
    ma salle de classe a chuté.
  3. D'habitude mes élèves sont
    totalement concentrés sur moi,
  4. mais ils se sont enfoncés dans
    leur siège et ont détourné le regard
  5. Je suis une femme noire

  6. qui enseigne les histoires de race
    et de l'esclavage aux États-Unis.
  7. Je suis consciente que
    mon identité sociale est toujours exposée.
  8. Et mes élèves sont vulnérables aussi,
  9. donc je suis prudente.
  10. J’essaie d'anticiper quelle partie
    de mes cours peut mal tourner.
  11. Mais, honnêtement,
  12. je n'avais pas vu celle-ci arriver.
  13. Aucune de mes années d'études supérieures
    ne m'avaient préparée à quoi faire
  14. quand le « mot N »
    s'inviterait dans ma classe.
  15. C'était ma première année
    d'enseignement

  16. quand cet élève l'a prononcé
    dans ma classe.
  17. Elle ne visait personne.
  18. Elle était fringante, toute pimpante.
  19. Elle est arrivée en classe
    avec ses devoirs faits,
  20. elle s'est assise au premier rang
  21. et elle était toujours de mon côté.
  22. Quand elle l'a prononcé,
  23. elle faisait effectivement
    une remarque sur mon cours,
  24. en citant une phrase d'un film
    des années 1970, une comédie,
  25. qui contenait deux insultes racistes.
  26. L'une pour les descendants des Chinois
  27. et l'autre, ce mot raciste.
  28. Dès qu'elle l'a dit, j'ai levé mes mains
    en disant « Holà, holà ».
  29. Mais elle m'a rassurée,
  30. « C'est une blague de 'Blazing Saddles'. »
  31. et puis elle l'a répété.
  32. Tout ça s'est passé il y a dix ans,

  33. et ma manière de le gérer
    m'a hantée pendant longtemps.
  34. Ce n'était pas la première fois
    que je pensais à ce mot-là
  35. dans un milieu universitaire.
  36. Je suis professeure
    d'histoire des États-Unis,
  37. ce mot est présent dans
    beaucoup de documents que j'utilise.
  38. Donc j'ai dû faire un choix.
  39. Après avoir consulté
    quelqu'un de confiance,
  40. j'ai décidé de ne jamais le dire.
  41. Même pas de le citer.
  42. Mais plutôt d'utiliser l'euphémisme :
    le « mot N ».
  43. Même cette décision a été compliquée.
  44. Je n'étais pas encore titulaire,
  45. et je m'inquiétais que
    mes collègues plus âgés
  46. pensent qu'en utilisant cette expression
    je n'étais pas une chercheuse sérieuse.
  47. Mais prononcer le mot lui-même
    me semblait encore pire.
  48. L'incident dans ma salle de classe m'a
    forcé à reconnaître publiquement ce mot.

  49. L'histoire, la violence.
  50. mais aussi...
  51. L'histoire, la violence, mais aussi
    chaque fois qu'on me l'a adressé,
  52. qu'on l'a dit devant moi,
  53. chaque fois qu'il est resté
    au bout de la langue de quelqu'un,
  54. tout ça m'est venu comme
    une avalanche dans ce moment-là,
  55. juste devant mes élèves.
  56. Et je n'avais aucune idée de quoi faire.
  57. Donc j'ai décidé d'appeler des histoires
    comme la mienne « points de rencontre ».

  58. Un point de rencontre décrit le moment
    où vous vous trouvez face à face
  59. avec le mot qui commence par N.
  60. Si vous êtes déjà resté
    bloqué ou provoqué par ce mot,
  61. le fruit d'une interaction
    sociale embarrassante,
  62. d'une conversation
    universitaire désagréable,
  63. ou quelque chose que vous avez entendu
    dans la culture pop,
  64. ou si on l'a utilisé pour vous insulter,
  65. ou si vous avez vu quelqu'un
    être insulté avec ce mot,
  66. vous avez vécu un point de rencontre.
  67. Et selon qui vous êtes
    et comment ce moment se passe,
  68. vous pourriez avoir une gamme de réponses.
  69. Ça pourrait vous déconcerter un peu,
  70. ou ça pourrait être terriblement
    douloureux et humiliant.
  71. J'ai eu plein de de points
    de rencontre dans ma vie,
  72. mais une chose est vraie.
  73. Il n'y a pas beaucoup d'espace
    pour en parler.
  74. Ce jour-là, dans ma classe, a été comme
    toutes ces autre fois où

