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French subtítols

← Mon identité est un super-pouvoir, pas un obstacle

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29 llengües

Showing Revision 11 created 06/06/2019 by eric vautier.

  1. Sur le carrelage rouge
    de l'antre familial,
  2. je chantais et dansais
    au son du téléfilm « Gypsy »
  3. avec Bette Midler.
  4. (Chante) « J'ai fait un rêve.

  5. Un rêve merveilleux, papa. »
  6. Je chantais avec l'urgence
    et le désir brûlant

  7. d'une fille de neuf ans
    qui avait réellement un rêve.
  8. Mon rêve était de devenir actrice.
  9. Et c'est vrai que je ne voyais
    personne qui me ressemblait
  10. à la télévision ou dans les films.
  11. Bien sûr, ma famille, mes amis
    et mes professeurs
  12. me prévenaient constamment
  13. que les gens comme moi
    ne réussissaient pas à Hollywood.
  14. Mais je suis une Américaine.
  15. On m'a enseigné à croire
    que chacun peut réussir n'importe quoi,
  16. qu'importe la couleur de sa peau,
  17. le fait que mes parents
    aient immigré du Honduras
  18. et que je n'avais pas d'argent.
  19. Je ne demandais pas
    que mon rêve soit simple,
  20. mais qu'il soit possible.
  21. A 15 ans,

  22. j'ai passé ma première
    audition professionnelle.
  23. C'était une publicité
    pour des abonnements au câble
  24. ou des cautions financières,
    je ne me souviens pas.
  25. (Rires)

  26. Ce dont je me souviens,

  27. c'est que la directrice
    du casting m'a demandé :
  28. « Pourrais-tu le refaire ? Mais,
    cette fois, aie l'air plus hispanique. »
  29. J'ai demandé : « Ah d'accord.

  30. Vous voulez que
    je le fasse en espagnol ? »
  31. « Non, non, fais-le en anglais,
    mais aie l'air hispanique. »

  32. « Hé bien, je suis hispanique,
    je n'ai pas l'air d'une Hispanique ? »

  33. Il y a eu un long silence gênant

  34. et puis finalement :
  35. « D'accord ma chérie, pas grave,
    merci d'être venue, au revoir ! »
  36. J'ai mis le trajet du retour à comprendre
    que par « avoir l'air plus hispanique »,

  37. elle me demandait
    de parler un mauvais anglais.
  38. Et je n'arrivais pas à comprendre pourquoi
  39. être une véritable Hispanique,
    authentique et réelle,
  40. ne semblait pas vraiment compter.
  41. Bref, je n'ai pas eu le rôle.

  42. Je n'ai pas eu beaucoup des rôles
    que les gens voulaient me voir jouer :
  43. la petite amie du chef de gang,
  44. la voleuse à l'étalage insolente,
  45. la cagole enceinte numéro deux.
  46. (Rires)

  47. C'était le genre de rôles
    où on cantonnait une fille comme moi.

  48. Une fille considérée
    comme trop typée, trop grosse,
  49. trop pauvre, pas assez sophistiquée.
  50. Ces rôles étaient des stéréotypes
  51. qui ne pouvaient pas être plus éloignés
    de ce que j'étais réellement
  52. ou des rôles que je rêvais de jouer.
  53. Je voulais jouer des personnages
    complexes, avec des facettes multiples,
  54. des personnages maîtres de leur destin.
  55. Pas des caricatures d'arrière-plan.
  56. Mais, quand j'ai eu l'audace
    de le dire à mon agent --

  57. c'est la personne que je paie
    pour m'aider à trouver des rôles --
  58. il m'a répondu :
  59. « Quelqu'un doit dire à cette fille
    que ses attentes ne sont pas réalistes. »
  60. Et il n'avait pas tort.
  61. Même si je l'ai viré, il n'avait pas tort.
  62. (Rires)

  63. (Applaudissements)

