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← Ce que votre haleine peut révéler de votre santé

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27 llengües

Showing Revision 6 created 02/20/2019 by eric vautier.

  1. J'ai tendance à envisager le pire,

  2. et cette habitude me joue
    parfois des tours.
  3. Par exemple, si une douleur,
    que je n'avais jamais sentie auparavant,
  4. surgit de nulle part dans mon corps
    et que je ne peux en trouver la cause,
  5. mon esprit va transformer cette tension
    dans le dos en une maladie cardiaque
  6. ou cette douleur au mollet en
    une phlébite profonde.
  7. Jusqu'ici, on ne m'a jamais diagnostiqué
    une maladie mortelle ou incurable.
  8. Des fois, j'ai mal sans raison apparente.
  9. Mais tout le monde
    n'a pas autant de chance.
  10. Chaque année, plus de 50 millions
    de personnes meurent dans le monde.
  11. Et dans les pays à hauts revenus
    comme le nôtre,
  12. une majorité de ces décès est causée
    par des maladies à progression lente :
  13. maladies cardiaques et pulmonaires
    chroniques, le cancer, Alzheimer,
  14. le diabète,
  15. pour en citer quelques-uns.
  16. L'humanité a fait d'énormes progrès en
    matière de diagnostic et de traitements.
  17. Mais nous sommes arrivés à un point
    où toute avancée dans la santé
  18. ne peut plus juste se faire en
    développant de nouveaux traitements.
  19. C'est une évidence quand on
    se penche sur un aspect
  20. que beaucoup de ces maladies
    ont en commun :
  21. les chances d'un traitement réussi
  22. dépendent fortement de la date de début
    du traitement.
  23. Mais on détecte généralement une maladie
    lorsque les symptômes sont là.
  24. Le problème est que de
    nombreuses maladies peuvent rester
  25. asymptomatiques, et donc
    indétectables, pour un long moment.
  26. Voilà pourquoi il est nécessaire
    de pouvoir détecter
  27. les maladies à un stade précoce,
  28. bien avant que tout symptôme n'apparaisse.
  29. En médecine, on appelle ça le dépistage.
  30. Et d'après la définition de l'OMS,
  31. le dépistage est
    « l'identification présomptive
  32. d'une maladie non diagnostiquée
    chez une personne d'apparence saine,
  33. par des tests pouvant être réalisés
    rapidement et facilement ».
  34. C'est une longue définition,
    donc je répète :
  35. identification d'une
    maladie non diagnostiquée
  36. chez une personne d'apparence saine
  37. par des tests pouvant être réalisés
    rapidement et facilement.
  38. Je voudrais souligner les termes
    « rapidement » et « facilement »
  39. car beaucoup de méthodes
    de dépistages actuelles
  40. sont exactement le contraire.
  41. Ceux qui ont déjà fait une coloscopie
  42. dans le cadre d'un dépistage
    du cancer colorectal
  43. savent de quoi je parle.
  44. Il existe une variété d'outils médicaux
  45. pour procéder à des dépistages.
  46. Cela va des technologiques d'imagerie,
    comme la radiographie
  47. ou l'imagerie par résonance magnétique,
  48. à l'analyse de sang ou de tissu.
  49. Nous avons tous fait ce genre de tests.
  50. Mais il y a un outil qui a longtemps
    été négligé :
  51. un outil facilement accessible,
  52. inépuisable,
  53. et incroyablement prometteur
    pour l'analyse médicale.
  54. Il s'agit de notre haleine.
  55. L'haleine humaine est essentiellement
    composée de 5 éléments :
  56. nitrogène, oxygène, dioxyde
    de carbone, eau et argon.
  57. Mais il y a en plus une centaine
    d'autres éléments
  58. présents en très petite quantité.
  59. Ce sont les composés organiques volatils,
  60. et on en libère des centaines,
    voire des milliers,
  61. à chacune de nos expirations.
  62. L'analyse de ces composés organiques
    volatils dans notre haleine
  63. est appelée l'analyse de l'haleine.
  64. Je pense que vous êtes nombreux à
    avoir déjà fait une analyse de l'haleine.
  65. Imaginez : vous conduisez pour rentrer
    chez vous, tard la nuit,
  66. quand soudainement,
    un policier sympathique
  67. vous demande, gentiment mais fermement,
  68. de vous arrêter et de souffler dans un
    appareil comme celui-ci.
  69. Ça, c'est un éthylotest.
  70. On l'utilise pour mesurer
    le taux d'éthanol dans votre haleine
  71. et pour savoir s'il est sage
    de conduire dans votre état.
  72. Je dirais que j'ai bien conduit
  73. mais je vais vérifier.
  74. (Bip sonore)
  75. 0.0, donc rien d'inquiétant, tout va bien.