  75. j'ai eu une rencontre non sollicitée
    avec ce mot tabou.
  76. Je me suis figée.
  77. Parce qu'il est difficile
    d'en parler.
  78. Une partie de la raison pour laquelle
    il est si difficile d'en parler,
  79. c'est qu'on en parle
    d’habitude que d'une façon,
  80. comme une figure de style,
    on l'entend tout le temps, non ?
  81. Ce n'est qu'un mot.
  82. La question brûlante qui circule
    sur les réseaux sociaux
  83. c'est qui peut le dire
    et qui ne le peut pas.
  84. L'intellectuel noir Ta-Nehisi Coates fait
    un travail sans précédent
  85. de défense de l'utilisation de ce mot
    pour les Afro-Américains.
  86. D'un autre côté, Wendy Kaminer,
  87. une partisane blanche
    de la liberté d'expression,
  88. soutient que si nous ne le disons
    une fois pour toutes,
  89. nous donnons du pouvoir au mot.
  90. Et beaucoup de personnes
    pensent ainsi.
  91. Le Pew Center a récemment
    rejoint le débat.
  92. Dans une enquête intitulée
    « Race in America 2019 »,
  93. des chercheurs ont demandé à des adultes
    américains s'ils pensaient que c'était OK
  94. pour un Blanc de dire le mot N.
  95. 70 % des adultes
    ont répondu « jamais ».
  96. Et ces débats sont importants.

  97. Mais en fait
    ils obscurcissent autre chose.
  98. Ils nous empêchent d'entrer
    dans la vraie conversation.
  99. C'est-à-dire que ce terme
    n'est pas qu'un simple mot.
  100. Il n'est pas soigneusement
    contenu dans un passé raciste,
  101. une relique d'esclavage.
  102. Fondamentalement,
    c'est une idée déguisée en mot :
  103. que les Noirs sont intellectuellement,
  104. biologiquement
  105. et immuablement inférieurs aux Blancs.
  106. Et -- et je pense que cette partie est
    la plus importante --
  107. que cette infériorité signifie
    que l'injustice dont nous souffrons
  108. et l'inégalité que nous endurons
  109. est essentiellement de notre faute.
  110. Donc, oui, c'est ainsi...
  111. Parler de ce mot comme
    rien de plus qu'un déversement raciste

  112. ou comme une obscénité dans le hip hop
  113. donne l'impression que c'est une maladie
  114. située dans les cordes vocales
  115. qu'on peut tout simplement couper.
  116. Ce n'est pas le cas, et on ne peut pas
    le couper au montage.
  117. Et j'ai appris cela
    en parlant avec mes élèves.
  118. Alors la fois suivante
    où la classe s'est réunie,

  119. je me suis excusée,
  120. et j'ai fait une annonce.
  121. J'aurais une nouvelle règle.
  122. Les élèves verraient le mot
    dans mes PowerPoints,
  123. dans des films, dans des essais
    qu'ils liraient,
  124. mais nous ne dirions jamais le mot
    à haute voix en classe.
  125. Personne ne l'a jamais répété.
  126. Mais ils n'ont pas
    beaucoup appris non plus.
  127. Après, ce qui m'a le plus dérangée,
  128. c'est que je n'ai même pas
    expliqué aux élèves
  129. pourquoi, de tous les mots vils
    et problématiques en anglais américain,
  130. pourquoi ce mot particulier
    avait son propre tampon,
  131. la phrase de substitution :
    « le mot N ».
  132. La plupart de mes élèves,