  64. Chaque fois que j'essayais d'avoir un rôle
    qui n'était pas un stéréotype mal écrit,

  65. j'entendais :
  66. « Nous ne cherchons pas
    de mixité pour ce rôle. »
  67. Ou : « On l'adore, mais elle est
    trop spécifiquement ethnique. »
  68. Ou : « Malheureusement, nous avons déjà
    un Hispanique dans ce film. »
  69. Je recevais toujours le même message
    encore et encore et encore :
  70. mon identité était un obstacle
    que je devais surmonter.
  71. Et alors, j'ai pensé :
  72. « Viens donc, obstacle.
  73. Je suis une Américaine.
    Je m'appelle America.
  74. Je me suis entraînée toute ma vie pour ça,
    je vais seulement suivre le script,
  75. je travaillerai encore plus. »
  76. Et c'est ce que j'ai fait,
    j'ai travaillé d'arrache-pied
  77. pour dépasser tout ce qui n'allait pas
    chez moi, selon ces gens.
  78. Je suis restée à l'abri du soleil
    pour que ma peau ne bronze pas trop,
  79. j'ai dompté et lissé mes boucles.
  80. J'essayais constamment de perdre du poids,
  81. j'ai acheté des vêtements
    plus chics et plus chers.
  82. Tout ça pour que,
    lorsque les gens me regardent,
  83. ils ne voient pas une Hispanique
    trop grosse, trop typée, trop pauvre.
  84. Ils verraient ce dont je suis capable.
  85. Et peut-être
    me donneraient-ils une chance.
  86. Et, ironie du sort,

  87. quand j'ai enfin eu un rôle
  88. qui allait me donner les moyens
    de réaliser mes rêves,
  89. c'était un rôle qui exigeait
    que je sois exactement telle que je suis.
  90. Ana dans le film « Ana »
  91. était une Hispanique
    typée, pauvre et grosse.
  92. Je n'avais jamais vu personne
    comme elle, comme moi,
  93. maître de son destin.
  94. J'ai voyagé à travers les États-Unis
  95. et dans plusieurs pays grâce à ce film.
  96. Les gens, quels que soient leur âge,
    leur origine ethnique ou leur morphologie,
  97. se sont reconnus en Ana.
  98. Une Américaine potelée de 17 ans
    d'origine mexicaine
  99. luttant contre la norme sociale
    pour réaliser son rêve improbable.
  100. Malgré ce qu'on m'avait dit toute ma vie,

  101. j'ai constaté que les gens voulaient
    des scénarios sur des personnes comme moi.
  102. Et que mes attentes irréalistes
  103. de me voir représentée
    avec authenticité dans la culture
  104. étaient aussi partagées par d'autres.
  105. Le film « Ana »
  106. a été un succès critique,
    social et financier.
  107. « Génial, pensai-je, nous l'avons fait !
  108. Nous avons montré
    que nos histoires ont de la valeur.
  109. Les choses vont changer maintenant. »
  110. Mais j'ai observé que
    très peu de choses se produisaient.

  111. Il n'y a pas eu de tournant.
  112. Personne dans le cinéma ne s'empressait
    d'écrire plus de scénarios
  113. sur un public avide
    et prêt à payer pour les voir.
  114. Quatre ans plus tard,
    quand j'ai joué Betty dans « Ugly Betty »,

  115. j'ai vu le même phénomène se reproduire.
  116. « Ugly Betty » a triomphé aux États-Unis
    avec 16 millions de téléspectateurs
  117. et a été nommé pour 11 Emmy Awards
    lors de sa première année de diffusion.
  118. (Applaudissements)

  119. Malgré le succès de « Ugly Betty »,

  120. il n'y a pas eu d'autre série télévisée
  121. avec une actrice hispanique
    dans le rôle-titre
  122. à la télévision américaine
    pendant huit ans.
  123. Cela fait 12 ans
  124. que je suis devenue
    la première et seule Hispanique
  125. à avoir remporté un Emmy Award
    dans un rôle principal.
  126. Ce n'est pas une source de fierté.
  127. C'est une source de profonde frustration.
  128. Non pas car les récompenses
    prouvent notre valeur,
  129. mais parce que ceux que nous voyons
    s'épanouir dans le monde
  130. nous apprennent à nous regarder,
  131. à réfléchir à notre propre valeur,
  132. à rêver de notre avenir.
  133. Et chaque fois que je commence à douter,

  134. je me souviens d'une petite fille qui
    vivait dans la vallée du Swat au Pakistan.
  135. Je ne sais pas comment,
    elle a trouvé des DVD
  136. d'une série télévisée américaine
  137. dans laquelle elle a vu le reflet
    de son rêve de devenir écrivaine.
  138. Dans son autobiographie, Malala a écrit :
  139. « Je me suis intéressée au journalisme
  140. après avoir vu que mes propres mots
    pouvaient changer les choses
  141. et aussi en regardant
    les DVD de « Ugly Betty »
  142. sur le quotidien
    dans un magazine américain. »
  143. (Applaudissements)

  144. Pendant mes 17 ans de carrière,

  145. j'ai été témoin du pouvoir de nos voix
  146. quand elles peuvent
    être présentes dans la culture.
  147. Je l'ai vu.
  148. Je l'ai vécu, nous l'avons tous vu.
  149. Dans l'industrie du divertissement,
    le monde de la politique,
  150. dans les entreprises,
    dans les évolutions sociales.
  151. Nous ne pouvons pas le nier --
    la représentation crée la possibilité.
  152. Mais ces 17 dernières années,
  153. j'ai aussi entendu les mêmes excuses
  154. pour expliquer pourquoi certains
    peuvent être représentés dans la culture
  155. et d'autres non.
  156. Nos histoires n'ont pas de public,
  157. nos vies ne résonneront pas
    dans la société,
  158. nos voix représentent
    un risque financier trop important.
  159. Il y a quelques années à peine,
    mon agent m'a appelée