  76. (Rires)
  77. Maintenant, imaginez un appareil
    comme celui-ci
  78. qui mesure non seulement
    votre taux d'alcoolémie
  79. mais qui détecte aussi les maladies comme
    celles que j'ai mentionnées,
  80. voire bien plus.
  81. L'idée de mettre en corrélation
    l'odeur de l'haleine d'une personne
  82. avec un état de santé en particulier
  83. remonte en vérité à la Grèce Antique.
  84. Mais récemment, les recherches sur
    l'analyse de l'haleine ont explosé
  85. et ce qui était alors un rêve
    est aujourd'hui une réalité.
  86. Je ressors la liste que
    je vous ai montrée tout à l'heure.
  87. Pour la plupart des maladies énoncées ici,
  88. il a été scientifiquement prouvé que
  89. la maladie pouvait être
    détectée par une analyse de l'haleine.
  90. Mais comment ça marche exactement ?
  91. L'élément essentiel est le capteur
  92. qui détecte les composés organiques
    volatils dans l'air expiré.
  93. En gros : quand le capteur est exposé
    à un échantillon d'air,
  94. celui-ci produit une signature complexe
  95. qui résulte du mélange de composés
    organiques volatils que nous expirons.
  96. Cette signature est l'empreinte
    digitale de votre métabolisme,
  97. de votre microbiome
  98. et du processus biochimique
    qui se produit dans votre corps.
  99. Si vous tombez malade,
  100. votre organisme va changer,
  101. tout comme la composition de l'air
    que vous expirez.
  102. Et il ne manquera plus qu'à mettre en
    corrélation une certaine signature
  103. avec la présence ou l'absence
    de certaines pathologies.
  104. Cette technologie promet plusieurs
    avantages indéniables.
  105. La première est que le capteur
    peut être miniaturisé
  106. et intégré dans de petits
    appareils portatifs
  107. comme l'éthylotest.
  108. Le test pourrait alors être utilisé
    dans des cadres différents,
  109. à la maison, même,
  110. et donc, une visite chez le médecin
  111. ne serait pas nécessaire pour
    faire le test à chaque fois.
  112. Deuxièmement, l'analyse de l'haleine
    n'est pas invasive
  113. et est aussi simple que de souffler
    dans un éthylotest.
  114. Une telle facilité d'utilisation réduirait
    le fardeau du patient
  115. et serait un avantage pour encourager
    l'adoption de cette technologie.
  116. Et troisièmement, cette technologie
    est tellement flexible
  117. que le même appareil pourrait être utilisé
  118. pour détecter un large éventail
    de pathologies.
  119. L'analyse de l'haleine pourrait aider à
    dépister plusieurs maladies à la fois.
  120. Aujourd'hui, chaque maladie requiert
    généralement un outil différent
  121. pour procéder à un dépistage.
  122. Ça veut dire que vous ne pouvez
    trouver que ce que vous cherchez
  123. Avec toutes ces caractéristiques,
    l'analyse de l'haleine est prédestinée
  124. à combler ce qu'il manque
    à beaucoup de tests de dépistage.
  125. Et plus important encore,
  126. toutes ces caractéristiques devraient
    nous fournir, à terme,
  127. une plate-forme pour l'analyse médicale
  128. pouvant fonctionner à un faible coût.
  129. Les outils médicaux existants engendrent,
  130. au contraire, un coût
    souvent assez élevé par test.
  131. Donc pour maintenir les coûts au plus bas,
  132. le nombre de tests doit être réduit,
  133. ce qui signifie que a) les tests peuvent
    être seulement faits
  134. sur un nombre restreint de la population,
    par exemple, celle à haut risque ;
  135. et que b) le nombre de tests par personne
    doit être maintenu au minimum.
  136. Mais ne serait-il pas plus avantageux
  137. de faire faire le test à un plus
    grand nombre de personnes,
  138. et ce plus souvent, sur une période
    plus longue pour chaque individu ?
  139. Le dernier paramètre nous donnerait accès
    à quelque chose de précieux
  140. appelé les données longitudinales.
  141. Les données longitudinales sont
    un ensemble de données
  142. qui suivent le même patient
    sur plusieurs mois ou années.
  143. Aujourd'hui, les décisions sont souvent
    fondées sur un ensemble de données limité
  144. où un seul coup d’œil est accordé
    aux antécédents du patient
  145. pour prendre des décisions.
  146. Dans ce genre de situation,
  147. les anomalies sont généralement détectées
  148. en comparant l'état de santé d'un patient
  149. à l'état de santé moyen
    d'une population de référence.
  150. Les données longitudinales
    ouvriraient une nouvelle dimension
  151. et permettraient aux anomalies
    d'être détectées
  152. grâce aux antécédents
    du patient en question.
  153. Ça ouvrira la voie au
    traitement individualisé.