  133. dont beaucoup sont nés à la fin
    des années 1990 et après,
  134. ne savait même pas que cette expression
  135. est une invention relativement récente
    dans l'anglais américain.
  136. Pendant mon enfance, ça n'existait pas.
  137. Mais à la fin des années 1980,
  138. des étudiants, des écrivains,
    des intellectuels noirs,
  139. ont commencé à parler de plus en plus
    des attaques racistes commises contre eux.
  140. Mais, de plus en plus,
    quand ils racontaient ces histoires,
  141. ils n'utilisaient plus ce mot.
  142. Au lieu de cela, ils l'ont réduit
    au N initial
  143. et l'ont nommé :
    « le mot qui commence par N ».
  144. Ils sentaient que à chaque fois que
    ce mot était prononcé
  145. il rouvrait des vieilles blessures
    ce qu'ils se refusaient de faire.
  146. Ils savaient que leurs interlocuteurs
    entendraient le vrai mot dans leur tête.
  147. Ce n'était pas la question.
  148. La question était qu'ils ne voulaient pas
    mettre le mot dans leur propre bouche
  149. ou dans l'air.
  150. En faisant cela,
  151. ils ont fait une nation entière
    commencer à se remettre en question
  152. sur l'acte de le dire.
  153. Cela a été un coup tellement radical
  154. que les gens en sont encore furieux.
  155. Des critiques accusent ceux d'entre nous
    qui utilisent cette expression
  156. ou des gens que sont outragés,
  157. vous savez, juste parce que
    ce mot est dit,
  158. d'être trop fondés sur des principes,
  159. politiquement corrects
  160. ou, comme je viens de le lire il y a
    quelques semaines dans le New York Times,
  161. « insupportablement éveillé ».
  162. Non ?
  163. J'ai adhéré un peu à cette idée aussi,

  164. et c'est pour cela que
    la fois suivante où j'ai donné cours,
  165. j'ai proposé un débat
    sur la liberté d'expression.
  166. Le « mot N » aux espaces universitaires,
    pour ou contre ?
  167. J'étais sûre que les élèves
    seraient impatients
  168. pour débattre qui peut le dire
    et qui ne le peut pas.
  169. Mais je m'étais fourvoyée.
  170. En fait...
  171. Mes élèves ont commencé à confesser.
  172. Une élève blanche du New Jersey
    a parlé de quand elle n'a pas réagi
  173. quand un gamin noir de son lycée
    était harcelé avec ce mot.
  174. Elle n'avait rien fait et elle se sentait
    encore coupable, des années après.
  175. Un autre, du Connecticut,
  176. a parlé de la douleur de rompre
  177. une relation très étroite
    avec un parent,
  178. parce que ce parent a refusé
    d'arrêter de dire ce mot.
  179. L'une des histoires les plus mémorables
    est venue d'une étudiante noire très calme

  180. de la Caroline du Sud.
  181. Elle ne comprenait pas
    toutes ces discussions.
  182. Elle a dit que tout le monde
    à son école disait le mot.
  183. Elle ne parlait pas d'enfants qui
    s’injuriaient dans le couloir.
  184. Elle a expliqué qu'à son école,
  185. lorsque les enseignants
    et les administrateurs
  186. étaient fâchés contre
    un étudiant afro-américain,
  187. ils appelaient cet étudiant avec
    le « mot N ».
  188. Elle disait que cela
    ne la dérangeait pas du tout.
  189. Mais quelques jours après,
  190. elle est venue me rendre visite dans mes
    heures de bureau et s'est mise à pleurer.
  191. Elle avait pensé qu'elle était immunisée.
  192. Elle s'est rendue compte
    qu'elle ne l'était pas.
  193. Au cours des 10 dernières années,

  194. j'ai entendu littéralement
    des centaines de ces histoires,
  195. de toutes sortes de personnes
    de tous âges.
  196. Des gens de plus de cinquante ans
    qui se souvenaient des histoires
  197. de la deuxième année
  198. et de quand ils avaient six ans,
  199. soit d'appeler quelqu'un avec ce mot,
    soit d'être appelé ainsi,
  200. mais ils ont porté cela, pendant toutes
    ces années, vous savez.
  201. Et en écoutant les gens parler
    de leurs points de rencontre,
  202. le schéma qui a émergé pour moi,
    en tant qu'enseignante,
  203. que j'ai trouvé le plus dérangeant,
  204. c'est que l'endroit le plus difficile
  205. pour ces points de rencontre
  206. est la salle de classe.
  207. La plupart des enfants américains
    vont rencontrer le « mot N » en classe.