  160. pour m'expliquer pourquoi
    je n'ai pas eu le rôle pour un film.
  161. Il m'a dit : « Ils t'ont adorée
  162. et ils veulent vraiment introduire
    de la mixité dans les rôles,
  163. mais le film ne peut pas être financé
  164. tant qu'ils n'ont pas trouvé
    l'acteur blanc. »
  165. Il a prononcé ce message le cœur brisé
  166. et avec un ton qui disait : « Je comprends
    que ce n'est pas normal. »
  167. Mais malgré tout, comme des centaines
    de fois auparavant,
  168. j'ai senti les larmes
    couler sur mon visage
  169. et la douleur du rejet s'emparer de moi,
  170. puis la honte
    en m'en faisant le reproche :
  171. « Tu es une grande fille,
    arrête de pleure pour un rôle. »
  172. Pendant des années, je suis passée par là
    en acceptant que l'échec venait de moi,
  173. puis en me sentant profondément honteuse
    de n'avoir pas pu franchir les obstacles.
  174. Mais cette fois, j'ai pensé différemment.

  175. Je me suis dit : « Je suis fatiguée de ça.
  176. J'en ai assez. »
  177. J'ai compris
  178. que mes larmes et ma douleur
    ne venaient pas d'avoir perdu un rôle.
  179. C'était la réaction
    à ce qu'on disait réellement de moi.
  180. Ce qui avait été dit de moi toute ma vie
  181. par des dirigeants, des producteurs,
  182. des réalisateurs,
    des scénaristes, des agents,
  183. des enseignements, des amis et ma famille.
  184. Que j'étais une personne
    de moindre valeur.
  185. Je pensais que la crème solaire
    et les fers à lisser

  186. apporteraient du changement
    dans ce système de valeurs très enraciné.
  187. Mais ce que j'ai compris à ce moment-là,
  188. c'est que je n'avais jamais vraiment
    cherché à ce que le système change.
  189. Je cherchais à ce qu'il m'inclue
    et ce n'est pas la même chose.
  190. Je ne pouvais pas changer
    ce qu'un système pensait de moi,
  191. alors que j'acceptais de croire
    ce que le système pensait de moi.
  192. Pourtant, je le faisais.
  193. Comme tout le monde autour de moi,
  194. je croyais qu'il m'était impossible
    de concrétiser mon rêve telle que j'étais.
  195. Et je me suis mise à essayer
    de me rendre invisible.
  196. J'ai pris conscience
    qu'une personne pouvait
  197. souhaiter sincèrement
    voir le changement se produire,
  198. tout en agissant de telle sorte
    que les choses restent comme elles sont.
  199. Ce qui m'a conduite à penser
    que le changement ne va pas arriver
  200. en désignant les bons et les méchants.
  201. Ce débat n'avancerait à rien.
  202. Car la plupart d'entre nous
    ne sommes ni l'un, ni l'autre.
  203. Il y aura un changement

  204. quand chacun de nous aura le courage
  205. de s'interroger sur ses valeurs
    fondamentales et ses opinions.
  206. Pour ensuite veiller à ce que nos actions
    mènent à nos meilleures intentions.
  207. Je ne suis que l'une
    de ces millions de personnes
  208. à qui l'on a dit que,
    pour réaliser mes rêves,
  209. pour faire don de mes talents au monde,
  210. je devais m'opposer
    à la réalité que j'incarne.
  211. Pour ma part, je suis prête
    à cesser de m'y opposer
  212. et à commencer à exister
    pleinement moi-même.
  213. Si je pouvais revenir en arrière
    et dire quelque chose

  214. à cette fillette de neuf ans, dansant
    dans le salon, nourrissant des rêves,
  215. je lui dirais
  216. que mon identité n'est pas un obstacle.
  217. Mon identité est mon super-pouvoir.
  218. Parce qu'en vérité,
  219. je suis ce à quoi le monde ressemble.
  220. Vous êtes ce à quoi le monde ressemble.
  221. Tous ensemble, nous sommes
    ce à quoi le monde ressemble vraiment.
  222. Et pour que notre système le reflète,
  223. il n'y a pas besoin
    de créer une nouvelle réalité.
  224. Il faut seulement cesser de s'opposer
    à la réalité où nous vivons déjà.
  225. Merci.

  226. (Applaudissements)