  154. C'est chouette, hein ?
  155. Vous devez sûrement avoir
    une question du genre :
  156. « Si c'est si chouette, pourquoi
    n'y a-t-on pas recours aujourd'hui ? »
  157. Et la seule réponse que j'ai, c'est
  158. que rien n'est aussi
    facile qu'il n'y paraît.
  159. Il y a des défis techniques par exemple.
  160. On a besoin de capteurs
    extrêmement fiables
  161. qui puissent détecter des mélanges
    de composés organiques volatils
  162. avec une reproductibilité suffisante.
  163. Et il y en a un autre :
  164. comment échantillonner l'haleine d'une
    personne d'une manière bien définie
  165. pour que le processus
    d'échantillonnage lui-même
  166. n'altère pas le résultat de l'analyse ?
  167. Et il y a le besoin de données.
  168. L'analyse de l'haleine a besoin
    d'être validée lors d'essais cliniques
  169. et un nombre suffisant de données
    doit être collecté
  170. pour comparer les conditions individuelles
    à des données de référence.
  171. L'analyse de l'haleine ne peut réussir
  172. que si un ensemble de données
    assez vaste peut être généré
  173. et mis à disposition pour un large usage.
  174. Si l'analyse de l'haleine
    tient ses promesses,
  175. elle pourrait réellement nous aider
  176. à transformer notre système de santé :
  177. le faire passer d'un système réactif
  178. où les traitements sont déclenchés
    par les symptômes de la maladie,
  179. à un système proactif
  180. où la détection de la maladie,
    le diagnostic et le traitement
  181. peuvent avoir lieu à un stade précoce,
  182. bien avant que tout symptôme n'apparaisse.
  183. Ça m'amène à mon dernier point,
    un point fondamental.
  184. Qu'est-ce qu'une maladie exactement ?
  185. Imaginez qu'une analyse de l'haleine
    puisse être commercialisée
  186. et que la détection précoce
    devienne une routine.
  187. Reste un problème, qui est celui que
  188. tout dépistage doit affronter
  189. car, pour de nombreuses maladies,
  190. il est souvent impossible de dire,
    avec une certitude suffisante,
  191. si la maladie va causer
    un symptôme quelconque
  192. ou mettre la vie de la personne en danger.
  193. On appelle ça le surdiagnostic,
  194. ce qui mène à un dilemme.
  195. Si une maladie est identifiée,
  196. vous pouvez décider de ne pas la traiter
  197. car il y a des chances
    que vous n'en souffriez jamais.
  198. À quel point souffririez-vous
  199. juste en sachant que vous avez une maladie
    potentiellement mortelle ?
  200. Ne regretteriez-vous pas que cette maladie
  201. ait été détectée en tout premier lieu ?
  202. Votre seconde option serait
    de subir un traitement précoce
  203. en espérant pouvoir en guérir.
  204. Mais souvent, cela ne vient pas
    sans effets secondaires.
  205. Pour être plus précis :
  206. le plus gros problème
    n'est pas le surdiagnostic
  207. mais le surtraitement.
  208. Toutes les maladies n'ont pas besoin
    d'un traitement immédiat
  209. juste parce qu'un traitement existe.
  210. L'adoption grandissante
    du dépistage routinier
  211. soulèvera une question :
  212. qu'est-ce qu'une maladie qui
    puisse justifier un traitement
  213. et qu'est-ce qu'une anomalie qui
    ne devrait pas être source d'inquiétude ?
  214. J'espère que le dépistage routinier
    ayant recours à l'analyse de l'haleine
  215. pourra fournir assez de données
    et un aperçu assez clair
  216. pour que l'on soit, un jour,
    capable de briser ce dilemme
  217. et de prédire avec
    une certitude suffisante
  218. si l'on doit, et quand, traiter
    à un stade précoce.
  219. Notre haleine et le mélange de composés
    organiques volatils que nous expirons
  220. contiennent d'innombrables informations
    sur notre état physiologique.
  221. Aujourd'hui, nous en avons seulement
    effleuré les possibilités.
  222. À mesure que nous collectons toujours plus
    de données et d'échantillons d'haleine
  223. de tous les sexes, tous les âges,
    origines ou modes de vie,
  224. le pouvoir de l'analyse de l'haleine
    devrait s'accroître.
  225. Et pourrait au final devenir
    un puissant outil pour
  226. non seulement détecter proactivement
    des maladies spécifiques
  227. mais pour les prédire
    et, à terme, les prévenir.
  228. Ça devrait suffire à nous motiver
  229. à saisir chaque opportunité et chaque défi
  230. que l'analyse de l'haleine va apporter,
  231. même pour les gens qui ne sont pas
    aussi hypocondriaques que moi.
  232. Merci.
  233. (Applaudissements)