  208. L'un des livres les plus proposés
    aux élèves aux lycées américains
  209. est « Les Aventures de Huckleberry Finn »,
    de Mark Twain,
  210. dans lequel le mot apparaît
    plus de 200 fois.
  211. Est cela n'est pas une mise en examen
    de « Huck Finn ».
  212. Le mot est partout dans
    la littérature et l'histoire américaines.
  213. Il est partout dans la littérature
    afro-américaine.
  214. Pourtant, les étudiants me disent
  215. que lorsque ce mot est prononcé en classe
  216. sans débat ou sans contexte,
  217. il empoisonne tout
    l'environnement de classe.
  218. La confiance entre élève
    et professeur est cassée.
  219. Malgré cela, beaucoup de professeurs,
  220. souvent avec les
    meilleures intentions du monde,
  221. prononcent toujours
    le « mot N » en classe.
  222. Ils veulent montrer et mettre l'accent sur
    les horreurs du racisme aux États-Unis,
  223. ils comptent donc sur lui pour choquer.
  224. L'invoquer, c'est mettre
    nettement en relief
  225. la laideur du passé de notre nation.
  226. Mais ils oublient
  227. que les idées sont bien vivantes
    dans notre tissu culturel.
  228. Ce mot de cinq lettres est comme
    une capsule de douleur accumulée.

  229. Chaque fois qu'il est prononcé,
    chaque fois,
  230. il libère dans l'atmosphère
    la notion odieuse
  231. que les Noirs sont moindre.
  232. Mes élèves noirs me disent
  233. que lorsque le mot est cité
    ou prononcé en classe,
  234. ils ont l'impression qu'un spot géant
    se tourne vers eux.
  235. Un de mes élèves m'a dit
  236. que ses collègues de classe
    étaient devenus comme des figurines,
  237. se retournant pour évaluer sa réaction.
  238. Un étudiant blanc m'a dit
    qu'en troisième année,
  239. quand ils étaient en train d'apprendre
    « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur »
  240. et le lisaient à haute voix en classe,
  241. cet étudiant était si stressé
  242. par l'idée de devoir lire le mot,
  243. ce que le professeur exigeait des élèves,
  244. qu'il a passé la majeure partie du cours
  245. caché aux toilettes.
  246. C'est sérieux.

  247. Les étudiants partout dans le pays
  248. parlent de changer de licence
    et d'abandonner les cours
  249. en raison d'un enseignement médiocre
    autour du « mot N ».
  250. La question de son utilisation négligente
    chez les enseignants
  251. a atteint un tel niveau de paroxysme
  252. qu'il a conduit à des manifestations
    à Princeton, Emory,
  253. The New School,
  254. Smith College, où je travaille,
  255. et Williams College,
  256. où tout récemment les élèves ont boycotté
    l'ensemble du département d'anglais
  257. à cause de cela et d'autres problèmes.
  258. Et il s'agit uniquement de cas
    qui font l'actualité.
  259. C'est une crise.
  260. Et bien que la réaction des étudiants
  261. ressemble à une attaque
    contre la liberté d'expression,
  262. je promets que c'est
    une question d'enseignement.
  263. Mes élèves n'ont pas peur des documents
    qui contiennent le « mot N ».

  264. Ils veulent apprendre sur James Baldwin
  265. et William Faulkner
  266. et sur le mouvement des droits civiques.
  267. En fait, leurs histoires montrent
  268. que ce mot est une caractéristique
    centrale de leur vie comme des jeunes
  269. aux États-Unis.
  270. C'est dans la musique qu'ils aiment.
  271. Et dans la culture populaire
    qu'ils imitent,
  272. la comédie qu'ils regardent,
  273. c'est à la télévision et au cinéma
  274. et commémoré dans les musées.
  275. Ils l'entendent dans les vestiaires,
  276. sur Instagram,
  277. dans les couloirs de l'école,
  278. dans les salons de discussion
    des jeux vidéo auxquels ils jouent.
  279. C'est partout dans le monde
    dans le lequel ils évoluent.
  280. Mais ils ne savent pas quoi en penser
  281. ou même ce que signifie vraiment le mot.
  282. Je ne comprenais même pas
    ce que ça voulait dire

  283. avant d'avoir fait des recherches.
  284. J'ai été étonnée d'apprendre
  285. que les Noirs ont intégré le « mot N »
    pour la première fois dans le vocabulaire
  286. comme protestation politique,
  287. non pas dans aux années 1970 ou 1980,
  288. mais aussi loin que les années 1770.
  289. Et j'aimerais avoir
    plus de temps pour parler
  290. de la longue et subversive histoire de
    l'utilisation du « mot N » chez les Noirs.
  291. Mais je dirais ceci :
  292. Plusieurs fois,
    mes élèves viennent me dire :
  293. « Je comprends les racines virulentes
    de ce mot, c'est l'esclavage ».
  294. Ils n'ont que partiellement raison.
  295. Ce mot, qui existait avant
    de devenir une insulte,
  296. mais qui devient une insulte à un moment
    très précis de l'histoire américaine,
  297. quand un grand nombre de Noirs ont
    commencé à obtenir leur liberté,
  298. dans le Nord du pays dans les années 1820.
  299. Autrement dit,
  300. ce mot est surtout
    une attaque à la liberté,
  301. la mobilité
  302. et l'aspiration des Noirs.
  303. Aujourd'hui encore

  304. rien ne déclenche aussi rapidement
    une tirade de « mot N »
  305. qu'une personne noire
    qui fait valoir ses droits,
  306. ou qui va où bon lui semble,
    ou qui prospère.
  307. Pensez aux attaques subies par
    Colin Kaepernick quand il s'est agenouillé
  308. ou à Barack Obama quand il est
    devenu président.
  309. Mes élèves veulent connaître
    cette histoire.
  310. Mais quand ils posent des questions,
    on les fait taire et on les humilie.
  311. En évitant de parler du « mot N »,
  312. nous avons fait de ce mot
    le tabou ultime,
  313. nous l'avons transformé
    en quelque chose de si captivant,
  314. que pour tous les enfants américains,
  315. quel que soit leur origine raciale,
  316. une partie de leur passage
    à l'âge adulte consiste à comprendre
  317. comment se négocie ce mot.
  318. Nous traitons les conversations à ce sujet
    comme le sexe avant l'éducation sexuelle.
  319. Nous sommes prudes,
    nous les faisons taire.
  320. Alors ils en apprennent par des amis
    mal informés et par des chuchotements.
  321. J'aimerais pouvoir
    retourner en classe ce jour-là

  322. et dépasser ma peur
  323. pour parler du fait que quelque chose
    s'est réellement passé.
  324. Pas seulement pour moi
    ou pour mes étudiants noirs.
  325. Mais pour nous tous.
  326. Vous savez, je pense
  327. que nous sommes tous liés par notre
    incapacité à parler de ce mot.
  328. Mais, et si nous explorions
    nos points de rencontre
  329. et commencions à en parler ?
  330. Aujourd'hui, j'essaie de créer
    les conditions dans ma classe

  331. pour avoir des conversations
    ouvertes et honnêtes à ce sujet.
  332. Une de ces conditions -
    ne pas dire le mot.
  333. Nous pouvons en parler
  334. parce qu'il ne vient pas en classe.
  335. Une autre condition importante,
  336. c'est que je ne confie pas
    à mes étudiants noirs la responsabilité
  337. d'enseigner cela à leurs
    camarades de classe.
  338. C'est mon boulot.
  339. J'arrive donc préparée.
  340. Je tiens la conversation en bride courte
  341. et je suis armée
    d'une connaissance de l'Histoire.
  342. Je pose toujours
    la même question aux élèves :
  343. pourquoi est-il difficile
    de parler du « mot N » ?
  344. Leurs réponses sont incroyables.
  345. Ils sont incroyables.
  346. Mais plus que tout,
  347. je me suis profondément familiarisée
    avec mes propres points de rencontre,
  348. mon histoire personnelle autour de ce mot.
  349. Parce que lorsque le « mot N »
    arrive à l'école,
  350. ou n'importe où, d'ailleurs,
  351. il apporte avec lui toute l'histoire
    compliquée du racisme américain.
  352. L'Histoire de la nation
  353. et la mienne,
  354. ici, maintenant.
  355. C'est impossible de l'éviter.
  356. (Applaudissements)